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Full text of "Histoire chronologique et dogmatique des conciles de la chrétienté : depuis le concile de Jérusalem... jusqu'au dernier concile tenu de nos jours. 3"

M.ROISSELET 
DE SAUCLIERES 



HISTOIRE 
DES CONCILES 



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BIBLIOTHEQUE 
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HISTOIRE 

CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 




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DEPUIS LE CONCILE DE JÉRUSALEM , 

ÏLXC PAU t KS APÔTRES, JUSQU'AU il.KMLR CONCILE DE NOS JOURS; 

CONTBWNT 

Les motifs et Ils décrets de chaque. Concile; 

l'examen cl l;i crilique (Je leurs acles ou la preuve de leur authenticité , 

tirée des auteurs contemporains; 

la définition des hérésies analliématisées; 

l'exposition du dogme et l'explication de la discipline, 

d'après les décrets des Papes et des Conciles, 

les Pères de l'K(;lise et les écrivains sacrés ou profanes; 

et la critique ou la preuve des faits douteux , dogmatiques et historiques ; 



M. ROISSELET »E MAUCLIÊRES. 

l'bi mi nt 4 im vel 1res congrrgall in nominc meo , ibi su 
in merïio pôrnm. S. Matth., fivang., oh. \xvni, v -20. 

Ouvrage dédié à Mgr Dufèlre, évêque de Nevers. 



TOME TROISIEME. 



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CHALON-SUR-SAONE 

LIBRAIRIE DE LOUIS VIVES. 



1851 



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A la même Librairie : 

DE L'HARMONIE ENTRE L'ÉGLISE ET LA SYNAGOGUE , 011 Per- 
pétuité et Catholicité de la religion chrétienne, par le chevalier 
P.-L.-B. Drach , docteur en philosophie et es- lettres , membre de la 
Légion d'Honneur, etc. ; bibliothécaire honoraire de la sainte Congré- 
gation de la Propagande ; 2 forts vol. in-8°. Prix , brochés. 15 fr. 

Le tome I contient le traité complet de la doctrine de la trè»-sainte Trinité dans 
la synagogue ancienne. 

Le tome II est divisé en deux parties, dont la première traite de la très-sainte 
Vierge ; et la seconde, de la l'ersonue adorable de N.-S. J.-C. 

Il est précédé d'une Notice sur la cabale, travail qui a déjà obtenu des suffrages 
fort honorables. 

histoire de N.-S. Jésus-christ et des apôtres. Uniquement 
composée avec les quatre Évangiles fondus ensemble, disposés d'une 
manière méthodique , expliqués , développés et prouvés par les Pro- 
phètes, les Apôtres, les Pères de l'Église, les Conciles, les Papes , les 
monuments religieux des anciens peuples, les auteurs juifs et païens, 
les apologistes de la religion et les savants modernes. Présentant un 
corps complet des doctrines et des preuves de la religion, tirées des 
seuls auteurs qui ont autorité ; par A.-L.-J.-B. de Jesse ; 2 beaux 
volumes in-8°. — Prix, broché : 12 fr. 

L'auteur a partage la vie de N.-S. Jésus-Christ en sept époques. Chacune de 
ces époques est remplie par un récit, dans lequel le texte des quatre évangélistes, 
disposé de manière à former une histoire suivie, se trouve fondu dans une glose qui 
l'explique, et lie les faits les uns avec les autres. Des notes mises au bas de la page 
aplanissent les difficultés que la glose n'a pas pu lever. Une séries d'explications et 
de preuves, renvoyées après chaque époque, et formant entre elles une espèce de 
dissertation, répond aux objections que les incrédules ont faites, et rétablit le sens 
des textes de l'Évangile que les hérétiques ont mal interprétés ou altétérés. 

Un travail semblable sur les Actes des Apôtres termine cet excellent ouvrage. 
Cet ouvrage s'adresse plutôt à la science qu'à la piété, quoique celle-ci ne puisse que 
s'édifier singulièrement de sa lecture. « 

histoire DE SAINT JEROME, sa Vie et ses Doctrines; par F.-Z. 
Colombet, ouvrage dédié à Mgr de Bonald, et approuvé par Son Émi- 
nenee ; 2 volumes in-8", avec portrait du saint , d'après le Père fra 
Giovanni Angelico di Fiesole et Giotto. Prix , br. : 15 fr. 

philosophie de l'histoire des conciles , tenus en France 
depuis l'établissement de la Religion chrétienne dans les Gaules jus- 
qu'à nos jours, et leur influence sur les lois, les mœurs et la civilisation 
moderne ; par l'abbé Cacheux, ancien profe seur de l'Université ; un 
beau volume grand in-8°. — Prix , br. : 7 fr. 50 c. 

coup-d'Œil sur l'Histoire du Calvinisme en France, et sur l'esprit 
politique de celte secte; par M. Roisselet de Sauclières ; un fort 
volume in-8°. — Prix , br. : 6 fr. 



Imprimerie dr E.-J Ili-illv. place Sorltam 




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HISTOIRE 



CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 



CONCILES DE LA CHRÉTIENTÉ. 




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HISTOIRE 



CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 



DES CONCILES 



DE LA CHRÉTIENTÉ , 



DEPUIS LE CONCILE DE JÉRUSALEM, 



TKMJ l'AR LES APÔTRES I, A \ oO , 



JUSQU'AU OKRJilKR CONCILE TENU DE VOS JOURS: 



PAT. 



M. ROISSELET DE SAlHlLIÈItES. 



LTbi sudI 'lue vel 1res < ongi « ;;-* 1 1 m. 
nom i ne nieo, iln smu m nietlto eorura. 
S. Matih., Kfuuq., fli. wvui. \. n^. 



TOME TROISIEME. 



PARIS. 

MELLIER FRÈRES, LIBRAIRIE RELIGIEUSE, 

H, PLACE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS. 
GUYOT PÈBE ET FILS, IMI'KlMEUHS-LlIiliAllil s \ I Vd\ 

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HISTOIRE 

CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 



DES 



CONCILES DE LA CHRÉTIENTÉ. 



III" CONCILE DE MAÇON. 

(matisconense m.) 

(L'an 624 a» plus tard (1).) — L'illustre abbé saint Coloniban naquit 
en Irlande vers l'an 560. Après avoir vécu plusieurs années dans le mo- 
nastère de Bancor, le plus renommé de cette île et qui renfermait trois 
mille moines , il obtint du supérieur la permission de quitter son pays , 
étant alors âgé de trente ans environ , et il passa dans les Gaules avec 
douze compagnons, il parcourut plusieurs provinces, exhortant partout 
les peuples à la pénitence et soutenant ses prédications par l'exemple 
de ses vertus. Sa réputation parvint bientôt jusqu'à la cour de Contran , 
roi de Bourgogne, qui l'engagea à se fixer dans ses étals et lui offrit 
tout ce qu'il demanderait. Le saint abbé répondit qu'il n'avait d'autre 
désir que de pratiquer la pauvreté et la pénitence, à l'exemple de Jé- 
sus-Christ , et il choisit pour sa retraite les déserts des Vosges , où il 
trouva un vieux château ruiné, nommé Anegray, dont il fit son pre- 
mier monastère. Il n'y vivait avec ses compagnons que d'herbes et de 
légumes. Les peuples ne tardèrent pas à venir de tous côtés pour rece- 
voir ses instructions et demander par ses prières la guérison de leurs 
maladies. Comme le nombre de ses disciples augmentait chaque jour, i I 
chercha dans le même désert un autre endroit pour y bâtir un second 

(i) Binnius, Labbe et plusieurs aulres niellent ce concile à l'an G27, la qnaranie- 
troisième année du règne de Cloiairc II, d'après l'historien Frédégwre. Mais les au- 
teurs de Y Art de vérifier les dates le plaronl à l'an 1Î24 au plus tard. 

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monastère. Il choisit un autre château ruiné , nommé Luxeuil , à trois 
lieues d'Anegray. Le monastère étant rempli, il en construisit un autre 
qu'il nomma Fontaine , à cause de l'abondance des eaux. Il donna à cha- 
cun de ces trois monastères , où il résidait tour à tour, des supérieurs 
dont il connaissait la piété et une règle qui a été longtemps pratiquée 
dans les Gaules. Il recommande surtout dans cette règle l'obéissance , 
la pauvreté et le désintéressement , l'humilité , la chasteté , la mortifi- 
cation intérieure et extérieure, le silence et la discrétion. A l'égard de 
la nourriture , il prescrit de ne la prendre que vers le soir, c'est-à-dire 
à nones , et de se borner à des herbes , des légumes et de la farine 
trempée d'eau avec un petit pain. Il faut proportionner la nourriture au 
travail , disait-il , et faire en sorte que chaque jour on jeûne , on prie , 
on travaille et on lise. La psalmodie y est ainsi réglée : aux heures du 
jour qui partagent le travail, savoir : tierce, sexte et none, trois psaumes 
avec des versets; au commencement de la nuit, c'est-à-dire à vêpres, 
douze psaumes. L'office de la nuit est différent selon la diversité des 
saisons; le sameli et le dimanche, il n'est pas le même que les jours 
ordinaires. Pendant les six mois d'hiver, trente-six psaumes avec douze 
antiennes ; car chacune était précédée de trois psaumes. Le samedi et 
le dimanche , soixante-quinze psaumes avec vingt-cinq antiennes : à la 
fin de chaque psaume les moines se mettaient à genoux. Outre la prière 
commune , saint Colomban marque l'obligation de prier en particulier et 
avertit que la prière intérieure et l'application continuelle de l'esprit à 
Dieu sont essentielles. 

Après la règle , on trouve le pénitentiel , c'est-à-dire la manière de 
corriger les fautes ordinaires des moines. La punition la plus fréquente, 
c'était la discipline : souvent l'on condamnait au silence et à des jeûnes 
extraordinaires. Les moines devaient faire le signe de la croix sur tout 
ce qu'ils prenaient. Ils devaient, en sortant ou en rentrant dans le mo- 
nastère , demander la bénédiction du supérieur et se présenter devant 
la croix. En sortant, ils portaient ordinairement sur eux de l'huile bé- 
nite pour oindre les malades. Il paraît même qu'ils portaient aussi l'Eu- 
charistie , et il y a des pénitences pour ceux qui en laissaient corrompre 
les espèces. Saint Colomban ne se servait que de vaisseaux de cuivre 
pour célébrer le Saint-Sacrilice , et ses moines faisaient eux-mêmes le 
pain qu'ils y offraient. Il y a un autre pénitentiel de saint Colomban qui 
marque les peines canoniques pour toutes sortes de péchés et pour 
toutes sortes de personnes. 

Saint Colomban conservait à Luxeuil l'usage d'Irlande de célébrer la 
pàque le quatorzième jour de la lune de mars quand ce jour était un 



. 



3 - 



dimanche. Comme on ne voulut point lui permettre en France de suivre 
son usage , il s'adressa au pape Coniface IV et lui envoya des copies des 
lettres qu'il avait écrites au pape saint Grégoire et qui ne lui avaient 
pas été remises. « Nous demeurons, disait-il, dans des déserts sans 
t troubler personne. Nous demandons de conserver la paix et l'unité ec- 
« clésiaslique, comme saint Polycarpe avec le pape Anicet, et que, se- 
« Ion les canons des cent cinquante pères du concile de Conslantinople, 
« les églises qui sont chez les barbares puissent vivre selon leurs lois. > 

Cependant le saint abbé de Luxeuil ayant été chassé de ce monastère 
par ordre du roi Thierry, l'indiscipline d'Agrestin y jeta le trouble et la 
désunion. Ce moine , après avoir été secrétaire du roi Théodcbert 
(Fleury dit Théodoric), avait abandonné tous ses biens pour embrasser 
la vie monastique sous la conduite de saint Eustase , abbé de Luxeuil • 
puis il avait demandé la permission de prêcher l'Évangile aux païens du 
voisinage; car il y en avait encore dans le pays des séquanais , et saint 
Eustase travaillait avec succès à leur conversion ; il allait même souvent 
porter la foi au-delà du Rhin dans la Norique , appelée aujourd'hui Ba- 
vière. Agrestin s'étanl avancé jusque dans cette province et même en 
Istrie, se laissa entraîner dans le schisme occasionné par les trois cha- 
pitres. Il voulut 5 son tour séduire saint Eustase qui , après avoir tenté 
vainement de le ramener, se vit réduit à le chasser du monastère. Le 
dépit qu' Agrestin en conçutle porta à décrier la règle de saint Colomban. 
Secondé par Abellen de Genève , son parent , il parvint sans peine à se 
faire quelques partisans. 

Le roi Clolaire , plein de respect pour saint Colomban , dont il con- 
naissait par lui-même la sainteté , réunit plusieurs évoques à Màcon vers 
l'an G24, pour essayer de mettre fin à ce scandale. Agrestin ne put faire 
dans ce concile contre la règle de Luxeuil que des objections frivoles 
portant la plupart sur quelques usages particuliers aux moines, tels que 
la forme hibernoise de leur tonsure, qui formait une demi-couronne ou- 
verte sur le devant de la tête. Saint Eustase , après avoir confondu le 
moine Agrestin sur tous ces reproches , ajouta : « Je te cite au juge- 
< ment de Dieu cette année même pour plaider ta cause ; > menace pro- 
phétique qui eut son accomplissement : ce moine perturbateur lut , en 
effet , tué d'un coup de hache par son propre valet , dont il abusait de 
la femme (1). 



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(i) Frédegaire, Historia, cap. r.iv. — Le P. I.alibe, Sacnmnda conciliu, t. V, 
p. 16B6. — Le P. Mansi, Suffi- <»ncil., I. I, — Le P. Sinnond, Conc. uni. Gull', 
'■ !. 1'. 477- — Le P- Hârdouin, CM. concH., i. III , p. 5<i<j. 



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N° S36. 



I" CONCILE DE REIMS. 

(remense I.) 

(L'an 625 (1) .) —Plus de quarante évêques du royaume de Clotaire II 
assistèrent à ce concile , qui fut présidé par Sonnace de Reims. Parmi 
ces prélats on remarque Théodoric de Lyon , saint Sindulfe de Vienne, 
saint Sulpice-le-Pieux de Bourges, Modegisile de Tours, Senoch d'Eause 
ou Aueh, saint Arnould de Metz, saint Cunibert de Cologne, saint Chag- 
noald de Laon et saint Donat de Besançon. On y confirma les canons du 
VI' concile de Paris tenu l'an 61S et on en fit^vingt-cinq autres sur 
divers points de discipline (2). 

1" canon. Il n'est permis à personne de s'attribuer en propre ce que 
l'Église lui aura donné par précaire (c'est-à-dire à litre de redevance an- 
nuelle (3) ), quelque longue que soit la possession; et l'Église est tou- 
jours en droit de rentrer dans la possession de ces biens. 

2 e canon. Ceux d'entre les clercs qui se seront engagés par serment 
ou par écrit dans des conjurations contre leurs évêques, seront privés 
de leur grade , s'ils ne se corrigent pas, 

3 e canon. Les règlements faits dans le concile général assemblé à Pa- 
ris (615), dans la basilique de Saint-Pierre, par les soins du roi Clo- 
taire II , doivent être observés. 

4 e canon. Que les évêques aient soin de s'informer s'il y a encore des 
hérétiques dans les Gaules et de travailler à les convertir. 

5 e canon. Qu'on n'excommunie personne témérairement et que le 
concile de la province ait droit de juger de la validité de l'excommuni- 
cation. 

6 e canon. Il est défendu aux laïques juges d'imposer des charges pu- 
bliques aux clercs ou de les condamner à quelque peine sans le con- 
sentement de l'évêque ; il est aussi défendu de recevoir dans le clergé , 

(i) Ver» l*an 63o suivant quelques auteurs ; mais plutôt l'an Gî5 d'après les plus 
savants chronologistes et les collecteurs. 

(a) Flodoard, Hislor. eccl. Semensis , lib. Il, cap. 5. — I.e P. Labbc, Sacrosancta 

concilia , t. V, p. 1688.. — Le P. Sirmond , Conc. uni. Gall., t. I, p. 479. Le 

P. Hardouin , Collect. conc., t. III , p. 569. 

(3) On voit par là que l'usage des précaires ecclésiastiques était établi dès le com- 
mencement du septième siècle. 11 ne commença donc pas, comme le dit un écrivain 
moderne, sous le maire Ébfoïn, l'an 660. 



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— 5 






sans la permission du prieur ou du juge , ceux qui sont chargés des re- 
venus du domaine. 

7 e canon. Il est défendu, sous peine d'excommunication, de tirer des 
églises ceux qui s'y réfugient, à moins qu'on ne leur promette avec ser- 
ment de ne point les faire mourir, ni de les mutiler ou de les soumettre 
à la torture ; néanmoins le réfugié ne sera mis en liberté qu'en promet- 
tant d'accomplir la pénitence canonique marquée pour son crime. 

8 e canon. Que ceux qui ont contracté des mariages incestueux se sé- 
parent, sous peine d'être excommuniés et privés de leurs charges et de 
leurs biens ; et que les évoques , dans le diocèse desquels se trouvent 
les incestueux , les dénoncent au roi ou aux juges. 

9 e canon. Que celuiqui se rendra coupable d'homicide volontaire, de- 
meure excommunié toute sa vie, et s'il fait pénitence, qu'il reçoive le 
viatique (c'est-à-dire l'absolution sacramentelle et l'Eucharistie ) à la 
mort. 

10 e canon. Il est défendu aux clercs et aux laïques, sous peine d'être 
chassés de l'Église, de retenir ce que leurs parents auront eux-mêmes 
donné. 

11 e canon. Il est défendu , sous peine d'excommunication , de vendre 
des esclaves chrétiens aux païens ou aux juifs. 

12 e canon. Un clerc, obligé de sortir de son diocèse pour faire un 
voyage , doit être muni de lettres de recommandation de son évêque , 
et s'il n'en a pas on ne doit pas le recevoir. 

13 e canon. Il est défendu aux évêques d'aliéner les esclaves et les biens 
de l'Église. 

14 e canon. Il est défendu d'observer les augures ou les cérémonies 
des païens, d'assister à leurs sacriûces ou de manger des viandes oirertes 
aux idoles ; que ceux qui l'auront fait après avoir été avertis de s'en 
abstenir, soient mis en pénitence. 

13 e canon. Un esclave ne peut être reçu accusateur. Celui qui accuse 
quelqu'un sur plusieurs chefs et qui ne prouve pas le premier, ne doit 
point être admis à prouver les autres. 

16* canon. Il est défendu à qui ce soit, sous peine d'excommunication, 
de s'emparer des biens meubles ou immeubles de l'Église, après la mort 
de l'évêque , avant l'ouverture de son testament. 

17 e canon. 11 est défendu, sous peine d'excommunication , de réduire 
en servitude des ingénus (ceux qui sont nés libres) ou des affranchis. 

18 e canon. Les clercs ne peuvent poursuivre aucune affaire devant 
les tribunaux séculiers, ni pour eux ni même pour l'Église , sans la per- 
mission de l'évêque. 



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19 e canon. On ne doit point prendre un laïc pour le faire archiprètre 
dans une paroisse , mais il est permis d'ordonner clerc celui d'entre les 
laïques qui se trouvera le sénieur (ou l'un des principaux du lieu). 

20 e canon. Les donations faites à l'évêque par des étrangers appar- 
tiennent à l'Église ; car il est à présumer qu'ils les ont faites pour le 
salut de leur âme et non pour l'utilité particulière de l'évêque. Nous en 
exceptons les choses qui lui ont été données par fidci-commis. 

21 e canon. Si un évoque est convaincu d'avoir usurpé les biens d'une 
autre église, qu'il soit déposé. 

22 e canon. Si un évèquc brise les vases sacrés pour toute autre raison 
que pour la rédemption des captifs , qu'il soit suspendu de ses fonc- 
tions. 

25 e canon. Que ceux qui enlèveront des veuves ou des vierges con- 
sacrées à Dieu , soient privés de la communion avec celles qu'ils auront 
enlevées , si elles y ont consenti. 

24 e ganon. Que les juges qui mépriseront les canons ou qui violeront 
l'édit du roi donné à Paris , soient privés de la communion. 

25 e canon. Nous enjoignons de ne point ordonner évêque celui qui ne 
sera pas natif du lieu pour lequel il est ordonné , et qui n'aura pas élé 
choisi par le consentement du clergé , du peuple et des comprovinciaux ; 
sinon , qu'il soit chassé de son siège , et que les évoques ordonnateurs 
soient privés de leurs fonctions pendant trois ans. 

Cette règle avait été recommandée et suivie par saint Grégoire-le- 
Grand, et on rapporte que saint Gall, choisi pour l'évêché de Constance, 
refusa ce siège , en donnant pour principale raison sa qualité d'étranger. 

Ces canons sont suivis de vingt-un statuts synodaux (1) qui portent le 
nom de Sonnace, mais on croit qu'ils sont postérieurs à ce concile, 
parce que l'historien Flodoard n'en parle pas , quoiqu'il ait rapporté les 
canons du concile de Reims et donné le précis du testament de cet 
évêque. Le dénombrement que l'on fait dans le 20« statut des jours que 
l'on doit fêter, prouve encore que Sonnace n'en est point l'auteur : car 
on y met entre les fêtes celle de la nativité de la Sainte-Vierge, qui n'a 
commencée à être chômée par ordre de l'Église qu'au dixième siècle , 
quoiqu'on en lit l'office longtemps auparavant (2). 



(i) Le P. Labbc, Sacrosancta conciliât t. V, p. i6f)3. 
(?) DomMabillon, Lilurgia r/allic, p. 10 \, 






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— 7 — 



N° 357. 
* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANÏÏNOPOLITANUM.) 

(L'an 626.) — Ce concile fut tenu par !e pape Sergius. Les acéphales 
y décidèrent qu'il n'y a qu'une volonté et qu'une opération en Jésus- 
Christ (1). 

N° 858. 
CONCILE DE CLICHY, PRÈS DE PARIS. 

(CLIPPIACENSE.) 

(Le 26 mai de l'an 627 (2).) — Les évèques, les abbés et les comtes 
du royaume assistèrent à ce concile qui fut assemblé par Clotaire II 
pour régler tout ce qui pourrait contribuer à la tranquillité de ses étals 
et à l'utilité de l'Eglise. Les actes en sont perdus. Il paraît qu'il y fut 
question de ceux qui se retiraient dans l'église de Saint-Denis comme en 
un lieu qui avait droit d'asile (3). 



I 



N° 859 

* CONCILE DE LÉNIA, EN IRLANDE. 

(leniense.) 

(L'an 630.) — Ce concile fut tenu au sujet de la célébration de la 
paque. On y décida que l'on continuerait de célébrer celle fête comme 
par le passé , c'est-à-dire le quatorzième jour de la lune de mars quand 
ce jour serait un dimanche (A). 

C'est le seul point où les hibernois s'accordaient avec les juifs pour la 
célébration de la fête de pàques , quoique plusieurs anciens auteurs les 
appellent des quarto-décimans. 

(i) Le P. Pagi, Critica in annal. Baron. , t. Il, p. --j c >. 

{i) Ce concile est date et» septième des calendes de juin , cinquième année du 
règne de Dagobcrtl, en Austrasie , c'est-à-dire l'an 61- . et suivant Aimoin, qua- 
rante-quatrième de celui de Ciolaire 11 , c'est-à-dire l'an 627. Dagobert ayant reçu 
de son père le royaume d' Austrasie vers la fin de &11 , et Clotaire ayant succédé à 
son père vers la fin de l'an 584, c ' est évidemment par erreur que plusieurs histo- 
riens ont placé ce concile à l'an 628. 

(3) Aimoin, De geslis francorum , lib. v, cap. i/iet i5. — Le P. Hardouin, Coll. 
concil., t. III, p. io85. — Le P. Labbe , Saerosancta concilia, t. V, p. 1 854- 

(4) Colelli, Concil,, édition de Venise, t. VI. 









N° 840. 

* CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrinum.) 

(L'an 635 (1).) — Dès son avènement à l'empire, Héraclius montra 
beaucoup de zèle pour la religion. Il chassa les juifs de Jérusalem et leur 
défendit d'en approcher jusqu'à trois milles de distance. Il rendit aux 
catholiques l'église d'Edesse et les autres que Chosroës, roi des perses, 
avait données aux nestoriens, et fit aux églises de Conslantinople des 
rentes annuelles en paiement des vases et de l'argent qu'il avait été obligé 
de prendre pour les frais de la guerre , mais il eut le malheur de se 
laisser séduire par les artifices de quelques sectaires et devint le fauteur 
de l'hérésie des monothélites. Comme les eutychfcns voyaient leurs er- 
reurs condamnées par l'autorité du concile de Calcédoine et par le juge- 
ment de l'Église universelle , quelques-uns d'entre eux jugèrent à pro- 
pos de les modifier ou de les déguiser du moins sous d'autres formules ; 
et tout en reconnaissant deux natures en Jésus-Christ , ils en rejetèreut 
implicitement la distinction en ne voulant admettre qu'une seule opé- 
ration et une seule volonté. Ils prétendaient se ménager ainsi le moyen 
de paraître approuver le concile de Calcédoine sans abjurer néanmoins 
1 e fond de leur doctrine ; car il est évident que si la nature humaine en 
Jésus-Christ est sans volonté et sans action propre, elle se trouve ab- 
sorbée parla nature divine, et le mystère de la rédemption avec tous 
les actes de la vie mortelle du Christ n'offre plus alors aucune réalité. 
Ces sectaires retombaient donc ainsi dans PEutychianisme le plus rigou- 
reux. Mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que sous cette nouvelle 
formule leurs erreurs se montreraient trop peu déguisées pour faire illu- 
sion, et bientôt s'efforçant de faire regarder comme indécise et inop- 
portune la question d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ , ils se 
bornèrent pendant quelque temps à soutenir expressément l'unité de 
volonté, dans l'espoir de faire passer plus facilement leur doctrine sous 
une formule aussi restreinte , qui semblerait exclure simplement deux 
volontés contraires. C'est ce qui leur fit donner le nom de monothélètes, 
ou plus communément monothélites (-2). Par ce moyen, ils parvinrent 

( i ) Ce concile est date , clans l'original , du mois de payni , qui répoud au* mois 
de mai el de juin , cl dans les acles latins du mois de mai , indiction sixième. 
( i) Ce nom dérive des deux mots grecs OsXeïv, vouloir, et u.ovi; seul. 



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— 9 — 

à entraîner dans leur parti un grand nombre de catholiques , dont ils 
surprirent la foi par l'ambiguïté de cette dernière formule. 

Il y eut ainsi parmi les monolhélites des eutychiens rigoureux qui ad- 
mettaient l'unité d'opération et de volonté , comme renfermant implici- 
tement la confusion des deux natures ; des semi-eutychiens qui , regar- 
dant les deux natures comme unies malgré leur distinction de manière à 
n'en fermer qu'une seule, ne voyaient dans la nature humaine qu'un 
instrument passif du Verbe incarné et représentaient l'unité d'opération 
comme une suite de l'unité de personne ; et enfin des catholiques, qui, 
sans se prononcer formellement sur la question d'une ou de deux opé- 
rations en Jésus-Christ, ne laissaient pas de conserver en réalité sur ce 
point la croyance de l'Eglise et n'admettaient l'unité de volonté que 
comme l'exclusion de deux volontés contraires. Les semi-eutychiens 
monothélites, en reconnaissant dans la nature humaine l'activité et la 
faculté de vouloir, se bornaient à en contester l'exercice ; les eutychiens 
rigoureux rejetaient l'activité elle-même , et celte diversité d'opinions 
produisit les variations qu'on remarque selon les circonstances dans 
l'exposition des doctrines de la secte. Mais au fond les principes des uns 
et des autres conduisaient aux mêmes conséquences. 

Héraclius , cherchant à ramener les partis qui déchiraient l'Église en 
Orient, eut pour cet objet des conférences avec un certain Paul, 
chef des eutychiens d'Arménie , et avec Anaslase, patriarche des jaco- 
bites d'Antioclie. Comme il le pressait de recevoir le concile de Calcé- 
doine et de confesser deux natures en Jésus-Christ , Anaslase, dans 
l'espoir de se faire reconnaître comme patriarche d'Orient, répondit 
qu'il y consentait, pourvu qu'après l'union des deux natures on n'admît 
qu'une seule volonté et une seule opération. Sur cette réponse , l'empe- 
reur demanda l'opinion de Sergius de Conslantinople, qui ne balança 
pas à approuver la doctrine d'Anastase (I). Héraclius crut pouvoir aisé- 
ment alors mettre fin aux divisions et ramener les eutychiens à la foi 






(i) Sergius, né de parenis jacobiles , avait lui-même embrassé depuis longtemps 
le Monothélisme, dont l'auteur, fut, dit-on, Théodore, évéque de Pharan dans 
l'Arabie. Pour donner plus de crédit à cette eireur, Sergius avait même composé 
une prétendue lettre du patriarche Mennas au pape Vigile, dans laquelle était for- 
mellement enseignée l'unité d'opération et de volonté, et il s'était empressé de l'en- 
voyer à Théodore. 11 la fit ensuite passer, avec une approbation de ce dernier, à 
Paul-lc-Eorgnc, chef des eutychiens , pour essayer de le ramener à la communion 
catholique. 11 tenta aussi de réunir par ce moyen à l'Église les sectateurs de Paul de 
Samosate , qui , ne croyant Jésus-Clnist qu'un pur homme , ne pouvaient lui attri- 
buer qu'une opération. — t.c P. T.alihe, Sacrosancta concilia , l. VI , p. 162, l63, 
n8o. — XIV e session du Vis concile général, 



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— 10 — 

catholique. Il écrivit donc aux principaux évêques pour leur faire ap- 
prouver l'unité d'opération , et passant dans le pays des Lases , il pro- 
posa son projet à Cyrus, métropolitain de Phaside. Celui-ci parut hésiter 
d'abord ; mais ayant vu la lettre de Sergius à l'empereur et consulté 
lui-même ce patriarche , qui lui envoya avec sa réponse la prétendue 
lettre de Mennas au pape Vigile , il se montra le partisan déclaré du 
Monothélisme , favorisa de tout son pouvoir le plan d'Héraclius et ob- 
tint bientôt après en récompense de son zèle le siège d'Alexandrie, de- 
venu vacant l'an 650 par la mort de Georges , successeur de Jean l'au- 
monier (1). 

Dès que Cyrus fut élevé sur ce siège, il se concerta avec Théodore de 
Pharan et travailla , selon les vues et d'après le plan de l'empereur, à 
réunir à l'Église les différentes sectes d'eutychiens , fort nombreuses en- 
core en Egypte. Il dressa pour cet objet neuf articles de doctrine sur les 
mystères de la Trinité et de l'Incarnation , tous orthodoxes, excepté le 
septième, où il est dit que le même Jésus-Christ produit les actions di- 
vines et humaines par une seule opération théandriqiie , c'est-à-dire di- 
vine et humaine tout ensemble ; de sorte que la distinction n'existe que 
dans notre entendement. Le moine saint Sophronc , depuis évêque de 
Jérusalem , qui se trouvait alors à Alexandrie , se jeta aux pieds du pa- 
triarche , pour l'engager à retrancher cet article , mais ses remontrances 
furent inutiles. Les théodosiens etlesjacobites ne firent aucune difficulté 
de souscrire aux neuf articles de Cyrus dans un concile assemblé à ce 
sujet , et ils vinrent tous ensemble recevoir solennellement la commu- 
nion dans la grande église d'Alexandrie. Cette réunion se fit le 5 juin de 
l'an 633. Elle fut considérée comme un triomphe par les eut vchiens, qui 
disaient hautement que les défenseurs du concile de Calcédoine avaient 
enfin pris le parti de se réunir à eux et que, en ne reconnaissant qu'une 
seule opération, on confessait aussi une seule nature en Jésus-Christ 
après l'union. Cyrus en envoya la relation exacte à l'empereur et il écri- 
vit en même temps au patriarche Sergius (2). 



(i) Théophane, Chronog. — Cedrenus, Compemlium liistoi: — Maxime, Disputatio 
cum PyiTho. — Concile de Latran de l'an 6^9- 

(a) Théophane, Chronog., p. 274. — Maxime, Epistola ad Petivm. — Concile 
de Latran de l'an 6^9. — Troisième concile de Constantinople , vi« œcuménique , 
i3e session. — Le P. Mansi, Suppl, concil., t. I. 



— 11 — 



N° 841. 
IV e CONCILE DE TOLÈDE. 

(TOLETANCM IV.) 

(Le 9 décembre de l'an 633 (1).) — Soixante-deux évoques et sept 
députés assistèrent à ce concile que présida saint Isidore de Séville. Les 
plus illustres étaient saint Juste de Tolède, célèbre par sa sainteté, 
Braulion de Saragossc , Conantius de Palence et Nonnit de Gironne. 
Ce concile est nommé grand et universel, parce qu'il s'y trouva des 
évêques de toute l'Espagne et de la partie de la Gaule Narbonnaise sou- 
mise à la domination des golhs. Quand tous les prélats furent assemblés 
dans l'église de Léocadie , Le roi Sisenand y entra avec quelques sei- 
gneurs, et s'étant prosterné à terre devant les évoques , il les conjura 
avec larmes de prier Dieu pour lui. Il les exhorta ensuite à conserver 
les droits de l'Église et à réformer les abus. Ce fut dans celte intention 
que le Concile fit les soixante-quinze canons suivants (2) : 

1" canon. Nous confessons, selon les divines Écritures et la doctrine 
que nous avons reçue des saints Pères, un Père, un Fils et un Saint- 
Esprit , n'ayant qu'une seule substance et ne formant qu'une seule di- 
vinité; nous croyons à la distinction des personnes de la Trinité; nous 
enseignons leur unité dans la divinité ; nous ne confondons pas les per- 
sonnes, et nous ne divisons pas la substance. Nous disons que le Père 
n'a été ni fait, ni engendré par personne; que le Fils n'a pasélé fait 
mais engendré par le Père, et que le Saint-Esprit n'a été ni créé ni engen- 
dré , mais qu'il procède du Père et du Fils ; que dans ces derniers temps 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le créateur de toutes choses, 
et qui a été engendré de la substance du Père avant tous les siècles, est 
descendu du Père par la rédemption du monde , quoiqu'il n'ait jamais 
cessé d'être avec le Père ; qu'il s'est incarné dans le sein de la glorieuse 
Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit ; qu'il est né d'elle; qu'il 
est l'un de la sainte Trinité ; qu'il a revêtu la nature humaine , prenant 
une âme et une chair parfaites, mais sans péché; restant ce qu'il 
était et devenant en même temps ce qu'il n'était pas ; qu'il est égal au 
Père selon la divinité , mais inférieur au Père selon l'humanité ; qu'il a 



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(i) Ce concile est dalé de la troisième année du règne de Sisenand , 9 décembre 
de l'an 671 de l'ère d'Espagne. 

(3) Le P. Labbe, S acrosancta concilia , t. V, p, 1700. — Saens de Aguirrc, Coll. 
concil. Hisp., t. II , p. 477. — Le P. Mansi , Suppl. concit., t. I. 







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— 12 — 

dans une seule personne les propriétés des deux natures divine et hu- 
maine ; qu'il est Dieu et nomme en même temps ; que ces deux natures 
ne forment qu'une seule personne, et qu'il a souffert les tourments et 
la mort pour notre salut, non par sa vertu divine, mais selon la 
faiblesse humaine ; qu'il est descendu aux enfers pour en délivrer les 
saints qui y étaient retenus ; qu'il est ressuscité après avoir détruit l'em- 
pire de la mort ; qu'il est ensuite monté au ciel , d'où il viendra dans les 
siècles à venir pour juger les vivants et les morts; qu'il nous a rachetés 
par sa mort et par son sang ; qu'il nous a obtenu la rémission de nos 
péchés ; que nous ressusciterons par lui dans cette même chair dans la- 
quelle nous vivons maintenant, et sous la même forme que le Seigneur 
avait prise dans sa résurrection ; que les uns recevront de lui la vie 
éternelle en récompense de leurs bonnes œuvres , et les autres le sup- 
plice éternel en punition de leurs péchés. Telle est la foi de l'Église ca- 
tholique que nous faisons profession de croire et d'enseigner : celui qui 
la gardera fidèlement obtiendra le salut éternel. 

2 e canon. Puisqu'il n'y a qu'une même foi , qu'il n'y aft plus de diver- 
sité dans la célébration des offices entre les églises particulières , de peur 
qu'il ne semble aux hommes grossiers que ce ne soit un schisme. Nous 
observerons donc un même ordre de prière et des psalmodies dans toute 
l'Espagne , une même forme pour la célébration des messes et pour les 
offices du soir et du matin. 

3" canon. La principale cause du relâchement de la discipline est la 
négligence des évêques à tenir des conciles. Nous ordonnons donc, sui- 
vant les anciens décrets , qu'on assemble deux conciles par an , ou au 
moins un. Lorsqu'il s'agira de la foi ou d'une affaire commune, que le 
concile soit général et assemblé de toute l'Espagne et delà Galice (I); mais 
pour les affaires particulières , qu'on tienne les conciles en chaque pro- 
vince, le 15 des calendes de juin (17 mai) , au lieu désigné par le mé- 
tropolitain. 

■4 e canon (2). A la première heure du jour, avant le lever du soleil , 
on fera sortir tout le monde de l'église et on en fermera les portes. Tous 
les portiers se tiendront à celle par où doivent entrer les évêques , 
qui entreront tous ensemble et prendront séance selon leur rang 
d'ordination. Après les évêques , on introduira les prêtres , qui auront 
droit d'entrer au concile , et ensuite les diacres dont la présence sera 

(1) De la Gaule, suivant les collecteurs. 

(2) Ce canon prescrit en détail la forme que l'on doit suivre dans la tenue des 
conciles; elle vient apparemment d'une tradition plus ancienne, mais on ne la 
trouve point auparavant. 




- 13 — 

jugée nécessaire. Les évéques seront assis en rond , les prêtres assis 
derrière les évéques et les diacres debout devant eux. On introduira 
aussi les laïques que le Concile en jugera dignes, puis les notaires (clercs 
exercés à écrire en notes), pour lire les actes et rédiger le procès-ver- 
bal ; et on gardera les portes. Les évéques ayant pris place et étant res- 
tés longtemps en silence, le cœur appliqué à Dieu, l'archidiacre dira : 
Priez ; et aussitôt tous se prosternant à terre , prieront quelque temps 
en silence avec larmes et gémissements, invoquant le Saint-Esprit et 
demandant la grâce de rendre de justes jugements , et un des plus an- 
ciens évéques se levant seul récitera une prière à haute voix, les au- 
tres demeurant prosternés. Sa prière finie, et tous ayant répondu Amen, 
l'archidiacre dira : Levez-vous ; tous se lèveront aussitôt, et les évéques 
et les prêtres s'assoiront avec crainte de Dieu et modestie. Tous garde- 
ront le silence. Alors un diacre revêtu de l'aube , apportera au milieu 
de l'assemblée le livre des canons et lira ceux qui parlent de la tenue 
des conciles. Puis l'évèque métropolitain , prenant la parole , exhortera 
ceux qui auront quelque affaire à la proposer au concile. Si un étran- 
ger, prêtre, diacre, clerc ou laïque , forme une plainte, on ne passera 
point à une autre affaire; il la déclarera à l'archidiacre de la métropole, 
qui la dénoncera au concile ; et alors on lui permettra d'entrer et de 
proposer lui-même son affaire. Aucun évêquene quittera la séance avant 
que tout ne soit terminé , afin de pouvoir souscrire aux décisions ; car on 
doit croire que Dieu est présent au milieu de ses évoques , lorsque les 
affaires ecclésiastiques se terminent sans tumulte, avec application et 
tranquillité. On publiera le jour de la pâque et on indiquera celui de la 
prochaine assemblée. On finira le concile par des prières, pour deman- 
der la rémission des fautes que l'on aura commises et la conservation de 
l'esprit d'union; tous les évéques se donneront le baiser de paix, et le 
métropolitain donnera la bénédiction solennelle. 

5 e canon. Pour éviter les variétés qui arrivent dans la célébration de 
la solennité de pâques , à cause des différentes tables ou cycles , trois 
mois avant l'épiphanie , les métropolitains s'instruiront mutuellement 
du jour de pâques, afin qu'ils en avertissent leurs suffragants et que 
tous célèbrent en même temps cette solennité. 

6' canon. Comme certains évéques ariens administrent le baptême 
par trois immersions , on doit le donner par une seule , suivant la déci- 
sion du pape Grégoire , afin de ne point paraître approuver ces héré- 
tiques. « A l'égard des trois immersions du baptême , écrivait ce saint 
« pontife au très-saint évêque Léandre (1), nous les faisons pour expri- 

(0 Ub. i, Bplstola 4 t. 







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t mer les trois jours de la sépulture , oh si l'on veut les trois personnes 
« de la Trinité , comme l'immersion unique pour signifier l'unité de la 
< nature divine. Mais puisque les hérétiques , en plongeant trois fois , 
« veulent faire croire à une distinction de nature entre le Père , le Fils 
t et le Saint-Esprit , je suis d'avis que vous ne fassiez qu'une seule im- 
c mersion. > 

7 e canon. Que les portes des églises ne soient point fermées le jeudi- 
saint , ainsi que cela se pratique dans certaines églises ; mais qu'on y cé- 
lèbre l'office, qu'on instruise le peuple sur la passion de Notre-Seigneur 
et qu'on l'exhorte à demander à haute voix pardon de ses péchés , afin 
que purifié par la componction delà pénitence, il puisse célébrer le saint 
dimanche de la résurrection et recevoir avec un cœur pur le sacrement 
du corps et du sang du Seigneur. 

8 e canon. Que le jour de la Passion du Seigneur (le vendredi-saint) 
on observe le jeûne , non-seulement jusqu'à l'heure de none , mais jus- 
qu'à ce qu'on ait fini l'office et les prières de l'indulgence (ou de l'ab- 
soute). Les enfants, les vieillards et les malades seuls sont exemptés de 
ce jeûne. Que celui qui le rompra, pendant que toute l'Église est dans 
l'abstinence et la tristesse , à cause de la passion du Seigneur, ne parti- 
cipe point à la joie de la solennité pascale et ne reçoive pas le sacrement 
du corps et du sang du Seigneur. 

9 e canon. Dans quelques églises d'Espagne la lampe et le cierge ne 
sont point bénis à la solennité de pâques, et on s'y demande même pour- 
quoi nous les bénissons. Nous les bénissons pour honorer la sainte nuit 
de la résurrection. Nous ordonnons donc que cet usage soit observé 
dans toutes les églises d'Espagne et de Galice (de Gaule , suivant quel- 
ques manuscrits). 

10 e canon. Et parce que certains évêques en Espagne ne récitent pas 
tous les jours l'oraison dominicale , mais seulement le saint jour du di- 
manche , nous ordonnons qu'on la dise tous les jours dans l'office public 
ou particulier, suivant le sentiment de saint Cyprien , de saint Hilaire et 
de saint Augustin. Si un évêque ou un clerc inférieur enfreint ce dé- 
cret , qu'il soit privé de l'honneur de son ordre. 

11 e canon. Nous avons appris que certains évêques en Espagne disent 
alléluia pendant la sainte quarantaine, excepté la dernière semaine; 
nous défendons de le chanter, parce que c'est un temps de tristesse et 
de pénitence. Qu'on ne le chante pas non plus le jour des calendes (le 
1 er ) de janvier ; qu'on s'abstienne , au contraire, ce jour-là de toute 
chair, comme en carême, afin de s'éloigner de la superstition des païens. 
Si un évêque, ou un prêtre, ou un diacre , ou un clercinférieur, en- 



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— 15 



freint ce décret, qu'il soit forcé de s'abstenir de l'office de son ordre et 
qu'il soit privé de la communion pascale. 

12 e canon. Dans certaines églises d'Espagne on chante à la messe les 
louanges (1) ou laudes après l'Épître et avant l'Évangile , quoique les ca- 
nons ordonnent d'annoncer les évangiles après l'Epître et non les louan- 
ges. Nous voulons que l'on suive cet ordre , sous peine d'excommuni- 
cation , et que les louanges soient chantées après l'Evangile en l'honneur 
de Jésus-Christ annoncé dans ce même Évangile. 

13 e canon. Le Seigneur et les apôtres nous ont donné l'exemple de 
chanter des hymnes; car le Seigneur lui-même a dit une hymne, selon 
le témoignage de saint Matthieu : « El ayant dit l'hymne , ils sortirent 
i allant à la montagne des Oliviers (2). » L'apôtre saint Paul , écrivant 
aux éphésiens, leur disait : a Remplissez-vous du Saint-Esprit, vous 
entretenant de psaumes , d'hymnes et de cantiques spirituels (5). « Nous 
connaissons plusieurs hymnes composées à la gloire de Dieu et en l'hon- 
neur du triomphe des apôtres et des martyrs, comme celles qui ont été 
faites par les bienheureux docteurs Hilaire et Ambroise ; toutefois quel- 
ques-uns les rejettent, parce qu'elles ne se trouvent point dans l'Écri- 
ture-Saime et qu'elles ne nous viennent pas de la tradition apostolique. 
Qu'ils rejettent donc aussi avec dédain cette hymne composée par les 
hommes, que nous disons tous les jours à la lin des psaumes dans l'of- 
fice public et privé : c Gloire et honneur au Père et au Fils et au Saint- 
t Esprit, dans les siècles des siècles , ainsi soit-il ; > et aussi cette 
hymne que les anges chantèrent à la naissance du Christ : < Gloire à 
t Dieu au plus haut des cieux , et paix sur la terre aux hommes de 
i bonne volonté (4) ; t car ce qui suit a été compose par des docteurs 
ecclésiastiques. Il ne faut donc point chanter ces hymnes dans les égli- 
ses, parce qu'on ne les trouve point dans les livres des saintes Écri- 
tures. Mais si l'on ne chante dans les églises que ce qui est de l'Écriture, 
il faudra donc retrancher dans l'office divin toutes les prières qui ont 
été composées par des hommes ? L'Apôlre nous avertit et nous ex- 
horte de le faire : « Je vous conjure donc , dit-il, avant toutes choses , 
< que l'on fasse des supplications, des prières, des demandes et des ac- 
« lions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux 
• qui sont élevés en dignités (5). i Donc si quelqu'un de la Galice ou 

(i) Par ces louanges ou laudes, il faut entendre, suivant saint Isidore, \'Alh- 
iuia , qui se trouve encore après l'Évangile dans le missel mozarabique. 

(2) Evangile, ch. xxvi, v. 3o. 

(3) Ch. v,v. i8-i6. 

(4) S. Luc, Évangile, ch. H, v, i4. 

(5) /" Epltre ù Timothée, ch. n, v. 1, i. 










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— 16 — 

de l'Espagne ose rejeter ces hymnes , nous voulons qu'il soit excom- 
munié. 

W canon. Suivant l'ancienne coutume, nous ordonnons à toutes les 
églises d'Espagne et de la Galice de chanter à la messe , les dimanches 
et les jours de fêtes des martyrs , l'hymne des trois jeunes hommes 
dans la fournaise (1). Si quelqu'un enfreint ce décret, qu'il soit excom- 
munié. 

15 e canon. A la fin de chaque psaume , on ne doit pas dire simple- 
ment gloire au Père, mais gloire et honneur au Père , selon qu'il est dit 
par le prophète David (Ps. 28 e ) et par saint Jean dans Y Apocalypse 
(3 e chapitre). Si quelqu'un n'observe point notre décret, qu'il soit ex- 
communié. 

16 e canon. Il y en a qui ne disent point le gloria après les répons, 
trouvant que cela ne convient pas à ce qu'on a dit. Nous décidons qu'on 
le dira si le sujet des répons est gai ; mais , au contraire , s'il est triste, 
on répétera le commencement. 

17 e canon. Nous ordonnons de lire publiquement à l'office, depuis 
pâques jusqu'à la pentecôte , le livre de l'Apocalypse que les églises doi- 
vent recevoir comme divin. Si quelqu'un enfreint ce décret ou ne re- 
çoit pas ce livre, qu'il soit excommunié. 

48 e canon. Certains évoques communient immédiatement après l'o- 
raison dominicale et donnent ensuite la bénédiction au peuple, ce que 
nous avons déjà défendu. Après l'oraison dominicale et la jonction du 
pain et du vin , on doit donner la bénédiction au peuple et ensuite le 
sacrement du corps et du sang du Seigneur, mais dans l'ordre suivant : 
Les prêtres et les diacres recevront la communion devant l'autel, les 
autres clercs dans le chœur et le peuple hors du choeur (2). 

19 e canon. Il existe un pernicieux usage , contraire aux statuts et qui 
trouble tout l'ordre de l'Eglise : les uns arrivent au sacerdoce (à l'épi - 
scopat) par ambition, les autres à force de présents et quelques-uns 
coupables de crimes ou engagés dans la milice séculière. Pour réprimer 
ces abus qui peuvent devenir une source de désordres dans l'Eglise, 
nous défendons d'élever au sacerdoce ceux qui ont été convaincus de 
crimes ; ceux qui les ayant confessés ont été mis en pénitence publique ; 
ceux qui ont une tâche d'infamie ; ceux qui sont tombés dans l'hé- 

(i) On ne voit plus cette hymne dans le missel mozarabique , mais on y voit 
encore gloria et honor patri , comme l'ordonne le concile de Tolède, et non sim- 
plement le gloria patri comme nous le disons. 

(2) C'est-à-dire que l'on portait à chacun la communion à sa place, comme cela 
»c pratiquait à Rome. 






— 17 — 

résie; ceux qui ont été baptisés ou rebaptisés dans l'bérésie; ceux qui 
se sont fait eux-mêmes eunuques ; ceux qui ont un membre mutilé ; 
ceux qui ont eu plusieurs femmes; ceux qui ont épousé une veuve, 
ou une femme abandonnée par son mari , ou une femme de mau- 
vaises mœurs ; ceux qui ont eu des concubines ; ceux qui se sont ren- 
dus coupables de fornication ; ceux qui sont de condition servile ; 
ceux qui sont ignorants; ceux qui sont néophytes ou laïques; ceux 
qui sont engagés dans la milice séculière ; ceux qui sont embarras- 
sés d'affaires ; ceux qui ne sont point instruits des lettres ; ceux qui n'ont 
pas atteint l'âge de trente ans; ceux qui n'ont point passé par les dif- 
férents degrés ecclésiastiques ; ceux qui ne recberebent celle dignité 
que par ambition , ou qui emploient des présents pour y arriver; ceux 
qui ont été choisis par leurs prédécesseurs ; et enfin ceux qui n'ont pas 
été élus par le peuple et par le clergé, ni approuvés par le métropoli- 
tain ou par les évoques de la province. A l'avenir, avant d'élever quel- 
qu'un au sacerdoce , on examinera sa vie et sa doctrine ; ensuite s'd est 
jugé digne de l'épiscopat , il sera consacré le dimanche par lous les évo- 
ques de la province ou par trois au moins, mais avec le consentement 
par écrit des autres , en présence et par l'autorité du métropolitain , et 
avec l'approbation du clergé et du peuple. L'évêque suffragant sera con- 
sacré dans le lieu que le métropolilain aura désigné , et le métropolitain 
dans sa métropole où s'assembleront tous les évoques de la province. 
Si quelqu'un est élevé au sacerdoce contre les prescriptions de ce 
canon , il est en péril avec les évoques ordinateurs d'en perdre l'hon- 
neur. 

20 e canon. Dans l'ancienne loi , les lévites ne pouvaient servir au la • 
bernacle avant l'âge de vingt-cinq ans; les canons des saints Pères se 
sont conformés à l'autorité de cette coutume. Mais nous qui avons ou- 
blié et la loi divine et les décrets des conciles , nous faisons diacres ou 
sous-diacres des enfants et déjeunes garçons, avant qu'ils aient atteint 
l'âge prescrit par les canons et qu'ils aient l'expérience de la vie. C'est 
pourquoi nous ordonnons que les diacres et les sous-diacres ne soient 
point consacrés avant l'âge de vingt-cinq ans et que les praires ne 
soient point ordonnés avant l'âge de trente ans , afin de se conformer 
à ce précepte de l'apôtre : « Ils doivent être éprouvés auparavant , 
« puis admis dans le ministère , s'ils ne se trouvent coupables d'aucun 
« crime (1). i 

21 e canon. Quiconque sera élevé au sacerdoce de Dieu doit être irré- 

(l) Saint l'uni, ire Eptlre à TimOthée , ch. III , V. 10 

T. III. O 



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- 18 — 
prébensible , selon le précepte de saint Paul (1). Il convient donc qu'il 
soit inoffensif et sans tache , qu'il n'ait été souillé par aucune fornica- 
tion ; qu'il mène une vie chaste et innocente ; qu'il s'abstienne de 
tout ce qui est mauvais, afin qu'il puisse offrir dignement le sacrifice du 
Christ et prier Dieu pour les péchés de tous. 

22 e canon. Pour prévenir tout mauvais soupçon , que l'évêque ait 
chez lui des personnes d'une vie exemplaire (des syncelles) qui soient 
témoins de toutes ses actions et qui couchent dans sa chambre, 

25 e canon. Que les prêtres et les diacres aient aussi dans leurs cham- 
bres des témoins de leur vie. 

24» canon. Que les jeunes clercs logent ensemble dans une même 
chambre sous les yeux d'un_sage vieillard. S'ils sont orphelins, que l'évê- 
que prenne soin de leurs biens et de leurs moeurs. 

25 e canon. Il est du devoir d'un évêque de savoir l'Ècriture-Saintc et 
les canons , afin qu'il puisse instruire le peuple sur la foi et sur les 
mœurs. 

26 e canon. Lorsqu'un prêtre sera ordonné pour desservir une pa- 
roisse , l'évêque lui donnera en même temps un livre contenant les rits 
de l'administration des sacrements. Quand ce prêtre viendra au con- 
cile ou aux litanies ( rogations ou processions ) il rendra compte à son 
evêque de l'administration de sa paroisse, comment il y fait l'office et 
comment il y baptise. 

27 e canon. Lorsqu'un prêtre ou un diacre sera établi pour desservir 
une paroisse , il faut qu'il promette à son évêque de vivre chastement , 
purement et dans la crainte de Dieu. 

28 e canon. L'évêque, le prêtre ouïe diacre, condamné injustement 
et dont l'innocence aura été reconnue dans un second concile, ne pourra 
faire les fonctions de son ordre , s'il ne reçoit de nouveau devant l'autel 
les degrés (les marques de son office) qu'il a perdus par cette condam- 
nation. L'évêque recevra l'étole, l'anneau et le bâton pastoral ; le prêtre, 
l'étole et la chasuble ; le diacre , l'aube et l'étole ; le sous-diacre, la pa- 
tène et le calice ; les autres ordres recevront ce qu'ils ont reçu dans 
l'ordination. 

29 e canon. Si un évêque , un prêtre , un diacre ou un autre clerc 

consulte les magiciens , les aruspices , les augures et les autres devins , 

qu'il soit déposé et enfermé dans un monastère pour y faire pénitence 

perpétuelle. 

30 e canon. Il est défendu aux évoques voisins des ennemis de l'état 



(i) Saint Paul, i" Êpïlre à Timotlice , ch. 111, v. 1. 






— 19 — 
de recevoir d'eux aucun ordre , sans la permission du roi , et d'accepler 
la commission d'examiner les criminels de lèse-majesté, s'ils n'ont au- 
paravant reçu la promesse par serment qu'on leur fera grâce de la vie. 

31 e canon. Si, dans ce cas, un évêque a eu part à l'effusion du sang 
d'un criminel , qu'il soit déposé. 

32 e canon. Les évêques doivent avertir les juges qui commettent des 
injustices et ceux qui oppriment les pauvres ; et s'ils ne se corrigent 
point, qu'ils le dénoncent au roi» 

33 e canon. Quoique l'évèque ait l'administration entière des revenus 
des églises fondées dans son diocèse , il ne peut en prendre pour lui que 
la troisième partie. 

34 e canon. La possession de trente ans est un titre suffisant à un 
évêque pour relenir les églises qu'il possède dans le diocèse d'un autre 
évoque de la même province. Mais cette possession n'est pas légitime 
entre les évêques de provinces différentes. 

55 e canon. Sont exceplés de celte règle les églises nouvellement bâ- 
ties , qui doivent appartenir à l'évèque dans le diocèse duquel est le ter- 
ritoire où elles sont construites. 

36 e canon. Si l'évèque ne peut faire chaque année la visite de son 
diocèse , qu'il commette des prêtres ou des diacres d'une probité connue 
pour la faire; ceux-ci examineront avec soin les revenus des églises, les 
réparations nécessaires et la vie de ceux qui sont chargés de l'adminis- 
tration des paroisses. 

37c CAX0N- 0n doit payer ce qu , on a promig soug condjljon de ^ {eU 

que service ecclésiastique. 

38 e canon. Si ceux qui ont fait des donations à une église ou leurs 
enfants se trouvent ensuite réduits à la misère , cette église est obligée 
de les assister. 

39 e canon. Il est défendu aux diacres de prendre place au premier 
rang du chœur, pendant que les prêtres ne sont qu'au second rang. 

iO* canon. Il n'est point permis à l'évèque, au prêtre ou au diacre 
d'avoir deux étoles, ni même une de diverses couleurs, ou ornée - 
d'or. 

41 e canon. Que tous les clercs se rasent le dessus de la tête, ne lais- 
sant au bas qu'un peu de cheveux en forme de couronne. Qu'ils ne por- 
tent pas , à l'exemple des lecteurs de Galice , les cheveux longs comme 
les la.ques , se contentant de rsser un petit rond au sommet de la tête- 
car cette coutume vient des hérétiques. Il faut donc que la tonsure et 
l 'habit soient les mêmes dans toute l'Espasne. 

ir canon. Il est défendu aux clercs d'avor chez eux des femmes, 



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— 20 — 
h l'exception de leur mè:e, de leur sœur, de leur lilic ou de leur tante , 
:iinsi qu'il a été ordonné par les anciens Pères. 

43° canon. Certains clercs, à qui lemariage n'eslpoint permis, recher- 
chent avec soin la société des femmes étrangères et de leurs servantes. 
C'est pourquoi nous ordonnons que les femmes qui vivront ainsi avec 
les clercs soient enlevées par l'évêque et vendues. 

44 e canon. Si un clerc (à qui le mariage est permis) épouse sans le 
consentement de son évêque ou une veuve, ou une femme répudiée ou 
débauchée , l'évêque doit le séparer de sa femme. 

45 e canon. Si un clerc prend les armes dans une sédition, qu'il soit dé- 
posé de son grade et enfermé dans un monastère pour y faire pénitence. 
46 e canon. Si un clerc est trouvé pillant des sépulcres , ce qui est 
puni de mort comme un sacrilège par les lois civiles, qu'il soit chassé 
du clergé et mis trois ans en pénitence. 

47 e canon. Conformément aux édils du roi Sisenand, tous les clercs 
sont exempts des charges publiques, afin qu'ils puissent avec plus de li- 
berté servir Dieu et s'acquitter de leurs devoirs ecclésiastiques. 

48 e canon. Les évèques doivent choisir des clercs pour économes des 
biens de leur église , ainsi qu'il a été ordonné par le saint concile de 
Calcédoine. 

49 e canon. La dévotion des parents ou la profession volontaire fait un 
moine ; que l'on soit moine de l'une ou de l'autre de ces deux manières, 
l'engagement subsiste , et l'on ne peut plus retourner au siècle. 

50 e canon. Si un clerc veut se faire moine , il ne doit pas en être em- 
pêché par son évêque , parce que la vie monastique est meilleure que la 
vie cléricale et plus propre à la contemplation. 

51 e canon. Les évêques ne doivent pas employer les moines à des 
travaux serviles pour leur profit, ni s'attribuer que ce qui leur est per- 
mis par les canons, savoir : d'exhorter les moines à la vertu , d'établir 
des abbés et les autres officiers et de faire observer la règle. 

52" canon. Si un moine quitte son monastère pour retourner au siècle 
et se marier, qu'il soit enfermé dans son monastère pour y pleurer son 
crime et l'expier par la pénitence. 

53 e canon. Quant à certains religieux, qui ne sont ni clercs ni moines, 
on doit les obliger à choisir l'une ou l'autre de ces professions, toute- 
fois à l'exception de ceux que l'évêque a absous de leur vœu à cause de 
leur âge ou de leur état de langueur. 

54 e canon. On peut admettre dans le clergé ceux qui étant en dan- 
ger de mort auront reçu la pénitence, sans confesser aucun crime particu- 
lier, mais se reconnaissant seulement pécheurs; mais on ne doit pas 



— 21 — 



y admettre ceux qui en recevant la pénitence se seront publiquement 
confessés coupables d'un péché mortel. 

55 e canon. Si un laïque, après avoir reçu la pénitence et s'être 
rasé à cet effet, rentre dans son premier état , qu'il soit contraint 
par l'évêque d'achever sa pénitence. S'il refuse , qu'il soit traité 
comme apostat et anathématisé publiquement. On doit traiter de 
même celui qui après avoir reçu la tonsure sur la recommandation de 
ses parents ou de lui-même, reprend l'habit séculier. Les veuves, les 
vierges consacrées à Dieu et les fen mes pénitentes, qui, après avoir pris 
l'habit religieux , le quittent et se marient, doivent èire traitées avec la 
même rigueur. 

56 e canon. Il y a deux sorles de veuves, les séculières cl les sancli- 
moniales (ou religieuses) ; on appelle veuves séculières celles auxquelles 
le mariage n'est pas interdit et qui n'ont pas quitté l'habit laïque. Les 
veuves sanctimoniales sont celles qui ont piis l'habit religieux en pré- 
sence de l'évoque (sans entrer en communauté). Le mariage est interdit 
à celles-ci , parce qu'elles se sont consacrées à Dieu et qu'elles ont l'ait 
vœu de chasieié. 

57 e canon. On ne doit point contraindre les juifs à professer la foi , 
qui doit être embrassée volontairement et par la seule persuasion. Mais 
comme plusieurs ont déjà reçu les sacrements, savoir: le baptême, 
l'onction du saint chrême , le corps et le sang du Seigneur, on doit les 
obliger de garder la foi qu'ils ont reçue de force , de peur qu'elle ne soit 
exposée au mépris et que le nom de Dieu ne soit blasphémé. 

58 e canon. 11 est défendu aux clercs et aux laïques de donner aucune 
protection aux juifs contre les intérêts de la foi, sous peine d'excom- 
munication. 

59 e canon. Que l'on mette en liberté les esclaves circoncis par des 
juifs apostats, à cause de l'injure faite à leur corps. 

60 e canon. Que les enfants des juifs apostats soient mis dans des 
monastères ou confiés à des personnes de piété pour être instruits dans 
la religion chrétienne. 

61 e canon. Les enfants fidèles des juifs baptisés ne doivent point être 
privés des biens de leurs pères condamnés pour avoir apostasie , parce 
qu'il est écrit : « Le (ils ne portera point l'iniquité de son père (I). > 

0'2 C canon. La fréquentation des méchants corrompt souvent les bons. 
En conséquence, nous défendons aux juifs converlis d'avoir aucun com- 
merce avec les juifs , qui persévèrent dans leurs anciennes commues. 



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(i) Ezéehtel, ch. svm, v. 20. 






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— 22 — 

65 e canon. Que l'on sépare les femmes chrétiennes qui se sont mariées 
avec des juifs , s'ils ne veulent pas se convertir. Les enfans qui naissent 
de tels mariages doivent suivre la condition et la foi de la mère. Mais , 
au contraire, si la femme est infidèle et le mari fidèle, les enfants sui- 
vront la foi du père. 

64 e canon. Celui-là ne peut être fidèle envers les hommes qui est in- 
fidèle envers Dieu. Nous ordonnons donc que l'on ne reçoive pas le té- 
moignage des juifs apostats , quand même ils se diraient chrétiens. 

65 e canon. Il est défendu aux juifs d'exercer aucune charge publique. 
Si un juge le permet , qu'il soit excommunié comme un sacrilège. 

66 e canon. Il est défendu aux juifs d'avoir des esclaves chrétiens, sous 
peine de voir ces esclaves enlevés à leur domination et rendus à la li- 
berté. 

67 e canon. Il n'est pas permis à un évêque d'affranchir les esclaves de 
l'Église , s'il ne l'indemnise sur ses propres biens ; sinon son successeur 
les fera rentrer en servitude. 

68 e canon. Si un évêque veut affranchir un esclave de l'Église sans la 
retenir sous la protection ecclésiastique , il doit lui offrir en échange de- 
vant le concile de son Église deux esclaves du même mérite et du même 
prix ; et celui qui aura été affranchi de celle manière ne pourra porter 
une accusation ni un témoignage contre l'Eglise ; et s'il ose le faire, qu'il 
soit de nouveau réiluit en servitude par l'Eglise à laquelle il a voulu nuire. 

69 e canon. Si un évêque abandonne à l'Eglise ou une partie de ses 
biens ou des esclaves, il lui est permis d'affranchir quelques esclaves 
de cette même Eglise dans la proportion de ce qu'il a donné , ainsi qu'il 
a été réglé par les anciens canons ; mais de telle sorte que ces affran- 
chis et leur postérité avec leurs biens demeurent sous la protection de 
l'Eglise. 

70 e canon. Les affranchis de l'Eglise et leur postérité ne doivent ja- 
mais s'éloigner de sa protection , ainsi qu'il a été ordonné par les an- 
ciens canons , parce que l'Eglise qui est leur patronne ne meurt pas. Ils 
sont obligés aux mêmes devoirs que les patrons ont coutume de se ré- 
server sur ceux qu'ils mettent en liberté. 

71 e canon. Si un affranchi de l'Eglise abandonne sa protection pour 
s'attacher à d'autres personnes , on doit l'avertir de retourner ; mais 
s'il refuse, son affranchissement st nul , à cause de son ingratitude et 
de sa désobéissance. 

72e canon. Les affranchis qui ont été mis par leur patrons sous la 
protection de l'Eglise , doivent être protégés par elle , soit dans leur li- 
berté, soit dans leurs biens. 



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— 23 — 

73» canon. Si un esclave a reçu la liberté de ses maîtres , sans qu'ils 
se soient réservé aucun service , il peut être reçu dans le clergé pourvu 
qu'il n'ait point commis de crime capital. Mais si ses maîires se sont ré- 
servé quelque service , il ne peut être admis dans les ordres sacrés , de 
peur qu'un jour ses maîtres ne le fassent rentrer dans la servitude. 

74 e canon. Il est permis de prendre des serfs de l'Église pour les or- 
donner prêtres ou diacres dans les paroisses , pourvu toutefois qu'on 
les affranchisse auparavant; mais à condition aussi qu'après leur mort 
tous leurs biens appartiendront à l'Église et qu'ils ne pourront l'accuser 
ni porter témoignage contre elle ; et s'ils le l'ont, qu'ils soient non seule- 
ment privés de la liberté , mais encore de leur grade. 

75 e canon. Ce canon favorise ouvertement l'usurpation du roi Sise- 
nand et dépouille la nation de son droit en remettant l'élection des rois 
aux évoques et aux grands (I). Il déclame d'abord contre l'injustice des 
peuples qui violent le serment fait à leur roi et attentent contre leur 
autorité et contre leur vie. Quand les peuples, disent les Pères de ce 
concile, violent la fidélité qu'ils ont promis à leurs rois, c'est un vérita- 
ble sacrilège ; car, par l'infraction de cet engagement de fidélité, ce n'est 
pas aux rois seulement qu'ils manquent, mais encore à Dieu lui-même , 
au nom duquel la promesse de fidélité a été faite. Si donc nous vou- 
lons éviter la colère divine , rendons à Dieu avec crainte le culte qui 
lui est dû et gardons à nos princes la fidélité que nous leur avons pro- 
mise; qu'il n'y ait point parmi nous, comme en certaines nations, d'in- 
fidélité si contraire à la véritable piété; qu'on n'y voie point tramer de 
criminelles conjurations; que personne n'ait la témériié d'usurper le 
royaume et ne projette la mort des rois. Quiconque donc , soit évèque, 
soit laïque , aura violé par conjuration le serment de fidélité fait 
pour la iranquillité de la nation et pour le salut du roi , qui aura attenté 
à la vie du souverain, ou l'aura dépouillé de la puissance du règne, ou 
aura usurpé le rang suprême de la royauté , que celui-là soit anatlième 

(i) Pour bien entendre ce canon relatif à l'obéissance dne aux princes , il faut 
savoir comment Sisenand , roi des goibs, parvint à la couronne. Siscbut étant mon 
l'an (yii , Kécarède , son second fils, lui succéda et ne régna que trois mois. Après 
sa mort, les gotbs élurent pour roi Sninlila tpic de grandes actions firent aimer 
dès le commencement de son règne; il cliassa les romains d'Espagne et fut le pre- 
mier qui !a réunit tout entière sous sa domination. Mais l'an 6a5 , ayant fait recon- 
naître roi son fils Micimer encore enfant, il se rendit parla odieux aux grands. L'un 
d'entre eux, nommé Sisenand, se fil reconnaître roi des goibs l'anG3t et fit déposer 
Sninlila qui avait déjà régné dix ans. Ce fut sans aucun doute pour autoriser son 
usurpation que Sisenand fit faire ce dernier canon du concile de Tolède, cl peut- 
être était. ce pour ce motif qu'il avait assemblé un concile si nombreux. 






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en présence de Dieu et des saints anges, qu'il soit mis hors de l'Eglise 
catholique qu'il a souillée par un parjure , qu'il soit éloigné de toute 
assemblée de chrétiens , et avec lui tous les complices de son impiété , 
parce qu'il faut que ceux qui se trouvent impliqués dans la même er- 
reur soient assujettis à la même peine, et qu'ils soient tous condamnés 
au dernier jugement à être livrés aux supplices éternels avec le diable 
et ses anges. Que personne donc n'usurpe le royaume ou n'excite des 
séditions ; mais quand le prince sera mort , que les grands de toute la 
nation, assemblés avec les évêques, lui donnent un successeur (1). Cette 
sentence répétée trois fois par le Concile, le peuple et le clergé répon- 
dirent : Quiconque enfreindra ce décret, qu'il soit anathème jusqu'à l'a- 
vénement du Seigneur et que son partage soit d'être avec Judas Iscariote. 
Puis , les évêques exhortèrent le roi Sisenand , qui assistait à cette as- 
semblée, et ses successeurs à observer la justice et la modération, dé- 
clarant que si l'un d'entre eux exerçait à l'avenir une puissance tyran- 
nique, il serait anathématisé par Jésus-Christ et séparé de Dieu. « Quant 
« à Suintila , qui s'est lui-même privé du royaume par la crainte de ses 
i crimes , nous déclarons , de l'avis de la nation , que nous n'aurons ja- 
« mais de société avec lui, avec sa femme, ni avec ses enfants; que 
i nous ne les élèverons à aucun honneur, et qu'ils perdront même leurs 
« biens , excepté ceux que la bonté du roi leur laissera. » La même 
peine fut prononcée coiitre Gela , frère de Suintila. 

C'est le premier concile où les évêques sont entrés en part dans le 
gouvernement temporel d'une nation. 

Ce fut par l'ordre des évêques de ce concile que saint Isidore de 
Séville composa l'office nnmmé d'abord gothique, parce que l'Espagne 
était alors sous la domination des goths, et ensuite mozarabique, lors- 
que les arabes furent devenus maîtres de ce royaume. Il décrit dans 
cet ouvrage toutes les œuvres et toutes les parties de l'oflice, qui sont 
les mêmes qu'aujourd'hui , et il en attribue les hymnes à saint Ililaire 
et à saint Ambroise. Il y expose aussi l'ordre des prières du sacrilice 
telles qu'elles se trouvent dans la messe mozarabique, qui est l'an- 
cienne liturgie d'Espagne. Elle commence comme la nôtre par l'In- 
troït, avec quelques versets du psaume; viennent ensuite le Gloria 
inexcelsis (2), excepté pendant l'avent et le carême, et la première 

( i) On voit par là que le royaume des goths était électif et que les évêques étaient 
appelés à l'élection. 

(2) Les premières paroles île cet hymne sont attribuées par les évangclistes aux 
auges qui annoncèrent aux bergers la naissance de Jésus-Christ; mais on ignore 
par qui le reste a été ajouté. Le t3 e canon du 4 e concile de Tolède l'attribue à des 






i 



— 25 — 

oraison ; puis une prophétie ou lecture de l' Ancien-Testament, un Gra- 
duel, l'Epitre et V Evangile, après lequel on chante Alléluia. Alors se l'ait 
l'offrande, que le prêtre accompagne de quelques prières semblables aux 
nôtres. On chante ensuite l'Offertoire, qu'il nomme sacrifice, etjusques 
là c'est la messe des catéchumènes. Le prêtre ayant lavé ses mains et dit 
la seconde oraison appelée Secrète, ou l'invocation à Dieu, salue le peu- 
ple et dit à haute voix l'oraison, qui s'appelle proprement messe, comme 
étant le commencement de la messe des fidèles : c'est une exhortation au 
peuple pour célébrer saintement la fête, après laquelle le peuple dit 
trois fois iyiç, c'est-à-dire saint. Après la seconde oraison, saint Isidore 
ajoute : Nos évêques, savoir le pape de Rome et les autres, présentent à 
Dieu leur offrande pour eux, pour le clergé et pour le peuple. Tous les 
prêtres, les diacres, les clercs et le peuple offrent aussi, faisant mémoire 
des saints apôtres et des martyrs, alors on récite leurs noms. Le prêtre 
prie ensuite dans la troisième oraison, nommée après les noms, pour les vi- 
vants et pour les morts. La quatrième oraison est pour la paix : le prêtre 
y exhorte les assistants à une union parfaite, et aussitôt ils se donnent le 
saint baiser. Étendant ensuite les mains, après avoir dit Inlroïbo ad allure 
Dei, il prononce à haute voix la cinquième oraison nommée lllation qui 
répond à notre Préface, à la fin de laquelle on dit Sanctus , comme 
parmi nous. Puis , le prêtre s'incline et dit les prières de la consécra- 
tion, que nous appelons le canon et dont saint Isidore ne parle point , 
peut-être parce qu'elle se prononce à voix basse. Suit la dixième orai- 
son nommée Post pridiè par laquelle le prèlre demande à Dieu la con- 
firmation de l'offrande sanctifiée par le Saint-Esprit et la sanctification 
de ceux qui doivent y participer. Ensuite le prêtre récite l'antienne 
pour la fraction de l'hostie , et la tenant sur le calice pour la montrer 
au peuple, il dit : Professons de bouche ce que nous croyons de cœur. 
Alors le chœur chante le symbole de Constanlinople. Cependant le prè- 
lre rompt l'hostie en neuf particules qu'il arrange sur la paiène en l'orme 
de croix. Elles ont chacune le nom d'un mystère , savoir : corporation 
ou incarnation , nativité, circoncision , apparition ou épiplianie , pas- 
sion, mort, résurrection, gloire et règne. Puis le prêtre l'ait mémoire 
des vivants et dit le Pater , ou la septième et dernière oraison ; à la 
plupart des demandes, le peuple répond : Amen. Le prêtre met dans 
le calice la particule nommée règne, en disant : Les choses saintes sont 



docteurs ecclésiastiques. Le pape Symmuiiue ordonna le premier de chanter cet 
hymne à la messe les dimanches et les jours de fête des martyrs. D'après le témoi- 
gnage de saint Jean Chrysoslome , les moines ascètes le chantaient à l'office du 
malin. 



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— 26 — 

pour les saints ; et marquant comme nous l'union du corps et du sang. 
11 donne aussitôt après la bénédiction , semblables à nos bénédictions 
épiscopales des jours solennels ; il prend après cela la particule nommée 
gloire, et la tenant sur le calice, il fait mémoire des morts ; il consom- 
me cette particule , puis toutes les autres et le précieux sang. On chante 
l'antienne de la communion, après quoi le prêtre dit l'oraison que nous 
appelons Post-communion , et le diacre congédie le peuple. Telle est la 
Messe mozarabique , qui ne se dit plus qu'en une chapelle de l'église de 
Tolède (1). 



\ 



(i) Ce que nous venons de rapporter de la liturgie mozarabique nous engage à 
dire aussi quelque chose de l'ancienne liturgie gallicane. Elle commençait, comme 
celle d'Espagne et de Rome , par le psaume d'introït, après lequel on disait le Kyrie 
eleison, suivi d'une première Préface qui était une courte exhortation à passer sain- 
tement la fetc ; ensuite on lisait une leçon de l'Ancien-Testament , suivie d'une an- 
tienne ou psaume , et le prêtre récitait la première oraison; puis le sous-diacre li- 
sait l'Epllre, et le diacre s'avançait sur l'ambon pour lire l'Evangile. Aux fêtes des 
saints , ces trois lectures étaient précédées de celle de leurs actes. Si l'on prêchait , 
c'était après V Evangile ; ensuite on faisait sortir les catéchumènes et les excommu- 
niés; après quoi le diacre apportait de la sacristie les vases sacrés, et tous les fidèles, 
hommes et femmes, offraient du pain et du vin. Le prêtre en ayant mis sur l'autel ce 
qu'il fallait pour le sacrifice, le couvrait de la palle; puis on lisait les diptyques ; 
le prêtre disait une oraison et les fidèles se donnaient le baiser de paix, qui était 
suivi d'une autre oraison. Le prêtre disait ensuite la Préface, qui était différente 
pour chaque messe. Elle commençait , comme dans toutes les Eglises du monde, 
par ces paroles solennelles : Sursum corda; elle finissait par le Sanctus qui était 
chanté par tout le peuple; et après la consécration et les autres prières, tout le 
peuple chantait aussi le Pater, comme en Orient, tandis qu'à Rome il était chaulé 
comme ajourd'hui parle prêtre seul. L'évêque ayant ensuite prononcé la bénédiction 
sur les fidèles, on donnait la communion que tout le monde venait recevoir à 
l'autel. Ceux qui ne recevaient pas l'Eucharistie recevaient des pains bénis, comme 
une marque qu'ils étaient dans la communion de l'Eglise. On voit que les liturgies 
offraient d'assez grandes différences dans l'ordre des prières et dans les parties ac- 
cessoires du sacrifice ; mais le fond était partout le même, comme étant d'institution 
divine ou apostolique. 

11 paraît que l'Eglise des Gaules avait autrefois sa liturgie particulière, mais 
l'an 767 , le pape saint Paul ayant envoyé an roi Pépin un livre de répons et un 
antiphonaire , l'usage du chant romain se propagea dans les Eglises de France , et 
bientôt après la liturgie romaine fut substituée presque partout à la liturgie galli- 
cane. 

Parlons maintenant de la liturgie romaine. Au milieu des immenses travaux que 
lui imposait la sollicitude pontificale, saint Grégoire-le-Grand s'occupa de régler 
l'ordre cl les prières de l'office pour l'Église romaine. Entrons à ce sujet dans quel- 
ques détails qui serviront â (aire connaître la vénérable antiquité de nos cérémonies. 
Le pape Gélasc avait déjà fait un recueil de messes et de plusieurs autres prières. 
Saint Grégoire y fit quelques changements et quelques additions et recueillit le 



. 



■-- 27 — 

Le livre des offices de saint Isidore contient encore d'autres points 
remarquables de discipline, i Par toute l'Église, dit-il, on reçoit l'Eucba- 

tout en un volume appelé SacramenUiire. C'est ainsi qu'on nommait autrefois le 
livre qui contenait les prières que le prêtre devait dire dans l'administration des sa- 
crements et surtout dans la célébration du saint sacrifice. Pour indiquer les rè- 
gles que l'on devait observer, c'est-à-dire les rubriques , il y avait un autre volume 
nommé Ordre. Les écrits que nous avons sous le nom A' Ordre romain sont les plus 
anciens qui nous restent en ce genre. On lès nomme Ordres romains, parce que cha- 
que pays avait un Ordre particulier pour la liturgie et les autres parties de l'office. 
Non-seulement la Grèce et l'Orient, mais les Eglises latines, l'Afrique, l'Espagne, les 
Gaules et le Milanais avaient leurs liturgies propres. Comme les messes solennelles ou 
pontificales étaient célébrées successivement en différentes églises, l'un des diacres 
après la communion annonçait au peuple en quelle église devait se faire l'office 
suivant , et c'est ce que l'on nommait station. Il y avait à Rome quatre sortes d'é- 
glises : les églises patriarcales ou pontificales , nommées particulièrement basiliques, 
savoir : Saint-Jean-de-Latran , Saint-Pierre du Vatican , Sainte-Marie-Majeure , 
Saint-Laurent hors de la ville et Saiute-Croix-dc-Jérusalem ; les titulaires ou parois- 
siales étaient gouvernées par des prêtres, dont le chef était appelé le prêtre-cardinal : 
dès le commencement du cinquième siècle elles étaient au nombre de trente ; les 
diaconies, qui renfermaient des hôpitaux et des bureaux pour la distribution des au- 
mônes : elles étaient gouvernées par les sept diacres régionnaires et par un admi • 
nistrateur du temporel ; enfin il y avait des oratoires qui étaient souvent dans les 
cimetières : c'étaient des chapelles où l'évéque envoyait un prêtre quand il jugeait 
à propos d'y faire célébrer le saint sacrifice; il y en avait même daus les maisons 
particulières. Quelques oratoires avaient un prêtre-cardinal ou titulaire pour y cé- 
lébrer la messe quand le fondateur le désirait , ou à certain jour de dévotion qui y 
attirait un grand concours de fidèles. Ce fut saint Grégoire-le-Graud qui fixa les sta- 
tions à Rome, c'est-à-dire les églises où devait se faire l'office chaque jour de ca- 
rême, des qualre-temps ou des fêtes solennelles. Quant aux fêles des saints , elles se 
célébraient toujours dans les églises où étaient leurs reliques. 11 marqua donc ces 
stations daus son Saaramentaire , comme elles sont encore dans le missel romain. 
Pour donner une idée de la messe pontificale , nous allons indiquer les principales 
cérémonies qui sont marquées dans l'ancien Ordre romain pour la solennité de 
pâques. 

Quand le pape faisait signe de commencer , un sous-diacre venait avertir d'allu- 
mer les cierges; alors les chantres se rangeaient dans le chœur et leur chef com- 
mençait l'antienne par l'Introït , qui était suivi du psaume entier , dont on ne dit 
plus aujourd'hui qu'un verset. Ces antiennes avec le commencement du psaume 
sont marquées dans l'Antiphonier de saint Grégoire, telles qu'on les dit encore, com- 
mençant au premier dimanche de l'Avent et continuant toute L'année. On les appe- 
lait Introït, parce qu'on les chantait pendant que les fidèles cuiraient dans l'église 
et que chacun y prenait sa place. Aussitôt qu'on entendait chanter , le pape sortait 
de la sacristie, s'appuyant sur le premier diacre et précédé de l'encens et de sept 
chandeliers portés par sept acolytes. Avant d'être arrivé à l'autel , les diacres qui 
étaient déjà dans le sanctuaire ôtaient leurs planeltes ou chasubles; car tous en 
portaient, et même les acolytes. 

Le pape étant arrivé à l'autel faisait signe de dire le Gloriu Patrl et de finir le 




I 









— 28 — 
« ristie à jeun, et le vin doit y être mêlé d'eau. Ceux qui sont morts 
t à la grâce par le péché doivent faire pénitence avant de s'en appro- 

psaume de Vlnlroit. Après avoir prie quelque temps incliné, pour demander la ré- 
mission de ses péchés, il baisait l'Évangile et l'aulel au milieu et montait à son siège , 
devant lequel il se tenait debout tourné vers l'Orient. Alors on chantait Kyrie elei- 
son jusqu'à ce que le pape fit signe de le finir. Se tournant ensuite vers le peuple , 
il commençait l'hymne Gloria in excelsis et se tournait à l'orient jusqu'à ccqu'il fût 
fini. Selon le Sacrumentaire de saint Grégoire, il n'y avait qDe l'évéque qui dit le 
Gloria in excelsis, encore n'élait-ce que les dimanche et les fêtes ; les prêtres ne le 
disaient qu'a pàques. Ensuite le pape saluait les fidèles en disant :» Que la paix soit tou- 
jours avec vous.» lise retournait vers l'orient et disait l'oraison ou Collecte du jour. 
On les dit encore aujourd'hui telles qu'elles sont dans le Sacramentatre de saint Gré- 
goire. Après cette prière , le pape se tenait assis tourné vers le peuple et faisait 
signe aux évéques cl aux prêtres de s'asseoir : ils étaient à ses côtés, les évéques à 
droite , les prêtres à gauche , dans le demi-cercle qui enfermait l'autel par derrière. 
Aussitôt le sous-diaerc qui devait lire VEpître montait sur l'ambon, ou petite tribune 
élevée de quelques marches au côté du ch.eur. Apres la lecture de VEpUre, le 
chantre montait sur l'ambon avec son antiphonicr et chantait ce que nous nommons 
Graduel, !x cause des degrés de l'ambon, ou Répons, parce que le chœur répond au 
chantre. On chantait ensuite AlU luia, ou le Trait, ainsi nommé parce qu'on Icchau- 
taii en traînant. Toutes ces prières se trouvent encore dans le missel romain , telles 
que nous les voyons marquées pour chaque jour dans l'Antiphonier de saint Grégoire. 
Lcdiacreayanl reçu la bénédiction du pape, venait devant l'autel, baisait Y Evangile, 
le prenait entre ses mains et marchait avec deux sous-diacres , dont l'un portait 
l'encensoir, et deux acolytes qui les précédaient avec des chandeliers. Le diacre 
montait sur l'ambon et lisait Y Evangile , tourné vers le midi qui était le coté des 
hommes ; car ils étaient séparés des femmes dans l'église. Nous voyons par les ho- 
mélies de saint Grégoire , qu'on lisait alors les mêmes Evangiles que nous lisons à 
présent aux mêmes jours. 

Après la lecture de Y Evangile, un sous-diacre le portait à baiser a tout le inonde. 
On ne disait point encore le Symbole à la messe dans l'Église romaine. Si le pape 
prêchait, comme saint Grégoire faisait souvent, c'était après YEvangile. Ensuite 
le pape ayant salué le peuple par Dominas vobiscum et dit Oremus, un diacre 
marchait vers l'autel accompagné d'un acolyte portant le calice et un corporal 
dessus, qu'il présentait au premier diacre, et celui-ci en donnait un bout à un autre 
diacre pour l'étendre , car c'était une grande nappe qui couvrait tout l'aulel. Alors 
le pape descendait du sanctuaire et marchait vers la place du sénat pour recevoir les 
offrandes des grands selon leur rang , c'est-a-dire le pain et le vin pour le sacrifice. 
Le pape prenait les pains qu'on mettait dans une nappe que tenaient deux acolytes. 
Le premier des diacres suivait le pape, prenait les burettes de chacun et versait le 
vin dans un grand calice que tenait un sous-diacre suivi d'un acolyte portant un 
autre vase pour vider le calice quand il était plein. Le pape passait ensuite du côté 
des femmes et recevait leurs offrandes. Les pains que l'on offrait étaient ronds et 
chacun les faisait soi-même. 

Les oflrandes terminées, le pape revenait à son siège , lavait ses mains , et en- 
suite l'archidiacre arrangeait sur l'autel les pains qu'il fallait pour la communion 
du peuple ; puis il versait le vin dans le calice et il y mêlait un peu d'eau , en faisant 







— 29 










« cher. 


Les autres 


ne doivent pas s'en éloigner 


longlcmps 


; mais les 


« personnes mariées doivent garder la 


continence 


quelques 


jours 


avant 


le signe 


de la croix. 


Le pape descendait a 


lors de son siège à l'autel 


qu'il h 


aisait , 


et il recevait les offra 


ndes des prêtres , des 


diacres et en 


in la sienne 


» q« e 


le pre- 



mier diacre lui présentait, rendant ce temps-là on chantait l'Offertoire, c'est-à-dire 
un psaume avec son antienne; et quand il était fini, le pape s'inclinait vers l'autel, 
les évêques derrière lui avec les prêtres et les diacres, et il disait l'oraison que 
nous appelons Secrète; après quoi il commençait la Préface du sacrifice. Le Sacra- 
mentaire de saint Grégoire en met de différentes presque à toutes les messes. Le pape 
attendait que le chœur eût chante Sanctus pour commencer le Canon. H le disait 
seul, debout devant l'autel. Les évêques , les prêtres et les sous-diacres étaient 
dans le sanctuaire debout et inclinés : c'était la posture la plus respectueuse pour 
les dimanches et les autresjours où l'on ne fléchissait point les genoux. Le Canon de 
la messe est dans le Sacranentaire tel mot à mol qu'on le dit aujourd'hui. On croit 
qne le pape Grégoire ajouta ces mots à la seconde oraison : Diesque nostros in tuâ 
puce disponas. L'auteur du Traité des sacrements (écrit attribué à saint Ambroise, et 
qui est certainement très-ancien) rapporte le Canon presque en entier; il est conforme 
au nôtre avec très-peu de différence. Ou ne voit point dans les anciens Ordres d'au- 
tre élévation de l'hostie que celle qui se fait à la fin du Canon, en disant : Per ipsum 
et cum ipso. Alors le premier diacre prenait le calice par les anses et l'élevait auprès 
du pape, qui le touchait par le côté avec les hosties. Dès le commencement du Ca- 
non on donnait la patène à garder «à un acolyte f qui la tenait devant sa poitrine 
dans un linge attaché en écharpe à son cou. On la portait à l'autel à la fin du 
canon. 

Après YOraison dominicale et la suivante, le pape ayant dit : « Que la paix du Sei- 
« gneursoit toujours avec vous !» faisait de la main trois signes de croix sur le calice 
et y mettait l'hostie consacrée le jour précédent , qu'on lui avait présentée au com- 
mencement du sacrifice. Alors le premier diacre donnait le baiser au premier évé- 
que, qui le donnait au suivant, et les autres se le donnaient de même par ordre. Le 
peuple se donnait aussi le baiser de paix, les hommes et les femmes séparément. 
On faisait enfin la fraction de l'Eucharistie : Le pape rompait une hostie; les 
évêques et les prêtres rompaient les autres. L'archidiacre faisait signe au chœur 
de chanler Âgnus Dei et se plaçait auprès du pape, après quoi un autre diacre por- 
tait la patène avec les hosties rompues. Le pape, qui était retourné à son siège pen- 
dant la fraction, y communiait debout et tourné vers l'orient, et il niellait dans le 
calice qui lui était présenté par l'archidiacre une particule de l'hostie dont il avait 
communié , en disant les mêmes paroles que dit encore le prêtre eu mêlant les 
deux espèces. Ensuite il prenait le précieux sang de la main du premier diacre; 
celui-ci en versait un peu dans un vase plein de vin tenu par un acolyte, alors les 
évêques et les prêtres s'approchaient pour communier de la main du pape; le pre- 
mier diacre leur donnait la communion du précieux sang. Le pape descendait de 
son siège pour communier ceux qui tenaient le premier rang parmi les fidèles, et le 
premier diacre le suivait pour leur donner l'espèce du vin , qu'ils prenaient avec 
un chalumeau d'or. Les évêques et les prêtres portaient ensuite la communion au 
peuple, suivis des diacres qui donnaient l'espèce du vin. Pendant la communion 
des fidèles , le chœur chantait un psaume avec une antienne, Quand celle-ci était 
finie, le pape se levail de son siège et venait à l'autel où il disait le dernier Dominas 



I 



I 



; ■ ï 



— 30 — 

< la communion. Par toute l'Églige on offre le sacrifice pour les morts, 
t ce qui prouve que c'est une tradition apostolique. » Il marque dans ce 






tel 



vobiscum , sans se tourner vers le peuple , et l'oraison que nous appelons Post-com- 
munion et que l'on appelait alors la Conclusion; puis, un diacre, sur un signe du 
pape, disait à l'assemblée : Ite , missa est, pour la congédier. Le pape retournait 
alors à la sacristie, précédé de l'encens et des sept chandeliers. Quand l'évêque offi- 
ciait dans son église, il faisait les mêmes cérémonies que le pape à Rome, 

Outre les prières marquées dansle Sacramenlaire, il y en avait d'autres moins so- 
lennelles que le célébrant disait en son particulier, soit avant, soit pendant la messe. 
Les préparations étaient lougues et consistaient en plusieurs psaumes, versets et 
oraisons, qu'il disait avec ses ministres, avant de se revêtir et en prenant ses orne- 
ments. Il priait en allant à l'autel , en recevant les offrandes , en faisant la béné- 
diction de l'encens, et recommandait aux assistants de prier, en disant Orate,tratres. 
Il priait aussi à la communion pour lui et pour les autres. 

Saint Ambroise.évêque de Milan, d'après le témoignage de Walafride Strabon(Ce 
rébus ecclesiaslicis , cap. 2-2), avait aussi réglé pour son église l'ordre et la dispo- 
sition de la messe et des autres offices. Voici l'ordre de la messe ambrosienne citée 
au commencement du douzième siècle par Bérold, bibliothécaire de l'église métro- 
politaine de Milan [Puricêlli dissertât, nazariana , cap. 97 , pag. 460). Le célé- 
brant assisté de plusieurs prêtres, de plusieurs diacres et sous-diacres, étant aux 
pieds de l'autel, fait le signe de la croix ; et après avoir alternativement récité avec 
les ministres lepsaunic/Wicame elle verset ConUtemini Domino, il dit le Con/îteor sui- 
vant l'usage romain, en ajoutant seulement beato Ambrosio confessori; les ministres le 
répètent. Après quoi , l'officiant ayant dit Adjutorium nostrum et SU nomen Domini 
benedictum , il récite secrètement l'oraison de saint Ambroise qui commence par 
ces mots : Rogo te, altissime. Puis montant à l'autel, Il dit aussi à voix basse : Ora- 
mus te , Domine , comme dans le missel romain. 

Ensuite il lit à la corne de l'autel l'Inlroit de la messe, appelé Ingressa, c'est une 
antienne saus psaume ni Gloria patris. On ne la répèle point, si ce n'est aux messes 
des morts où le Requiem est répété après le verset Te decet. Le célébrant salue le 
peuple eu disant : Dominus vobiscum , mais sans se tourner. Vient ensuite le Gloria 
in excelsis, si ou doit le dire, puis trois fois Kyrie eleison, une seconde fois Dominus 
vobiscum, une ou deux ou plusieurs oraisons sur le peuple, une troisième fois Domi- 
nus vobiscum, la lecture de Y Epitre,V Alléluia avec un verset, ou le verset sans Y Allé- 
luia , selon les temps. Aux jours de dimanche et des fêtes solennelles, on lit avant 
YEpître, une leçon d« l'Ancien-Testament, avec un Graduel. VEpitre finie, l'officiant 
dit la prière Minuta cor meum , ensuite Dominus vobiscum , et faisant le sigue de la 
croix sur son front , sur sa bouche et sur sa poitrine , il dit : Leclio sancti evangeUi 
etc., et tandis que l'on répond Gloria tibi, Domine, il se tourne vers la croix et de- 
mande la bénédiction, qui est la même que dans le missel romain. Il lit YEvanqile ; 
puis s'avancanl au milieu de l'autel , il dit : Dominas vobiscum, ensuite trois fois 
Kyrie eleison, une seconde fois Dominus vobiscum, l'antienne qui suit l'Evangile une 
troisième fois Dominus vobiscum, après quoi il ajoute : Pacem habete ; le chœur 
répond : Ad te, Domine. L'officiant dit pour la quatrième fois Dominus vobiscum, 
ensuite la collecte Super sindonem, c'est-à-dire sur le corporal. Aussitôt après, il 
prend la patène avec l'hostie et l'offre; puis ayant mis du vin et de l'eau dansle 



- 



— 31 — 

traité que les fêtes de l'Église , outre le dimanche , sont Noël , l'Epi- 
phanie, le dimanche des Rameaux , le Jeudi , le Vendredi et le Samedi- 
Saint, Pâques , l'Ascension, la Pentecôte, la Dédicace des Églises et les 
fêtes des apôtres et des martyrs. «Nous célébrons, dit-il , les fêtes des 
« martyrs, pour nous animer à les imiter et nous recommander à leurs 
« prières; mais nous ne les honorons pas du culte de latrie, qui ne con- 
« vient qu'à Dieu; c'est pourquoi nous ne leur offrons point le sacri- 
« fice.i 11 parle des chorévêques comme subsistant encore, pour être les 
vicaires des évêques à la campagne, avec le pouvoir d'établir des lec- 






calice, il l'offre aussi. Il récite sur les oblata plusieurs oraisons, après lesquelles il 
'il ÏOffertoire et dit : Domînus vobiscum. 

Après le Credo, si on doit le dire, il prononce à haute voix une ou plusieurs 
oraisons semblables à nos secrètes ; il chante la préface propre à la messe du jour, 
récite le Canon jusqu'à ces paroles : Qui pridic quàm pateretur. Alors passant à 
la corne de l'autel où on lit \'Epître t il lave les extrémités de ses doigts et les essuie, 
sans rien dire ; pais il reprend la suite du Canon, lequel étant fini, il rompt l'hostie, 
pendant que le chœur chante une antienne appelée Confractorium, qui est différente 
selon les messes. L'officiant dit : Oremus : prœceptis salutaribus moniti etc. avec V Orai- 
son dominicale ; et le peuple ayant répondu : Sed libéra nos à malo, le prêtre pour- 
suit en chantant a. haute voix : Libéra nos quœsumus , eu ajoutant au nom de sain 1 
André celui de saint Ambroise. L'oraison finie, le célébrant dit : Pax etcommum'caUo 
Domini nostri JesuChristi sit semper vobiscum; le chœur répond : El cum spiritu tuo. 
Le prêtre ajoute : Offerte vobis pacem ; le chœur répond : Deo grattas. 

Viennent ensuite les oraisons pour la communion, et lorsque le prêtre a dit : Domine 
non sum dignus, il se communie du corps et du sang du Seigneur ; et ayant purifié 
le calice, il dit à la corne de YEpître l'oraison appelée Transi lorium f qui répond à 
notre Posl- communion , puis Dominus vobiscum et trois fois Ky rie eleison. Ensuite 
J l vient au milieu de l'autel, faitsur lui-même le signe de la croix, en disant -.Benvdicat 
et exaudiat nos Deus ; le chœur ayant répondu : Amen , le célébrant ajoute : Proce- 
damus inpacej et le chœur répond : ïnnomine Chrîsti. Alors le prêtre chante le 
Benedicamits Domino, et après qu'on lui a répondu : Deo qratias , il dit l'oraison 
Placeat iibi , bénît le peuple et lit le commencement de VEvanrjile selon saint Jean. 
Après quoi il se relire en disant le cantique Benedicile , selon le rit romain. Aux 
jours solennels, le prêtre encense l'autel et les oblata. — Saint Ambroise parle de 
cette cérémonie dans son Commentaire sur saint Luc, ch. 1. 

Suivant le rit ambrosieu , on ne dit jamais à la messe VAgnus Dei , si ce n'est aux 
messes de morts. Le texte de l'Écriture, qu'on lit à la messe, n'est pas toujours con- 
forme à la vulgale, mais à l'ancienne version italique , ce qui se remarque surtout 
dans les psaumes. Aux dimanches de carême on récit après l'Introït des oraisons 
pour l'Église, pour l'évêque et le clergé, pour l'empereur et le roi, pour tous les 
états et pour toutes les nécessités publique. A chaque oraison le chœur répond : 
Domine , miserere , ou Kyrie eleison. Le jour de pâques et pendant l'octave, on 
chante deux messes dans les églises collégiales, l'une pour les baptisés , l'autre 
pour la fête du jour. On ne célèbre point de messe les vendredis de carême, à cause 
de la tristesse qu'imprime la passion de Noire-Seigneur. 






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— 52 — 

teurs , des sous-diacres et des exorcistes. 11 dit que les prêtres cl les 
diacres ne font péniience que devant Dieu, mais que les autres la font 
publiquement en présence de l'évêque. On accorde la pénitence à la 
fin de la vie, quoiqu'on la tienne pour suspecte ; car il est rare que l'on 
se convertisse si tard. Les pénitens laissent croître leur barbe et leurs 
cheveux , se prosternent sur le cilice et se couvrent de cendres. Saint 
Isidore compte parmi les jeûnes de l'Église le carême, les quaire-lemps 
de la Pentecôle et du mois de septembre ; il ne parle pas de ceux du 
mois de décembre, qui toutefois étaient observés en Italie du temps de 
saint Léon; mais il marque deux autres jeûnes, que nous n'observons 
plus, l'un au 1 er novembre et l'autre au 1" janvier, afin d'abolir les dé- 
bauches superstitieuses que les païens pratiquaient en l'honneur de 
Janus. Il marque aussi que le jeûne du vendredi était universel et que 
la plupart y ajoutaient le samedi. Nous avons réduit ce jeûne à l'absti- 
nence. Enfin saint Isidore observe que la tonsure cléricale vient des 
apôires, qui l'avaient prise des nazaréens; que sur plusieurs points les 
usage des églises sont différents , et que chacun doit se conformer à la 
discipline de celle où il vit. 

N° 842. 
CONCILE DE JÉRUSALEM. 

( HIEROSOLÏHITANUH. ) 

(L'an 654.) — Saint Sophrone n'ayant pu empêcher Cyrus de publier 
ses neuf articles, dont le T enseigait ouvertement le Monotbélisme, se 
rendit à Constantinople, pour faire à Sergius contre celte nouveauté des 
remontrances qui furent également sans effet. Sergius approuva la con- 
duite et la doctrine de Cyrus par une lettre où l'on voit clairement son 
penchant décidé pour l'Eulychianisme. « Vous avez eu parfaitement rai- 
t son, lui dit-il, d'enseigner comme saint Cyrille une nature du Verbe 
« incarnée et une hypostase composée, distinguant seulement par la 
« pensée les parties qui entrent dans l'union, i Ensuite, ayant appris 
que Sophrone, après son retour en Orient, venait d'être élu patriarche 
de Jérusalem, il voulut prévenir le pape Ilonorius I, et ce fut dans ce but 
qu'il lui écrivit une lettre artificieuse où il proteste d'abord qu'il ne veut 
rien faire que de concert avec lui; puis, il rapporte l'origine de l'af- 
faire , en ayant soin de passer sous silence la part qu'il y avait prise et 
faisant croire qu'il n'avait rien su touchant celle question jusqu'au 
moment où Cyrus l'avait consulté; après quoi, venant à la réunion 
des eutychiens et aux démarches de saint Sophrone : « Nous l'avons 



' 






t pressé, ajouta-t-il , de nous montrer des passages des Pères enseignant 
• clairement qu'il faut reconnaître deux opérations en Jésus-Christ, mais 
« il n'a pu le faire ; en sorte que nous n'avons pas jugé à propos de con- 
o damner les neuf articles qui ont amené tant d'hérétiques h recevoir le 
t concile de Calcédoine. Cependant , pour mettre fin à ces disputes de 
« mots, nous avons écrit au patriarche d'Alexandrie de ne plus laisser 
i parler d'une ou de deux opérations , puisque la réunion est consom- 
« mée , et de faire professer avec les conciles un seul et même Jésus- 
« Christ opérant les choses divines et humaines ; car l'expression d'une 
« seule opération fait craindre qu'on ne veuille confondre les deux na- 
« tures , quoiqu'elle se trouve dans les écrits de quelques-uns des Pères ; 
€ et plusieurs sont scandalisés du ternie de deux opérations, parce qu'il 
i ne se trouve dans aucun livre des Pères et que d'ailleurs il suppose 
i qu'on doit reconnaître en Jésus-Christ deux volontés contraires; ce 
t qui est impie. » Enfin Sergius affirme que Sophrone lui-même a re- 
connu l'inconvénient de ces disputes et qu'il a promis de ne plus parler 
ni d'une ni de deux volontés. [On voit combien cette lettre était pleine 
de déguisements et de mensonges. 

Trompé par les artifices du patriarche de Constanlinople, Ilonorius, 
croyant qu'en effet il ne s'agissait que d'une dispute de mots et se lais- 
sant éblouir par l'espoir de ramener au sein de l'Église cette foule de 
sectes eulycliiennes dont l'Egypte et l'Orient étaient remplis , applaudit 
au zèle apparent de Sergius et approuva entièrement sa conduite : 
i Nous avons reçu , écrivit-il , la lettre par laquelle vous nous apprenez 
« que des disputes et de nouvelles questions de mots ont été soulevées 
« par un certain Sophrone , alors moine et maintenant évêque de Jéru- 
« salem, contre notre frère Cyrus, qui enseigne aux hérétiques convertis 
« une seule opération en Jésus-Christ; mais que Sophrone étant venu 
« vers vous s'est désisté de ses plaintes , après avoir reçu par écrit vos 
« instructions , dans lesquelles nous avons remarqué beaucoup de pru- 
« dence ; et nous vous louons d'avoir mis fin à celte nouveauté de paroles 
« capables de scandaliser les faibles. Nous confessons une seule volonté 
« en Jésus-Christ, parce que la divinité a pris noire nature telle qu'elle 
« était avant d'être corrompue par le péché, et non pas une nature vi- 
« ciée avec des penchants ou des désirs contraires à la loi de l'esprit, 
i Nous ne voyons pas que l'Écriture ni les conciles nous autorisent à 
i enseigner une ou deux opérations; ou si quelqu'un a parlé ainsi pour 
« s'accommoder à la faiblesse des intelligences, on ne doit pas en faire un 
< dogme ; car il est manifeste par toute l'Écriture , que Jésus-Christ est 
« un seul qui opère parla divinité et par l'humanité; mais de savoir si, 
T. III. 5 





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— 34 — 

t à cause des œuvres de la divinité et de l'humanité , on doit dire ou 
i entendre une seule ou deux opérations, c'est ce qui ne doit point nous 
< importer , et nous laissons cette question de mots aux grammairiens. 
« Nous devons rejeter ces expressions nouvelles , qui sont un germe de 
t scandale, de peur que les simples, choqués des termes de deux opéra- 
« lions , ne nous croient nestoriens, ou qu'on nous regarde, au con- 
t traire, comme eutychiens si nous n'en admettons qu'une seule.» 

Sur ces entrefaites , le nouveau patriarche de Jérusalem réunit un 
concile des évoques de la Palestine et envoya, selon la coutume, aux évo- 
ques des grands sièges, une belle lettre synodale contenant sa profession 
de foi et une exposition lumineuse de la doctrine catholique sur les deux 
opérations en Jésus-Christ; il y marque en détail les actions propres de 
la nature humaine , celles de la nature divine et enfin les actions mix- 
tes où intervenait le concours des deux natures , comme par exemple 
certains miracles où une opération corporelle accomplissait l'œuvre de 
la puissance divine. C'est a ce dernier genre qu'il applique le terme 
d'opération théandrique, c'est-à-dire divine et humaine tout ensemble, 
qui se trouve dans les ouvrages attribués à saint Denis l'aréopagite , 
quoiqu'on puisse également appliquer ce terme à toutes les actions de 
la nature humaine , en ce sens qu'elles sont soumises à la direction per- 
sonnelle du Verbe divin. 

Après avoir reçu celte lettre, le pape Honorius écrivit à saint Sophrone 
et à Cyrus pour les engager à s'abstenir dans l'exposition de U foi des 
termes nouveaux d'une ou de deux opérations. Il adressa une seconde 
lettre a Sergius par laquelle il lui faisait savoir ce qu'il venait d'écrire à 
ces deux patriarches; et s'expliquant de nouveau sur celte dispute : « Il 
c ne faut parler , disait-il, ni d'une ni de deux opérations , à cause du 

< peu d'intelligence des peuples, et afin d'éviter l'embarras de plusieurs 
i questions interminables; mais nous devons enseigner que chacune 
f des deux natures en Jésus-Christ opère dans un accord parfait avec 

< l'autre , la nature divine ce qui est de Dieu , et la nature humaine ce 

< qui est de l'humanité. Au lieu de dire avec quelques-uns une seule 
« opération, on doit confesser un seul opérant, un seul Christ en deux 
i natures réelles ; et au lieu de deux opérations , laissant de côté ces 

< expressions, confesser plutôt avec nous deux natures , c'est-à-dire la 

< divinité et l'humanité opérant dans la seule personne du Fils de Dieu, 
« sans division et sans confusion , chacune ce qui lui est propre. Ceux 
« qui usent de ces expressions ne s'imaginent-ils pas que suivant que 
« l'on attribue à Jésus-Christ une ou deux natures, on reconnaît aussi 
« une ou deux opérations; ce qui est très-impertinent à dire et ;'i pen- 






55 — 



i ser. J'ai cru devoir vous écrire pour vous monfer la conformité de 
« ma foi avec la vôtre, afin que nous soyons animés d'un même esprit.) 
On voit par celte lettre que le pape Honorius enseignait au fond la 
doctrine catholique sur les deux opérations propres à chacune des deux 
natures, et que s'il ne confessait qu'une seule volonté, c'était seulement 
en ce sens qu'il excluait deux volontés contraires, ou, en d'autres ter- 
mes, toute opposition de la volonté humaine à la volonté divine. Il eut 
le tort grave, il est vrai, de s'exprimer sur une question de foi dans un 
langage obscur, embarrassé, sujet à équivoque; d'improuver même 
comme une nouveauté dangereuse l'expression nette et précise du dog- 
me catholique et de favoriser l'hérésie en commandant le même silence 
aux partisans de l'erreur et aux défenseurs de la vérité. Mais un pape 
qui garde le silence ou qui ordonne de le garder n'enseigne pas l'er- 
reur ex cathedra. Toutefois, on peut dire pour l'excuser, que la distance 
des lieux , les mensoDges de Sergius et peut-être l'ignorance de la lan- 
gue grecque l'empêchèrent de connaître exactement l'importance ou 
l'objet de la dispute et de prévoir les funestes conséquences de sa lettre. 
Quant au patriarche saint Sophrone, il continua de s'opposer au Mo- 
nothélisme et recueillit jusqu'à six cents passages des Pères pour com- 
battre l'erreur par l'autorité de la tradition; ensuite voyant le mal 
s'accroître de jour en jour, il fit venir Etienne de Dore, son suffragant, 
et l'ayant mené sur le C dvaire, il lui dit : i Vous rendrez compte à celui 
t qui a été crucifié en ce lieu, si vous négligez le péril où la foi se trouve. 

< Faites donc ce que je ne puis faire en personne à cause des incur- 

< sions des sarrasins. Allez vous présenter au Siège apostolique, où sont 
i les fondements inébranlables de la foi ; faites connaître ce qui se passe 

< ici et ne cessez point vos démarches que vous n'ayez fait condamner 

< ces nouveautés impies (1).» 






N° i>45. 
CONCILE DE CLICHY. 

(CLIPPIACUM.) 

( Le i" mai de l'an 636.) — Ce fut dans ce concile que saint Agile fut 
établi premier abbé du monastère de fichais, nouvellement fondé par 
saint Éloi (2). Il parait que ce concile se tint à l'occasion du serment de 

(i) Concile de Latran de l'an 649. — Concile de Consiantinoplo, VI" oécmnJS- 
nique. — Le P. Lahl.c, Scwr. ronc, I. V, p. 1G97 ! <■■ VI, p. 104 et 85, el sequent 

(■2) Dom Mabillou , Acla sanctomm onlinis S. Benedtcti, jsec. 11, p. 3^3. Le 

P. Hardonin , Coll. cime,, t. Ml, index, p. i- 7 . _ Le P. Lnnhe , Snrr ,nnr. 1 V 
p. 1816. 



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I, 



— 36 — 
firlélilc que les gascons prêtèrent au roi Dagobcrt I", leur armée ayant 
été défaite par les troupes de ce prince. 

N° $M. 

V e CONCILE DE TOLÈDE (l). 
(toletanum V.) 

( L'an G56 (2).) — Vingt-deux évêques et deux députés, Chinlilla, roi 
des gotlis , et les principaux seigneurs de sa cour assistèrent à ce con- 
cile national qui fut présidé par Eugène , métropolitain de Tolède. On y 
fit neuf canons qui ont presque tous pour objet la sûreté et l'affermisse- 
ment de la puissance royale (3). 

1 er canon. Nous ordonnons que dans tout le royaume d'Espagne on 
célèbre une litanie le jour des ides de décembre, afin d'obtenir de Dieu 
la rémission de nos péchés. Lorsque ce jour sera un dimanche , on le 
renverra à la semaine suivante. 

2» canon. Que Ton observe les décrets du grand et universel concile 
tenu précédemment en cette ville. Et par ce qu'il arrive souvent dans 
les royaumes électifs , que les enfants du roi mort sont maltraités par 
le successeur, nous ordonnons que la race du roi Chintilla soit chérie et 
honorée. Et si quelqu'un lui fait quelque mal au mépris de notre décret, 
qu'il soit anathème et chassé de l'assemblée des chrétiens ; qu'il soit 
condamné par le jugement suprême ; qu'il soit abominable aux saints 
anges ; perdu en ce monde et damné en l'autre. 

3» canon. Si quelqu'un se fait couronner roi sans avoir le consente- 
ment de toute la nation , ou qu'il aspire à la royauté sans être par nais- 
sance de la noble race des goths , qu'il soit condamné par le divin ana- 
thème et chassé de l'assemblée des catholiques. 

•4 e canon. Si quelqu'un recherche par des voies superstitieuses , pen- 
dant la vie du roi , quel sera son successeur, qu'il soit excommunié. 

5 e canon. Si quelqu'un charge le prince de malédictions, qu'il soit 
excommunié. 

6 e canon. Un roi ne doit point révoquer les donations faites par son 
prédécesseur. 

7 e canon. Nous ordonnons que le décret du (iv e ) concile de Tolède 

(i) Le VI e , d'après quelques auteurs. 

(a) Ce concile est daté de la première année du règne de Chintilla , l'an 674 de 
l'ère d'Espagne. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. V, p. 1735. — Saens de Aguirre, Coll. conc. 
Hisp., t. II, p. 5oG. 






— 37 — 

assemblé sous le roi Sisenand, touchant la sûreté du prince , soit lu dans 
tous les conciles qui seront à l'avenir tenus en Espagne. 

8 e canon. Nous laissons au pouvoir du roi de faire grâce à ceux qui 
se rendront coupables des fautes que nous venons d'énoncer, pourvu 
qu'ils se soient corrigés. 

9 e canon. Ce canon ne renferme que des acclamations en faveur du 
roi Chintilla. 

N° o4S. 
VI e CONCILE D'ORLÉANS. 

( AURELLANENSE VI.) 

( Vers l'an 658 (I).) — Ce concile fut tenu contre un grec infecté de 
l'hérésie des monoihéliles. Amené devant l'assemblée et interrogé par 
plusieurs personnes savantes, il répondit avec tant d'art à toutes les 
objections et les prévint avec tant de subtilité, qu'il était dillicile de le 
vaincre. Mais Salvius, évéque de Valence, ayant découvert ses artifices, 
le convainquit, sans le convertir. Le Concile le condamna cl on le chassa 
honteusement des Gaules (2). 

N" B46. 
VI e CONCILE DE TOLÈDE (5). 

( TOLETANUM VI.) 

(Le 9 janvier de l'an 638 (4).) — Ce concile général fut composé de 
quarante-deux évoques (5) et de cinq députés venus de diverses provin- 

(1) Le P. Labbe, d'après Sirmond, date ce concile de l'an 645; le P. Mausi et 
Lenrjlel du Fresnoy, de l'an 642 ; el le P. Lecoinle [Annales, an. 634), ue l'an 634. 
Mais dom Uivet (Ilist. littéraire de la France, t. IX, avert. , p. 7) prouve qu'il fut 
tenu avant l'an 640, puisque saint Eloi, qui ne fut élu évéque qu'eu l'an (33<) , y as- 
sista , n'étant encore que laïque. 

(2) Viia sancti Eligti, cap, xxxv, el Vita sancti Audoeni, cap. vin. — Le P. Sir- 
niond, Conc. anl. Gall., t. I, p. 485. — Le P. Labbe, Sacr. conc, 1. V, p. i83J. 

(3) Le VII e , d'après quelques auteurs. 

(4) Ce concile est daté du v c des ides de janvier, de l'an 676 de l'ère , 3« :inncc 
du règne de Chintilla. On lit dans plusieurs collections le vt« des ides de janvier, 
il dans d'autres le m: C'est par erreur que ce concile est due de la 2" année du 
lègue de Chintilla ; car ce prince fut élu roi des gotlis l'an 6-4 de l'ère, et ce con- 
cile fut assemblé l'an 676 , qui est la î" année après l'an 6;4. 

(5) Les souscriptions portent 47 noms d'evéques, à la télé desquels se trouve ce- 
lui de Sylva, évéque de Narbonuc, et ceux de cinq députés. 



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II 









! 



— 38 — 

ces d'Espagne et de la Gaule narbonnaise. On y fit les dix-neuf canons 
suivants (1) : 

1" canon. Nous croyons et nous confessons que la très-sainte et toute- 
puissante Trinité, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, forme un seul 
Dieu, mais non point un Dieu solitaire ; qu'elle est une par l'essence, 
par la vertu , par la puissance et par la majesté, et une aussi par la na- 
ture; qu'elle est divisée en personnes , mais d'une manière inséparable ; 
qu'elle est essentiellement indivisible quant à la substance de la divinité; 
qu'elle est la créatrice de toutes les créatures; que le Père n'a été ni 
engendré ni créé ; qu'il est la fontaine et l'origine de toute divinité; que 
le Fils n'a pas été créé, mais engendré par le Père, sans commence- 
ment avant tous les siècles et toute créature ; car le Père n'a jamais 
existé sans le Fils , ni le Fils sans le Père , mais cependant Fils Dieu de 
Père Dieu , et non Père Dieu de Fils Dieu ; que le Fils du Père, Dieu de 
Père, est égal en tout au Père, vrai Dieu de vrai Dieu ; que le Saint- 
Esprit n'a été ni créé ni engendré , mais qu'il procède du Père et du 
Fils et qu'il est l'esprit saint de l'un et de l'autre ; qu'il leur est égal en 
substance , parce qu'il procède de l'un et de l'autre. L'unité de sub- 
stance est si grande dans la Trinité qu'elle ne forme point une plura- 
lité et qu'elle est au contraire égale , n'ayant en ses trois personnes ni 
inférieur, ni supérieur. Nous confessons que de ces trois personnes de 
la divinité le Fils seul s'est incarné , pour délivrer le genre humain du 
péché contracté originairement par la désobéissance d'Adam et de ceux 
que nous commettons volontairement ; qu'il s'est fait homme sans péché 
dans le sein de la vierge Marie , de sorte que le Fils de Dieu le Père est 
aussi le Fils de l'homme , Dieu parlait et homme parfait ; que l'homme 
Dieu, christ en deux natures, est un en personne; car si le Christ était 
double dans sa personne , il y aurait une quaternité dans la Trinité ; 
qu'il est inséparablement distinct par sa personne du Père et du Saint- 
Esprit, et de l'homme par sa propre nature; qu'étant uni à l'homme 
même il est un par sa personne , comme il est un par sa nature avec 
le Père et le Saint-Esprit; et que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est 
égal au Père selon la divinité, mais inférieur au Père selon l'humanité , 
a deux natures en une seule personne. Qu'il est né de Dieu sans mère 
et de la Vierge sans père , que le Verbe a été fait chair et qu'il a habité 
parmi nous; que lorsque toute la Trinité a travaillé à la formation de 
l'homme que le Fils devait revêtir, parce que les oeuvres de la Trinité 



(i) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. V, p. 1740. — Saens de Agiiinc, Coll. conc. 
Hisp., t. II, p. 5n- 



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— 39 — 
sont inséparables, le Fils seul a revêtu l'homme dans sa seule personne et 
non dans l'unité de la nature divine, dans ce qui est propre au Fils et 
non dans ce qui est commun à la Trinité; car si le Fils avait confondu 
•a nature de l'homme avec la nature de Dieu, toute la Trinité aurait 
le corps humain , parce qu'il est certain que la nature de la Trinité est 
une , mais non pas cependant la personne. Nous confessons donc que 
le Seigneur Jésus-Christ, envoyé par son Père, devenant ce qu'il n'é- 
tait pas sans perdre ce qu'il était, inviolable par sa nature (inviolabitis 
de suo), mortel par la nôtre, est venu en ce monde pour sauver les 
pécheurs et justifier les croyants ; qu'il a fait des miracles; qu'il a été 
livré à la mort pour nos péchés ; qu'il est mort pour leur expiation ; 
qu'il est ressuscité pour notre justification ; que nous sommes guéris par 
ses souffrances , réconciliés avec Dieu le Père par sa mort et ressuscites 
par sa résurrection. Nous croyons aussi qu'il viendra à la fin des siècles 
au moment de la résurrection de tous les hommes , et qu'il les jugera 
avec équité, récompensant les justes et punissant les impies. Nous 
croyons encore que l'Église catholique est un corps sans tache dans ses 
œuvres , sans rides dans sa foi ; qu'il habitera le royaume céleste avec 
son chef tout-puissant Jésus-Christ, lorsque ce corps corruptible et mor- 
tel aura été revêtu de l'incorruptibilité et de l'immortalité , afin que Dieu 
soit tout en tous. Les cœurs sontpuriûés par cette foi, les hérésies sont 
extirpées par elle, et par elle aussi toute l'Église catholique est glorifiée, 
« et il n'y a point de salut par une autre foi ; car aucun aulre nom sous le 
i ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être s,auvés(l). » 
2 e canon. Nous ordonnons que l'on continue la pratique des litanies 
prescrites par le précédent concile universel ( par le ¥' concile de To- 
lède). 

3 e canon. Nous rendons grâces au roi d'avoir chassé les juifs de son 
royaume et de n'y tolérer que les catholiques. Nous ordonnons avec le 
consentement du roi et celui des grands qu'à l'avenir aucun roi ne mon- 
tera sur le trône, qu'il ne promette avec serment de ne soullrir aucun 
hérétique ni aucun infidèle dans le royaume. Que celui qui violera ce 
germent, soit anathème jusqu'à l'avènement du Seigneur et qu'il subisse 
les tourments du feu éternel ; que ses complices , clercs ou laïques, soient 
frappés de la même condamnation. 

4 e canon. Que ceux qui seront trouvés ordonnés par simonie soient 
excommuniés et déchus de leur grade avec ceux qui les auront ordonnés. 
5 e canon. Si un clerc possède des biens de l'Église il doit déclarer par 
« 

(i) Actes des apôtres, cb. lv, v. 12. 






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écrit qu'il ne les tient que par précaire , afin d'empêcher par là qu'il 
se les approprie sous le titre de prescription. S'il refuse de le faire, qu'il 
soit privé de son salaire. 

6 e canon. Si un moine ou une religieuse quitte l'habit religieux pour 
retourner dans le monde , qu'il soit contraint de reprendre son premier 
état ; que l'homme soit tondu et la femme forcée de retourner à son 
monastère; s'ils résistent, qu'ils soient chassés par l'évêque de l'assem- 
blée des chrétiens, de sorte qu'en aucun lieu personne ne communique 
avec eux. Si une veuve quitte aussi son habit et sa profession , qu'elle 
soit condamnée ainsi qu'il a été déjà ordonné par le concile universel 
(le iv e de Tolède). 

7 e canon. Que ceux qui, après avoir reçu la pénitence publique, la 
quittent, laissent croître leur chevelure et reprennent l'habit séculier, 
soient arrêtés par l'évêque et enfermés dans un monastère pour y être 
de nouveau soumis aux lois de la pénitence. S'il est difficile de les sou- 
mettre, qu'ils soient excommuniés jusqu'à ce qu'ils retournent à ce qu'ils 
ont abandonné , et que ceux qui communiqueront avec eux soient égale- 
ment excommuniés. Si leur évêque , soit par faveur, soit par présent , 
néglige de les avertir, qu'il soit soumis à la même sentence , jusqu'à ce 
qu'il prononce contre eux la sentence de correction ou de condamna- 
tion (1). 

8 e canon. Si une femme , dont le mari a été mis en pénitence, survit, 
elle peut convoler à de secondes noces. Si elle meurt la première , le 
mari doit être obligé à vivre en continence le reste de ses jours. Si c'est, 
au contraire , la femme qui a été mise en pénitence , elle ne pourra se 
remarier, dans le cas où elle survivrait à son mari ; mais si elle meurt la 
première , le mari pourra épouser une seconde femme. L'évêque doit 
néanmoins avoir égard à l'âge de ceux à qui il accorde la pénitence, 
pour les obliger ou ne point les obliger, à la continence, suivant le senti- 
ment du pape saint Léon dans sa lettre à Rustique, évêque de Narbonne. 

9 e canon. A chaque mutation d'évêque , les affranchis de l'Église doi- 
vent renouveler leur déclaration qu'ils sont sous la dépendance de celte 
Église. S'ils refusent de le faire , que leur charte d'affranchissement soit 
annulée et qu'ils rentrent pour toujours dans la servitude. 

10 e canon. En reconnaissance des services qu'ils rendront à l'Église, 
leurs enfants seront instruits et élevés par l'évêque; et s'ils adoptent 
d'autres patrons , qu'ils soient frappés de la loi des ingrats. 

(i) C'est la première fois qu'on trouve des pénitences force'es; car les anciens ca- 
nons se contentaient d'excommunier les pe'clieurs scandaleux qui ne demaudateut 
pas la pénitence , ou qui l'abandonnaient après l'avoir reçue. 






— 41 — 

11* canon. Il est défendu de recevoir des accusations , avant d'avoir 
examiné si les accusateurs sont recevables , de peur que l'innocent ne 
soit injustement ilétri par l'accusateur. 

i2 e canon. Si l'un des sujets du roi s'enfuit à l'ennemi , qu'il soit 
excommunié et enfermé pour faire une longue pénitence. Mais s'il se 
réfugie dans une église , se souvenant de sa faute, les évoques et la ré- 
vérence du lieu doivent intercéder en sa faveur. 

13 e canon. Les inférieurs doivent en tout déférer l'honneur à ceux 
qui dans le palais sont élevés en dignité. 

14 e canon. On doit récompenser et traiter avec honneur ceux qui ser- 
vent avec fidélité. 

15 e canon. Les donations faites aux églises, soit par les princes, soit 
par d'autres personnes , étant devenues le patrimoine des pauvres , doi- 
vent être stables , afin qu'où ne puisse les en frustrer en aucun temps ni 
par aucune raison. 

Les autres canons de ce concile défendent , sous peine d'anathème , 
d'attenter à la vie du roi et de ses enfants ou de conspirer contre lui ou 
de s'emparer de ses biens ; ce qui montre combien le pouvoir royal était 
alors peu affermi ; car ces canons et les vœux que faisaient les évoques 
pour le roi Chintilla sont moins des témoignages de leur affection que des 
preuves de la crainte qu'avait le roi de la fragilité de sa puissance. 

IN JJ47. 
CONCILE DE PARIS. 

(PARISIE.NSE.) 



(Le '29 juillet de l'an 038 (1). ) — Ce concile, composé d'évêques et 
de grands et auquel assista le roi Dagobcn, confirma les immunités 
accordées au monastère de Saint-Denis ei à son église (2). 



N° 848. 
* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CO.NSTANTIXOPOLITAMJM.) 

( L'an 630 (3). ) — Au commencement de l'an 639, l'empereur Héra- 

(i) Ce concile est' daté du 4 des calendes d'août, la 10° année du règne de Dago- 
Ijcrl. 

(2) Le P. Lalibe, Saci: amc., t. V, p. iH>6. 

(.-i) Les auteurs àel'Art de vérifier lia, dates placent ce concile à l'an 638; mais 







4 



— 42 — 



clius publia un édit que le patriarche Sergius avait composé en son nom 
et que l'on nomma Ecthèse, c'est-à-dire exposition, comme renfermant 
unt explication de la foi. Il exposait d'abord la doctrine catholique tou- 
chant le mystère de la Trinité et marquait nettement en parlant du mys- 
tère de l'Incarnation l'unité de personne et la destination des deux na- 
tures ; mais il défendait de dire une ou deux opérations et donnait en- 
suite comme article de foi l'unité de volonté. « Nous attribuons, disait-il, 
• toutes les opérations de Jésus-Christ, divines et humaines, au Verbe 
« incarné et nous ne permettons aucunement de dire ou d'enseigner une 
i ou deux opérations, mais plutôt, suivant la doctrine des conciles œcu- 
i méniques , nous disons que c'est un seul et même Jésus-Christ qui 
« opère les choses divines et humaines , et que les unes et le» autres 
i opérations procèdent du même Verbe incarné, sans division ni confu- 

< sion ; car l'expression d'une seule opération , quoiqu'elle ait été em- 
« ployée par plusieurs Pères, parait étrange à certaines personnes , qui 
« craignent qu'on ne s'en serve pour détruire les deux natures unies en 
o Jésus-Christ. Le terme de deux opérations scandalise encore plusieurs 
« personnes , comme n'ayant jamais été employé par aucun des princi- 
« paux docteurs de l'Église et parce qu'il s'ensuit qu'il faut reconnaître 
« en Jésus-Clirist deux volontés contraires; comme si le Verbe avait 
« voulu l'accomplissement de la passion et que son humanité s'y fût op- 
« posée, en sorte que l'on admît deux personnes voulant des choses con- 
« traires : ce qui est impie et éloigné de la doctrine chrétienne. Et 
« puisque l'infâme Nestorius , quoique divisant l'Incarnation et intro- 
i duisant deux Fils , n'a pas osé dire qu'ils eussent deux volontés et 
« qu'il a, au contraire , reconnu une même volonté dans les deux per- 
« sonnes qu'il imaginait; comment les catholiques , qui reconnaissent 
« un seul Jésus-Christ , peuvent-ils admettre en lui deux volontés et 

< même deux volontés contraires? C'est pourquoi , suivant en tout les 
saints Pères, nous confesssons une seule volonté en Jésus-Christ et 

« nous croyons que sa chair, animée d'une âme raisonnable , n'a jamais 
a fait aucun mouvement naturel séparément et d'elle-même, contraire 
« à l'esprit du Verbe , qui lui était uni selon l'hypostase. » Telle est la 
fameuse Ecthèse d'Héraclius qui devint le symbole des monothé- 
lites. 

Le patriarche Sergius assembla un concile h Constantinople pour faire 
recevoir cet édil, et les évêques l'ayant approuvé, il défendit d'enseigner 

c'csl évidemmeot une erreur , puisque l'ecthèse que Sergius y approuva ne fut pu- 
bliée qu'au commencement de l'an 63<) , indiclion xu*. 



, 



— 43 — 

une doctrine contraire , sous peine d'interdit absolu pour les clercs , et 
d'excommunication pour les moines ou les laïques (1). 

N° 549. 
» CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CO.NSTANTINOPOL1TA.NUM.) 

( L'an 639 ou 640. ) — Sergius étant mort sur la fin de l'an 639 , in- 
diction XII e , Pyrrhus, son successeur , approuva dans un concile , tenu 
à la hâte et sans les formalités ordinaires, l'Ecthèse d'Héraclius et en- 
joignit aux évèques tant absents que présents de la souscrire sous peine 
d'excommunication (2). 

N° S30. 

CONCILE DE ROME. 
(romanum. ) 

(L'an 640. ) — Le pape Honorius étant mort au mois d'octobre de 
l'an 658 , on lui donna pour successeur Séverin , qui ne fut consacré 
qu'au mois de mai de l'an 610, parce que le crédit des monoihélites 
empêcha l'empereur de donner plutôt son consentement; et son élec- 
tion ne fut même confirmée que lorsque Héraclius eut obtenu des légats 
venus à Constantinople une promesse équivoque qui lui fit espérer l'ap- 
probation qu'il désirait. Mais il est certain que l'Ecthèse ne fut jamais 
approuvée à Rome. L'empereur l'ayant envoyée à l'exarque de Ravenne 
pour la l'aire souscrire par le nouveau pape, celui-ci en condamna 
expressément, dans un concile, la doctrine monoihélique (3). Le pape 
Séverin mourut vers ce temps-là, de sorte que l'on ne sait pas positi- 
vement s'il a condamné l'Ecthèse d'Héraclius ou seulement le Monothé- 
lisme, dont l'Ecthèse n'était que le symbole. 

N° 3S1. 

CONCILE DE ROME. 
(romanum.) 

(Mois de janvier de l'an 641.) — Le pape Jean IV , successeur de 

(i) Concile de Lalran de l'an 649. — Le P. Labbe, Sacr. conc. , t. V, p. 1736. 

— Théophane, Clironnrjrcyh,, p. 275. 

(2) Concile de Latran de l'an 64g. — Le P. Labbe, Suer, conc,, t. V, p. 1697. 

— Disputatio cum Pyrrho , p. ig5. 

(H) Le P. Pagi , Critica in mm, Bar. 



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Séverin, assembla un concile où il condamna le Monothélisme et l'Ec- 
thèse , fans rien prononcer contre les personnes , et il en informa par 
ses lettres synodales Pyrrhus de Constantinople (1). 

A la nouvelle de cette condamnation, l'empereur se hâta de désavouer 
l'Ecthèse. Il écrivit au pape qu'elle avait été composée depuis longtemps 
par Sergius , qui lui avait demandé de la signer et de la publier sous son 
nom. « Maintenant , ajoutait-il , voyant qu'elle est un sujet de dispute , 
« je déclare à tout le monde que je n'en suis pas l'auteur (2). » 

L'empereur Héraclius étant mort le 11 mars de l'indiction XIV e , le 
pape Jean IV s'empressa d'écrire à Constantin son successeur pour l'en- 
gager a supprimer l'Ecthèse. C'est dans celle lettre que le Souverain- 
rontife, en combattant le Monothélisme, témoigne expressément qu'Ho- 
norius , dans sa lettre à Sergius , n'avait pas admis l'unité de volonté 
en ce sens qu'il n'y en avait qu'une pour les deux natures, mais seule- 
ment pour exclure deux volontés contraires , c'est-à-dire une volonté 
de la chair opposée à la volonté de l'esprit , comme dans notre nature 
viciée par le péché. Saint Maxime, dans sa conférence avec Pyrrhus, 
fait remarquer que ce témoignage était d'autant plus irrécusable, que le 
secrétaire chargé de rédiger cette lettre du pape Jean IV à Constantin 
avait été aussi le secrétaire d'Honorius et pouvait , par conséquent , 
mieux que personne connaître le sens de sa réponse. 

N° 832. 
CONCILE DE CHALONS-SUR-SAONE (5). 

(CABILLONENSE.) 

(Le 25 octobre de l'an 643 ou de l'an 644 (4).) — Ce concile fut as- 
semblé par ordre du roi Clovis II. Il s'y trouva trente-neuf évoques , 
six députés , six abbés et un archidiacre. Les plus célèbres sont Candéric 



(i) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. V, p. 1698. — Le P. l'agi, Cril. in unn. Bar. 
(*) Acla sancti Maximi , num. 11. 

(3) Ce concile est compté pour le III e de ceux qui ont été ternis dans cette ville; 
on ne sait pas quels sont ceux qui portent les n" I er et II*. — Le P. Labbe le compte 
pour le I* r , quoiqu'il ait déjà rapporté cinq autres conciles tenus dans celte ville. 

(4) La date de ce concile est incertaine. On sait seulement d'une manière posi- 
tive qu'il fut tenu le vin* des calendes de novembre, la 6* année du règne de Clo- 
\is IL Mais ce roi ayant succédé à son père Dagobcrt I er , dans les royaumes de 
Neuslrie et de Bourgogne , l'an 638 et non l'an 644» connnc le disent quelques 
historiens modernes, ce concile a donc été tenu l'an 643 ou l'an 644. t-e P. Pagi 
le place à l'an OCn, et le P. Labbe vers l'an 6ôo. 






— 45 - 

de Lyon , saint Landalen ou Dodolen de Vienne, saint Ouen de Rouen , 
Armentarius de Sens , saint Vulfolend de Bourges , saint Donat de Be- 
sançon, saint Déodat de Màcon, saint Pallade d'Auxerre, saint Malard de 
Chartres, saint Gralus de Châlons, saint Magnus d'Avignon, saint Cha- 
doind du Mans et saint Éloi (1). On y fît les vingt canons suivants (2). 

V r canon. Nous ordonnons qu'en matière de foi l'on se conforme à 
la doctrine du concile de Nicée, confirmée par le saint concile de Calcé- 
doine. (Les évoques semblent vouloir condamner par ce canon les nou- 
veautés des monolhélites.) 

2 e canon. Qu'on observe les décrets des canons. 

3 e canon. Si un évêque, un prêtre, un diacre ou un autre clerc donne 
lieu à quelque soupçon de honle ou d'adultère par ses entreliens fami- 
liers avec une femme étrangère, qu'il soit déposé de son ordre conl'or 
mément aux canons. 

4 e canon. Qu'il n'y ait pas en même temps deux évêques dans une 
même cité , de peur qu'ils n'occasionnent un mauvais partage des biens 
de l'Église. 

5 e canon. Les séculiers , qui ne sont point encore membres du 
clergé , ne doivent pas se charger du gouvernement des biens des pa- 
roisses, ni des paroisses mêmes. 

6 e canon. Que personne ne se mette en possession des biens ecclé- 
siastiques avant un jugement légitime; que celui qui le fera soit traité 
comme meurtrier des pauvres. 

7 e canon. Qu'après la mort d'un prêtre ou d'un abbé, l' évêque ni 
l'archidiacre ne prennent rien des biens de la paroisse , de l'hôpital 
ou du monastère , sous peine d'être punis suivant la rigueur des ca- 
nons (3). 

8 e canon. Que les évêques imposent des pénitences à ceux qui con- 
fessent leurs péchés. 

9 e canon. Qu'aucun esclave ne soit vendu pour être envoyé hors du 
royaume de Clovis, de peur qu'il ne demeure toujours en servitude, ou 
qu'étant chrétien il ne tombe au pouvoir des juifs. 



(i) On trouve parmi les souscriptions celle de Jietto episcopus JuVtabonœ y c'est 
Bellori, évêque de Lilleboune, et non de Dieppe , comme le prétend Valois. 

(î) Le P. Labbe, Sacr. cunc., t. VI, p. 38}. — Le P. Sirmond, Conc. ont. Gall., 
t. I, p. 489. — Le P. Ilardouiu, Coll. conc., t. III, p. 947. — Lecointe, Annales, 
ad an. C44- — Mabillon, Annales, lib. xnî, nurn. 29. 

(3) Ce canon semble dire que la plupart des hôpitaux étaient gouvernés par des 
prêtres. 







■ 



— 46 — 

10* canon. L'élection d'un évêque doit être faite par le clergé , le 
peuple et les coroprovinciaux , sous peine de nullité. 

11 e canon. Il est défendu , sous peine d'excommunication , aux juges 
publics d'aller dans les paroisses de la campagne ou dans les monastères 
que l'évêque a coutume de visiter], et de contraindre les clercs ou les 
abbés de leur préparer des repas ou des logements. 

12' canon. Qu'il n'y ait point deux abbés dans un même monastère, 
de peur que le prétexte de la puissance n'engendre des haines et des 
scandales parmi les moines. Si un abbé se choisit un successeur, celui 
qui aura été élu par lui ne pourra disposer des biens du monastère. 

13 e canon. Qu'un évêque ne retienne point el n'ordonne pas les clercs 
d'un autre évêque et sans le consentement de celui-ci. 

14' canon. (Quelques évêques se plaignirent au concile que les sei- 
gneurs leur disputaient la disposition des oratoires dans l'étendue de 
leur seigneurie et des biens qui leur étaient attribués et la correction 
des clercs qui les desservaient; il lut donc ordonné) que ces clercs 
et que l'emploi de ces biens resteraient en la puissance des évêques , 
sous peine d'excommunicaiion contre ceux qui violeraient ce décret. 

15 e canon. Il est défendu, sous peine d'excommunication , aux abbés 
et aux moines de se servir de la protection des séculiers, ou d'aller trou- 
ver le prince sans la permission de l'évêque. 

16 e canon. Il est défendu à qui que ce soit , évêque , prêtre, abbé 
ou diacre, sous peine de déposition, de recevoir les ordres sacrés pour 
de l'argent. 

17' canon. Si des séculiers excitent du tumulte, ou tirent leurs armes 
pour blesser quelqu'un , soit dans une église , soit dans son enceinte , 
qu'il soient excommuniés, suivant les canons. 

18 e canon. Il est défendu aux gens de la campagne de labourer , de 
couper les blés , de les enlever et de faire les autres travaux des champs 
les jours de dimanche, sous peine de correction disciplinaire. 

19 e canon. Aux jours des dédicaces et des solennités des martyre , 
les femmes forment des chœurs et chantent des chansons déshon- 
nêtes dans l'enceinte ou sous les porches de l'église, au lieu de prier et 
d'écouter la psalmodie des clercs;. nous défendons cet abus , sons peine 
d'excommunicaiion et de correction. 

20" canon. Agapius et Bobon , tous deux évêques de Digne , av.iient 
commis plusieurs fautes ; pour les punir , le Concile les déposa de l'or- 
dre épiscopal. 

Il parait que Théodore , évêque d'Arles, avait été cité à comparaître 
devant ce concile national, assemblé de toutes les provinces du royaume 



fcx 






— il — 

(le Clovis. Il vint même à Châlons ; mais retenu par la crainte d'èlre 
convaincu des excès dont on l'accusait , il ne se présenta point. Le Con- 
cile lui écrivit dans ces termes : « Sachant que vous étiez en cette ville , 
« nous espérions que vous viendriez au concile ; mais nous pensons 
< maintenant que vous avez été retenu par la crainte que vous inspirent 
« votre vie indécente et vos excès contre les canons. Nous avons vu un 
i écrit de votre main, souscrit par vos comprovinciaux , portant que 
i vous vous êtes soumis à faire pénitence. Vous savez qu'après cela un 
i évêque ne peut plus garder la chaire épiscopale , c'est pourquoi nous 
« vous ordonnons de vous abstenir de vos fonctions et de l'administra- 
« tion des biens de votre église , jusqu'à ce que vous vous soyez présenté 
« devant un autre concile. » 




N« SUS. 
CONFÉRENCE D'AFRIQUE. 

(COLLATIO AFRICANA.) 

(Mois de juillet de l'an 645. ) — Celte conférence entre Pyrrhus de 
Constantinople et saint Maxime, abbé de Chrysopolis près de Calcédoine, 
se tint en Afrique, au mois de juillet , de l'indiction IIP, en présence du 
patrice Grégoire , de quelques évêques et de plusieurs autres personnes 
de distinction. Saint Maxime y démontra qu'il y avait en Jésus-Christ deux 
volontés et deux opérations , que ce dogme était une conséquence né- 
cessaire des deux natures et qu'on ne pouvait le révoquer en doute sans 
anéantir l'Incarnation, l'intégrité et la perfection delà nature humaine. 
Il répondit avec autant de solidité que de précision à toutes les objec- 
tions des monothéliles et prouva par les témoignages de l'Écriture , des 
Conciles et des Pères qu'on abusait des lettres d'Honorius en interpré- 
tant dans le sens d'une volonté unique ce que ce pape avait écrit pour 
ces deux volontés contraires dans l'humanité. Enfin il montra que cette 
question intéressait essentiellement la foi et que vouloir la laisser in- 
décise en défendant de parler d'une ou de deux opérations , c'était four- 
nir un sujet de triomphe aux hérétiques. Pyrrhus se rendit à ces preu- 
ves et alla ensuite à Rome , où il rétracta par écrit devant le pape 
Théodore, le clergé et le peuple ce qu'il avait auparavant enseigné 
contre la foi. Il fut ainsi reçu à la communion de l'Église ; mais dans 
la suite il retourna à la même erreur (1). Voilà ce qui se passa dans 



n 



(i) Le P. Labbe, Siwr. conc, l. V , p. i 7 S i . — Anastase , t'ito /lontificum. — 
Théophane, chmnngraph., p. 375. 



f" 



cette conférence et quel en fut le résultat ; mais comme elle est très- 
importante dans l'histoire du Monoihélisme, nous allons en donner la 
substance. 

Pyrrhus dit : < Quel mal vous avons-nous fait, seigneur Maxime , mon 
prédécesseur et moi , pour nous décrier partout en nous rendant sus- 
pects d'hérésie? Et qui vous a plus honoré , plus respecté que moi, sans 
connaître votre visage ? » 

Saint Maxime : « Puisque Dieu nous entend , j'avoue , pour me servir 
de vos paroles, que personne ne m'a plus honoré , ni plus respecté que 
vous. Mais lorsque j'ai vu que vous aviez rejeté la foi chrétienne , il 
m'a paru terrible de préférer vos bonnes grâces à la vérité, t 

Pyrrhus : « En quoi avons-nous rejeté la foi chrétienne ? i 

Saint Maxime : < C'est que vous croyez une seule volonié de la divi- 
nité de Jésus-Christ et de son humanité. Et non content de le croire , 
vous avez proposé publiquement cette erreur par une nouvelle exposi- 
tion , au préjudice de toute l'Église, i Saint Maxime entendait parler ici 
de l'Ecthèse d'Héraclius. 

Pyrrhus : « Quoi donc ! en croyant qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une 
volonié , vous trouvez que l'on ébranle un article de foi ! t 

Saint Maxime : « Sans doute ; car y a-t-il une plus grande impiété 
que de dire : C'est pur une seule et même volonté que le même, avant 
l'Incarnation, a tout lait de rien, le conserve et le gouverne, et qu'après 
l'Incarnation , il a désiré de boire et de manger, de passer d'un lieu à 
un autre et de faire toutes les autres actions innocentes, qui prouvaient 
la réalité de son Incarnation ? » 

Pyrrhus : i Jésus-Christ est-il un ou est-il deux ? 

Saint Maxime : « Un sans doute. > 

Pyrrhus : « Si donc il est un , il voulait comme une seule personne et 
par conséquent il n'avait qu'une volonté. > 

Saint Maxime : « Quand on avance une proposition , sans distinguer 
le sens, on ne fait que confondre et embrouiller la question, ce qui est 
indigne d'un homme instruit. Dites-moi donc : Jésus-Christ, qui est un, 
est-il seulement Dieu ou seulement homme , ou Dieu et homme tout 
ensemble? 

Pyrrhus : «Assurément, il est Dieu et homme tout ensemble. i 

Saint Maxime :« Étant donc par nature Dieu et homme, voulait-il 
comme Dieu et comme homme, ou seulement comme Christ? S'il vou- 
lait comme Dieu et comme homme , il est clair qu'il voulait en deux 
manières et non pas en une seule, quoiqu'il ne fût qu'un. Car si Jésus- 
Christ n'est autre chose que les natures dont il est composé , il est évi- 



1 



■ 






— 49 — 

tient qu'il voulait et qu'il opérait conformément à ses natures , puisque 
aucune n'élait sans volonté et sans opération. Or , si Jésus-Christ vou- 
lait et opérait conformément à ses natures, comme elles sont deux, il 
faut absolument qu'il ait aussi deux volontés naturelles et autant d'o- 
pérations essentielles; car, comme le nombre de ces natures ne le 
divise point, ainsi le nombre des volontés et des opérations, qui con- 
viennent essentiellement à ses natures, n'implique point division, mais 
fait voir seulement qu'elles subsistent en leur entier, même étant unies. » 
Pyrrhus : • Il est impossible qu'il n'y ait autant de personnes qui veu- 
lent que de volontés. » 

Saint Maxime : « Vous avez mis cette absurdité dans vos écrits et vous 
l'avez fait dire à Héraclius. Mais si l'on accorde qu'il y a autant de per- 
sonnes qui veulent que de volontés, réciproquement il y aura autant de 
volontés que depersonnes; ainsi , selon vous, il n'y aura en Dieu qu'une 
personne, suivant Sabellius, puisqu'il n'y a qu'une volonté; ou bien , 
puisqu'il y a trois personnes , il y aura trois volontés et par conséquent 
trois natures, suivant Arius; puisque, selon les règles des Pères, la 
différence des volontés emporte aussi la différence des natures. > 

Pyrrhus : « Il est impossible que deux volontés subsistent ensemble en 
une même personne sans contrariété.» 

Saint Maxime : « Elles peuvent donc y être avec contrariété, et nous 
sommes d'accord sur le nombre des volontés. Il reste à chercher quelle 
est la cause du combat ; diriez-vous que c'est la volonté ou le péché ? 
Mais nous ne connaissons pas d'autre auteur de la volonté naturelle que 
Dieu : il sera donc, selon vous, l'auteur de ce combat. Si vous dites 
que c'est le péché , Jésus-Christ n'en a point fait. Il n'a donc eu aucune 
contrariété en ses volontés naturelles ; car , ôtant la cause , on Ole 
l'effet.» 

Pyrrhus : < Puisque la volonté appartient à la nature et que les Pères 
les plus célèbres ont dit que les saints n'ont pas d'autre volonté que 
celle de Dieu . ils n'auront donc point aussi d'autre nature. » 

Saint Maxime : « J'ai déjà dit que quand on cherche la vérité, il faut 
distinguer les significations des mots , pour éviter les équivoques. Je 
vous demande à mon tour ; quand les Pères ont dit que les saints 
avaient la même volonté que Dieu , avaient-ils en vue la volonté sub- 
stantielle et toute-puissante de Dieu, ou l'objet de sa volonté? car il y 
a une grande différence : l'une est au dedans , l'autre au dehors. 
S'ils ont entendu parler de la volonté substantielle, ils auront fait les 
saints de même nature que Dieu et créateurs comme lui et se seront 
contredits eux-mêmes, puisqu'ils ont dit que les choses de diverses na- 
T. III. 4 



I 






W ! 



— 50 — 
tures ne peuvent avoir une volonté commune. Mais s'ils ont, au con- 
traire, entendu parler de l'objet de la volonté , ils l'ont nommé volonté 
improprement , comme on donne à l'effet le nom de sa cause. » 

Après quelques autres objections , Pyrrhus convint que Jésus-Cbrist 
avait des volontés naturelles; puis il ajouta: tComme nous disons qu'il 
y a un composé de deux natures , on peut dire aussi qu'il y a un com- 
posé de deux volontés naturelles , afin que ceux qui disent deux volontés 
à cause de la différence des natures et ceux qui disent une volonté 
à cause de l'union parfaite, ne soient plus divisés par de simples pa- 
roles. Car , comme dit saint Grégoire le théologien , la vérité n'est pas 
dans les mots, mais dans les choses.» 

Saint Maxime : «Voyez comme vous vous trompez tous , pour ne pas 
savoir que les compositions se font de ce qui subsiste par soi-même et 
non d;ms un autre sujet ; ce qui est une opinion communément reçue 
rie tous, non-seulement des philosophes païens , mais encore des doc- 
teurs de l'Église. Que si vous admettez une composition de volontés , 
vous serez aussi forcé d'admettre une composition de toutes les pro- 
priétés naturelles, si vous voulez parler conséquemment , c'est-à-dire 
du créé et de l'incréé , du fini et de l'infini, du mortel et de l'immortel, 
et vous tomberez dans de grandes absurdités. Mais comment nommera- 
t-on volonté le composé de deux volontés ; car le composé ne peut pas 
avoir le même nom que les parties? Ou bien, on nommera nature le 
composé des natures , suivant les anciens hérétiques. De plus vous sé- 
parez Jésus-Christ de la volonté de son Père , en marquant par cette 
volonté composée une nature composée et régulière. ► 

Pyrrhus : <Quoi donc! les mouvements de la chair ne dépendaient- 
ils pas du Verbe qui lui était uni ? » 

Saint Maxime : « Vous divisez Jésus-Christ , en parlant ainsi ; car il 
gouvernait aussi Moïse et David et tous ceux qui ont reçu l'opération 
divine , en renonçant aux propriétés humaines et charnelles. Mais pour 
nous , nous disons, suivant les Pères , que Dieu s'élant fait homme vou- 
lait , non-seulement par sa divinité , mais encore par son humanité, ce 
qui était convenable à l'une et à l'autre nature. Car, comme il est na- 
turel à la créature de chercher sa conservation , le Verbe ayant pris 
l'humanité a pris aussi la puissance de la conserver, et il l'a fait voir 
par ses opérations , tantôt par les appétits naturels et innocents , qui 
faisaient croire aux infidèles qu'il n'était pas Dieu, tantôt par l'aversion 
comme dans le temps de sa passion. L'Église n'a donc rien fait d'étrange 
en reconnaissant en lui avec la nature humaine les propriétés qui en 
sont inséparables.» 



■ 



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1 



— 51 — 



Pyrrhus : < Si la crainle nous est naturelle et si elle est blâmable , 
donc , selon vous , ce qui est blâmable nous est naturel , et par consé- 
quent le péché.» 

Saint Maxime : « Vous vous trompez encore par un équivoque ; car 
il y a une crainte naturelle et une qui ne l'est pas. La crainte naturelle 
n'est qu'un resserrement pour la conservation de l'être; celle qui ne 
l'est pas est un resserrement sans raison. Notre -Seigneur n'a point ad- 
mis cette dernière espèce de crainte , qui trahit la raison ; mais il a reçu 
volontairement la première, comme un effet de la faculté qui est en 
la nature pour la conservation de son être ; car en lui le3 appétits na- 
turels ne prévenaient pas la volonté , comme en nous : il avait faim , il 
avait soif véritablement , mais d'une manière plus excellente que nous , 
puisque c'était volontairement. Ainsi il craignait véritablement , mais 
non pas comme nous. Et eu général , tout ce qui éiait naturel en Jésus- 
Christ avait une manière surnaturelle , jointe à son essence, afin que 
l'essence prouvât la nature et que la manière prouvât le mystère. » 

Pyrrhus : « Laissons ces subtilités que le commun n'entend point et 
disons qu'il est Dieu parfait et tout ensemble homme parfait, sans nous 
embarrasser de tout le reste, i 

Saint Maxime : < S'il est ainsi, il faut anathématiser les conciles et 
les Pères, qui nous ont ordonné de confesser non-seulement les natures 
mais encore les propriétés de chacune , comme d'être visible et invisi- 
ble, mortel et immortel, créé et incréé. Ils nous ont aussi enseigné 
qu'il y a deux volontés en Jésus-Christ et qu'elles sont difiërentcs , 
l'une divine et l'autre humaine.» 

Pyrrhus : « Contentons-nous de ce qu'ont dit les conciles et ne parlons 
ni d'une ni de deux volontés.» 

Saint Maxime : « Les conciles ont condamné Apollinaire et Arius, a 
cause du terme de volonté, dont ces deux hérésiarques se servaient pour 
établir leur hérésie : Apollinaire, pour montrer que la chair de Jésus- 
Christ était consubstanticlle au Verbe; Arius, pour montrer que le Fils 
était d'une autre substance que le Père. Comment donc pouvons-nous 
être catholiques, si nous ne confessons pas le contraire de ce qu'ont 
enseigné les hérétiques? » Ensuite pour montrer que Jésus-Christ a une 
volonté humaine, qui lui est naturelle, saint Maxime lit voir que la 
différence essentielle de l'âme raisonnable est le libre arbitre , qui en- 
ferme nécessairement la volonté , et que par conséquent le Verbe, lors- 
qu'il s'est fait chair animé d'une âme raisonnable , s'est nécessairement 
fait capable de vouloir en tint qu'homme. 
Pyrrhus fut obligé d'en convenir, mais il ajouta : « Les byzantins, ne 







. 



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— 52 — 

pouvant reconnaître des volontés naturelles, ont dit que les Pères 
avaient attribué à Jésus-Christ la volonté humaine par appropriation, i 

Saint Maxime ayant fait expliquer Pyrrhus sur celte appropriation , 
lui fit avouer qu'il ne la mettait que dans l'affection , comme les amis 
s'approprient les biens et les maux les uns des autres , sans le sentir 
effectivement en eux-mêmes. Ensuite il lui prouva facilement que la 
volonté est naturelle à l'homme , puisqu'il n'apprend point à vouloir et 
qu'il est libre, comme étant créé à l'image de Dieu, d'où il conclut 
ainsi : « Puisque la volonté est naturelle à l'homme, si Jésus-Christ ne 
s'est approprié la volonté humaine que par simple affection , il s'ensuit 
nécessairement qu'il n'a pris les autres propriétés de la nature humaine 
que de la même manière et que par conséquent tout le mystère de l'In- 
carnation est imaginaire. De plus , la sentence de Sergius condamne 
ceux qui disent deux volontés , en quelque manière que ce soit ; or , 
ils en admettent deux par cette appropriation. Et de plus , ils soutien- 
nent qu'en mettant deux volontés on met deux personnes ; or , ils met- 
tent deux volontés , quoique faussement , par cette appropriation ; donc 
ils mettent aussi deux personnes. » 

Pyrrhus : i Ce n'est pas à mauvaise intention qu'ils ont parlé ainsi , 
mais pour montrer l'union parfaite.» 

Saint Maxime : « Les sévériens diront aussi que ce n'est pas à mau- 
vaise intention qu'ils soutiennent une seule nature , mais pour montrer 
l'union parfaite , et vous combattront avec vos propres armes. » Saint 
Maxime dit ensuite à Pyrrhus : « En soutenant qu'il n'y a qu'une vo- 
lonté , il faut qu'ils la reconnaissent ou divine ou angélique ou humaine, 
•et par conséquent qu'ils reconnaissent Jésus-Christ ou Dieu seulement 
ou d'une nature angélique ou purement homme, p 

Pyrrhus : i Pour se tirer de cet embarras , ils disent que la volonté 
n'est pas naturelle , mais seulement que la nature en est capable. » 

Saint Maxime : « Mais ils ne gagnent rien à ce détour ; car la volonté 
sera donc une habitude qui peut s'acquérir : Jésus-Christ l'aura donc 
acquise en l'apprenant et y profitant ; et ils retombent ainsi dans l'er- 
reur des sectaires. » Puis , pour montrer que la volonté est le fond de 
la nature , il ajouta : « Je leur demanderais si le Père Éternel veut 
comme Père ou comme Dieu. Si c'est comme Père, sa volonté est autre 
que celle du Fils; que si c'est comme Dieu, la volonté appartient don 
à la nature.» 

Après quelques objections tirées des Pères et résolues par saint 
Maxime, Pyrrhus lui dit : i Peut-on prouver celte doctrine par l'Ancien 
et le Nouveau-Testament ? » 



— 53 — 

Saint Maxime : « Sans doute ; car les Pères n'ont pas parlé d'eux- 
mêmes , mais par la grâce du Saint-Esprit , dont ils étaient remplis. • 
Puis , il rapporte ces passages de l'Ecriture : c Le lendemain , Jésus 
« voulut aller en Galilée (1); mon Père, je désire que là où je suis 
i ceux que vous m'avez donnés y soient aussi avec moi (2) ; Jésus dit 
« j'ai soif (5) ; et on lui donna à boire du vin mêlé de fiel ; mais en ayant 
« goûté, il ne voulut point en boire (4) ; Jésus parcourait la Galilée , 
i ne voulant pas aller dans la Judée (5) ; > et plusieurs autres passages 
de l'Évangile qui prouvent la volonté humaine, puisque ce que Jésus- 
Christ voulait en ces occasions , comme de boire , de marcher , d'être 
en un lieu plutôt qu'en un autre ne convient qu'à la nature humaine. Il 
rapporte ensuite ce passage de saint Paul : « Il s'est rendu obéissant 
i jusqu'à la mort (G) : > or, l'obéissance appartient à la volonté ; et celui 
de David appliqué par l'Apôtre à Jésus-Christ : « Il est écrit de moi clans 
c le Livre , pour faire , ô Dieu ! votre volonté (7) ; » et puis ceux-ci pour 
prouver la volonté divine : < Jérusalem , combien de fois ai-je voulu 
« rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous 
« ses ailes (8) ; > ■ Comme le Père ressuscite les morts , de même le Fils 
« donne la vie à qui il lui plaît (9). » Et saint Maxime insista sur le 
comme , qui marque la même nature et la même volonté du Père et 
du Fils. 

Pyrrhus avoua que rien n'était plus clair , pour montrer que les vo- 
lontés en Jésus-Christ étaient naturelles; et il ajouta : i Comment donc le 
pape Vigile reçut-il , dans la salle secrète de l'empereur et en présence 
du sénat, l'écrit qui lui fût présenté par Mennas, évèque de Constatai - 
nople, contenant une seule volonté? » 

Saint Maxime : « Je m'étonne comment vous osez dire des faussetés , 
vous qui êtes patriarche. Votre pré lécesseur écrivant à Honorais a dit 
que ce libelle fut adresse à l'empereur, mais non pas présenté ni pu- 
blié; et vous , dans votre lettre au pape Jean , vous avez dit qu'il lut 



1 



(i) Saint Jean, Evangile, cli. i, v. 4<- 
(?■) Id. îd. t cli. xvn, v. 24. 

(-)) M. id., rli. xix, v. 28. 

(4) Saint Matthieu, cli. xxvn, v. 33. — Saint Jeun, cli, m, 
Marc, cb. xxm, v. 33. 

(5) Saint Jean, ch. vu, v. i. 

(fi) Epitrc aux philippiens, ch. n, v, S. 

(7) Psaume xxix, v, 8, 9. — Epîtrc aux hébreux, cli. s, v. Ci. 

(8) Saint Matlli., cli. xxm, v. ?,j . — Saint Luc, cli. Xin, v. 3' ( . 

(9) S.iinl Jean, cli. v, v. 21. 



?.<)■ — Saint 



I 



1 



I 









- 54 — 

présenié, publié et lu par le questeur Constantin. A qui croirons-nous 
donc ? à vous ou à votre prédécesseur ; car vous ne pouvez avoir dit 
vrai tous deux, i 

Pyrrhus : «Mon prédécesseur l'a-t-il écrit?) 

Saint Maxime : «Il l'a écrit.» 

Pyrrhus : «Soit pour Vigile ; mais qu'avez- vous à répondre en faveur 
d'Honoriusqui, en écrivant à mon prédécesseur, a enseigné clairement 
une volonté en Jésus-Christ ? » 

Saint Maxime : «A qui faut-il plutôt croire, touchant l'explication de 
cette lettre , à celui qui l'a composée sous le nom d'Honorius, à lui , 
dis-je , qui vil encore et qui éclaire tout l'Occident par sa saine doc- 
trine ; ou à ceux qui parlent comme il leur plaît à Constantinople? » 

Pyrrhus : « 11 faut croire celui qui a composé la lettre. » 

Saint Maxime : « Le même donc a écrit ainsi à l'empereur Constan- 
tin , d'heureuse mémoire, au nom du pape Jean : « Nous avons dit qu'il 
« y a une volonté de Jésus-Christ non de son humanité et de sa divinité 
« seule; car Sergius ayant écrit que quelques-uns admettent en Jésus- 
i Christ deux volontés contraires , nous avons répondu que Jésus-Christ 
i n'a point eu deux volontés contraires de la chair et de l'esprit, comme 
« nous les avons depuis le péché , mais une seule volonté qui caracté- 
« risait son humanité. » Et ce qui le prouve clairement, c'est qu'il parle 
de membres et de chair , ce qui ne convient point à la divinité. Puis 
prévenant l'objection il dit : «Si quelqu'un demande pourquoi, en par- 
« lant de l'humanité de Jésus-Christ , nous n'avons point fait mention 
« de la divinité : nous dirons premièrement que nous avons répondu 
i suivant la question; ensuite, que nous avons suivi la coutume de 
« l'Écriture, qui tantôt parle de sa divinité et tantôt de son humanité. » 
C'est ainsi que saint Maxime excusait le pape Honorius (1). 

Pyrrhus : « Mon prédécesseur a pris cela trop simplement en s'atta- 
chant aux paroles. > 

Saint Maxime : « Je vous dis en vérité, rien ne m'a aliéné de votre 
prédécesseur que ses variations. Tantôt il approuvait que l'on nommât 
divine celte unique volonté et faisait ainsi le Verbe incarné Dieu seu- 
lement ; tantôt il disait que c'était une volonté consultative et supposait 
un pur homme , qui délibérait comme nous et ne différait en rien de 
vous et de moi ; tantôt il disait que cette volonté était hypostatique : 
ainsi suivant la différence des hypostases il introduisait différentes vo- 

(i) Le secrétaire du pape Honorius et du pape Jean IV, dont parle saint 
Maxime, était un abbe nomme Jean. 



- 55 — 
lonlés entre les personnes consubstanlielles ; tantôt approuvant que l'on 
nommât cette volonté protestative , il introduisait une union habituelle ; 
car la puissance, l'autorité, la liberté viennent du choix et non pas de 
la nature ; quelquefois se joignant à ceux qui disaient que cette volonté 
est non-seulement libre , mais arbitraire, il faisait de Jésus-Christ un 
pur homme et même un homme changeant et pécheur, puisque le libre 
arbitre fait juger des contraires , chercher ce que l'on ignore et délibé- 
rer sur ce qui est incertain ; d'autres fois, trouvant bon que l'on nom- 
mât cette volonté économique, il donnait lieu de dire qu'avant l'écono- 
mie, c'est-à-dire l'Incarnation , le Verbe n'avait point de volonté; et 
puis d'autres absurdités semblables.» 

Pyrrbus voulut rejeter la faute de cette division sur saint Sophrone 
de Jérusalem , comme ayant rejeté à contre-temps la question des deux 
opérations ; mais saint Maxime lui répondit : «Je ne comprends pas que 
pour excuser Sergius vous accusiez si aigrement un innocent ; car 
dites-moi, par la vérité même, où était Sophrone, lorsque Sergius 
écrivit à Théodore de Pbaran et lui envoya le prétendu écrit de Mennas 
par Sergius Macaronas , cvêque d'Arsinoë , lui demandant son avis 
touchant la doctrine d'une opération et .l'une volonté contenue dans ce 
libelle et en reçut une réponse qui l'approuvait ? Et quand il écrivit de 
Théodosiopolis à Paul-le-Borgne , après avoir reçu de Sévurien l'écrit 
de Mennas et l'approbation de Théodore de Phaian ; et quand il écrivit 
à Georges Arsan pauliniste de lui envoyer des passages touchant l'uni- 
que opération , ajoutant dans sa lettre qu'il s'en servirait pour réunir 
l'Église aven eux ; et quand il écrivit à Cyrus de Phasis , qui l'avait 
consulté sur la question d'une ou de deux opérations, et lui envoya 
l'écrit 4e Mennas; et quand Sergiusayant commencé a publier son erreur 
et à pervertir la plus grande partie de l'Église , le bienheureux Sophrone 
l'avertit avec l'humilité convenable à sa profession, se jetant à ses 
pieds et le conjurant, par la passion de Jésus-Christ, de ne pas re- 
nouveler un discours des hérétiques , que les Pères avaient étoulïé ; So- 
phrone était-il l'auteur de tout ce scandale l > 

Pyrrhus reconnut que la question des volontés était suflisamment 
éclaircie et qu'il était inutile d'examiner celle des opérations. Mais saint 
Maxime lui représenta que la charité demandait d'examiner quelques 
passages qui pouvaient tromper les simples. 11 commença par les écrits 
de Pyrrhus lui-même et montra qu'il ne devait pas dire que Jéius- 
Christ , considéré comme un tout, n'a qu'une opération. Pour rendre 
cette vérité sensible, il employa la comparaison d'un couteau rougi au 
feu qui coupe ci brû'.e tout ensemble : ainsi ce sont dans un même 



■ 






— 56 — 

sujet deux opérations distinctes , quoiqu'inséparables. Il expliqua en- 
suite un passage de saint Cyrille , où il dit que Jésus-Christ montrait 
une seule opération par ses deux natures , et il fit voir que saint Cyrille 
ne parle que des opérations divines, comme les miracles auxquels la 
nature humaine concourait , puisqu'il parlait ou touchait les malades , 
ou faisait quelque autre mouvement du corps. Enfin saint Maxime vint 
au fameux passage de saint Denis , touchant l'opération nouvelle et 
théandrique. Il ne contesta point l'autorité de cet écrivain , des ouvra- 
ges duquel il fit un commentaire ; mais il montra que le mot nouvelle 
signifie seulement que la matière , dans laquelle Jésus-Christ opérait , 
était extraordinaire et au-dessus du cours de la nature, et que le mot 
théandrique renfermant les deux natures renferme aussi les deux opé- 
rations réunies en Jésus-Christ. % Autrement, dit-il , si cette opération 
est unique, Jésus-Christ, comme Dieu , aura une opération différente 
de celle du Père qui n'est pas théandrique , et par conséquent il sera 
d'un autre nature. > 

Enfin Pyrrhus s'avouant convaincu dit : «En vérité, il paraît absurde 
de n'admelre en Jésus-Christ qu'une opération ; mais je demande grâce 
et pour moi et pour ceux qui m'ont précédé, i 

Saint Maxime : « On peut condamner l'erreur sans parler des per- 
sonnes. » 

Pyrrhus : « Mais par ce moyen on condamnera Sergius et mon 
concile, i 

Saint Maxime : « Comment pouvez -vous appeler concile une assem- 
blée faite contre toutes les règles ? car h lettre circulaire n'a point clé 
écrite du consentement des patriarches, et le jour ni le lieu n'ont 
point élé marqués. 11 n'y a eu ni promoteur ni accusateur. Les évoques 
qui composaient cette assemblée n'avaient point de pouvoirs de leurs 
métropolitains, ni les métropolitains de leur patriarche, qui n'avaient 
envoyé ni lettres ni députés. » On voit ici les formalités nécessaires 
pour la tenue d'un concile légitime. 

Pyrrhus : « S'il n'y a point d'autre moyen, je suis prèi à vous don- 
ner satisfaction à ce sujet ; car rien ne m'est plus cher que mon salut. 
Je vous demande seulement une grâce , premièrement que je puisse al- 
ler adorer (me prosterner devant) les saints apôtres , ensuite que je voie 
le visage du très-saint Père et que je lui présente le libelle de ma ré- 
tractation. » 

Saint Maxime et le patrice Grégoire accordèrent à Pyrrhus ce qu'il 
désirait. Ainsi celte conférence fut heureusement terminée. 



t 



— 57 — 



N° 834. 

CONCILE DE NUMIDIE. 

(numidicum.) 

(L'an 646.) — La rétractation de Pyrrhus de Constantinople donna 
lieu à plusieurs conciles qui furent tenus en Afrique , l'an 646 , indic- 
lion iv e . Le concile tenu dans la Numidie reconnut deux volontés et 
deux opérations en Jésus-Christ , condamna le Monothélisme et ana- 
thcmaiisa Cyrus , Sergius et Pyrrhus (1). 

N° SS5. 

CONCILE DE LA BYSACÈNE. 

(bysacenum.) 

(L'an 646.) — Ce Concile reconnut deux volontés et deux opérations 
en Jésus-Christ , condamna le Monothélisme et anathématisa Cyrus, 
Sergius et Pyrrhus (2). Les évoques écrivirent ensuite une lettre syno- 
dale à l'empereur pour le prier de réprimer le scandale occasionné par la 
nouvelle erreur et de contraindre Paul de Constantinople à se confor- 
mer à la foi de toute l'Église. Etienne, primat de celte province , et 
quarante-deux autres évoques souscrivirent celte lettre (3). 

n° sac. 

CONCILE DE MAURITANIE. 

(mauritanicu.m.) 

(L'an 646.) — Ce Concile reconnut deux volontés et deux opérations 
en Jésus-Christ , condamna le Monothélisme et analliématisa Cyrus , 
Sergius et Pyrrhus (4). 

Après la tenue de ces trois conciles , les primats de la Numidie, de la 
Bysacène et de la Mauritanie écrivircnl en commun, au nom de tous les 
cvêques de leurs provinces , une lettre synodale au pape Théodore , 
pour le prier de faire parvenir leurs remontrances au patriarche de 
Constantinople. Ils nomment dans cette lettre le pape Père des Pères , 



(i) Le P. Labbc, Sacr. conc, t. V, p. 1697 et 1 835 . 

(2) Ici., kl., t. V, p. 1697 et 1-835. 

(3) Id., id., t. VI, p. i33. 

(4) M-, id., t. V, p. 1G9G et i835. 



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IV 






— 58 — 

martre et chef de tous les pasteurs de la Chrétienté ; ils déclarent que , 
selon les anciennes règles, aucune décision ne doit être prise ou adop- 
tée dans les provinces les plus éloignées avant qu'elle ait été soumise au 
Saint-Siège , pour qu'il la confirme par son autorité ; et ils ajoutent que 
c'est de ce Siège, comme d'une source toujours pure, que toutes les 
Églises doivent recevoir la doctrine de la foi (1). 

Ces primais écrivirent une lettre à Paul de Constantinople ; mais celle 
lettre est perdue. 

N° S157. 
CONCILE DE CARTIIAGE. 

(CARTHAGINÉNSE.) 

(L'an 646.) — Les évoques de la Proconsulaire tinrent un concile à 
Carlhage, dans lequel ils confessèrent deux volontés et deux opérations 
en Jésus-Christ , condamnèrent le Monoiliélisme et anathématisèrent 
Cyrus, Sergius et Pyrrhus (2). Ils écrivirent à Paul de Constantinople 
une lettre synodale souscrite par soixante-huit évêques , dans laquelle, 
après avoir condamné l'Eoihèse et fait une profession de foi abrégée 
touchant les mystères de la Trinité et de l'Incarnation , ils disaient: 
« Nous reconnaissons en Jésus-Christ la nature humaine, la volonté et 

< l'opération , très-pleine ; c'est-à-dire qu'il y a en lui deux natures et 
t deux volontés naturelles , comme l'Église catholique l'enseigne et l'a 

< toujours enseigné. » Ils appuient leur sentiment de plusieurs passages 
des Pères, et en particulier de saint Ambroise et de saint Augustin (3). 
Parmi les évoques qui souscrivirent cette lettre , on ne voit point celui 
de Carlhage , ce qui l'ait croire que le siège était vacant par la mort ou 
par la déposition de Fortunius , qui avait embrassé le parti des mono- 
thélites. 

N° J538. 
VU' CONCILE DE TOLÈDE (4). 

(TOLUTANUM VII.) 

(Le 18 octobre de l'an 646 (5).) — Ce concile national , composé de 

(i) Le P. Labbc, Sacr. conc, t. VI, p. n8. 

(2) U., ùl., I. V, p. 1698 el i835. 

(3) ld., kl., t. VI, p. i3 7 . 

(4) Le VIII e , d'après quelques ailleurs. 

(5) Ce concile csi daté du 1 5" des calendes de novembre , la 5« année du règue 
de Chiuclasuinde , l'an G8'j de l'ère. 



VI 



- 59 — 

vingt-huit évoques et de onze députés, fut présidé par Oronce, métro- 
politain de Mérida ; Antoine de Séville, Eugène de Tolède et Protais de 
Tarragone y assistèrent aussi. On y fit les six canons suivants pour main- 
tenir les règles de la discipline (1). 

I" canon. Si un clerc, quel que soit son grade dans l'ordre ecclésias- 
tique, prend parti dans les révoltes , qu'il soit excommunié pour toute 
sa vie ; il ne recevra la communion qu'à l'article de la mort, s'il a per- 
sévéré dans la pénitence. (La puissance des golhs était toujours mal 
affermie.) 

2' canon. Si le célébrant tombe malade eu consacrant les saints mys- 
tères , un autre évêque ou un prêtre peut continuer le sacrifice et sup- 
pléer à son défaut; mais que personne ne célèbre la messe, s'il n'est a 
jeun, et ne la quitte jamais après l'avoir commencée. 

Ces accidents étaient alors fréquents , particulièrement les jours de 
jeûne, à cause de la longueur de la liturgie et du grand âge de plusieurs 
évêques. De là est venu l'usage des prêtres assistants. 

3 e canon. Si un évêque , après avoir été averti, tarde à venir l'aire 
les funérailles de son confrère, qu'il soit privé de la communion 
pendant un an, ou que les clercs qui auront négligé de l'avertir 
soient enfermés pendant un an dans un monastère pour y faire péni- 
tence. 

4 e canov Que les évêques ne prélèvent que deux sous d'or par an 
sur chaque église de leur diocèse; qu'ils ne mènent jamais plus de cinq 
chevaux avec eux pour faire leurs visites diocésaines , et qu'ils ne sé- 
journent qu'un jour dans chaque église. 

5 e canon. Qu'on ne souffre point des ermites vagabonds ni des reclus 
ignorants; qu'on les enferme dans des monastères voisins, et qu'on ne 
permette la vie solitaire qu'à ceux qui auront appris et pratiqué quel- 
que temps la vie religieuse dans un monastère. 

6 e canon. Par respect pour le roi et pour la consolation du métropoli- 
tain , les évêques voisins de Tolède viendront y passer un mois chaque 
année , quand il les en priera. 

N» 8S9. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(L'an C48.) — Après la mort de l'empereur Iléraclius et de Constan- 

(i) Le P. Lablje, Sacr, conc, t. V, p. i83(i a — Sacns de Aguirrc , Cuti, conc, 
Bisp., i. II, p. 5j .>. 



— 60 — 

tin son fils, Pyrrhus, obligé de prendre la fuite , s'était retiré en Afri- 
que où nous avons vu qu'il eut une conférence avec saint Maxime , 
abbé de Chrysopolis. On mit à sa place Paul qui ne montra pas 
moins de zèle en faveur du Monothélisme. A la réception de la 
lettre synodique où cet hypocrite sectaire avait eu soin de dissimuler 
ses erreurs , le pape Théodore lui écrivit pour l'engager à faire abolir 
l'Ecthèse, ajoutant à sa lettre un décret qui portait la condamnation de 
cet édit. En même temps , il envoya deux légats en Orient pour assem- 
bler un concile et pour prononcer la déposition de Pyrrhus; mais ces 
démarchesdu pape demeurèrent sans eflet. 11 apprit peu de temps après 
par les plaintes de Sergius, métropolitain de Chypre, que l'Ecthèse 
restait toujours affichée publiquement à Constantinople. Cet évêque, en 
signalant l'opiniâtreté des monothélites, déclarait au nom de toute sa 
province qu'il était inviolablement attaché à U foi de saint Léon et qu'il 
voulait suivre en tout l'enseignement du Saint-Siège, dont l'autorité, di- 
sait-il , a sa source dans le pouvoir donné par Jésus-Christ à saint 
Pierre. De son côté , Etienne de Dore , envoyé par saint Sophrone à 
Rome, se plaignit que des évêques ordonnés irrégulièrement dans le 
patriarcat de Jérusalem avaient été maintenus par le crédit de Paul de 
Constantinople , parce qu'ils avaient consenti à signer l'Ecthèse. Sur cet 
avis , le pape Théodore nomma Etienne son vicaire en Palestine , avec 
pouvoir de déposer ces évoques s'ils n'abjuraient pas l'hérésie qu'ils 
avaient approuvée. Il fit ensuite adresser à Paul par ses légats de pres- 
santes remontrances, avant de se décider à le juger canoniqiicmcnt. 

Pressé par les lettres des évêques d'Afrique et par les instances réi- 
térées des légats du pape, le patriarche Paul prit enfin le parti d'é- 
crire au pape pour lui expliquer sa doctrine ; mais au lieu de rétracter 
son hérésie, il s'attacha à la justifier parlcssubiililés ordinaires aux mo- 
nothélites et soutint effrontément que tous les Pères étaient d'accord 
pour enseigner l'unité de volonté , s'appuyanl surtout de l'autorité de 
Sergius de Constantinople et du pape Honorius. 

Cependant, comme le maintien de l'EcthèiC soulevait de continuelles 
réclamations de la part des catholiques , Paul, résolu de la supprimer , 
persuada à l'empereur Constant de publier un édït pour imposer silence 
sur ces questions. On nomma cet édit Type ou formulaire. L'empereur, 
ou plutôt le patriarche en ton nom, y exposait d'abord l'objet de la con- 
troverse et rapportait sommairement les raisons des deux partis; puis 
il ajoutait : « Nous défendons à tous nos sujets catholiques de disputer 
< à l'avenir , en quelque manière que ce soit, touchant une ou deux 
« opérations, une ou deux volontés. Nous ordonnons que l'on s'en 



^Ti 



— 61 -- 
i tienne aux saintes Écritures , aux cinq conciles œcuméniques et aux 
« passages des Pères , dont la doctrine est la règle de l'Église , sans y 
« rien ajouter ou en retrancher et sans les expliquer selon des senti- 
« menls particuliers; mais que l'on demeure dans l'état où l'on éiait 
< avant les disputes, comme si elles n'avaient point été soulevées. » 
Ensuite il déclarait l'Ecthèsc supprimée et prononçait des peines 
contre ceux qui contreviendraient à son ordonnance; savoir :1a dépo- 
sition pour les évoques et les clercs , l'excommunication pour les moi- 
nes avec expulsion du monastère, et pour les laïques la destitution , la 
confiscation des biens ou le bannissement et la punition corporelle , se- 
lon la condition des personnes. Cet édit fut publié l'an 648 et mécon- 
tenta également les catholiques et les monothélites. On voit qu'il diffé- 
rait de l'Ecthèse en ce qu'il ne prononçait pas expressément comme 
celle-ci l'unité de volonté. 

Le pape Théodore , voyant que ni ses lettres ni les avertissements de 
ses légats n'avaient pu ramener le patriarche Paul à la foi catholique , 
tint un concile et prononça contre cet hérétique une sentence de dépo- 
sition. On croit que ce fut dans ce concile qu'il déposa et anathématisa 
Pyrrhus qui faisait de nouveau profession de Monolhélisme. Le pape se 
fit même, dit-on, apporter le calice, et prit du sang de Jésus-Christ 
qu'il mêla avec de l'encre pour signer la sentence d'anathème contre ce 
dernier (1). 

N" S60. 

CONCILE DE PARIS. 

(PARISIENSE.) 

(Le 15 mai de l'an 649.) — Ce fut dans ce concile qu'Audobcrt, 
évoque de Paris, accorda à l'abbaye de Fossat un privilège de liberté 
qui exemptait son abbé et ses successeurs de 1a juridiction ecclésias- 
tique et séculière ; ce privilège , souscrit par le roi Clovis II , fut con- 
firmé par les évèques (2). 

N° SCI. 

CONCILE DE LATIUN. 

(lATERANEÎiSE.) 

(L'an 649.) — Le pape Théodore étant mort le 14 mai de l'an 649, 
saint Martin , son successeur, assembla un concile à Kome dans Pé- 

(i) Le P. Lablic-, Suer, aomç.j l. V, p. i84<i; L Vf, \<- uC. — Anastasc , fila 
ponHficum, — Théophanc, Chtonograph. , p. 27 r >. 
(2) Du Lalande, Suppl.cone, Coll., p. 33o. 



-/- 



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— 62 — " 

glise du palais de Latran, pour remédier aux troubles causés par le Mono- 
ihélisme. Il s'y trouva cent cinq évoques de l'Italie, de la Sicile, de la 
Sardaigne, quelques-uns de l'Afrique, avec le pape et Etienne de Dore , 
suffraganl de Jérusalem. Les historiens remarquent qu'il n'y a pas dans 
ce grand nombre d'évèques un seul nom barbare. Ce concile tint cinq 
sessions ou actions, nommées secrelariœ dans le style du temps, soit à 
cause du lieu, soit parce qu'il n'y assistait que les personnes nécessaires (1). 
1" session. — 5 octobre (2). — Dans cette première session, le pape 
commença par exposer le motif de la convocation du concile et dit en 
substance : « Vous savez les erreurs[qui ont été publiées parCyrusd'A- 
« lexandrie.Sergius de Cons^aotinople et par ses successeurs Pyrrhus et 
i Paul. Ils ont enseigné qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une opération de la 
« divinité et de l'humanité. Sergius acomposé ensuite une exposition héré- 
« tiquesousle nom d'Héraclius, qui régnait alors, où il soutient qu'il n'y a 
i en Jésus-Christ qu'une volonté, comme étant une conséquence d'une 

< seule opération. Paul de Constanlinople a surpris l'empereur, à l'imita- 
« tion de Sergius, et lui a persuadé de publier un Type qui détruit la foi 
i catholique, en défendant de dire ni une ni deux volontés. Nos prédéces- 
« seurs n'ont cessé d'écrire en divers temps à ces évêques de Constan- 
i tinople, usant de prières et de reproches; mais leurs remontrances 
• ont été sans effet. C'est pourquoi j'ai cru nécessaire de vous assem- 
« bler, afin que tous ensemble, en présence de Dieu, qui nous voit et 

< qui nous jugera, nous examinions ce qui regarde ces personnes et 
« leurs erreurs. « Ensuite on lut une lettre présentée par les députés 
de l'évêque de Itavenne , dans laquelle s'excusant de ne pouvoir assister 
au concile, ce prélat condamnait l'Ecthèse, et reconnaissait en Jésus- 
Christ deux volontés et deux opérations. Cette lettre est adressée au pape 
saint Martin, pontife universel. Puis Maxime, évêque d'Aquilée, ut ob- 
server qu'il suffirait d'une ou de deux personnes pour accuser les patriar- 
ches monothélites, attendu qu'on avait leurs écrits pour les convain- 
cre ; et le Concile adopta cet avis. Ainsi finit la première session. 

2 e session. — 8 octobre. — Cette seconde session se tint trois jours 
après la première. Le pape ordonna que l'accusation serait proposée 
ou par les parties intéressées ou par le primicier Théophylatte et les 
notaires de l'Église romaine, sur les pièces authentiques tirées deses ar- 
chives. Etienne de Dore présenta alors une plainte en forme dans laquelle 
il exposait toute l'affaire, et que l'on fit insérer dans les actes avec une 

(l) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 75 et sequent. — Tbéophane, p. 277. 
(2} Celte session est datée du 3 des noues d'octobre, la 9' année du règne de 
l'empereur Constant, indiction vin». 



— 63 — 

aulrc requête présentée contre le Monolhélisme par un grand nombre 
d'abbés et de moines grecs, dont plusieurs étaient prêtres et d'au- 
tres diacres. Ils demandaient au pape dans cette requête de faire tra- 
duire exactement en grec la décision du concile, afin qu'après en avoir 
pris connnaissance ils pussent y donner leur consentement; ce qui 
signifie qu'ils désiraient avoir une traduction appprouvée par le con- 
cile lui-même, et non pas qu'ils prétendaient, comme semble l'induire 
Fleuri (1), s'arroger le droit de juger la définition qui serait pro- 
noncée 'par le pape et les évêques, puisque dès le commencement de 
leur requête ils reconnaissent expressément le Saint-Siégc pour le chef 
de toutes les Églises et ajoutent que tout le monde attend avec respect 
sa décision. Après la lecture de celte requête, Deusdedit, évêque de 
Cagliari, remarqua qu'elle contenait une accusation formelle contre 
Cyrus, Sergius, Pyrrhus et Paul, et une confession de foi orthodoxe des 
deux volontés et des deux opérations. On lut ensuite les plaintes adres- 
sées au pape Théodore par Sergius, métropolitain de Chypre, l'an Gi3, 
et par les évêques d'Afrique, l'an CiC. Toutes ces piècesayant été insérées 
aux actes, le pape Martin dit : « C'est assez de plaintes contre les cou- 
pables; car le temps nous manquerait, si nous voulions produire toutes 
celles qui nous ont été remises par les catholiques. Maintenant, il est 
temps d'examiner canoniquement les écrits de chacun des accusés : 
c'est ce que nous ferons dans la session suivante. » 

3 e session. — i7 octobre. —Dans cette session, qui se tint neuf jours 
après la seconde, le pape fit lire les écrits des monothélites; savoir : 
divers extraits d'un ouvrage de Théodore, évêque de Pharan, l'Eclhèse 
d'Héraclius, les articles de Cyrus avec son approbation de l'Eclhèse et 
sa lettre à Sergius, les lettres de Sergius et de Pyrrhus et des extraits 
des deux conciles tenus à Constanlinople par les deux patriarches pour 
confirmer l'édit d'Héraclius. Le Souverain-Pontife discuta ensuite à 
fond la doctrine des sectaires, combattit leurs subtilités et fit ressortir 
les absurdités et les contradictions où ils élaient entraînés par leurs 
systèmes hétérodoxes. Et comme l'opération théandrique , dont il est 
parlé dans les ouvrages attribués à saint Denis l'aréopagite, formait 
un des principaux arguments des monothélites, et qu'il avait été cité 
par Cyrus, Sergius de Tempse demanda qu'on lût le passage de la 
lettre de l'évêque d'Athènes à Gaïus ; et on le lut en ces termes : i II 
« n'a fait ni les actions divines en Dieu, ni les actions humaines en 
f homme, mais il nous a fait voir une nouvelle espèce d'opération 
« d'un Dieu incarné, que l'on peut nommer théandrique. > Personne 

(i) Histoire ecclésiastique , liv. xxxviu, no 4B. 



L 



: a», 



— u — 

ne doutant alors que cette lettre à Gaïus n'eût été réellement écrite 
par saint Denis; car on ne contestait déjà plus l'autorité de ces livres, 
inconnus cent ans auparavant; le pape saint Martin en expliqua les pa- 
roles. Il fil voir d'abord que Cyrus et Sergius en avaient changé le sens 
par des addiiions et des suppressions ; puis, il ajouta : « Le mot lliéan- 
i drique implique nécessairement deux opérations, car s'il n'en signifie 
i qu'une, elle est simple ou composée, naturelle ou personnelle. Si 
« elle est simple, le Père l'a donc aussi; mais s'il a l'opération tliéan- 
« drique, il est donc aussi Dieu et homme. Si celte opération est com- 
« posée, le Fils est donc d'une autre substance que le Père; car le 
« Père n'a point d'opération composée. Si cette opération est natu- 
a relie, la chair est consubstanlielle au Verbe puisqu'elle a la même 
t opération; ainsi au lieu de Trinité, il y a qualernité. Si l'opération 
i théandrique est personnelle, le Père est séparé d'avec le Fils, 
a selon l'opération, puisqu'ils sont distingués par les opérations per- 
i sonnelles. Que si, embarrassés par ces difficultés, les hérétiques 
« disent que l'opération théandrique est une , à cause de l'union des 
« natures; donc, avant l'union, le Verbe avait deux opérations, et après 
« l'union, il n'en a fait qu'une des deux, en retranchant l'une ou en 
« les confondant ensemble. Ces absurdités où ils tombent de toutes 
« parts montrent que saint Denis s'est servi de ce mot composé, afin de 
« marquer ainsi leur union parfaite en une seule personne , c'est pour- 
t quoi il dit très-sagement que le même Jésus Christ faisait humaine- 
t ment les actions divines et divinement les actions humaines ; il fai- 
« sait les miracles par la chair animée d'une âme raisonnable et unie 

• à lui personnellement, et par sa vertu toute-puissante il se soumet- 
« tait volontairement aux souffrances qui nous ont donné la vie. Ainsi 
« Jésus-Christ avait ce qui nous est naturel d'une manière plus éminente 
« mais naturelle à notre égard ; et c'est ce qu'exprime saint Léon en di- 

• sant que chaque nature opère en lui ce qu'elle a de propre; mais aveé 
« la participation de l'autre. > 

Deusdedit de Cagliari approuva cette explication de l'opération théan- 
drique et ajouta que Pyrrhus avait lui-même reconnu l'altération du 
texte de saint Denis par Cyrus ; car répondant à saint Sophrone, il 
dit : « 11 est vrai qu'il a mis une opération d'un Dieu incarné, au lieu de 
i une nouvelle opération ; mais je suis persuadé qu'il l'a fait sans malice, 
i croyant qu'on ne pouvait donner un autre sens au mot de nouvelle, i 
Et comme dans la lettre de Cyrus à Sergius il était dit que l'Eclhèse 
avait été envoyée au pape Severin , saint Martin dit : i Ils ont été 
« trompés dans leur espérance ; car leur Ecthèse n'a jamais été ap- 



- 65 — 

« prouvée, ni reçue parle Saint-Siège; auconlraire, il l'a condamnée 
« cl anatliéuiaiisée. » 

4 e session. — 19 octobre. — Dans celte session, tenue deux jours 
après la troisième , le pape fil encore quelques observations sur les 
pièces lues précédemment et monira que les sectaires s'éiaient con- 
damnés eux-mêmes par leurs variations. < Car, dit-il , Cyrus a pro- 
« nonce anatbème contre quiconque ne dit pas que Jésus-Clirist agitpar 
a uneseule opération. Sergius et Pyrrhus l'ont approuvé, et néanmoins 
« ils ont souscrit à l'Ecthèse qui défend de dire soit une, soit deux 
« opérations. Ils ont donc encouru leur propre analhème.i On vint 
ensuite à l'affaire de Paul de Constanlinople ; on lut sa lettre au pape 
Théodore et le Type dont il était l'auteur, et on fit remarquer aussi les 
variations, puisque après avoir enseigné dans sa lettre l'unité de volonté, 
il faisait défendre dans le Type de la soutenir. A l'égard de cet édit, 
le Concile s'exprima de la manière suivante : « C'est un avantage, sans 
« doute, qu'il n'y ait point de dispute sur la foi; mais il n'est pas 
i permis de rejeter le bien avec le mal, la doctrine des Pères avec celle 

< des hérétiques. C'est vouloir entretenir les disputes au lieu de les 
« éteindre; car nul ne peut renoncer à défendre la foi pour s'éloigner 
« de l'hérésie. Il nous est ordonné d'éviter le mal et de faire le bien 
• et non pas de rejeter l'un et l'autre. On ne doit donc pas punir indis- 

< tinctement ceux qui enseignent une ou deux opérations, une ou deux 
« volontés en Jésus-Christ, mais seulemenlceux quis'écartent de la doc- 

< trine que les Pères ont enseignée. Ainsi, tout en louant la bonne in- 
i tention de l'empereur, nous rejetons les dispositions de son édit qui 
« ne condamne au silence que les ennemis de sa doctrine et qui défend 
« d'affirmer ou de nier en même temps la vérité et l'erreur. » On lut 
aussi dans cette session les définitions des cinq conciles généraux, les 
douze anathématismes de saint Cyrille et les quatorze anaihéuiaiisiues du 
grand concile de Constanlinople. 

5 e session, r- 31 octobre. — On lut dans cette session, qui fut tenue 
douze jours après la précédente, un grand nombre de passages de saint 
Ambroise, de saint Augustin, de saint Grégoire de Nysse, de saint Cy- 
rille, de saint Basile, de saint Grégoire deNazianze, desaint Amphiloque, 
de saint Hippulyle évêque, de saint Léon, desaint Athanase, de saint 
Jean Chrysostoine, de Théophile d'Alexandrie, de Séverien de Cabale , 
desaint Denis l'Aréopagiie, de saint Justin martyr (I), de saint Cyrille de 

(i) De Trinilate, lib. m. _ Ce livre porte aus,i le liire à' Exposition d, h, vraie 
foi; on conviera qu'il u'esl pas du grand saint Justin. 

T. III. 




1 



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I 






— 66 — 

Jérusalem, de saint Éphrem d'Antiocho, de Jean de Scylhopolis et de 
saint Anastase d'Antioche, qui condamnaient évidemment l'hérésie des 
monolhélites, soit en professant en termes exprès deux opérations et 
deux volontés, soit en prouvant séparément la volonté divine et la vo- 
lonté humaine , soit enfin en établissant que chacune de ces deux natures 
conservait ses propriétés ; après quoi, pour achever de coufondre les 
monothélites , on produisit plusieurs passages où les apollinaristes , les 
nestoriens , les eutychiens et d'autres hérétiques indiquaient comme 
conséquence de leurs principes hétérodoxes l'unité d'opération et de vo- 
lonté. Le Concile ayant ainsi examiné à fond l'erreur des monothélites , 
rendit son jugement en vingt canons qui établissent la foi de l'Église sur 
les mystères de la Trinité et de l'Incarnation. 

1 er canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les saints Pères, que 
le Père et le Fils et le Saint-Esprit sont proprement et véritablement une 
trinité dans l'unité et une unité dans la trinilé, c'est-à-dire qu'il n'y a 
qu'un seul Dieu dans les trois personnes consubstantielles et égales en 
gloire ; qu'il n'y a aussi qu'une seule et même divinité, une seule nature, 
une seule substance, une seule vertu, une seule puissance , un seul rè- 
gne, un seul empire, une seule volonté, une seule opération; incréé, sans 
commencement, incompréhensible, immuable, le créateur et le protec- 
teur de toutes choses ; qu'il soit condamné. 

2« canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les saints Père9, que Dieu 
le Verbe , l'un de la sainte Trinité , est descendu des cieux , qu'il s'est 
incarné par l'opérationdu Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et 
s'est fait homme, qu'il a été crucifié dans sa chair, qu'il a souffert volon- 
tairement pour nous, qu'il a été enseveli, qu'il est ressuscité le troisième 
jour , qu'il est monté aux cieux, qu'il est assis à la droite de son Père et 
qu'il viendra de nouveau dans sa chair et avec toute la gloire de son Père 
pour jnger les vivants et les morts; qu'il soit condamné. 

ô« canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les saints Pères , que 
Marie toujours vierge et sans tache est véritablement mère de Dieu , 
qu'il soit condamné. 

4' canon. Si quelqu'un ne confesse pas , selon les saints Pères, deux 
naissances (nativitates) de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, l'une in- 
corporelle et éternelle de Dieu le Père avant tous les siècles, l'autre cor- 
porelle et dans les siècles de Marie, mère de Dieu, toujours vierge, et un 
seul et même Seigneur et Dieu Jésus-Christ, consubstantiel au Père 
selon la divinité et consubstantiel à sa mère selon l'humanité , passible 
dans sa chair et impassible dans sa divinité , limité par son corps, sans 
limites par sa divinité, créé et incréé, terrestre et céleste, visible et 



67 



invisible, élendu et sans étendue, de sorte que tout homme qui a péri 
par le péché a été réformé par Jésus-Christ Dieu et homme en même 
temps ; qu'il soit condamné. 

5 e canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les suints Pères, qu'il y 
a proprement et véritablement en Jésus-Christ une nature du Verbe 
Dieu incarnée, qu'il soit condamné. 

6' canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les saints Pères, que 
les deux natures subsistent proprement et véritablement dans le Sei- 
gneur Dieu Jésus-Christ, distinctes mais unies substantiellement , sans 
confusion et indivisiblement, qu'il soit condamné. 

7 e canon. Si quelqu'un ne confesse pas , selon les saints Pères , que 
la différence substantielle des deux natures a été conservée propre- 
ment et véritablement en Jésus-Clnisi, sans confusion ni division, qu'il 
soit condamné. 

8 e canon. Si quelqu'un ne confesse pas , selon les saints Pères , que 
l'union substantielle des deux natures existe proprement et véritable- 
ment en J.-C, sans confusion ni division , qu'il soit condamné. 

9 e canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les saints Pères, que 
les propriétés naturelles de la divinité et de l'humanité ont été conser- 
vées proprement et véritablement en Jésus-Christ, sans diminution ni 
dégradation, qu'il soit condamné. 

10 e canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les sainis Pores, que 
les deux volontés divine et humaine sont proprement et véritablement 
unies dans le même Christ noire Dieu, et que chacune des deux natures 
a voulu naturellement et sans contrainte mitre salut , qu'il soit con- 
damné. 

II e canon. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les sainis Pères, que 
les deux opérations divii.e et humaine sont proprement, vérit .iblenient 
et indivisiblement unies dans le même Christ noire Dieu, et que cha- 
cune des deux natures a opéré naturellement notre salut, qu'il soit 
condamné. 

12e canon. Si quelqu'un ne reconnaît dans le Christ notre Dieu, selon 
quelques hérétiques impies, qu'une seule opération et qu'une seule vo- 
lonié, qu'il soit condamné. 

\v canon. Si quelqu'un ne reconnaît pas dans le Christ notre Dieu 
les deux volantes et les deux opérations et qu'il n'admette, selon 
quelques hérétiques impies, qu'une seule volonté et qu'une seule opé- 
ration, contrairement à la doctrine des Pères, qu'il soil condamné. 

14» canon. Si quelqu'un nie et rejette avec mépris, selon quelques 
hérétiques impies, les deux volontés et les deux opérations conservées 






— 68 — 

dans le Clirisl noire Dieu cl que les sainls Pères on! confessé, el qu'il 
rejette aussi une seule volonté et une seule opération, qu'il soil con- 
damné. 

15" canon. Si quelqu'un enlend par ces mots opération théandrique, 
une seule opération, contrairement au sentiment des Pères, qui en re- 
connaissent deux, la divine et l'humaine, qu'il soit condamné. 

16 e canon. Si quelqu'un prétend , selon quelques hérétiques impies , 
que les deux volontés indui-ent de la contrariété et de la division en 
Jésus-Christ, et qui par conséquent n'attribue pas à la même personne 
de Noire-Seigneur et Dieu Jésus-Chrisl tout ce qui en csl dit dans les 
écrits des évangélistes et des apôtres, qu'il soil condamné. 

17* canon. Si quelqu'un ne confesse pas de bouche el d'esprit tout ce 
qui a été enseigné cl transmis à l'Église catholique par les Pères et par 
les cinq Conciles généraux jusqu'à un accent, qu'il soit condamné. 

18« c\non. Si quelqu'un n'anathémalisc pas de bouche el d'esprit lous 
les hérétiques qui ont combattu lés mystères de la Trinité et de l'Incar- 
nation , savoir : S abellius, Arius, Eunomius , Macédoniu^, Apollinaire , 
Polemone, F.ulychès, Dioscore, Timoihéc, Elure, Sévère, Théodose, 
Colluthe, Thémisie, Paul de Samosate , Diodore, Théodore , Neslorius , 
Théodule persan , Origène, Didyme , Évagre et lous les autres rejetés el 
condamnés par l'Église, et avec ces hérétiques Théodore de Pharan, Cyrus 
d'Alexandrie, Sergiusde Consiantinople, Pyrrhus el Paul ses successeurs 
avec leurs écrits, tous ceux qui partagent leur hérésie, ceux qui reçoi- 
vent l'Ecthèse d'Héraclius et le Type de Constant el ceux qui tiennent 
pour légitimes les procédures faites par eux contre les catholiques; 
qu'il soit condamné. 

19 e et 20 e canon. Si quelqu'un enseigne que la doctrine des hérétiques 
est celle des Pères el des cinq Conciles généraux, ou fait de nouvelles 
professions de foi, ou l'orme de nouvelles questions pour séduire, les 
simples, ou fabrique de fausses pièces, ou envoie de faux légais, qu'il 
soit condamné. 

Le pape souscrivit le premier en ces termes : « Martin, par la grâce 
i de Dieu , cvèque de la sainte Église catholique el apostolique de la 
i ville de Home, j'ai souscrit comme juge à celle définition, qui con- 
• firme la foi orthodoxe, et à la condamnation de Théodore, jadis évè- 
i de Pharan , de Cyrus d'Alexandrie , de Sergius de Constantinople, 
t de Pyrrhus el de Paul sessuccesseuis, de leurs écrits hérétiques, de 
« l'Ecthèse impie et du Type impie qu'ils oui publiés. » Tous les autres 
évoques souscrivirent de même à ces définitions, mais sans nommer les 
personnes que le Concile avait condamnées. Jean évèque de Milan , et 



- 69 - 



plusieurs autres qui n'avaient pu assister au concile, y souscrivirent en- 
suite et approuvèrent spécialement dans leurs souscriptions la condam- 
nation des cinq personnes el celle de l'Ectlièse et du Type. 

Les actes du concile ayant été aussitôt traduits en grec, le pape saint 
Martin les envoya à toutes les églises d'Occident et d'Orient avec une 
lettre circulaire par laquelle il exhortait tous les fidèles a s'éloigner de 
la doctrine des novateurs et à ne pas se laisser intimider par les me- 
naces des hommes. Il écrivit en particulier aux évèques d'Afrique pour 
leur témoigner qu'il avait approuvé la loi contenue dans leurs lettres sy- 
nodales. Saint Amand, évèque de Maastricht, l'avait consulté sur la con- 
duite à tenir envers quelques clercs scandaleux et sur l'hérésie des rno- 
nothéiites. A celle occasion le pape envoya les actes de son concile d.ins 
les Gaules, pour les faire souscrire par les évèques de ces provinces. II 
les adressa aussi à l'empereur avec une lettre signée de touslesévè jucs, 
par laquelle il l'exhortait à maintenir la foi catholique ; et pour adoucir 
ce que pouvait avoir de mortifiant la condamnation du Type, il eut soin 
de lui l'aire entendre qu'on était bien persuadé qu'il n'avait pas publié 
cet édit de son propre mouvement, mais par une inspiration étrangère. 

L'empereur Constant fut vivement irrité de la condamnation de son 
édit. Il avait précédemment donné ordre à l'exarque de Ravenne de 
l'aire souscrire le Type par tous les évèques d'Italie, el cet exarque n'a- 
vait rien négligé pour empêcher la tenue du concile de La Iran et s'assurer 
de la personne du pape; mais il avait rencontré tant d'obstacles, qu'il 
lui avait été impossible d'exécuter son projet. L'empereur prit de nou- 
velles mesures, et le pape fut an clé l'an 055, pour être conduit à Cons- 
lantinople sous la double prévention d'hérésie cl de crime d'état; car, 
pour justifier cette odieuse violence, on ne se borna pas à reprocher au 
saini pape la condamnation du Type; on l'accusa encore dene pas honorer 
la sainte Vierge comme mère de Dieu el d'avoir envoyé des lettres cl de 
l'argent aux musulmans, qui venaient envahir la Sicile. Ou le Qt sortir 
de Rome au milieu de la nuit, afin qu'il ne pût èirc suivi par ses clercs, 
cl durant trois mois on le tint constamment enfermé dans un vaisseau, 
sans lui permettre, malgré ses souffrances, de venir à terre eu de pren- 
dre aucun soulagement dans les îles où l'équipage fui forcé de s'arrêter. 
On le transféra dans l'Ile de Naxe et on l'y laissa un an entier. I es 
fidèles s'empressaient de fournira ses besoins; mus ses gardes pillaient 
tout en sa présence, l'accablaient d'injures, maltraitaient ses bienfaiteurs 
et les menaçaient de l'indignation du prince. Enfin l'empereur le fit mener 
à Constanlinople, et après l'avoir laissé depuis le matin jusqu'au soir 
expo é aux insultes de la populace, on le. jeta dans une prison obscure 



1 



70 — 



où il demeura trois mois , condamné aux plus affreuses privations. En- 
suite on le tira de son cachot pour lui faire subir un interrogatoire sans 
observer aucune règle. On fut oblige de le porter, parce qu'il ne pou- 
vait marcher, tant on l'avait fait souffrir. Les partisans du Monothélisme, 
pour le perdre plus sûrement, affectaientde le traiter comme un crimine 1 
déjà convaincu d'avoir conspiré contre l'empereur pour livrer les pro- 
vinces d'Occident aux ennemis de l'étal. Ils produisirent contre lui vingt 
témoins qui la plupart étaient des soldats gagnés par argent. Saint Martin 
en les voyant entrer dit : « Sont-ce là les témoins? est-ce là votre pro- 
i cédure? > On ne lui répondit rien; mais on commanda aux accusa- 
teurs de jurer sur les évangiles qu'ils diraient la vérité. Le saint pape, 
touché de cette profanation, dit aux magistrats : < Je vous prie, au nom 
« de Dieu , ne les faites point jurer ; épargnez-leur ce crime et faites de 

< moi ce qu'il vous plaira. » Saint Martin voulant se justifier sur une 
des accusations et commençant à parler du Type de Constant , le pré- 
fet l'interrompit en criant : i Ne nous parlez point ici de doctrine; il est 
« question de crime d'état , nous sommes tous chrétiens orthodoxes. » 

< Plût à Dieu que cela fût, dit l'illustre accusé; mais au jour terrible du 
i jugement je rendrai témoignage contre vous sur cet article. » 

Quand on eut entendu toutes les dépositions, on conduisit le saint 
pape dans la cour du palais et on le (il porter sur une terrasse, afin que 
l'empereur pûl voir à travers les jalousies de sa chambre les traitements 
indignes qu'on lui faisait subir. On commanda au peuple de lui dire 
anathème, comme à un traître condamné; mais la plupart, au lieu 
d'obéir, baissèrent les yeux en versant des larmes, ou se retirèrent suf- 
foqués par des sanglots. Ensuite les bourreaux lui arrachèrent son étole, 
le dépouillèrent de ses habits et ne lui laissèrent qu'un simple tunique 
sans ceinture, encore la déchirèrent-ils dos deux cotés depuis le haut 
jusqu'en bas. Ils lui mirent un carcan de fer au cou et le traînèrent ainsi 
à travers la ville, précédé d'une épée nue qu'on portait devant lui pour 
marquer qu'il était condamné à mort. Étant arrivé au prétoire, il fut 
chargé de chaînes et jeté dans une nouvelle prison , où les bourreaux le 
poussèrent avec tant de brutalité, qu'il s'écorcha fortement les jambes et 
ensanglanta l'escalier. 11 était si épuisé de fatigues et de souffrances , 
qu'il tomba plusieurs fois dans son cachot ; on le mil sur un banc, où il 
resta longtemps sans parole, enchaîné, presque nu et mourant de froid ; 
car on était alors au mois de décembre, et l'hiver était fort rigoureux. 
Enfin le préfet de Constanlinople, louche de compassion, lui envoya de 
\a nourriture et ordonna de lui ôter ses fers. Après trois mois de souf- 
frances, l'empereur n'osant le faire mourir, le relégua dans la Chcrso- 






— 71 — 
nèse, où il mourut au bout de six mois, le 16 septembre de l'an 655 (1). 

N° 862. 

* CONCILE DE THESSALONIQUE. 

(thessaloniccm.) 

(L'an 649 ou 6S0.) — Paul de Thessalonique , infecté de Monothélis- 
me , dressa dans ce concile une exposition de sa doctrine qu'il envoya 
au pape saint Martin avec une lettre synodale pour la défendre. Le pape, 
pour réponse, lui envoya deux députés, qu'il avait chargés d'une pro- 
fession de foi catholique avec ordre de la lui faire siguer, sous peine 
d'anathème(2). 

N° 805. 

* CONCILE DE THESSALONIQUE. 

(thessalonicum.) 

(L'an 649 ou 650.) — Les légats du pape saint Martin étant arrivés à 
Thessalonique , Paul assembla un nouveau concile dans lequel il signa 
l'écrit du Souverain Pontife, mais après en avoir retranché Panalhème 
et omis le mot de naturelle , dont le pape s'était servi en parlant de la 
volonté et de l'opération de Jésus-Christ; il le remit ensuite aux légats, 
qui, séduits par les artifices et les flatteries de Paul , se contentèrent de 

cet écrit (3). 

N° 364. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Le 1" novembre de l'an 650.) — Indigné de la fourberie de Paul de 
Thessalonique, le pape saint Martin imposa une peine canonique à ses 
députés, pour s'être mal acquitté de leur commission; [mis, ayant as- 
semblé son concile, il analhémalisa Paul et le déposa de toute dignité 
sacerdotale et de tout ministère dans l'Église catholique , jusqu'à ce qu'il 
eût conlamné les nouveaux hérétiques avec leur Ec thèse et leur Type. 
Le pape écrivit en même temps à l'Église de Thessalonique de n'avoir 
plus de communication avec Paul et de faire célébrer l'office par les 



(i) Anastase, Yitœ ponlificum. — Saint Martin, Epistolte, 
conc, t. VI, p. 367. 
(a) Epistola ifi. 
(3) Sainl Martin* Epistola 12. 



Le P. Labbe, Sacr. 



I 



— 72 



prêtres et les diacres catholiques, jusqu'à ce qu'il fût rentré dans son 
devoir, ou qu'on eût élu un autre évêque à sa place (i). 



,v 



N° S6S. 

CONCILE DE ROUEN. 

(rotomagense.) 

(L'an 650.) — Ce concile fit seize canons touchant la réforme des 
mœurs et la discipline ecclésiastique (2). 

1 er canon. Nous ordonnons qu'après l'offertoire et pendant qu'on lit 
l'Évangile, on place l'encens sur l'oblation en mémoire de la mort de 
notre Rédempteur. 

2= canon. Nous avons appris que certains prêtres refusant de prendre 
les divins mystères qu'ils ont consacrés pendant la messe, donnent 
le calice du Seigneur à de pauvres femmes qui font des offrandes à la 
messe, ou à des laïques qui ne savent pas discerner le corps du Sei- 
gneur, c'est-à-dire distinguer entre la nourriture spirituelle et la nour- 
riture charnelle ce que la piété des fidèles connaît. Nous défendons que 
cela se fasse ainsi à l'avenir et nous ordonnons que le prêtre prenne 
lui-même avec respect le corps et le sang du Seigneur, qu'il les donne 
au diacre ou au sous-diacre qui soDt les ministres de l'autel et les com- 
munie de sa propre main , qu'il ne donne pas l'Eucharistie aux laïcs 
et aux femmes dans leurs mains, mais dans leur bouche, en prononçant 
ces paroles : i Que le corps et le sang du Seigneur vous remettent vos 
péchés et vous fassent arriver à la vie éternelle. » Si un prêtre viole ce 
décret, qu'il soit chassé de l'autel, parce qu'il méprise le Dieu lout- 
puissant et qu'il le dé.-honore. 

3 e canon. — Les dixièmes des fruits de la terre, des bœufs, des bre- 
bis et des chèvres appartiennent au Seigneur et doivent être sanctifiés 
par lui. Mais comme plusieurs ne veulent pas payer la dîme, nous or- 
donnons, suivant la loi de Dieu, qu'ils soient avertis une fois , deux fois 
et trois fois, et s'ils i;e se corrigent point, qu'ils soient anathematisés 
jusqu'à ce qu'ils aient payé la dîme. 

-i« canon. On doit rechercher si un porcher, un bouvier ou un chas- 
seur ou tout autre invoque le démon en prononçant des vers sur le 
pain ou sur les herbes , ou s'il les cache dans un arbre ou dans un lieu 

(i) Epiîtolœ i a el i5. — Le P. Mansi, Suppl. conc. t. I. 

(2) Bessin, Concilia pwvincia Rotomngensis , pars i, p. 8. — Le P. Poaimcrave, 
clans sa Collection ries conciles de lEijlise de Rouen , p. 33, a cru que ce coucile 
avail été tenu l'an 8So. 



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où deux ou trois chemins viennent aboutir, afin de délivrer ses bêtes de 
la pesie ou de quelque autre fléau ; car toutes ces choses appartiennent à 
l'idolâtrie, et l'on doit les détruire. 

5e canon. Il n'y a qu'un seul baptême dans l'Église catholique , où la 
foi est une et où ce sacrement est administré au nom du PèreelduFils et 
du Saint Esprit. C'est pourquoi on ne doit pas rebaptiser ceux qui vien- 
nent à la foi, après avoir été lupiisés chez les hérétiques au nom de la 
sainte Trinité ; mais on doit les instruire de la croyance de l'Église tou- 
chant les mystères de la sainte Trinité, et s'ils consentent à croire ce que 
les iidèles croient, on les purifiera par L'imposition des mains. Si ce sont 
de petits enfants incapables de comprendre la doctrine de l'Église, ceux 
qui les présenteront répondront pour eux selon la coutume, après quoi 
on leur imposera les mains. 

6' canon. Nous défendons avec les saints conciles de Nicéc , de Cal- 
cédoine, d'Antioche et de Sardique, de communiquer avec ceux qui 
ont été excommuniés par leur propre évoque. 

7» canon. Si un prêtre donne des présents ou de l'argent à un clerc 
ou à un Lie pour s'emparer de l'église d'un autre prêtre , ou pour pos- 
séder une église vacante, qu'il soit déposé de la cléricature. 

8' canon. On ne doit pas admettre au ministère ecclésiastique les évè- 
ques ni les prêtres inconnus. 

0° canon. On ne doit point voiler les veuves; si un prêtre consacre 
une vierge, ce qui n'est permis qu'aux évêques, qu'il soit condamné 
comme violateur des canons. 

10 e canon. Que l'évêque visite fréquemment les monastères des moines 
et des religieuses, en se faisant accompagner de personnes graves et 
pieuses; qu'il examine avec attention leurs mœurs cl leur doctrine, et 
s'il trouve quelque chose de répréhensible, qu'il s'empresse de le cor- 
riger. Si une religieuse a commis un adultère, soit avec un clerc, soit 
avec un laïc, qu'elle soit frappée de verges et ensuite mise en prison 
pour y faire pénitence de sa faute. Il doit interdire aussi, d'après les 
saints canons, aux laïques et aux clercs de pénétrer dans les monas- 
tères, et même aux prêtres, si ce n'es! seulement pour dire 1 1 messe. 

11' canon. Qu'il ne soit point pernvs à un évê [ue de négliger son 
église cathédrale, pour fréquenter plus souvent une autre église de son 
diocèse. 

12« canon. Si quelqu'un, par colère, frappe ou répand le Rang de son 
semblable, qu'il soit mis en pénitence pendant vingt jours s'il est laïc, 
pendant trente jours s'il etl .simple clerc, pendant six mois s'il est. dia- 
cre, pendant un an s'il est prêtre, et pendant deux ans s'il est évéque. 



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— ^i — 

13« canon. Si quelqu'un, aux calendes de janvier, observe quelqu'une 
des cérémonies usitées chez les païens, ou qu'il observe même les heures, 
les jours, les lunes et les mois, et qu'il espère quelque chose de leur 
puissance en bien ou en mal , qu'il soit anathème. 

14 e canon. Les évoques doivent avertir leurs peuples de permettre ou 
d'ordonner aux bouviers, aux porchers, aux bergers, aux laboureurs et 
à tous ceux qui vivent à la manière des animaux, dans les champs ou 
dans les bois, d'assister à la messe les dimanches et les jours de fêtes. 

15* canon. On doit avertir le peuple d'assister les dimanches et les 
jours de fêtes à la messe et à vêpres, et de s'abstenir en ces jours de 
toute œuvre servile. 

46* canon. Lorsque l'évêque visite son diocèse, l'archidiacre ou l'ar- 
chiprêtre doit le précéder dans les paroisses d'un ou de deux jours, pour 
assembler le peuple, l'engager de se rendre à son assemblée et mena- 
cer de l'excommunication de l'Eglise celui qui négligerait de s'y rendre 
sans en être empêché par une grave nécessité. Ensuite il doit assembler 
les prêtres de la paroisse et travailler avec eux aux affaires de peu d'im- 
portance , alin que l'évêque ne se voie pas forcé de faire un trop long 
séjour. 

N° S66. 
CONCILE DE CLICHY. 

(CLIPPIACENSE.) 

(Le 22 juin de l'an Cj3 (1).) — Les privilèges de l'abbaye de Saint- 
Denis furent accordés dans ce concile, par saint Landri, évêque de 
Paris, à la prière de sainte Bathilde, et souscrits par le roi Clovis II, par 
Béroalde son référendaire, par vingt quatre évêques et par plusieurs 
seigneurs, le 10 e des calendes de juillet , 16 e année du règne de ce 
prince. Ils portaient qu'aucun évêque ou qu'aucune autre personne 
ne pourrait rien diminuer des terres ou des serfs du monastère, même 
à titre d'échange, sans le consentement de la communauté 'et la per- 
mission du roi ; ni enlever , pour les emporter à la ville , les calices, les 
croix, les ornements d'autels, les livres et les autres meubles; à condi- 
tion que les religieux de ce monastère feraient jour et nuit la psalmodie 
perpétuelle , selon l'institution du roi Dagobert et à l'exemple du mo- 
nastère d'Agaune (2). 

On trouve dans le recueil de Marculfe la formule d'un privilège plus 
détaillé. L'évêque diocésain promet de conférer les ordres, sacrés à 

(i) Quelques auteurs portent ce concile à l'au 65g et d'autres à l'an 669. 

(3) Aimoiu , De rjestis franevruin, lib. lv, cap. 4'- — Le P. Sirmond, Ccmc, mit. 



- 75- 

celui que l'abbé et la communauté lui présenteront pour en exercer les 
fonctions dans le monastère , d'y bénir un autel et d'envoyer lous les 
ans le saint chrême aux moines , de leur donner pour abbé celui qu'ils 
auront choisi , de ne prétendre aucun droit sur les biens du monastère 
ni sur les offrandes de l'autel , de n'y entrer qu'à la demande des moines 
et de l'abbé et de se retirer après la célébration des saints mystères , 
pour ne pas troubler la communauté. Les moines seront corrigés par 
l'abbé seul , et l'évêque l'appuiera seulement au besoin. 

On a beaucoup discuté sur l'authenticité du privilège accordé par 
les évêques de ce concile au monastère de Saint-Denis. Dom Mabillon 
le croit véritable sur le témoignage de l'abbé Hilduin (i). 

N° 867. 

VIII e CONCILE DE TOLÈDE (2). 
(toletanum VIII.) 

(Le 10 décembre de l'an G53 (5).)— Hecesvinde, roi d-s gohls, assista 
à ce concile , où se trouvèrent cinquante-deux évêques , parmi lesquels 
on remarque Tajon de Saragosse , douze abbés , dix députés et seize 
d'entre les principaux officiers du palais. Ce prince y lit lire un écrit 
qui contenait sa profession de foi et dans lequel il déclare recevoir les 
quatre conciles généraux, sans parler du V e . Les évêques lirent ensuite 
douze canons , si l'on peut nommer ainsi des règlements d'un style 
si diffus et si figuré , qu'il n'est pas aisé de les entendre (i). 

i" canon. Les évêques, pour donner des preuves de la pureté de 
leur foi , déclarent qu'ils professent unanimement celle qui est contenue 
dans le symbole de Constanlinople, qu'ils ont coutume de réciter dans 
la célébration des saints mystères , avec l'addition /Moque , en parlant 
de la procession du Saint-Esprit. 

2 e c\r;o.N. Suivant la demande du roi , ce canon porte dispense du 
serinent contre les rebelles et donne la faculté de leur pardonner. 

3 e canon. On déclare déchus de leur dignité ceux qui donnent ou qui 
reçoivent les ordres sacrés par simonie. 

Gatt., t. I,p, /J97. — Le P. Lalibe, Sacr. conc, t. VI, p. 4^9- — Lui 1 . Harduuin, 
Coll. conc, t. III, p. 387. — De Lalande, Suppl. curie. Gull,, p. Gy. 
(i) Annales Bencil., lib. xiv, uni». 21 , p. 4^3. 

(2) Le IX e , d'après quelques auteurs. 

(3) Ce concile est daté du 17 e des calendes de janvier, l'an Gyi de l'ère, 5" an- 
née du règne de Hecesvinde. 

(4) Le P. Lahbe, Sacr. conc., t. VI, p. 3y4- — Saens de Aguirre , Coll. conc. 
Wii/\, t. II, p. 538. 



i 
II 






— 76 — 

4% 5 e et 6 e canons. Touchant la continence des clercs et parliculiè- 
rement des sous-diacres qui croyaient pouvoir se marier après leur or- 
dination. On leur défend le mariage sous peine d'être enfermés toule 
leur vie dans un monastère pour y faire pénitence. 

7 e canon. Ceux qui ont été engages dans les ordres ne peuvent plus 
quitter l'état ecclésiastique, ni retourner avec leurs femmes, sous pré- 
texte qu'ils ont été ordonnés par force. Le Concile leur oppose que 
l'ordination est aussi stable que le baptême, que le saint chrême ou la 
confirmation et la consécration des autels, et qu'ils ne, sont pas moins 
obligés à persévérer dans leur état que les enfants le sont d'accomplir 
les promesses faites au bapiême, quoiqu'ils aient reçu ce sacrement sans 
en avoir connaissance ou même malgré eux ; ce qu'il faut entendre , 
avec saint Augustin, des efforts que les enfants font quelquefois contre 
ceux qui les baptisent. 

8* canon. Il est défendu dans ce canon d'ordonner ceux qui ne savent 
pas le psautier entier avec les cantiques et les hymnes d'usage, la céré- 
monie et la forme du baptême. 

( j e canon. Ceux qui sans une évidente nécessité auront mangé de la 
chair pendant le carême, en seront privés pendant toule l'année et ne 
communieront point à pàques. Mais à l'égard de ceux que le grand âge 
ou quelque maladie ne permet point de s'abstenir de viande , ils doivent 
demander à l'évêque la permission d'en manger. 

10 e canon. Ce canon est un règlement touchant l'élection du roi, ses 
qualités et ses obligations. Il porte que l'élection se fera à Tolède , ca- 
pitale du royaume, ou dans le lieu où le roi sera mort; qu'elle se fera 
avec le consentement des évèques et des grands de la cour; que le roi, 
avant de prendre possession de l'état, fera serment de protéger la foi 
catholique contre les juifs et les hérétiques; qu'il ne commettra point 
d'exactions sur ses sujets ; que tous ses acquits passeront à son succes- 
seur, et qu'il n'aura la liberté de laissera ses héritiers d'autres biens 
que ceux qu'il possédait avant d'être élu roi. 

il e canon. Le Concile confirme les anciens canons. 

12 e canon. Il veut que l'on observe envers les juifs les décrets du 
IV» concile de Tolède tenu sous le roi Sisenand. 

Après les souscriptions , se trouve un décret du concile touchant 
la disposition des biens du roi et un édil qui le confirme. Les évo- 
ques d'Espagne prenaient donc alors part avec les grands au gouverne- 
ment temporel. 

Deux mois .-près ce concile, le 18 février de l'an GU, les juifs 
convertis de toute l'Espagne adressèrent au roi Recesvinde une dé- 



— 77 - 

claration par laquelle ils s'obligeaient de vivre en boni chrétiens, de 
renoncer à leurs anciennes superstitions , de brûler ou de lapider 
eux-mêmes les contrevenants ou de les abandonner avec tous leurs 
biens à la justice du roi. 

N° 868. 

IX e CONCILE DE TOLÈDE (I). 

( TOLETANUM IX.) 

( Le 2 novembre de l'an 655 (2).) — Seize évèques assistèrent à ce con- 
cile et firent dix-sept canons , la plupart pour réprimer les abus que les 
évèques commettaient dans l'administration des biens ecclésiastiques (5). 

1" canon. Si les évoques ou d'autres ecclésiastiques se rendent pro- 
priétaires des biens de l'église , il est permis a ceux qui l'ont fondée 
ou enrichie et à leurs héritiers d'en porter plainte à l'évèque , au 
métropolitain et même au roi, dans le cas où l'évèque et le métropo- 
litain n'auraient aucun égard à leurs remontrances. 

2 e canon. Nous autorisons les fondateurs à veiller aux réparations 
des églises et des monastères qu'ils auront fait construire, afin qu'ils 
ne tombent pas en ruine, et nous leur accordons le droit de présenter 
à l'évèque des prêlres pour les desservir, sans que l'évèque puisse en 
mettre d'autres à leur préjudice. Si toutefois les fondateurs n'ont 
point de clercs capables de cette desserte, l'évèque pourra , mais avec 
l'agrément des fondateurs , instituer ceux qui seront jugés dignes de 
ces fonctions. Et si , au mépris des fondateurs, l'évèque ordonne de 
sa propre autorité des ecclésiastiques pour la desserte de ces églises ou 
monastères, leur ordination sera nulle , et il sera tenu d'ordonner ceux 
qui lui seront présentés par les fondateurs (4). 

5 e canon. Si un évêque ou un aulrc ecclésiastique donne uue partie du 
bien de son église à titre de prestation ou de patrimoine, il sera obligé , 
sous peine de nullité, d'en faire connaître le motif dans l'acte de dona- 
tion, afin que l'on voie si c'est avec justice ou par fraude qu'il l'a laite. 

•i' canon. Si un évêque avait peu de biens lors de son ordination, ce 
qu'il aura acquis depuis son ép^copat appartient à l'Église ; s'il en avait 
autant ou plus que son église , ses héritiers partageront avec l'église 
dans la proportion de ce qu'il avait. Il pourra disposer de ce qui lui att- 

(i) Le X e , d'après quelques auteurs. 

(2) Ce concile esl date du lendemain des calendes de novembre , ~ e année du 
règne de Rec.es vinde, la Gy3 e de l'ère. 

(3) Le 1'. Lalibe, Scier, tour., I. VI, p. 45 1. — Sacns de Aguirre, Cul!, conc. 
Btsp., i. lt, p. 573. 

(1) Voilà le patronage laie bleu elaLili. 







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— 78 — 

raitété donné personnellement de quelque manière que ce soit ; mais s'il 
meurt sans en avoir disposé , le bien qui lui aurait été donné appartien- 
dra à l'Eglise. Ce décret regarde aussi les autres ecclésiastiques. 

5 e canon. Si un évèque fonde un monastère dans son diocèse, il ne 
pourra le doter que de la cinquantième partie du revenu de son évêché, 
et de la centième s'il fonde une église sans monastère. 

6 e canon. Un évèque peut remettre à une église paroissiale la troi- 
sième partie des revenus qu'il a droit de prélever sur elle , ou donner 
cette troisième partie à une aulre église. 

7 e canon. 11 est défendu aux héritiers de l'évêque ou du prêtre de se 
mettre en possession de sa succession sans le consentement du métro- 
politain ou de l'évêque ; et aux héritiers du métropolitain , avant qu'il 
ail un successeur ou que le concile soit assemblé. 

8 e canon. La prescription de trente ans ne peut courir contre l'Église 
à l'égard des biens aliénés par un évèque, que du jour de sa mort, et 
non du jour de la vente. 

9' canon. Les honoraires de l'évêque qui a fait les funérailles de son 
confrère et l'inventaire des biens de l'église doivent être réglés de la 
manière suivante : si elle est riche, il ne pourra prendre plus d'une 
livre d'or, et si elle est pauvre, il ne doit prendre qu'une demi-livre. II 
doit envoyer au métropolitain l'inventaire qu'il aura fait. 

10' canon. Les enfants qui naîtront des clercs obligés au célibat, de- 
puis l'évêque jusqu'au sous-diacre, seront incapables de succéder ; Ils 
deviendront esclaves de l'église que leur père servait. 

11 e canon. Les évêques ne peuvent faire entrer dans le clergé les 
serfs de l'Eglise, sans les avoir auparavant affranchis. 

12» canon. On ne doit pas compter les années d'affranchissement du 
jour de l'acte qui en aura été dressé, mais de la mort de celui qui aura 
affranchi. 

13% 14% 15 e et IG« canons. Les affranchis ne peuvent épouser des 
personnes ingénues (libres de naissance), et s'ils le font, ils seront tous 
traités comme affranchis , c'est-à-dire comme obligés eux et leurs des- 
cendants à rendre à l'Eglise les mêmes services que les affranchis doi- 
vent à leurs patrons , sans pouvoir disposer de leurs biens qu'en faveur 
de leurs enfants ou de leurs parents de même condition. 

17« canon. Nous ordonnons aux juifs baptisés de se trouver aux fêles 
principales dans la c.té, pour assister à l'office solennel , afin que l'é- 
vêque puisse juger de la sincérité de leur conversion et de leur foi; s'ils 
négligent d'y assister, qu'ils soient punis, selon l'usage, ou de vergos ou 
de quelque autre peine corporelle. 



— 79 — 
Les évêques indiquèrent ensuite un aulre concile à Tolèle pour le 
1" novembre de l'année suivante. 






N° 569. 
» CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTttOPOUTANl'M . ) 



(L'an 6ï6.) — Saint Maxime, qui s'était montré un des adversaires 
les plus zélés du Monothélisme, fut enlevé comme saint Martin et em- 
mené à Constantinople, au commencement de l'an 655, avec Anaslase , 
son disciple , et un autre Anastase qui avait été apocrisiaire de l'Église 
romaine. Le jour même de leur arrivée à Constantinople, des soldais de 
l'empereur les tirèrent du vaisseau et les jetèrent presque nus dans des 
prisons différentes. Quelque temps après on les conduisit au palais, et 
l'on fit d'abord subir un long interrogatoire à saint Maxime au sujet 
des crimes d'état dont on l'accusait; mais il confondit sans peine les 
témoins que l'on produisit pour le calomnier. On poussa l'effronterie et 
la servilité jusqu'à lui reprocher comme un crime de lèse-majesté d'a- 
voir dit que l'empereur ne possède pas le sacerdoce. On voulut ensuite 
obliger Anastase, son disciple, à l'accuser d'avoir maltraité Pyrrhus, et 
comme il refusa de le faire , on le frappa avec violence, puis on les re- 
conduisit en prison. Deux officiers de l'empereur vinrent le même jour 
trouver Maxime et cherchèrent à l'ébranler, en lui représentant que les 
apocrisiaircs du pape Eugène, arrivés la veille à Constantinople, consen- 
taient à communiquer avec le patriarche Pierre. El en effet ils s'étaient 
laissés tromper par les subtilités de ce dernier, qui reconnaissait deux 
volontés, en ajoutant qu'elles étaient unies pour en former une seule. 
Mais saint Maxime répondit : « La défection de ces légats ne peut porter 
i aucun préjudice au siège de Rome, puisqu'ils n'ont point de lettres 
• pour le patriarche. » Il défendit la cause de l'Église avec lant de force 
et confondit si bien toutes les vaines objections des monothéliles, que 
plusieurs fois les officiers de l'empereur témoignèrent qu'ils n'avaient 
rien à répliquer. Il leur proposa d'engager Consianl à imiter l'exemple 
d'IIéraclius, son aïeul, qui avait désavoué l'Eclbèse ; mais, après avoir 
réfléchi quelque temps et laissé voir leur embarras, ils se retirèrent en 
lui disant : « La difficulté est insurmontable. » On renouvela plusieurs 
lois les mêmes démarches auprès de lui, cl toujours il montra la même 
fermeté. Le patriarche essaya lui-même de le séduire et de l'intimider; 
ci comme on le menaçait de ranalhémaiiser et de le condamner à mort, 






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— 80 — 

il se conicnla de répondre : « Que la volonté de Dieu Soit laite. > Enfin 
l'empereur, par le conseil des monolliéliles condamna le saint à l'exil 
avec ses deux compagnons , et on les conduisit dans des lieux séparés 
sur les frontières de la Thrace sans aucune provision pour leur subsis- 
tance et presque sans habits (1). 

Cependant, comme on tenait à gagner saint Maxime parce qu'on savait 
combien son exemple aurait d'influence, on lui envoya Théodose, évo- 
que de Césarée en Bhhynie, avec deux des principaux olïîciers de l'em- 
pire, pour l'engager à communiquer avec le patriarche. Mais le saint, 
par l'évidence de la discussion, força cet évoque à confesser que le Type 
était un misérable expédient politique qui pouvait devenir pour plusieurs 
une occasion de scandale et de perle; puis il fit voir que les passages cités 
sous le nom des Pères par le patriarche étaient extraits des livres d'A- 
pollinaire ou de Nestorius ; il força en outre Théodose à reconnaître en 
Jésus-Christ deux opérations et deux volontés , et il l'amena même à 
promettre sur la croix et sur les évangiles qu'on enverrait à Rome au 
nom du patriache et de l'empereur, pour recevoir la doctrine catholique. 
Peu de temps après, on fit venir saint Maxime au monastère de Rège 
près de Constantinople, et le même TliéoJose vint avec deux patrices le 
presser de nouveau de recevoir le Type et de communiquer avec le pa- 
triarche; «car nous savons, ajoutèrent-ils, que si vous y consentez, tous 
« suivront votre exemple. > Saint Maxime rappela à l'évêque ce qui 
avait été convenu, et comme celui-ci allégua pour excuse la volonté de 
l'empereur, le saint lui reprocha son parjure et ajouta que toutes les 
puissances de la terre ne l'obligeraient pas à faire ce qu'on exigeait de 
lui. Alors les patrices devinrent furieux; ils frappèrent à coups de 
poing le saint vieillard, lui arrachèrent la barbe et le couvrirent de 
crachats. L'évêque ne parvint qu'avec peine à arrêter ce brutal empor- 
tement. Ils continuèrent à accabler Maxime d'injures et de malédictions; 
ensuite ils le menacèrent de le faire exposer sur la place publique aux 
insultes et aux mauvais traitements de la populace, et l'un d'eux ajouta : 
i Je jure par la Trinité que si les infidèles nous laissent un peu de relâche, 
t nous t'associerons le pape , qui s'en fait accroiie, et lous les discou- 
« reurs de ce pays-là , et que nous vous traiterons chacun à son tour 
i comme saint Martin a élé traité, t 

L'empereur ordonna de renvoyer le saint à son premier exil, et pour 
le rendre odieux aux soldais qui gardaient ia frontière, on l'accusa de ne 
pas reconnai:re la sainte Vierge pour mère de Dieu; mais il confondit 



(i) Actu saiwii ilimini. — S. Nicéphore, OiranogrujtlHa.—'Vtta Maxim), mmi.17. 



- 81 - 

cette odieuse calomnie, en disant : c Quiconque ne dira pas que Notre- 
i Dame, la très-sainte Vierge, a été véritablement la mère de Dieu, créa- 
« teur du ciel et de la terre, qu'il soitanathème, de par le Père et le Fils 
i et le Saint-Esprit et toutes les vertus célestes et les apôtres , les pro- 
i phètes, les martyrs et tous les saints, maintenant et toujours, et dans 
• tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. » Le commandant comme les 
soldais lui donnèrent les marques les plus touchantes de leur vénération. 
La plupart des officiers vinrent au devant de lui avec les prêtres et les 
diacres qui suivaient l'armée pour y faire l'office, et l'on montra tant 
d'empressement à entendre ses pieux discours, que ses gardes, pour 
plaire à la cour , l'éloignèrent du camp et le conduisirent dans un autre 
endroit où il fut mis en prison. 

On le fit revenir quelque temps après avec ses deux compagnons et 
l'on tint un conciliabule où ils furent anathématisés et avec eux le pape 
saint Martin , saint Sophrone et leurs adhérents , c'est-à-dire tous les 
orthodoxes. Le Conciliabule, de concert avec le sénat, prononça la 
sentence en ces termes : « Nous ordonnons que le préfet ici présent 
« vous fasse battre avec des nerfs de bœuf et couper jusqu'à la racine 
« la langue qui a été l'instrument de vos blasphèmes et la main droite 
« qui a servi à les écrire ; ensuite vous serez promenés par les douze 
« quartiers de la ville et condamnés au banissement et à la prison per- 
« pétuelle. » Celte terrible sentence fut aussitôt exécutée dans toute sa 
rigueur. Le préfet se saisit de Maxime et des deux Anastase, les fit 
fouetter , leur fit couper la langue et la main droite et les envoya en 
exil dans le pays des Lazes. Dès qu'ils y furent arrivés , on les sépara 
et on leur ôta ce qui leur restait pour leurs besoins , même du fil et 
une aiguille ; mais ils ne vécurent pas longtemps après tant de souf- 
frances et de tourments (1). 



N° 570. 

X e CONCILE DE TOLÈDE (2). 
(toletanum x.) 



(Le 1 er décembre de l'an G56 (3).) — Vingt évêques et cinq dépotés 
firent dans ce concile les sept canons suivants : 

(i) Saint Nicépliore , Chronographia. — Fila Max., nuni. 3o et jeq. Le 

P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p, 4-2 etseq. 

(2) Le XI», d'après quelques auteurs. 

(3) Ce coucile est daté du jour des calendes de décembre , 8» année du renne de 

T. III. 6 






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— 32 — 

1 er canon. La fête de l'Annonciation de la Vierge , qui se célèbre ea 
différents jours dans les églises d'Espagne, est désormais fixée au 
18 décembre, huit jours avant la Noël. 

2* canon. Si un religieux, depuis l'évèque jusqu'au dernier des clercs 
et môme jusqu'au moine , viole les serments faits pour la sûreté du 
prince et de l'état, qu'il soit privé de sa dignité ; toutefois le prince peut 
lui faire grâce. 

3 e canon. Si un évoque donne à ses parents ou à ses amis des pa- 
roisses ou des monastères pour en retirer les revenus , qu'il soit ex- 
communié. 

A" canon. Les femmes qui font profession de viduité , doivent faire 
leur déclaration par écrit devant l'évèque ou son ministre qui leur don- 
nera l'habit avec un voile noir ou violet , qu'elles seront obligées de 
porter sur la tête. 

5 e canon. Celles qui quitteront l'habit de veuve , après l'avoir porté, 
seront excommuniées et enfermées dans un monastère pour le reste de 
leur vie. 

6 e canon. Les enfants offerts par leurs parents ou à qui ils ont fait 
donner la tonsure, ne pourront plus retourner dans le siècle, sous 
peine d'excommunication. Mais les parents ne doivent user de ce droit 
envers leurs enfants que jusqu'à l'âge de dix ans. 

7" canon. Les chrétiens ne peuvent vendre leurs esclaves à des juifs , 
et principalement les clercs qui doivent plutôt les racheter; car les ec- 
clésiastiques ne peuvent ignorer que les esclaves qu'ils vendent aux 
juifs ont été rachetés par le précieux sang de Jésus-Christ. 

Potamius , évêque de Brague , s' étant confessé par écrit d'avoir com- 
mis un péché d'impureté , fut condamné par ce concile à une prison 
perpétuelle. Cependant on lui laissa le nom d'évêque par compassion 
pour son repentir ; mais le gouvernement de son évêché fut donné à 
saint Fructueux, évêque de Dûmes : c'était l'évèque le plus voisin. 

Ce Concile annula les dispositions testamentaires de Kicimer , évê- 
que de Dûmes avant saint Fructueux , comme contraires à celles de 
saint Martin son prédécesseur et préjudiciables à son église. 

Kecesvinde, 6g4" de l'ère. — Ce concile avait élé indiqué dans le précédent pour 
les calendes de novembre, mais il fut retarde jusqu'aux calendes de décembre. 



— 83 — 

N° 371. 

CONCILE DE SENS. 

(SENONENSE.) 

(L'an 657 (1).) — Ce concile , où se trouva saint Eloi , confirma les 
privilèges de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Yif de Sens. Trente évêques 
y assistèrent (2). 

N° 872. 

CONCILE DE MALAY-LE-ROl (3). 
(mansolacense.) 

(L'an 659 (4).)— Ce concile fut célébré par Emmon , évêque de 
Sens. On y fit quelques règlements sur la discipline (5). 






1 



N° 375. 

CONCILE DE NANTES. 
(nannetense.) 

(Vers l'an 6G0 (6).)— Ce concile fut assemblé par ordre du pape Vita- 
lien. Saint Nivard , évêque de Reims, consentit à la restauration du mo- 
nastère de Hautvilliers , près de la Marne , qui avait été détruit par les 
barbares. On y fit ensuite vingt canons que le P. Labbe rapporte à un 
autre concile tenu dans cette ville vers la fin du neuvième siècle, mais 
qui paraissent appartenir à celui-ci , quoiqu'ils soient sans date (7). 

(i) Le P. Labbe place ce concile vers l'an 670, du temps de Clotaire III, et 
autre part l'an 672 ; et de Lalaudc l'an G62. 

(2) Lecoinlc, Annales eccles. fruncorum. — Le moine Clarius , Chronica mo- 
nasteriiS. Pelri vlvi, in Spicilegtum de dont Luc d'Achéry, t. II. — Le P. Labbe, 
Sacr. ronc, t. VI, p. 534, 187g. —De Lalande, Suppl. conc. Gull.., p. 70. — Le 
P. Hardouin, Coll. conc. , t. III, p. ioi3. 

(3) Ville située sur la rivière de Vanne, à une lieue de Sens. 

(4) Ce concile porte la date suivante : Action Uansolaco iit curie dominied, anno 
tertio domininoslri Clotarii. 

(5) Dom Mabillon, Jeta sanct. Bened., saec. 111, pars 11, p. 6l4. 

(6) L'an 658, d'après le P. Labbe. 

(7) Frodoard , Hist. eccl. Rem., lib. H, cap. 8. — Benoit-le-Diacre, Capitulaires, 
liv. vu. — Le P. Sirmond, Conc. ant. Gall., t. I, p. 495. — Le P. Labbe, Sacr. 
conc, t. VI, p. 486; t. IX, p. 468. —Le P. Hardouin, Coll. conc, t. 111, p. g85. 
— De Lalaude, Suppl. conc. Gall,, p. 65, 



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— 84 — 

1 er canon. Que les prêtres, avant de célébrer la messe, les diman- 
ches et les fêtes , interrogent le peuple pour savoir s'il se trouve dans 
l'assemblée des personnes qui soient en procès. S'il s'en trouve , qu'ils 
les réconcilient; mais s'ils refusent de faire la paix, qu'ils soient chas- 
sés de l'église jusqu'à ce qu'ils se soient mis d'accord. Qu'ils interro- 
gent encore le peuple pour savoir également s'il se trouve dans l'as- 
semblée quelqu'un d'une autre paroisse , qui , au mépris de son pro- 
pre prêlre, veuille y entendre la messe; dans ce cas, qu'ils le ren- 
voient de l'église et le contraignent d'aller à sa paroisse ; 

2 e canon. A moins qu'étani en voyage ou à un plaid, il ne puisse en- 
tendre la messe dans sa propre paroisse. 

5 e canon. Qu'un prêtre ne loge aucune femme dans sa maison , pas 
même sa mère, sa tan le et sa sœur. Si elles sont pauvres , qu'il leur 
fournisse leur subsistance dans une autre maison. II n'est point permis 
aux femmes d'approcher de l'autel , ni de servir avec le prêtre, ni de 
rester ou de s'asseoir au-dessous des balustrades. 

4 e canon. Que le prêtre (le curé) visite soigneusement les malades 
qui sont parmi son peuple; qu'il prie pour eux; qu'il les exhorte à la 
pénitence et confesse leurs péchés. En entrant dans la maison du ma- 
lade, qu'il jette de l'eau bénite sur lui et dans la chambre et qu'il ré- 
cite les psaumes de la pénitence. 

o* canon. Qu'il ne donne l'absolution au moribond qu'après lui avoir 
fait promettre de faire pénitence de ses péchés, s'il revient à la santé. 

C e canon. Que la sépulture soit faite gratuitement, à moins que le 
malade n'ait offert quelque chose , ou que ses héritiers fassent une of- 
frande par forme d'aumône volontaire. Il est permis d'enterrer les morts 
dans le parvis ou le porche de l'église (c'est-à-dire dans l'un de ses bâti- 
ments extérieurs), mais jamais dans l'église même et près de l'autel où 
l'on consacre le corps et le sang du Seigneur. 

7 e canon. 11 est défendu de procurer l'ordination à quelqu'un, soit par 
laveur, soit dans la vue d'en recevoir des présents. Que celui qui rece- 
vra de cette manière le don du Saint-Esprit perde ce qu'il s'est efforcé 
de voler ; et que celui qui a procuré l'ordination soit déposé s'il est 
clerc, et s'il est laïque ou moine , qu'il soit anathématisé. 

8 e canon. L'évêque ne peut gouverner plus d'une ville et le prêtre 
plus d'une église ; mais il peut avoir sous sa juridiction plusieurs prê- 
tres pour célébrer avec lui l'office divin de jour et de nuit. 

9« canon. Que le prêtre, chaque dimanche, bénisse le reste des 
pains offerts et non consacrés, pour être ensuite distribués à ceux qui 



— 85 — 

n'auront pas communié ; s'il n'y a pas de reste des pains offerts, qu'il y 
pourvoie (1). 

10 e canon. Que les dîmes et les oblations soient partagées en 
quatre parts suivant les canons : la première pour la fabrique de l'é- 
glise, la deuxième pour les pauvres, la troisième pour le prêtre et ses 
clercs, et la quatrième pour l'évoque. 

11 e canon. Que ceux qui sont destinés au ministère soient examinés, 
depuis le mercredi jusqu'au samedi , jour de l'ordination , sur leurs 
mœurs et sur leur doctrine, par les prêtres commis à cet effet de la part 
de i'évêque. 

12 e canon. Si une femme mariée commet un adultère , le mari peut 
la renvoyer ; et l'on doit lui faire subir pour cette faute sept ans de pé- 
nitence publique; mais le mari ne peut en épouser une autre. Il peut 
aussi se réconcilier avec elle ; mais dans ce cas , il doit subir la péni- 
tence publique avec elle; et après les sept ans, ils seront reçus l'un et 
l'autre à la communion. Si un homme marié se rend coupable d'adul- 
tère, qu'il soit puni de la même manière. 

15 e canon. Si un homme ou une femme non mariés tombent dans le 
crime d'impureté, qu'ils soient soumis à trois ans de pénitence. 

14* c\non. Si un homme ou si une femme non mariés commettent le 
péché d'impureté avec une femme ou avec un homme mariés , celui 
qui aura violé le serment du mariage fera sept ans de pénitence , et 
l'autre n'en fera que cinq. 

15 e canon. Dans toutes les confraternités ou sociétés de prières , on 
doit s'en tenir aux règlements faits par I'évêque ; et puisqu'elles ne 
sont instituées que pour le soulagement des âmes , on doit éviter les 
grands repas et les autres dissolutions. 

10 e canon. A la mort d'un prêtre, que le prêtre voisin ne cherche 
pas à s'emparer de l'église vacante, sans le consentement de I'évêque. 
S'il le fait par ambition, qu'il perde celle qu'il possédait. 

17 e canon. Si quelqu'un commet volontairement un homicide, qu'il 
se soumette à la pénitence. Si le crime a été commis publiquement 
et que le coupable soit laïque, qu'il soit retranché pendant cinq ans de 
la communion des prières ; qu'après ces cinq années il soit reçu à la 
communion des prières, mais sans offrir ni toucher le corps du Sei- 
gneur; après quatorze ans passés dans la communion des prières, il 
pourra être admis à la communion entière et aux oblations. 



Il 







J 



(0 On voit ici que le pain bénit est comme le supplément tic la communion 
C'est ce qu'on appelait autrefois eulogics. 






Î8" canon. Si quelqu'un commet involontairement un homicide, qu'il 
soit d'abord mis en pénitence pendant quarante jours au pain et à l'eau ; 
ensuite qu'il soit séparé pendant deux ans de la prière des fidèles , sans 
pouvoir ni communier ni offrir. Après ce temps, qu'il offre, mais sans 
communier ; et après cinq ans qu'il soit reçu à la communion entière. 
Le prêtre pourra, s'il le juge à propos, prolonger l'abstinence de la 
nourriture. 

19* canon. Certaines femmes, et surtout les religieuses et les veuves, 
font le métier de se trouver à des audiences publiques et d'y défendre 
des causes même pour des hommes ; nous réprimons celte témérité et 
leur permettons seulement d'aller aux audiences pour leur propre inté- 
rêt et avec l'agrément de leur évêque. 

20 e canon. Que les évêques et les prêtres s'efforcent d'abolir les su- 
perstitions païennes. 

N° S74. 

CONCILE DE PARIS. 

(PARISIENSE.) 

(L'an 664.) — Vingt-cinq évêques confirmèrent dans ce concile les 
privilèges accordés par saint Landri , évêque de Paris , au monastère 
de Saint-Denis. Le P. Labbe mentionne celte assemblée , mais il ne la 
compte pas au nombre des conciles. 



N° S73. 

CONCILE DE TRÊVES. 

(trevirense.) 

(L'an 664.) — Numérien , évêque de Trêves , fit confirmer dans ce 
concile les donations faites au monastère de Saint-Déodat , situé sur la 
montagne des Vosges. Il écrivit une lettre synodique à tous les évêques 
de sa province (1). 

N° 876. 

CONCILE DE STRÉNESHAL , EN ANGLETERRE. 

(PUARENSE SEU STRENESHAL II (2).) 

(L'an 664.) — Les missionnaires hibernois avaient établi dans le 

(i) Le P. Hartzheim, Conc. Germ., t. H, p. 686. — LeP. Mansi, Suppl. concil., 

t. I, p- 479- 

(2) Strenœshath dans la langue des saxons, Pharcme d'après Bèdc. 



- 87 — 
Northumbre et dans les autres provinces où ils prêchaient la coutume 
adoptée dans leur pays de célébrer la pâque le 14 e jour de la lune 
de mars , quand ce jour était un dimanche. Les chrétiens du royaume 
de Kent et tous ceux qui avaient été convertis par des missionnaires 
romains ne la célébraient , selon la règle de l'Église universelle , que 
le dimanche qui suivait ce 14 e jour. Cette diversité d'usage entre les 
provinces d'Angleterre existait quelquefois dans la même église ou dans 
la même famille, en sorte que les uns célébraient la pâque pendant que 
les autres étaient encore au dimanche des Rameaux. Ainsi le roi Oswi 
suivait la coutume des irlandais , tandis que la reine, dirigée par un 
prêtre de Kent, et le prince Alfrid, instruit par saint Wilfrid , se con- 
formaient à la pratique de Rome et de l'Église catholique. Alfrid en- 
gagea le roi son frère à provoquer la tenue d'un concile pour terminer 
à cet égard la diversité de pratique (1). 

Le concile ou plutôt la conférence se tint dans le monastère de Stré- 
neshal. Agilbert, évêque de Wessex, Cedde de Londres et Colman de 
Lindisfarne y assistèrent avec plusieurs prêtres et quelques autres 
clercs. Colman y soutint opiniâtrement la coutume des irlandais ; mais 
saint Wilfrid , prêtre , lui opposa l'autorité de la tradition et l'universa- 
lité de la discipline établie à Rome par le Prince des apôtres et succes- 
sivement adoptée dans toutes les Églises. 11 fit voir que suivant la loi 
de Moïse la pâque ne devait commencer que le soir du li e jour de 
la lune , pour se continuer le lendemain ; que saint Jean , par ména- 
gement pour les juifs, avait suivi cet usage en Asie, quelque jour de 
la semaine que tombât le 14 e jour de la lune, mais que saint Pierre, 
voulant honorer la résurrection de Jésus-Christ , avait fixé dans l'Eglise 
romaine la fête de pâques au dimanche suivant, de manière toutefois 
qu'on ne la commençât jamais avant le soir du 14 e jour de la lune du 
1 er mois, lorsque le 1 er dimanche après le 14 e tombait le 15 e de la lune, 
tandis que les irlandais la commençaient souvent au soir du 13« jour 
de la lune , lorsque le 14 e était un dimanche. Enfin il cita le décret du 
concile de Nicée qui avait confirmé cette ancienne coutume , et comme 
on lui objecta l'autorité de saint Colomban, Wilfrid répondit : « Peut-il 
• être préféré au Prince des apôtres , à qui le Seigneur a dit : Tu es 
< Pierre et sur celle pierre je bâtirai mon Église , et les portes de l'enfer 
« ne prévaudront point contre elle : et je te donnerai les clefs du royaum • 
a des cieux (2)? A ces paroles, le roi Oswi conclut ainsi : Je ne veux 



» ; 



(i) Bède , Uistoria , lib. ni, cap. 26. 
(2) Saint Matthieu, Evangile, ch. xvi 



• Yttii sancti fl'ilfridi. 
t. 18, 






« point m'opposer à ce portier du ciel , et j'obéirai à ses ordres, de 
• peur que quand je me présenterai à la porte du royaume céleste , je 
« ne trouve personne pour me l'ouvrir. » Ce discours du roi fit une vive 
impression sur les assistants , qui s'attachèrent presque tous à la pra- 
tique commune de l'Église (1). 

N° S77. 

CONCILE DE MÉRIDA. 

(emeritense.) 

(Le 6 novembre de l'an 666 (2).) — Douze évêques de la province de 
Lusilanie s'assemblèrent à Mérida par ordre du roi Recesvinde et firent 
les vingt-trois canons suivants (3). 

1" canon. INous croyons en un seul Dieu, Père Tout-Puissant , créa- 
teur du ciel et de la terre , de toutes les choses visibles et invisibles. Et 
en un seul Seigneur Jésus-Christ, fils unique de Dieu , et né du Père 
avant tous les siècles , Dieu de Dieu , Lumière de Lumière , vrai Dieu 
de vrai Dieu ; qui est né , mais qui n'a pas été fait ; qui est consubstan- 
tiel au Père , c'est-à-dire qui est de la même substance que le Père ; 
par qui toutes choses ont été faites dans le ciel et sur la terre ; qui est 
descendu (des cieux) pour nous et pour notre salut , s'est incarné (dans 
le sein) de la Vierge Marie et (par l'opération) du Saint-Esprit, s'est fait 
homme , a souffert sous Ponce-Pilate, a été enseveli , est ressuscité le 3 e 
jour, est monté aux cieux, est assis à la droite du Père ; qui reviendra 
avec gloire pour juger les vivants et les morts et dont le règne n'aura 
point de fin. Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivificateur, qui procède 
du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père 
et le Fils; qui a parlé par les prophètes. Nous croyons aussi à l'Église 
catholique et apostolique; nous confessons un baptême pour la rémis- 
sion des péchés, et nous attendons la résurrection des morts et la vie 
éternelle. Ainsi-soit-il. Telle est notre croyance et notre foi. Si quel- 
qu'un ne confesse pas que le Père et le Fils et le Saint Esprit ne sont 
qu'un seul Dieu , qu'il soit anathème. 
2 e canon. Les jours de fêtes , on doit dire vêpres dans les églises de 

(i) tiède, Ilisloria certes., lib. III, cap. 25, 29, — Le P. Labbe , Sacr. conc., 
I. VI, p. 491. — Le P. Pagi, Cntica in ann. Bar., t. H. — Wilkins , Con- 
cilia Brit. et Hib., t. 1 , p. 37. 

(2) Ce concile est daté du 8 e des ides de novembre, i8« année du règne de Re- 
cesvinde , la 704 e année de l'ère. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 4 97 . — .Saens de Aguirre, Cuil. conc. 
Uisp., t. Il , p. 620. 



— 89 — 

Liisitanie avant de chanter le son (c'est-à-dire avant le psaume Ve- 
rnie exultemus (1).) On doit excommunier celui qui n'observera pas cet 
ordre dans son église. 

3' canon. Quand le roi ira à la guerre, on offrira tous les jours le saint 
sacrifice pour lui et pour son armée jusqu'à son retour. Que celui qui 
n'observera pas ce décret soit séparé de la communion de son métro- 
politain. 

&° canon. Les évêques, après leur ordination , doivent promettre par 
écrit à leur métropolitain de vivre chastement , sobrement et avec 
équité. 

5'e canon. Si un évêque ne peut venir en personne au concile indiqué 
par le métropolitain ou par le prince, il doit y envoyer, non un diacre, 
mais un archiprètre , ou du moins un prêtre qui puisse être mis derrière 
lesévèques et répondre pour celui qui l'a député. 

e canon. Les évêques suffragants invités par leur métropolitain à ve- 
nir célébrer avec lui les fêtes de Noèl et de Pâques, sont obligés de s'y 
rendre, sous peine d'excommunication. 

7e canon. Si un évêque néglige de se trouver au concile, qui, selon les 
anciens canons, doit se tenir tous les ans, qu'il soit enfermé et excom- 
munié jusqu'au prochain concile et pendant un certain temps, pour 
faire pénitence. 

8 e canon. L'évêque doit veiller avec soin à la conservation des droits 
de son diocèse ; la possession de trente ans doit lui servir de titre. Et à 
propos du différend qui s'est élevé entre Selva, évêque d'Ingidan, et 
Juste, évêque de Salamanque, nous ordonnons qu'on enverra des com- 
missaires pour le régler. 

9» canon. Le prêtre qui est commis de la part de l'évêque pour la dis- 
tribution du saint chrême , ne doit rien exiger de ceux à qui il le dis- 
tribue ; il ne doit rien également exiger pour le baptême, sous peine de 
trois mois d'excommunication ; néanmoins il lui est permis de recevoir 
ce qui lui est offert gratuitement. 

10 e canon. Chaque évêque doit avoir dans sa cathédrale un archiprè- 
tre, un archidiacre et un primicier, qui sont les trois chefs du clergé. Ils 
seront soumis à leur évêque et ils n'entreprendront rien au-dessus de 
leur pouvoir, sous peine d'excommunication. 

11 e canon. Les abbés, les prêtres et les diacres doivent rendre à leur 
évêque la soumission qui lui est due , le recevoir dans la visite des 
églises de son diocèse et n'entreprendre aucune affaire séculière sans 
son consentement. 

(1) Ce psaume était appelé Son , parce qu'on le chantait à haute voix. 



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— 90 — 

il» canon. Nous voulons que l'évêque puisse tirer des paroisses les 
prêtres et les diacres qu'il jugera propres à le soulager et les mettre 
dans son église cathédrale, leur laissant le revenu et l'inspection sur les 
églises d'où il les aura tirés, à la charge par eux d'établir, avec le con- 
sentement de l'évêque , des prêtres pour servir à leur place et de leur 
donner des pensions (1). 

13 e canon. Que l'évêque puisse donner des biens de l'Église aux clercs 
exacts à remplir leurs devoirs, afin d'encourager les antres aies imiter; 
mais si ces clercs en abusent ou s'ils deviennent négligents , qu'ils en 
soient privés. 

ii' canon. Que les oblations faites à l'église pendant la messe soient 
partagées en trois portions : la première pour l'évêque, la seconde pour 
les prêtres et les diacres , et la troisième pour .les sous-diacres et les 
clercs inférieurs. 

15 e canon. Ce canon défend aux évêques et aux prêtres , sous peine 
d'excommunication et de déposition , de faire mourir un des serfs de 
l'Église qui se serait rendu coupable d'un crime que les lois civiles pu- 
nissent. 

16 e canon. Que les évêques ne prennent plus le tiers du revenu des 
paroisses, mais qu'il soit employé aux réparations ; et si ces paroisses 
sont pauvres, que les réparations soient à la charge de l'évêque. 

17 e canon. On ne doit point parler mal d'un évêque après sa mort. Si 
un prêtre se rend coupable de celte faute, qu'il soit mis en pénitence 
pendant trois mois, un diacre pendant cinq mois, et un sous-diacre pen- 
dant neuf mois. Que les personnes de moindre condition soient frappées 
de cinquante coups de verges par ordre de l'évêque , et que les laïcs 
nourris aux dépens de l'Église soient excommuniés pendant six mois. 

18 e canon. Il est permis aux prêtres des paroisses de se choisir des 
clercs parmi les serfs de leur église, à la charge de les entretenir selon 
leur revenu. 

19 e canon. Comme plusieurs églises sont quelquefois commises à un 
seul prêtre , parce que chacune d'elles est trop pauvre pour entretenir 
le sien, le prêtre doit offrir le sacrifice tous les dimanches dans chacune 
de ces églises et prier pour les fondateurs et pour les donateurs (2). 

20 e canon. Ce canon contient divers règlements de peu d'importance 
sur la manière d'affranchir les esclaves de l'Église. 

(i) Telle est l'origine des chanoines, des cures primitifs et des vicaires. D'abord 
amovibles, ils devinrent inamovibles en France par les ordonnances de$ rois, 
(a) On voit par ce canon combien est ancien l'usage de biner. 



- 91 - 

21 e canon. Il est défendu à un évèque , sous peine d'excommunica- 
tion, d'annuler les donations faites par son prédécesseur, si l'Église 
qu'il gouvernait a reçu de lui plus de bien qu'il n'en a donné par testa- 
ment à ses amis , à ses serviteurs ou à d'autres personnes. 

22 e canon. Que celui qui n'observera pas ces canons soit excom- 
munié. 

23 e canon. Ce canon contient des actions de grâces au roi Recesvinde 
et des vœux pour sa prospérité. 

N° S78. 
* CONCILE DE CRÈTE. 

(CRETENSE.) 

(L'an 667.) — Paul, métropolitain de cette île , ayant cité à ce con- 
cile Jean , évoque de Lappe , pour un sujet qui n'est point connu , fit 
prononcer contre lui une sentence dont Jean appela aussitôt au Saint- 
Siège. Paul, regardant cet appel comme un acte de révolte, mit l'évêque 
en prison; mais Jean parvint à s'échapper et s'enfuit à Rome , afin d'y 
poursuivre son appel (1). 

N° S79. 

CONCILE DE ROME. 

(rohanum.) 

(Le 19 décembre de l'an 667.) — Jean de Lappe étant arrivé à Rome, 
le pape Vitalien, à sa prière , assembla un concile pour examiner son 
affaire. On lut d'abord les actes du concile de Crète , et après les avoir 
trouvés conformes à la requête de Jean, on cassa la procédure et la sen- 
tence rendue contre lui , on le déclara innocent et, on ordonna la répa- 
ration de tous les dommages que cet évèque et son Église avaient souf- 
ferts. Vitalien écrivit ensuite à Paul pour lui notifier le jugement du 
concile de Rome et lui en ordonner l'exécution (2). 

N° 880. 

CONCILE D'AUTUN. 

(augustodunense.) 

(L'an 670.) — Voir le concile de Cressy ou Crécy, tenu l'an 676. 

(i) Le P.Mansi, Suppl. conc., t. I. 

(i) Le P. Mansi, Suppl. conc., t. I. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 5j2. 



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I 






— 92 — 

N° S8i. 

CONCILE DE BORDEAUX. 

(burdicalense.) 

(L'an 670 (1).) — Ce concile fut tenu par les métropolitains de Bour- 
ges, de Bordeaux et d'Eauze (Auch), assistés de leurs suffragants , en 
présence du comte Loup. On y travailla au rétablissement de la paix 
dans le royaume et à la réformation de la discipline ecclésiastique. 

N° S82. 
CONCILE D'IIEBFORD. 

(herfordiense.) 

( Le 24 septembre de l'an 673. ) — La 3 e année de son pontificat , 
i ndiction I re , Théodore de Cantorbéry tint un concile général de toute 
l'Angleterre à Herford , où il ne se trouva que cinq évoques de diverses 
contrées, savoir : Pourta de Bochester, Leuther des saxons occiden- 
taux , Winfrid des merciens , Wilfrid d'York ou de Nonhumbre qui y 
envoya des députés, et Théodore. Pour y maintenir partout l'uniformiié 
de la discipline, cet archevêque y fit recevoir quelques articles extraits 
des anciens canons , qui contiennent en substance (2) : 

1" canon. Nous observons tous la pâque le même jour , le dimanche 
après le 14= jour de la lune du 1 er mars. 

2 e canon. Que les évoques contents de la portion de peuple confiée 
à leurs soins , n'envahiisent point les diocèses de leurs confrères. 

3 e canon. Que les évêques ne troublent point le repos des monastères 

(i) Dom Vaissete (Hist. du Lang.) et plusieurs autres écrivains portent ce con- 
cile à l'an 673, se fondant sur l'inscription du manuscrit de l'église d'Albi qui le 
renferme et à la tête duquel on lit : II ie liber récupérâtes fuit , domino auxiliante, 
sub die VIII kalend. august., anno IV regnanUs domini nos tri K Oder ici régis. Or 
cette 4" année du règne deChiltléric doit s'entendre de son règne sur toute la France 
et répond 'par conséquent à l'an 673. Mais ce n'est point là l'époque du concile 
c'est celle du recouvrement du manuscrit où il est contenu; recouvrement qui fut 
fait comme il est dit une ligne plus haut après un incendie de la ville , post incen- 
diumcivitalis. — Le concile dont il s'agit doit s'être tenu la 1" année du rèone de 
Childéric sur toute la France; car il fut assemblé par ses ordres , per jussorium 
Kilderici régis, dans un diocèse du royaume de Neustrie, et pour la stabilité de son 
règne , pro stabilitate regni ; ce qui désigne le commencement de son élévation sur 
le trône de Neustrie , c'est-a-dire l'an C70. Le comte Loup, en présence duquel il fut 
tenu, était vraisemblablement un seigneur envoyé pour faire reconnaître Childéric 
à la place de Thierry III qu'on venait de détrôner. 

(2) Le V. Labbe, Sacr. cour-., t. VI, p. 53(i. — Le P. Mansi, Suppl. conc, t. I 

Wilkins , Concilia Britanniœ et Ilib., t. I, p. l\ t.— Bède, Hist. eccl., Mb. tv cap, 5, 



— 93 — 

consacrés à Dieu et ne leur otent rien de leurs biens par violence. 

4 e canon. Que les moines ne passent pas d'un monastère à un autre 
sans la permission de leur abbé , à qui ils sont tenus de rendre l'obéis- 
sance qu'ils lui ont promise. 

5 e canon. Que les clercs ne soient point vagabonds, et qu'ils ne 
soient reçus nulle part sans les lettres de recommandation de leur 
évèque. S'ils s'établissent dans une autre église et qu'ils rel'useut de 
rentrer sous la juridiction de leur évêque , qu'ils soient excommuniés. 

6 e canon. Que les évoques et les clercs étrangers se contentent de 
ce qui leur est offert par ceux qui exercent envers eux les droits de 
l'hospitalité et qu'ils ne fassent aucune fonction sacerdotale sans la per- 
mission de l'évêque diocésain. 

7' canon. Que l'on tienne ebaque année un concile, le 1 er août, au 
lieu nommé Cloveshou. 

8 e canon. Que les évoques n'entreprennent rien les uns sur les 
autres , mais qu'ils gardent entre eux le rang de leur ordination. 

9 e canon. Que l'on augmente le nombre des évoques dans la propor- 
tion de celui des fidèles. 

10 e canon. Que personne ne contracte que des mariages légitimes ; 
qu'il ne soit point permis de quitter sa femme, si ce n'est pour cause 
d'adultère , et que dans ce cas celui qui veut être véritablement chré- 
tien n'en épouse pas une autre, mais qu'il garde le célibat, ou plutôt 
qu'il se réconcilie avec sa femme. 

Les actes de ce concile furent dressés par Théodore de Cantorbéry 
lui-même , qui les dicta au notaire Titillus. 



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N° S85. 

XI 8 CONCILE DE TOLÈDE (1). 
(toletanum XI.) 

(Le 7 novembre 675 (2).) — La paix ayant été rétablie en Espagne , 
Vamba (5), roi des golhs, fit assembler un concile , où se trouvèrent 



(i) Le XII e , d'après quelques auteurs. 

(2) Ce concile est daté du ; e des ides de novembre, 4 e aimée du règne de Vamba, 
élu roi aux calendes de septembre de l'an 672. 

(3) Ce roi fut sacré à Tolède par l'archevêque avec de l'huile bénite répandue 
Jur sa tête. C'est le second exemple de l'onction des rois; car il est aujourd'hui 
certain , d'après le témoignage de saint liéuii même, que ce saint évéque, à l'exem- 
ple de ce que l'Ancien-Testament nous apprend des rois juifs , ajouta la cérémonie 
du sacre à celle du baptême , et qu'il oignit Clovls. — Testament de saint Hémi , 

cité par Venot, Académie des Inscriptions, t. II, p. 24. 



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I 



— 94 — 

dix-sept évêques, deux députés, six abbés et l'archidiacre de Tolède. 
Quiricius, archevêque de cette ville, en fut le président. Les actes de ce 
concile commencent par une longue préface de Quiricius, dans laquelle 
les évêques font une profession de foi entièrement conforme à la doc- 
trine des quatre conciles généraux sur les mystères de la Trinité et de 
l'Incarnation. On fit ensuite seize canons de discipline touchant la con- 
duite des évêques et des clercs (1). 

1" canon. Les évêques doivent se comporter dans les conciles avec 
modestie et gravité, ils ne doivent point tenir des discours inutiles, ni 
faire du bruit, ni rire, ni disputer opiniâtrement, sous peine d'être ren- 
voyés de l'assemblée et d'être excommuniés pendant trois jours. 

2 e canon. Les métropolitains doivent veiller à l'instruction de leurs 
suffragants, qui doivent être moins négligents à s'instruire et à instruire 
les peuples confiés à leurs soins. 

3 e canon. On doit suivre en chaque province, dans la célébration 
de l'office public, les cérémonies et les rits observés dans l'église métro- 
politaine ; les abbés s'y conformeront aussi dans l'office public de leurs 
monastères, c'est-à-dire à vêpres, à matines et à la messe. Si quelqu'un 
viole ce décret, qu'il soit privé de la communion pendant six mois. 

4° canon. On ne doit point laisser approcher de l'autel les évêques 
qui sont en discorde, jusqu'à ce qu'ils se soient réconciliés. Ceux qui 
gardent de l'animosité les uns contre les autres, demeureront en péni- 
tence le double du temps qu'a duré leur division. 

3 e canon. Quelques évêques jugent avec emportement et avec pas- 
sion, usurpent le bien d'aulrui, ou commettent des meurtres et d'autres 
violences. Et comme, suivant les lois barbares, la plupart des crimes se 
rachètent par des compositions pécuniaires que l'on exige des évêques 
aux dépens de leurs églises , nous ordonnons que les restitutions ou 
compositions ne soient point exigées des évêques, s'ils n'ont des biens en 
propre, ou s'ils ne les ont auparavant donnés à l'Église. Quant à ceux 
qui ne possèdent rien, leur dignité ne permettant pas qu'ils soient ré- 
duits en servitude, comme les laïcs le sont en pareil cas, la satisfac- 
tion sera convertie en pénitence; ils feront vingt jours de'pénitence pour 
10 sous d'or. Mais si un évêque a abusé de la femme, de la fille ou de la 
parente d'un grand du royaume ; s'il a commis un homicide volontaire , 
ou fait injure à une personne noble de l'un ou de l'autre sexe, il doit 
être déposé et banni, et on ne lui accordera la communion qu'à l'article 
de la mort. 



(i) Le P. I.abbe, Sacr. conc, t. VI, p. 539. — Saent de Aguirre , Coll. conc. 
Bisp., t. II, p. 660. 



^ N^l 



— 95 - 

6* canon. Les évêques ne doivent point juger par eux-mêmes les 
crimes dignes de mort, ni ordonner des mutilations de membres , soit 
aux serfs de l'église, soit à d'autres, sous peine d'être déposés et bannis 
et de ne recevoir la communion qu'à l'article de la mort. 

7 e canon. 11 y en a qui par ressentiment font mourir en secret ceux 
qu'ils haïssent, sous prétexte de les mettre en pénitence; pour prévenir 
ce désordre, nous ordonnons que les évêques corrigent publiquement 
les pécheurs, ou du moins en présence de témoins, et que s'ils condam- 
nent quelqu'un à l'exil ou à la prison, la sentence soit prononcée devant 
trois témoins et signée de la main de l'évêque. 

8 e canon. Les évêques ne doivent rien exiger, ni même recevoir ce 
que l'on offre volontairement, lorsqu'ils administrent le baptême, 
le saint chrême ou les ordres. Que celui qui recevra ou exigera une of- 
frande soit excommunié pendant deux mois. Si l'un de ses clercs ac- 
cepte, à son insu, quelque chose , qu'il soit excommunié pendant trois 
mois s'il est prêtre, pendant quatre mois s'il est diacre. Les sous-diacres 
et les autres clercs seront punis selon leur faute. 

9 e canon. Que celui qui est élu évêque prête serment devant l'autel , 
avant son ordination, qu'il n'a rien donné pour être élu évêque et qu'il 
ne donnera rien. Si quelqu'un est convaincu d'être parvenu à l'épiscopat 
par simonie, qu'il soit mis en pénitence et séparé de l'Église sans pou- 
voir faire les (onctions de son ordre, jusqu'à ce qu'il ait entièrement sa- 
tisfait. 

10 e canon. Ceux qui reçoivent les ordres doivent promettre par écrit 
d'être inviolablement attachés à la foi catholique, de ne rien faire contre 
les lois et d'obéir à leurs supérieurs. 

11 e canon. Il a été ordonné par le quatorzième canon du premier 
concile de Tolède de chasser de l'Église comme sacrilèges ceux qui 
ayant reçu l'Eucharistie delà main du prêtre ne la consument pas ; nous 
déclarons que cette peine n'est que pour ceux qui la rejettent avec mé- 
pris, car plusieurs la rejettent par infirmité naturelle, comme il arrive 
au moment de la mort, parce que quelques-uns ne peuvent l'avaler sans 
boire le calice du Seigneur (1). 

12 e canon. On doit réconcilier sans délai les pénitents qui sont en 
danger de mort, et s'ils meurent après avoir été admis à la pénitence, 
mais sans avoir été néanmoins réconciliés , on ne laissera pas de prier 
pour eux à l'église et de recevoir l'oblation faite à leur intention (c'est-à- 
dire pour le repos de leur âme). 

(i) On voit par ce canon que l'on communiait les mourants sous la seule espèce 
du pain, mais que l'on y ajoutait quelquefois l'espèce du vin. 



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45 e canon. Qu'on ne laisse point servir à l'autel, ni en approcher 
pour recevoir les divins sacrements , ceux qui sont possédés du démon 
ou agités de mouvements convulsifs; sont exceptés toutefois ceux qui 
par faiblesse ou par maladie tombent sans qu'ils soient agités de ces 
mouvements extraordinaires. Ceux qui ont été possédés du démon peu- 
vent reprendre les fonctions de leur ordre après un an , s'il a paru pen- 
dant tout ce temps-là qu'ils n'étaient plus possédés. 

44 e canon. Pour éviter les accidents imprévus de maladie ou d'alié- 
nation d'esprit , que celui qui chante , qui officie ou qui offre le saint 
sacrifice ait toujours derrière lui quelqu'un qui puisse faire la même 
fonction, s'il lui arrivait de tomber subitement. 

15" canon. Le concile s'assemblera tous les ans dans la métropole au 
temps marqué par le prince ou par le métropolitain. Tous les évèques 
doivent y assister, sous peine d'une année d'excommunication , à moins 
qu'ils n'en soient empêchés par maladie ou par quelqu'autre cause légi- 
time. 

16 e canon. Le Concile fait dans ce canon des actions de grâces et des 
vœux pour la prospérité du roi Vamba , qu'il appelle le restaurateur 
de la discipline ecclésiastique de son temps. 



N° S84. 

m* CONCILE DE BRAGUE (1). 

(bbacarense III.) 






(L'an 675 (2).) — Ce concile fut assemblé par ordre de Vamba. Huit 
évèques y assistèrent. Après avoir fait leur profession de foi en récitant 
le symbole de Nicée avec l'addition de la procession du Saint-Esprit, ils 
dressèrent neuf canons de discipline (3). 

1 er canon. Il s'est glissé un grand nombre d'abus dans la discipline 
de l'Église : les uns offrent du lait, les autres des grappes de raisin au 
lieu de vin ; il y en a qui donnent l'Eucharistie au peuple, après l'avoir . 
trempée dans du vin , comme si cela était nécessaire pour l'intégrité 
de la communion ; quelques prêtres se servent de vases sacrés pour 
boire et pour manger dans leurs repas ordinaires ; d'autres , au mépris 
de la coutume ecclésiastique , célèbrent la messe sans élole ; la plu- 

(i) Le IV, d'après le P. Labbe. Voir t. II, p. 15g, note (1), et page 4o3, note (i) 
de cette Histoire. 

(d) Ce concile est daté de la 4 e année du règne de Vamba, 7 1 3 e de l'ère d'Espagne. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. orne, t. VI, p. 56i. — Saens de Aguirre, Coll. conc. 
Uisjh, t. H, p. 675. 



— 97 — 

part, dans les solennités des martyrs, se mettent des reliques au cou 
et se font porter en procession sur des chaises par des diacres revêtus 
de l'aube; il est desévèques qui demeurent avec leurs femmes, sans 
avoir de témoins de leur conduite; quelques-uns d'entre eux traitent des 
personnes honorables et leurs propres frères d'une manière indigne , 
en les faisant déchirer à coups de fouet , et exigent de l'argent pour 
les ordinations. 

2 e canon. Pour remédier à cet abus , nous défendons d'offrir du lait 
ou une grappe de raisin au lieu de vin , ou de donner l'Eucharistie trem- 
pée dans du vin; ce qui est contraire à l'institution de ce sacrement, 
où Noire-Seigneur a donné séparément le pain et le calice. On ne doit 
donc offrir au sacrifice que du pain et du vin mêlé d'eau, suivant la 
décision des anciens canons. 

3 e canon. 11 n'est pas permis de boire ni de manger aux repas ordi- 
naires dans les vases sacrés, ni d'employer à des usages profanes, 
vendre on donner les voiles et les ornements de l'église. 

•I e canon. Il n'est pas permis aux prêtres de célébrer la messe , sans 
avoir l'étole sur les deux épaules et croisée sur la poitrine, en signe de 
la croix, de la manière qu'ils l'ont portée le jour de leur ordination. 

5 e canon. Il est défendu à tout ecclésiastique de demeurer avec des 
femmes, la mère seule exceptée, sans avoir des témoins probes. 

G e canon. Que les diacres soient chargés de porter sur leurs épaules 
les reliques des martyrs enfermées dans une châsse ; et si l'évèque veut 
les porter lui-même, qu'il marche avec le peuple , sans se faire porter 
par des diacres. 

7e canon. Il est défendu aux évèques de faire frapper à coups de 
fouet les prêtres, les abbés et les diacres, sous peine d'excommuni- 
cation et d'exil; ces sortes de châtiments ne devant avoir lieu que pour 
des fautes mortelles. 

8 e canon. La simonie est défendue, sous peine de déposition pour 
l'ordinateur et l'ordonné , ainsi qu'il a été prescrit par le second canon 
du concile de Calcédoine. 

9 e canon. Les évêques ne doivent pas avoir plus de soin de leur 
propre patrimoine que de celui de l'Église ; s'il arrive qu'ils augmentent 
leurs propres revenus, soit aux dépens de ceux de l'Église, soit en 
négligeant les intérêts de celle-ci, ils doivent être obligés de l'indemniser 
à leurs frais. 



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M. 






87. 

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— 98 — 

N° S8S. 

CONCILE DE CRESSI OU CRÉCY DANS LE PONTHIEU , 
EN PICARDIE (1). 

(CHRISTIACUM.) 

(L'an 676.) — Saint Léger , évêque d'Autun , assista à ce concile , 
dont les statuts qui nous restent concernent presque tous la discipline 
monastique. Mais il est évident qu'il en manque plusieurs qui ne sont 
pas venus jusqu'à nous (2). 

I er canon. Que les abbés et les moines n'aient rien en propre ; que 
l'abbé donne aux moines la nourriture et le vêtement. 

5 e canon. Qu'aucun moine n'ait de compères. 

6 e canon. Qu'ils ne viennent point dans les villes , si ce n'est pour 
les affaires du monastère et que même dans ce cas ils aient une lettre 
de leur abbé adressée à l'un des diacres de la ville. 

8» canon. Qu'ils obéissent à leur abbé et à leur prévôt. 

10 e canon. Qu'ils ne permettent point aux femmes l'entrée de leur 
monastère et qu'ils n'aient aucune familiarité avec elles , sous peine 
d'être sévèrement punis. Que les moines vagabonds soient renvoyés à 
leur monastère où ils seront punis suivant leur faute , et que l'abbé ne 
retienne pas un moine d'un autre monastère, sans la permission de 
son supérieur. 

14 e canon. Si un séculier ne communie point les jours de noël , de 
pâques et de pentecôte , qu'il soit exclu de la société des catholiques. 
Qu'un prêtre n'offre point le sacrifice après avoir bu ou mangé, et s'il 
le fait qu'il soit privé de l'honneur du sacerdoce. Qu'il ne soit pas per- 
mis aux femmes d'approcher de l'autel. 

15 e canon. Que les abbés et les moines observent la règle de saint 
Benoît, qui ordonne d'avoir tout en commun , de travailler ensemble , 
d'exercer l'hospitalité , d'être assidus à la prière. Si un moine contre- 
vient à ces statuts , qu'il soit puni de peines corporelles ou d'excom- 

(i) La présence de saint Léger à ce concile a porté quelques copistes à le placer 
à Autun ; et leur sentiment a été suivi par les collecteurs de conciles. Ceux-ci ont 
commis une autre faute en le portant à l'an 670 au lieu de 676, que dom Mabillon 
prouve , d'après Bouliier , être sa vraie date (Annales , liv. xvi ; OEuvres pos- 
thumes , t. I,p. 526, 53r). 

(2) Le P.Sirmond, Conc. ant. Gall., t. I, p. 5o6. — De Lalande, Suppl. conc . 
ant. Gall., p. 70. — Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 535, 1887. — Le P. Har- 
douin, Coll. conc, t. III, p. ioi3. —Yves de Chartres, pars vu, cap. 100. 






— 99 — 

munication pour trois ans. Si l'abbé y contrevient, qu'il soit suspendu 
de la communion pendant un an, et le prévôt pendant deux ans. 

Autre canon (1). Si un prêtre, un diacre, un sous-diacre ou un 
autre clerc ne sait point par cœur le symbole que nous ont transmis les 
apôtres et la foi de saint Aihanase, qu'il soit condamné par son évo- 
que (2). 

N° «86. 

CONCILE DE MOULA Y. 

(marlacense (3).) 

(Mois de septembre de l'an 677.) — Lesévêques de Bourgogne et de 
Neustrie assemblés par ordre et en présence de Thierry III, déposèrent 
dans ce concile Chramlin, qui s'était emparé de Pévèclié d'Embrun , et 
lui déchirèrent ses habits pour marque de sa dégradation (4). 

N° S87. 

* CONCILE DES GAULES (5). 

(gallicanum.) 

(L'an 678 (6).) — Ce concile fut assemblé par ordre de Thierry III et 
d'Ebroïn, maire du palais, dans une maison royale qu'on ne désigne 
point. On y pressa saint Léger d'Autun de s'avouer coupable de la mort 
du roi ChildéricII; et malgré ses protestations d'innocence, il fut dé- 
gradé, puis livré au comte du palais, qui lui fit trancher la tôle dans une 
foret de l'Artois, qui l'ut nommée depuis forêt de Saint-Léger. Ce concile 
déposa et exila les évèques de Maéslricht, de Châlons-sur-Saône, de Va- 
lence et de plusieurs autres villes (7). 

(i) Le i", d'après quelques auteurs. 

(i) C'est la première lois qu'il est parlé de ce symbole en France. 

(3) Morlay au diocèse de Toul, d'après dom Mabillon; et Marli près de Paris 
selon le P. Pagi. 

(4) Le P. Mansi, Suppl. conc, t. I. — D. Mabillon, De m diplomut., p. 4G9 ; 
et annales, l. I, p. 54 1 . 

(5) D'après De Lalandc, apud Novijenlum, villam regiam. 

(6) Ce concile ne peut avoir été tenu l'an 685, comme le dit Labbe, puisque l e 
maire Ebroïn qui le convoqua mourut l'an 684. Ce collecteur ajoute à la marge , il 
est vrai : Julpctius 684. - Les auteurs de l'Art de vérifier les dates le plaçant a 
l'an 678. 

(7) Le P. Labbe, Saer. conc, t. VI, p. , aS6. - Le P. Sirmoud , Conc. ant. Galt., 
t. II, p. 5,o.- De Lalandc, Suppl, conc. Galh, p. ?2 . _ Le P. Hurdouiu , Coll. 
romil,, t . m, p . , 758 . _s ifi ebert, Chron. - Ha S. teodeaakl 



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- 100 — 

N° 888. 

CONCILE DE MILAN. 

(mediolanense.) 

(Vers le commencement de l'an 679.) — Le pape Agathon , voulan 
remettre aux légats qu'il devait envoyer à Constanlinople pour la tenue 
d'un concile général des témoignages authentiques et nombreux de la 
foi des Églises d'Occident, engagea lesévêquesà tenir des conciles par- 
ticuliers dans les diverses provinces pour condamner le Monothélisme, 
et à députer des évêques à Rome pour souscrire à la lettre synodale qui 
devait être adressée à l'empereur. Les évêques de la Lombardie s'assem- 
blèrent à Milan, dont Mansuetus était archevêque. Le prêtre Damien, 
depuis évêque de Pavie, y composa la lettre synodale qui fut adressée à 
l'empereur Constantin Pogonat, et où les deux volontés et les deux opé- 
rations sont expliquées avec netteté et défendues avec force. Cette lettre 
fut lue et approuvée dans le concile tenu à Rome au mois d'octobre de 
cette même année (1). 

N» 889. 

CONCILE DES GAULES (2). 
(gallicanom.) 

(Vers le commencement de l'an 679.) — Les évêques des Gaules s'é- 
lant assemblés condamnèrent le Monothélisme et envoyèrent à Rome 
trois députés, au nombre desquels était l'évêque d'Arles (3). 






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N° 890. 
CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Mois d'octobre de l'an 679 (4).)— Saint Wilfrid, évêque d'York, que la 
reine Ermenburge avait pris en aversion, ayant été chassé de son siège par 
le roi Egfrid et par Théodore, archevêque de Canlorbéry, le Northum- 

(i) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 076. — Muratori, Armait (Tltalia, t, IV. 

(2) Lieu incertain. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 1887. — Le P. Hardouin, Coll. conc, 
I. III, index. — De Lalande , Suppl. conc. ant. Gall. t p. 7 r. 

(4) Ce concile est daté du mois d'octobre de l'indu tion VII e , qui re'pond à l'an 
679. C'est donc par erreur que le P. Labbe porte ce concile à l'an 680, et le P, Pagi 
à l'an 678. 



— 101 — 
bre fut aussitôt divisé en trois diocèses auxquels on donna des évèques. 
Mais se voyant injustement déposé, Wilfrid en appela au pape Agathon, 
qui fit examiner sa cause dans un concile composé de plus de cinquante 
évèques. Après la lecture de sa requête et des lettres écrites sur celte 
affaire par l'archevêque Théodore, on décida, par un jugement contra- 
dictoire, où l'on entendit les allégations du moine Coenvald , député de 
Théodore, et les défenses que le saint évêque y opposa , que Wilfrid 
serait rétabli sur son siège et qu'on déposerait les évèques entre lesquels 
son diocèse avait été partagé, mais qu'il ferait tenir un concile pour eu 
choisir d'autres qui seraient ordonnés par l'archevêque de Canlorbéry, 
le tout sous peine d'anathème et de déposition contre les ecclésiasti- 
ques et d'excommunication contre les laïques et même contre les rois. 
Mais en Angleterre on ne tint pas compte de ce jugement ; car au lieu 
de rétablir Wilfrid sur son siège , le roi Egfrid le fit mettre en pri- 
son (1). On voit par là que le principal prétexte de la déposition de saint 
Wilfrid était que son diocèse trop étendu avait besoin d'un plus grand 
nombre d'évêques. 

N° 391. 

CONCILE DE ROME. 
(romanum.) 

(Le mardi de pàques, 27 mars de l'an 680 (2).) — Le pape Agathon 
assembla ce concile où se trouvèrent cent vingt-cinq évèques de diffé- 
rentes provinces d'Italie avec les députés des Gaules, et saint Wilfrid , 
qui siégeait au nom de l'Église d'Angleterre. On nomma des légats pour 
être envoyés à Constantinople, les uns au nom du pape, les autres au 
nom du Concile et comme représentant les évèques d'Occident, selon 
le vœu exprimé par l'empereur. La lettre synodale de ce concile, sous- 
crite par le pape et par les évèques au nom de tout l'Occident, et celle 
qui fut écrite par le pape en particulier, exposent avec beaucoup de 
netteté et prouvent par de nombreux passages de l'Ecriture, des Con- 
ciles et des Pères, la doctrine catholique touchant les deux volontés et 
les deux opérations en Jésus-Christ. Le pape y déclare expressément 
qu'en vertu de la promesse faite à saint Pierre , l'Église romaine ne 
s'est jamais écartée de la vérité, et que toute l'Église catholique, les 






(i) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 579. — VUa sancti tfilfrid', cap. j8. — 
Speluian, concil., t. I, p. 157. 

(3) Pagi et Muratori mettent ce concile à l'an 679. Mais il n'y a pas d'apparence 
qu'on ait envoyé des députés à un concile plus de dis-huit mois avant qu'il se tint 
et un an avant qu'il fût indiqué. 



■ 






— 102 — 

conciles généraux et les saints docteurs ont fait profession de suivre son 
autorité comme la règle de foi. « Depuis que les évèques de Constanti- 
« nople, ajoute le pape, ont voulu introduire ces nouveautés hérétiques, 
t mes prédécesseurs n'ont cessé de leur adresser des avertissements et 
« des exhortations pour les eng >ger à quitter cette erreur ou à s'abste- 
f nir de l'enseigner. » 

C'est très-vraisemblablement dansce concile que Théodore deRavenne 
fut obligé de renoncer à l'autocéphalie ou indépendance de son siège, 
que Maur son prédécesseur avait obtenue de l'empereur l'an 660, et qu'il 
reconnut pour son supérieur l'évêque de Rome ; soumission qui fut re- 
nouvelée l'an 682. L'on croit que c'est à l'errpereur Constantin Pogonat 
que l'Eglise romaine en fut redevable (1). 

N° 892. 
CONCILE DE HATFËLD. 

(UEDTFELDENSE.) 

(Le 17 septembre de l'an 680 (2).) — Le pape Agaihon ayant envoyé 
en Angleterre les acies du concile tenu à Rome sous le pape saint Martin 
contre les monothélites (5), saint Théodore de Canlorbéry tint un con- 
cile général dans lequel on condamna le Monothélisme conformément 
aux intentions du Souverain-Pontife. La profession de foi de ce concile 
dit, en parlant du Saint-Esprit, qu'il procède du Père et du Fils (4). 



N° S95. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE, VI e OECUMÉNIQUE. 

(CONSTANTINOPOLITANEM III OECDMENICUM.) 

(Commencé le 7 novembre de l'an 680, fini le 16 septembre de l'an 
681 (5).) — L'an 677, Constantin Pogonat ayant conclu une trêve de 
trente ans avec le calife de Moavia, les avares et les autres peuples d'Oc- 

(i) LeP. Labbe, Sncr. conc., t. VI, p. 584, 63o et seq. 

(■>-) Ce concile est daté du xv e des calendes d'octobre, — Le P. Pagi prouve que ce 
concile se tint l'an 680 et non pas l'an 679. 

(3) C'est le concile de Latran de l'an 649. 

(4) Bède, Hisloria, lib. IV, cap. 17, 18. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 677. 
— Paul diac, lib. vi. — Anaslase, Vite pontif. — Spelman, Concil., t. I, p. 168. 

(5] Ce concile est date de la 27 e année depuis le règne de Constantin Pogonat 
avec Constant H son père, la t3° depuis son consulat, c'esl-a-dire depuis la mort de 
son père , indiction ix'. 



— 103 — 

cident, contre lesquels il était en guerre, lui demandèrent aussi la paix. 
La tranquillité se trouvant ainsi rétablie dans ses états, l'empereur s'ap- 
pliqua aussitôt à faire cesser les divisions qui, depuis le règne d'Héra- 
clius son bisaïeul, troublaient l'Église d'Orient. 11 écrivit à ce sujet au 
pape Donus ou Domnus, pour le prier d'envoyer à Constantinople des 
personnes sages et instruites avec mission de discuter et de décider tou- 
chant la doctrine des monothélites. Sur ces entrefaites, le pape Donus 
étant mort le H avril de l'an 678, Agathou son successeur reçut la lettre 
de Constantin et choisit pour ses légats au concile de Constantinople les 
prêtres Théodore et Georges avec le diacre Jean et Constantin, sous- 
diacre ; Abundantius, évêque de Paterne, Jean de Porto et un autre Jean 
de Rége furent envoyés par le concile de Rome. Ils arrivèrent à Constan- 
tinople le 10 septembre de l'an 680, et dès le même jour l'empereur 
écrivit à Georges, patriarche de cette ville , de convoquer les évoques 
de sa dépendance et d'avertir Macaire d'Antioche, qui se trouvait alors 
à Constantinople, de faire venir ceux d'Orient pour examiner la ques- 
tion de la foi avec les députés du pape et du concile de Rome (1). 

l re session.— 7 novembre. — Le concile se tint dans une salle du palais 
im périal nommée en latin irullus, c'est-à-dire dôme. 11 ne se trouva que 
quarante évoques a cette première session, mais à la dernière il y en eut 
plus de cent soixante. L'empereur assista en personne aux onze premières 
sessions et à la dix-huitième; il était assis au milieu de ses principauxofli- 
ciers. A sa gauche, se trouvaient les prêtres Georges et Théodore avec le 
diacre Jean elle sous-diacre Constantin, légats du pape, nommés les pre- 
miers dans les actes comme présidant au concile ; puis les députés envoyés 
avec eux au nom du concile de Rome, et après eux le légat de Théodore, 
vicaire-administrateur du siège vacant de Jérusalem. A droite étaient 
les patriarches de Constantinople et d'Antioche, le légat d'Alexandrie , 
l'évêque d'Ëphèse et les autres évêques d'Orient. Le patriarche d'Alexan- 
drie et le vicaire-administrateur de Jérusalem n'avaient pu venir en 
personne , parce qu'ils étaient sous la domination des musulmans ; et 
par la même raison il n'y vint aucun évêque de leurs provinces ni de 
l'Afrique. On plaça les livres des Evangiles au milieu de l'assemblée ; et 
les légats du pape, prenant les premiers la parole, exposèrent l'objet du 
concile. L'empereur ordonna ensuite aux patriarches de Constantinople 
et d'Antioche de s'expliquer sur les nouveautés introduites dans leurs 
Églises. Ils répondirent qu'ilssuivaient la doctrine enseignée par les con- 
ciles et par les Pères et qu'ils s'offraient à en donner la preuve. Macaire 



là 



(i) Le P, Labbc, Sacr. «me, t. VI, p. 6oG clseq. — Auastase, vitcv Ponlifii 



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— 104 — 

produisit à cet effet les actes du concile général d'Ephèse et prétendit 
s'appuyer d'un passage du discours de saint Cyrille à l'empereur Théo- 
dose où ce patriarche dit : c L'appui de votre empire est le même Jésus- 

< Christ par qui les rois régnent et par qui aussi les princes rendent la 
i justice ; car sa volonté est toute puissante. > < Le voilà, seigneur, dit 
t alors Macaire, j'ai prouvé une volonté en Jésus-Christ. » Mais les lé- 
gats et plusieurs autres évoques s'écrièrent que le patriarche d'Anlioche 
abusait de ce passage ; que saint Cyrille ne parlait que de la volonté 
divine, ce qui était évident, car il la nommait toute puissante; et que 
d'ailleurs ce Père n'excluait point la volonté humaine. Après la lecture 
des actes du concile général d'Ephèse , l'empereur fit lever la séance. 

2 e session.— 10 novembre.— On lut, par ordre de l'empereur, les actes 
du concile de Calcédoine, et l'on fit remarquer les paroles suivantes 
de la lettre de saint Léon à Flavien : t Chaque nature en Jésus-Christ 
i fait ce qui lui est propre, avec la participation de l'autre; le Verbe 
c opère ce qui convient au Verbe , et la chair ce qui convient à la chair ; 

< l'un brille par ses miracles, l'autre succombe aux mauvais traitements, > 
« Vous voyez, seigneur, dirent les légats du pape, que saint Léon en- 
« seigne clairement deux opérations naturelles en Jésus-Christ , sans 
i confusion et sans division , et qu'il enseigne cette doctrine dans un 
« écrit que le concile de Calcédoine a dit être l'appui de la foi calho- 
i lique et la condamnation de toutes les hérésies. » Pressé de s'expli- 
quer sur ce passage si formel et approuvé par un concile œcuménique, 
Macaire se retrancha dans des subtilités et des rélicences qui ne ser- 
virent qu'à montrer ses embarras et sa mauvaise foi. 

3 e session. — 13 novembre. — L'empereur ordonna la lecture des 
actes du II e concile général de Constantinople, V e œcuménique ; et 
comme on avait inséré au commencement de l'exemplaire conservé 
à Constantinople la prétendue lettre de Mennas au pape Vigile sur 
l'unité de volonté en Jésus-Christ, les légats s'écrièrent que les actes 
avaient été falsifiés, puisque Mennas était mort avant la tenue de ce con- 
cile. L'empereur, les magistrats et plusieurs évoques ayant examiné le 
volume, reconnurent en effet qu'on y avait ajouté trois cahiers dont l'é- 
criture était différente de celle des actes, et qui d'ailleurs précédaient 
un cahier portant le numéro 1" et contenant par conséquent le com- 
mencement de l'exemplaire authentique. On prouva d'une manière non 
moins évidente que les faussaires hérétiques avaient encore fabriqué 
deux autres écrits sous le nom du pape Vigile, où on lisait ces paroles : 
« Anaihème à Théodore de Mopsueste qui ne confesse pas qu'en Jésus- 
« Christ est une hypostase, une personne , une opération, s Constantin 



— 105 — 
ordonna ensuite à Macaire et à ceux de son parti de prouver leur sen- 
timent par le témoignage des Pères, ainsi qu'ils l'avaient promis; car on 
ne trouvait point leur doctrine dans les conciles œcuméniques qu'ils 
avaient invoqués. 

i" session. — 13 novembre. — On se borna dans cette session à 
lire les deux lettres du pape Agathon et du concile de Rome, qui avaient 
été traduites en grec par Diogène, secrétaire de l'empereur. 

5 e session. — 7 décembre. — Macaire produisit deux volumes con- 
tenant des passages tirés des écrits des Pères, pour prouver que Jésus- 
Christ n'a qu'une volonté qui est celle du Père et du Saint-Esprit. 

6 e session. — 12 février de l'an 681. — Il en produisit un troisième 
dans celle session à l'appui de ses erreurs. Macaire ayant déclaré qu'il 
n'avait point d'autres passages à produire pour la défense de sa cause, 
l'empereur ordonna que l'on mît à ces trois volumes le sceau des juges, 
des légats de Rome et de l'Église de Constantinople. Alors les légats du 
pape dirent qu'il leur serait facile de montrer que ces extraits étaient 
tronqués, altérés, ou interprétés dans un sens évidemment faux, afin de 
pouvoir appliquer à l'Incarnation ce qui devait naturellement s'entendre 
de la volonté unique des personnes de la Trinité. Ils demandèrent que 
l'on produisit les livres originaux d'où ces passages avaient élé tirés, afin 
de les collationner et d'en faire voir la falsification. Puis ils dirent : 
« Nous avons un volume de passages des Pères , qui enseignent netle- 
c ment les deux volontés et les deux opérations , et plusieurs passages 
« des hérétiques qui soutiennent , comme les monothélites , l'unité de 
i volonté; nous demandons que lecture en soit faite, s Ce fut l'objet 
de la septième session. 

7° session. — 13 février. — On lut dans celle session le volume que 
les légats avaient présenté la veille , et par ordre de l'empereur on 
scella ce recueil de la même manière qu'on avait scellé ceux de l'hé- 
rétique Macaire. 

8 e session. — 7 mars. — Sur l'ordre de l'empereur, Georges de 
Constantinople déclara qu'ayant vérifié les passages cités dans les lettres 
du pape Agathon et du concile de Rome , il avait reconnu l'entière 
exactitude de ces citations et qu'il adhérait pleinement à la doctrine 
contenue dans ces lettres. Tous les évêques dépendant du siège de 
Constantinople s'écrièrent qu'ils étaient dans les mêmes sentiments , 
qu'ils confessaient deux natures , deux volontés , deux opérations en 
Jésus-Christ, qu'ils recevaient les lettres du pape Agathon et qu'ils 
analhémalisaient tous ceux qui n'admettaient qu'une seule volonté. Il n'y 
eut que Théodore de Mélitène en Arménie qui osa présenter une requête, 



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— 106 — 

clans laquelle il demandait qu'on ne condamnât point ceux qui ensei- 
gnaient une opération et une volonté , ni ceux qui reconnaissaient deux 
opérations et deux volontés , parce que les conciles généraux n'avaient 
rien prononcé sur cette question et qu'ils avaient seulement enseigné 
deux natures en une personne; et comme il accusa trois évêques et 
quelques ofliciers de l'Église de Constantinople d'avoir composé cet 
écrit de concert avec lui , ils s'empressèrent de le désavouer , à l'excep- 
tion du moine Etienne disciple de Macaire , et protestèrent qu'ils étaient 
prêts à donner une confession de foi orthodoxe. On rétablit ensuite 
dans les diptyques le nom du pape Vitalien , que les monothélites en 
avaient ôié , et le Concile fit de longues acclamations à l'honneur de 
l'empereur, du pape Agalhon et du patriarche Georges. Plusieurs évê- 
ques dépendant du siège d'Antioche déclarèrent aussi qu'ils recevaient 
les lettres du pape Agathon et qu'ils croyaient deux volontés et deux 
opérations en Jésus-Christ ; mais le patriarche Macaire persista dans 
son attachement au Monolhélisme ; il présenta une profession de foi , 
dans laquelle il traitait saint Maxime d'hérétique et de manichéen , et 
déclara qu'il ne confesserait point deux volontés et deux opérations , 
quand on devrait lui couper les membres et le jeter dans la mer. On lui 
ordonna de qui lier son siège et de paraître debout devant le concile ; 
puis on commença l'examen des passages qu'il avait produits, et après 
la lecture de plusieurs, qu'il fut convaincu d'avoir tronqués pour en dé- 
naturer le sens, tout le Concile s'écria : «Anathème au nouveau Dios- 
« core ! malheur au nouvel Apollinaire ! qu'il soit privé de l'épiscopat 
i cl qu'on le dépouille de son pallium.» Ce qui fut fait dans celle ses^ 
sion , et il ne reparut plus dans les sessions suivantes, ni personne de 
sa part jusqu'à la quatorzième. 

9 e session. — 8 mars. — On continua l'examen des textes recueillis 
par Macaire ; et entre beaucoup d'autres tronqués ou interprétés à contre- 
sens, il s'en trouva un de saint Athanase, où, bien loin de favoriser 
le' Monolhélisme, le saint docteur enseignait expressément deux vo- 
lontés , sur ces paroles de Jésus-Christ : « Mon Père , s'il est possible 
« que ce calice s'éloigne de moi. » Ce Père avait dit : «Jésus-Christ mon- 
« tre ici deux volontés, l'une humaine, qui est de la chair, et l'autre 
<r divine. » «Vous voyez, seigneur, dit Basile de Gorlyne, que les mo- 
« nolhélites ont c'airement prouvé les deux volontés par ce passage, i 
Le moine Etienne répondit : « Saint Grégoire le théologien enseigne 
< une seule volonté en Jésus-Christ en disant : « Son vouloir n'était 
« point contraire à Dieu , étant tout divinisé, i — Basile : i Quelle vo- 
i lonié prclendcz-vous qui ait élé divinisée, la divine ou l'humaine? Si 



— 107 — 

« vous dites que c'est la divine, ce qui est divin n'a pas besoin d'être 
« divinisé ; si c'est l'humaine, il y a donc deux volontés en Jésus-Christ, 
« et vous le prouverez malgré vous par ce passage même. > Puis , après 
l'examen d'un passage de saint Cyrille qui se trouva aussi tronqué, le 
Concile dit à Etienne: < Non-seulement vous et Macaire votre maître 
i n'avez point prouvé l'unique volonté de Jésus-Clirist par ce volume 
t produit, mais, au contraire, nous y avons trouvé que saint Athanase 

< enseigne clairement deux volontés. C'est pourquoi, comme convain- 

< eus d'avoir altéré la doctrine des Pères et suivi celle des hérétiques , 
« nous vous déclarons déchus de toute dignité sacerdotale. Quant aux 
« évêques ici présents qui se sont repentis et ont confessé avec nous la 
i foi orthodoxe , nous ordonnons qu'ils reprendront leurs places , à la 
c charge de donner leur confession de foi par écrit à la prochaine ses- 
i sion. i Après celte sentence, on cria de toutes parts : i Chassez l'hé- 
« rétique! malheur au nouvel Entychès ! malheur au nouvel Apolli- 
« naire ! Chassez l'hérétique ! i Et le moine Etienne fut chassé du 
concile, et les clercs de Rome le poussèrent hors de l'assemhlée. Les 
évêques déclarèrent ensuite que dans la prochaine session on vérifierait 
le recueil des passages produits par les légats , sans examiner les deux 
autres volumes de Macaire, qui n'avaient aucun rapport au sujet. 

10 e session. — 18 mars. — Douze évêques, récemment arrivés à 
Constantinople, assislèrent à cette session dans laquelle on examina les 
nombreux passages des Pères cités par les légats, que l'on trouva tous 
parfaitement conformes au texte des ouvrages qui furent apportés de 
la bibliothèque patriarcale de Constantinople. On reçut ensuite la con- 
fession de loi de Théodore de Mélitène , qui avait témoigné son repen- 
tir , et celle des évêques qu'il avait désignés comme ayant approuvé son 
mémoire. 

11 e ' session. — 20 mars. — Il se trouva à cette session environ trente 
évêques de plus que dans les précédentes. On lut la lettre de saint So- 
plirone, patriarche de Jérusalem, à Sergius, patriarche de Constanti- 
nople , contre les monothélites ; puis quelques écrits de Macaire , dont 
on fit voir la conformité avec les passages des hérétiques cilés par les 
légats ; et après cette lecture , l'empereur dit : « Cuinme nous sommes 
a occupés aux affaires de l'État, nous ordonnons que les patrices Con- 
i stantin et Athanase, et que les ex-consuls Polycucte et Pierre assis- 
« lent au concile de notre part , attendu que les points les plus impor- 
« tanls de celle affaire ont été traités en notre présence. » 

12 e session.— 22 mars. — H y eut environ quatre-vingts évêques, 
car le nombre croissait à chaque session. On lut un recueil de pièces 



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— 108 — 

remises à l'empereur par Macaire à l'appui de son hérésie ; savoir , la 
lettre de Sergius à Cyrus , métropolitain de Phaside , les prétendus 
écrits de Mennas à Vigile et de Vigile à Justinien et à Théodora , la 
lettre du même Sergius au pape Honorius et la réponse de ce pape , 
dont l'original latin fut vérifié par un des légats. Après quoi, le Concile 
ayant déclaré que Macaire ne pouvait pas être rétabli sur le siège d'An- 
tioche, les évêques et les clercs dépendants de ce siège demandèrent un 
nouveau patriarche, et les magistrats promirent de rapporter cette de- 
mande à l'empereur. 

15 e session. — 28 mars. — L'empereur ordonna de faire , selon l'u- 
sage , un décret d'élection pour lui être présenté, et sur la réponse on 
élut pour le siège d'Antioche Théophane, abbédeBaïe en Italie, qui 
avait donné des preuves de son zèle et de son ardeur en réfutant avec 
beaucoup de sagacité les sophismes de Macaire et d'Etienne son disciple. 
On lut de nouveau les lettres de Sergius et d'IIonorius ; après quoi, le 
Concile prononça son jugement en ces termes : i Ayant examiné les 
( lettres dogmatiques de Sergius , tant à Cyrus qu'au pape Honorius, et 
« la réponse de ce pape (1) à Sergius, et trouvant qu'elles s'éloignent 
« absolument de la doctrine des apôtres et de l'enseignement des con- 
« ciles et des Pères , et qu'elles suivent, au contraire, la fausse doctrine 
« des hérétiques, nous les rejetons entièrement et les détestons comme 
t propres à corrompre les âmes. Voulant aussi proscrire de l'Eglise les 
« noms de ceux dont nous condamnons les impiétés, savoir : Sergius de 
t Constantinople, Cyrus d'Alexandrie, Paul, Pyrrhus et Pierre, succes- 
« seur de Sergius , et Théodore de Pharan , tous mentionnés et con- 
< damnés dans la lettre du pape Agalhon , nous les déclarons frappés 
i d'anathème, et avec eux nous croyons devoir proscrire et anaihéma- 
« tiser Honorius, jadis pape de Rome, parce que nous avons remarqué 
« dans sa lettre qu'il s'est conformé en tout aux vues de Sergius et qu'il 
« a autorisé sa doctrine impie. Nous avons aussi examiné la lettre sy- 
« nodale de Sophrone de Jérusalem , et l'ayant trouvée conforme à la 
« doctrine des apôtres et des Pères, nous la recevons comme orthodoxe 
i et nous ordonnons que le nom de ce patriarche soit mis dans les dip- 
i tyques des églises. » Après ce jugement , le Concile fit lire plusieurs 
écrits des personnes condamnées, entre autres la seconde lettre d'Ho- 
norius, et déclarant qu'ils tendaient tous à la même impiété , il ordonna 
de les brûler sur-le-champ , ce qui fut exécuté. On examina aussi les 

(i) Voir, au sujet de la condamnation du pape Honorius par ce VI» concile œcu- 
ménique , les reflexions que nous faisons plus loin , p. met suiv. de ce volume. 



— 109 — 
lettres synodiques des patriarches de Constanlinople , successeurs 
de Pierre, et comme on n'y trouva rien qui favorisât le Monolhé- 
lisme , on décida que leurs noms seraient conservés dans les dip- 
tyques. 

i4 c session. — 5 avril. — On vérifia la falsification faite par les mo- 
nothélites à la septième session du V e concile général et on recon- 
nut l'addition de plusieurs pièces, non-seulement par la différence 
d'écriture et l'absence de numéros, mais encore par l'inspection de plu- 
sieurs exemplaires anciens et authentiques où ces pièces ne se trou- 
vaient point et enfin par des témoins qui dirent connaître les auteurs de 
cette falsification. Ces pièces étaient la prétendue lettre de Mennas 
au pape Vigile et deux lettres de Vigile , l'une à Juslinien , l'autre à 
Théodora. Le Concile condamna ces écrits et prononça anathème contre 
ceux qui les avaient fabriqués ou insérés dans les actes du cinquième 
concile général. On lut ensuite, sur la demande de quelques évoques , 
un discours de saint Athanase sur ces paroles de Jésus-Christ : i Main- 
tenant mon âme est troublée (1). » Et le Concile y trouva le dogme des 
deux volontés clairement établi. 

15' session. — 26 avril. — Un moine nommé Polychrone, accusé de 
Monothélisme et sommé de déclarer sa foi, répondit : < C'est par des 
« œuvres que je prétends m'expliquer ; faites apporter un mort , et si 
« par mes prières au Fils de Dieu je ne le ressuscite pas , vous ferez 
« de moi ce qu'il vous plaira, i Le Concile ordonna que l'épreuve se fe- 
rait en public, afin que les personnes séduites par cet imposteur fussent 
elles-mêmes témoins de sa confusion. Un cadavre fut donc mis à la dis- 
position de Polychrone, qui s'étant approché du mort lui parla pendant 
plusieurs heures. Enfin il se vit réduit à confesser son impuissance et à 
avouer qu'il ne pouvait le ressusciter. Alors le Concile lui ordonna de 
reconnaître deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ; et sur 
son refus , il fut déposé de tout rang et de toute fonction sacerdotale , 
comme imposteur et hérétique manifeste, analhématisé et chassé igno- 
minieusement. 

16 e session. — 9 août. — Un prêtre monothélite, nommé Constantin, 
de l'Église d'Apamée, se présenta devant le Concile pour l'engager à ne 
rien prononcer sur la question d'une ou de deux volontés ; puis, ayant 
demandé à exposer sa foi, il déclara que Jésus-CInist avant sa résurrec- 
tion avait eu une volonté humaine, mais que depuis il ne l'avait plus et 
qu'il s'était aussi dépouillé de son corps. Le Concile ne pouvant lui faire 

(i) Saint Jean, Evaiujile, ch, xn, v, 27. 



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abjurer cette erreur , s'écria : « C'est la doctrine d'Apollinaire ; ana- 
« thème au manichéen ! » et aussitôt cet hérétique fut chassé de l'as- 
semblée. Dans cette même session, Georges de Constantinople demanda 
que, s'il était possible , on s'abstînt d'anaihématiser nommément Ser- 
gius et les autres patriarches ses prédécesseurs; mais le Concile dé- 
clara qu'il ne pouvait revenir sur la décision prise à leur égard, et on 
s'écria de toutes parts : « Anatbème à Sergius , à Cyrus , à Honorius, à 
« Théodore de Pharan , à Pyrrhus , à Paul , à Pierre, à Macaire , à 
« Etienne, à Polychrone et à tous les hérétiques! » 

17 e session. — 11 septembre. — On dressa dans celte session la dé- 
finition de foi qui fut de nouveau lue et signée dans la suivante. 

18 e session (1). — 16 septembre. — L'empereur assista en personne 
à cette session où il se trouva plus de cent soixante évêques. Le Concile 
déclare premièrement, dans celte définition, qu'il adhère aux cinq con- 
ciles œcuméniques et rapporte les symboles de Nicée et de Constantino- 
ple ; puis, il nomme les personnes qu'il avait déjà condamnées , savoir : 
Théodore de Pharan , Sergius , Pyrrhus , Paul et Pierre de Constanti- 
nople , le pape Honorius , Cyrus d'Alexandrie , Macaire d'Antioche et 
Etienne son disciple ; il approuve ensuile les lettres du pape Agathon et 
du concile de Rome, comme étant conformes aux décisions de Calcé- 
doine, à la doctrine de saint Léon et de saint Cyrille. Enfin , après une 
explication nette et développée du mystère de l'Incarnation, il prononce 
qu'il y a en Jésus-Christ deux volontés et deux opérations naturelles et 
défend d'enseigner le contraire, sous peine de déposition pour les clercs 
et d'anatlièiie pour les laïques. Celte.définition fut souscrite par les lé- 
gats et par cenl soixante-cinq évêques, et on en fit cinq copies qui fu- 
rent signées par l'empereur, l'une pour l'Église de Rome et les autres 
pour les quatre patriarcats d'Orient. Le Concile la confirma par de nom- 
breuses acclamations et réitéra les anathèmes contre les hérétiques et 
nommément contre tous ceux qu'il venait de condamner par son dé- 
cret. Il fit ensuile un discours à l'empereur dans lequel , approuvant de 
nouveau les lettres du pape , il dit que saint Pierre a parlé par la bou- 
che d' Agathon. Il écrivit aussi, selon la coutume, une lettre synodale 
au Souverain-Pontife, pour le prier de confirmer le jugement pro- 
noncé , dit-il , conformément à ses lettres. 

L'empereur appuya les décisions du Concile par un édit portant contre 
ceux qui oseraient les combattre la peine de la déposition pour les évê- 

(i) Celle session ne se irouve point dans les exemplaires grecs qui n'en comptent 
que dix- sept. 



— ni — 

ques, les clercs et les moines, la destitution avec confiscation des biens 
pour les personnes en place et pour les simples particuliers le bannis- 
sement de toutes les villes. Il écrivit aussi des lettres au pape et aux 
évêques d'Occident, dans lesquelles il déclarait qu'on avait reçu la lettre 
du pape Agalhon comme un oracle de saint Pierre. Il déchargea en 
même temps de plusieurs impositions onéreuses le patrimoine de l'É- 
glise romaine et supprima l'usage établi de faire payer une somme d'ar- 
gent pour l'ordination du pape, à condition toutefois qu'avant l'ordina- 
nation du pape élu le décret d'élection serait porté à Consiantinople et 
approuvé par l'empereur. 

Le pape Agalhon étant mort le 10 janvier de l'an 682 , Léon II , qui 
lui succéda, le 17 août de la même année, confirma le VI e concile 
œcuménique et écrivit ce sujet, le 7 mai de l'année suivante, une 
lettre à l'empereur dans laquelle il s'exprime en ces termes : « Ayant 
t examiné soigneusement les actes du concile , nous les avons trouvés 
i conformes au rapport des légats et nous avons reconnu qu'il a exac- 
• lemenl suivi la doctrine des cinq conciles précédents. C'est pourquoi 
i nous approuvons la définition de foi de ce VI e concile et la con- 
< limions par l'autorité de saint Pierre. Nous anathématisons les au- 
« leurs de la nouvelle hérésie , Théodore de Pharan , Cyrus d'Alexan- 
i drie.Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de Consiantinople, et avec eux 
« Honorius qui au lieu de maintenir la pureté de notre siège apostoli- 
i que , a trahi la foi par une criminelle condescendance. Nous analhé- 
« matisons aussi Macaire d'Antioche , Etienne son disciple , l'imposieur 
j Polychrone et tous leurs semblables. Nous avons l'ait tous nos elforls 
i pour les ramener , mais ils sont demeurés opiniâtres. » Ces seelaires 
avaient eux-mêmes demandé à être envoyés au pape , et l'empereur les 
avait en conséquence relégués à Home, où ils furent enfermés en divers 
monastères, parce qu'ils ne voulurent point abjurer leurs erreurs. 

Quelques auteurs gallicans se sont injustement prévalu des lettres 
et de la condamnation d'Honorius par le VI e concile œcuménique , 
pour attaquer la doctrine de l'infaillibilité du pape ; c'est pourquoi nous 
allons montrer que ces prétentions des gallicanistes sont absolument 
dénuées de fondement. 

Et d'abord, il faut se rappeler que les théologiens infaillibilistes , 
c'est-à-dire ceux qui tiennent pour l'infaillibilité du Souverain-Pontife, 
ne regardent ses décisions comme irréfragables que lorsqu'elles renfer- 
ment un jugement dogmatique adressé à toute l'Église. Or, de l'aveu de 
tous les hérétiques, les lettres d'Honorius ne sont que des lettres parti- 
culières; elles ne furent adressées qu'à Sergius qui l'avait consulté sur 



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— 112 — 

la question des deux volontés en Jésus-Christ. On ne pourrait donc , 
lors même qu'elles seraient infectées d'hérésie, en tirer aucun avantage 
en faveur du Gallicanisme. 

Mais nous sommes bien éloignés d'accorder que les lettres du pape 
Honorius contiennent réellement le venin du Monothélisme. Ce pontife 
ne décide rien sur la question où l'on prétend trouver l'erreur. < Gar- 
i dez-vous bien , dit-il dans sa seconde lettre à Sergius, de publier que 
« j'ai rien décidé sur une ou sur deux opérations.» Sergius lui-même n'a- 
vait pas osé demander une pareille décision ; il se bornait à faire obser- 
ver au pape Honorius, « que pour le bien de la paix il paraissait utile de 
« garder le silence sur les mots d'une ou de deux opérations, à cause du 
« danger alternatif d'ébranler le dogme des deux natures, en supposant 
« une seule volonté, ou d'établir en Jésus-Christ deux volontés oppo- 
t sées , si l'on enseignait deux volontés. » Le pape n'apercevant pas le 
piège que lui tendait Sergius et outrant les maximes générales du 
Saint-Siège qui redoute les décisions précipitées , surtout lorsque l'er- 
reur est naissante , consentit au silence tant désiré ,par l'évêque de 
Constantinople. Il craignait, comme Sergius affectait de le craindre , 
qu'en employant les termes d'une ou de deux opérations , il ne parût 
favoriser les erreurs des eulychiens ou des nestoriens. Or , dira-t-on 
qu'en agissant de la sorte , le pape Honorius enseignait l'erreur ? Mais 
on ne prendra jamais le silence du pape pour un jugement, pour une 
décision dogmatique. Nous convenons, si l'on veut, qu'Honorius a man- 
qué aux lois d'une sage administration , qu'il devait se défier des arti- 
fices de Sergius et prévoir les suites funestes de son silence ; mais ce 
n'est point là une hérésie, une erreur théologique. C'est donc évidem- 
ment sortir de la question que d'objecter les lettres d'Honorius contre 
l'infaillibilité du Souverain-Pontife (1). 

D'ailleurs , le silence prescrit par Honorius ne tombe point sur le 
dogme des deux opérations ; il n'a pour objet que la manière de l'expri- 
mer, que le terme d'opération que le pape croyait dangereux : c'est ce 
qu'on voit clairement par la manière dont il s'explique dans ses lettres. 
t Nous vous louons, dit-il , d'avoir mis (in a cette nouveauté de paroles 
« capables de scandaliser les simples. Nous rejetons les expressions 
« nouvelles, de peur qu'elles ne soient un germe de scandale pour les 
« simples ; de peur aussi que les petits ne soient choqués du terme de 
i deux opérations; » et il déclare laisser aux grammairiens la question, 



(i) Nous traiterons la question de l'infaillibilité du pape en faisant l'histoire de 
l'assemblée du clergé de France de l'an 1682. 



— 113 — 
si l'on doit se servir des termes d'une ou de deux opérations en Jésus- 
Clirist. Cependant il reconnaît équivalemment la distinction des deux 
opérations , lorsqu'il dit : « Que Jésus-Christ soit un seul qui opère par 
i la divinité et par l'humanité, c'est une chose manifeste par toute 
« l'Ecriture ; mais de savoir si , à cause des œuvres de ta divinité et de 
« Chumanilé, on doit dire ou enlendre une seule ou deux opérations, 

« c'est ce qui ne doit point nous importer Cependant nous devons 

i enseigner que chacune des deux natures en Jésus-Christ opère dans 
« un accord parfait avec l'autre , la nature divine ce qui est de Dieu et 
« la nature humaine ce qui est de l'humanité. Et au lieu de dire avec quel- 
i ques-uns une seule opération, on doit confesser un seul opérant, un seul 
« Christ en deux natures réelles; et au lieu de deux opérations, laissant 
i de côté ces expressions, confesser plutôt avec nous deux natures, c'est- 

< à-dire la divinité et l'humanité opérant dans la seule personne du Fils 
« de Dieu, sans division et sans confusion, chacune ce qui lui est 
« propre. » C'est ainsi que tout en évitant de définir expressément s'il y 
a une ou deux opérations , le pape Honorius confesse que les deux na- 
tures, unies en Jésus-Christ par une union naturelle, sont opérantes et 
opératrices; que la nature divine opère les choses qni sont de la divinité, 
la nature humaine opère les choses qui sont de l'humanité; qu'au lieu de 
dire qu'il y a une seule opération en Jésus-Christ , il faut dire qu'il y a 
un seul Seigneur qui opère réellement dans les deux natures, ou plutôt 
que ces deux natures opèrent dans une seule personne les choses qui leur 
sont propres, c'est-à-dire des choses divines et des choses humaines. 
Nous le demandons aux gallicans de bonne foi : s'exprimer ainsi, n'est- 
ce pas reconnaître la distinction des deux opérations, des deux volon- 
tés en Jésus-Christ ? à l'expression près, pouvait-on professer plus clai- 
rement le dogme catholique? 

Il est vrai qu'IIonorius dit, dans sa première lettre, qu'il ne reconnaît 
qu'une volonté en Jésus-Christ : « Nous confessons une seule volonté 
« en Jésus-Christ, parce que la divinité a pris notre nature telle qu'elle 

< était avant d'être corrompue par le péché , et non pas une nature vi- 

i ciée avec des penchants ou des désirs contraires à la loi de l'Esprit. > 

Mais si l'on fait attention au sens de celte pensée , l'on remarquera que 

le pontife romain ne parle que de la volonté humaine , sans exclure la 

volonté divine. Il veut dire qu'il n'y a qu'une volonté humaine en Jésus- 

Clirisl, volonté toujours conforme à la volonté divine, excluant cette 

volonté charnelle qui est l'effet du péché d'Adam et qui ne peut convenir 

qu'à notre nature dégradée, telle qu'elle est après la prévarication. 

Et d'ailleurs , à quoi faudrait-il s'en tenir pour connaître le sens de 
T. III. 8 



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— 114 — 

la lettre d'Honorius, si ce n'est au témoignage de celui qui l'a écrite au 
nom de ce pontife? Or, voici que celui-là même écrivait au nom 
du pape Jean IV à l'empereur Constantin : « Quand nous parlions d'une 
« seule volonté dans le Seigneur , nous n'avions point en vue la nature 
( divine et la nature humaine , mais son humanité seule. Sergius ayant 
i soutenu qu'il y avait en Jésus-Christ deux volontés contraires , nous 
• avons dit qu'on ne pouvait reconnaître en lui ces deux volontés ; sa- 
i voir , celle de la chair et celle de l'esprit, comme nous les avons nous- 
< mêmes depuis le péché, mais seulement une volonté qui naturellement 
« désignait son humanité (1). > 

Le pape Jean IV, dans sa lettre à Constantin, dit qu'Honorius ne vou- 
lait pas qu'on reconnût dans Notre-Seigneur , comme dans l'homme 
pécheur, deux volontés contraires , celle de la chair et celle de l'esprit. 
Il est absolument faux, ajoute t-il , que ce pape n'ait admis qu'une seule 
volonté , tant pour la nature divine que pour la nature humaine. 

A ces témoignages nous ajouterons celui de saint Maxime. Ce saint 
prêtre était persuadé qu'Honorius n'a point rejeté la distinction des 
deux volontés , en disant qu'il n'y a qu'une volonté en Jésus-Christ ; 
parce que , ajoute-t-il , ce pape n'excluait point la volonté humaine et 
naturelle du Sauveur, mais seulement la volonté charnelle et les pen- 
sées déréglées qui ne sont propres qu'à notre nature corrompue (2). 

Il est clair , d'après tous ces témoignages , que le pape Honorius n'a 
point confondu la volonté de Dieu avec la volonté de l'homme en Jésus- 
Christ, mais qu'il a seulement voulu dire que Notre-Seigneur , en sa 
qualité d'homme , n'avait point comme nous ces deux espèces de vo- 
lonté , dont l'une approuve le bien et l'autre nous porte au mal. 

Après avoir justifié les lettres d'Honorius par elles-mêmes du re- 
proche d'hérésie , nous pouvons les justifier encore par le témoignage 
des auteurs contemporains et des pontifes qui lui ont succédé dans la 
chaire de saint Pierre. 

« On doit rire, dit saint Maxime (3), ou pour mieux dire on doit pleu- 
i rer à la vue de ces malheureux (Sergius et Pyrrhus) qui osent citer 
« de prétendues décisions favorables à l'impie Ecthèse, essayer de placer 
i dans leurs rangs le grand Honorius et se parer aux yeux du monde 
« de l'autorité d'un homme éminent dans la cause de la religion... Qui 
< donc a pu inspirer tant d'audace à ces faussaires? quel homme pieux 



(i) Disputatio S. Maximi cum Pjrrhu. 

U) u - 

(3) Efistola ad Petmm illustrent. 



« et orthodoxe, quel évoque, quelle Église ne les a pas conjurés d'aban- 
« donner l'hérésie ? mais surtout que n'a pas fait le divin Honorius ? > 

Le pape Jean IV rapporte, dans sa lettre à l'empereur Constantin, que 
tout l'Occident fut révolté en apprenant que Pyrrhus invoquait le nom 
d'Honoriusen faveur d'une erreur que ce pape regardait comme con- 
traire 5 la foi catholique. 

Le concile de Latran, tenu sous le pape saint Martin, condamna l'Ec- 
thèse d'Héraclius, le Type ou Formulaire de Constant et les auteurs du 
Monolhélisme, savoir , Théodore de Pharan , Cyrus d'Alexandrie, Ser- 
gius de Conslantinople, Pyrrhus, Pierre et Paul, successeurs de Sergius. 
Cependant il ne fit aucune mention du pape Honorius , ni de ses lettres 
à Sergius : on ne croyait donc pas alors ces lettres infectées de Mono- 
lhélisme. On était même si éloigné de regarder Honorius comme héré- 
tique que le pape saint Martin ne craignit point d'avancer, dans une 
lettre adressée à toute l'Eglise, que les papes ses prédécesseurs n'a- 
vaient cessé d'avenir et de reprendre Sergius et Pyrrhus, pour les ra- 
mener de l'erreur à la saine doctrine. 

Le pape saint Agathon dit que le siège apostolique ne s'écarta jamais , 
ni à droite ni à gauche, de la vraie foi ; que cette foi n'a jamais été alté- 
rée par les nouveautés des hérétiques; que les successeurs de saint 
Pierre ont, dans tous les temps conformément à la promesse de Noire- 
Seigneur , affermi leurs frères dans la foi ; qu'à dater du temps où les 
évoques de Constantinople ont voulu introduire les erreurs nouvelles 
(celles des monothéliies dont on accuse Honorius), les papes n'ont ja- 
mais négligé les moyens de ramener les évèqucs à la vérité Ils les 

ont sans cesse avertis, exhortés, conjurés de s'abstenir de ces nouveau- 
tés, de se taire du moins sur des questions qui donneraient encore 
naissance aux discussions (1). Nous ferons remarquer ces dernières pa- 
roles du pape Agathon ; elles renferment une apologie expresse d'Ho- 
norius. D'ailleurs, aurait-on pu dire que la foi du Saint-Siège a tou- 
jours été intacte, que les papes se sont toujours opposés aux nou- 
veautés et qu'ils ont constamment confirmé leurs frères dans la foi, si le 
pape Honorius eût réellement enseigné l'erreur dans ses lettres à Ser- 
gius? Nous trouvons un témoignage qui n'est pas moins exprès, dans la 
lettre que le pape Agathon fit rédiger au concile de Rome composé de 
cent vingt-cinq évoques et qui servit d'instruction aux légats qu'il en- 
voya au VI e concile œcuménique. Ce pape reconnaît dans cette lettre 
que la foi qu'il professe contre les monothélites est la foi qu'il a puisée 



(1) Epistola ad imperatorem. 



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m 



m 



— 116 — 
à la véritable source de lumière , celle que les successeurs de saint 
Pierre et de saint Paul ont toujours conservée pure et sans mélange 
d'erreur ou de nuages. Comment donc concilier ce témoignage du pape 
Agathon et du concile de Rome avec l'accusation d'hérésie dirigée contre 
Honorius? 

On répondra peut-êire que si le pape Honorius n'a point approuvé 
positivement l'erreur monothélique , au moins il ne s'y est pas opposé 
comme il aurait dû le faire , pour s'acquitter de l'obligation d'affermir 
ses frères dans la foi , et que par conséquent le témoignage d' Agathon 
ne doit pas être pris à la lettre. Mais ce pape ne nous apprend-il pas 
qu'Honorius a satisfait à cette obligation , en imposant silence aux mo- 
nothélites et en leur défendant de dire qu'il n'y a qu'une opération en 
Jésus-Christ ? Il dit que ses prédécesseurs ont tâché de détourner les 
évêques de Constantinople de leur erreur dès le commencement , au 
moins en leur ordonnant de se taire. Ces paroles d'Agathon, dès le com- 
mencement , et ces autres , de se taire du moins , sattem tacendo, ne peu- 
vent se rapporter qu'à Honorius, puisque ce fut sous son pontificat que 
les monothélites commencèrent à publier leur erreur, et que ce pape, 
tout en prescrivant à Sergius de ne point se servir du terme d'opéra- 
tion , enseigne clairement qu'il y a deux opérations en Jésus-Christ. Si 
les successeurs d'Honorius condamnèrent plus expressément les mono- 
thélites , c'est qu'ils se montrèrent avec plus d'évidence depuis la mort 
de ce pape. 

Nous ajouterons à ce que nous venons de dire que l'empereur Héra- 
clius, cherchant à se disculper auprès du pape Jean IV de la part qu'il 
avait prise à l'affaire du Monothélisme, en publiant l'Ecthèse , garde le 
silence sur les lettres d'Honorius, ainsi que l'empereur Constant II dans 
son apologie adressée au pape saint Martin, au sujet du Type ou Formu- 
laire , qui était dans le sens de l'Ecthèse d'Héraclius. Or, comment ex- 
pliquer ce silence sur les lettres d'Honorius, lesquelles auraient certai- 
nement excusé ces deux empereurs, si elles avaient été écrites en faveur 
du Monothélisme? 

Mais si le pape Honorius était réellement à l'abri du reproche de Mo- 
nothélisme , comment justifier le VI e concile œcuménique , qui a con- 
damné ses lettres comme contraires à la foi et anathématisé sa per- 
sonne ? La sentence de ce concile est ainsi conçue : i Ayant trouvé 

< l'épître de Sergius à Honorius et celle d'Honorius à Sergius entière- 

< ment contraires à la doctrine des apôtres, aux définitions des conciles 
« et aux sentiments des saints Pères, et conformes à la fausse doctrine 
i des hérétiques, nous les rejetons absolument et nous les avons en hor- 



— 117 — 

i rcur comme pernicieuses au salut des âmes. Nous avons jugé de plus 
« qu'on doit effacer des diptyques les noms de Théodore , de Sergius , 

i de Cyrus, de Pyrrhus ; qu'on doit également nnathématiser avec 

« eux le pape Honorius , parce que nous avons connu par ses lettres à 
« Sergius, qu'il a suivi en toutes choses l'esprit de cet hérétique et qu'il 
« a confirmé ses dogmes impies. » Telle est la condamnation portée 
contre les lettres et la personne d'Honorius quarante-deux ans après 
sa mort. 

1° Nous répondrons, d'après Barruel (1) et plusieurs savants criti- 
ques, que rien n'est moins certain que la condamnation du pape Hono- 
rius ; qu'on peut révoqueren doute l'authenticité des actes du VI e concile 
œcuménique sur le fait dont il s'agit. En effet , nous avons prouvé que 
les prétendues erreurs d'Honorius ne sont qu'une calomnie , manifestée 
parle texte même decette lettre que l'on dit proscrite par un concile œcu- 
ménique, par le témoignage de celui-là même qui avait écrit celte lettre 
sous la dictée d'Honorius , par la lettre du pape Jean IV à l'empereur 
Constantin , (ils d'Héraclius, et surtout par les écrits de saint Maxime, 
qui appelle Honorius homme divin. Loin de soutenir l'erreur, ce pape 
ne l'avait pas même connue , puisqu'elle avait craint de se montrer à lui 
ouvertement. Il répondit à l'artificieux Sergius, non en confondant en 
Jésus -Christ la volonté divine avec la volonté humaine , mais en ne re- 
connaissant en Notre-Seigneur qu'une seule volonté humaine toujours 
droite et conforme à la volonté divine. Tout cela était trop connu dans 
l'univers , et surtout à Constantinople , pour que les évêques réunis en 
celle ville n'en fussent pas instruits. Croire à ce prétendu anathème 
lancé par ces évoques contre Honorius , n'est-ce pas les accuser d'a- 
voir proscrit un pape justifié depuis plus de quarante ans aux yeux de 
l'univers ? 

D'ailleurs, comment justifier cet anathème de la précipitation et de la 
légèreté les plus étranges? Sur une simple lecture de cette lettre, tous 
les Pères s'écrient : « Anathème à Honorius ! » pas un seul , pas même 
les légats du pape, si jaloux de l'honneur du siège apostolique , pas un 
seul ne se lève pour rappeler au moins ce que tant d'autres avaient 
écrit pour venger la mémoire d'Honorius. Cependant quelle apparence y 
a-t-il que les légats du Saint-Siège eussent souffert qu'on eût traité ce 
pape comme hérétique sans dire un seul mot pour sa défense , sans faire 
la moindre opposition , sans faire observer au moins que les pouvoirs 
qu'ils avaient reçus d'Agalhon n'allaient pas jusque là ï 



(i) Du pape et de ses dnits , part, i, cli. 2. 



. 



1 



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I 






— 118 — 

Si l'on pouvait au moins montrer la moindre modération, une ombre 
de justice dans l'accusation ; mais non : tout ce qu'Honorius a trouvé , 
dans son zèle et dans les livres saints , d'expressions les plus pressantes 
pour étouffer l'erreur dans son berceau, il l'a employé en conjurant Ser- 
gius et ses adhérents d'éviter les nouveautés, de s'en tenir à la simplicité 
de la foi et aux décisions de l'Église , afin que personne ne se laissât sé- 
duire par de vaines subtilités et par les artifices des sophistes. Son grand 
objet était manifestement d'étouffer l'erreur dès sa naissance par un pro- 
fond silence sur le terme d'opération. Si, à cette époque même, cette 
conduite n'est pas celle de la sagesse, elle est au moins tout le crime 
d'Honorius. Et l'on voudrait nous faire croire que les Pères de ce 
concile n'auraient pas hésité à ranger le pape Honorius parmi les héré- 
tiques Sergius et Pyrrhus , à prononcer que ce pape avait suivi et con- 
firmé en tout les dogmes impies du fourbe Sergius ! Où serait donc l'é- 
quité d'une semblable sentence , de ces anathèmes auxquels l'Église n'a 
recours qu'à la dernière extrémité? Comment s'imaginer que ce concile, 
qui a témoigné tant de respect pour le chef de l'Eglise, pour le vicaire 
de Jésus-Christ , ait condamné un successeur de saint Pierre comme hé- 
rétique , et cela plus de quarante ans après sa mort ; ce qui ne s'est 
fait que très-rarement, même à l'égard des hérétiques dont les écrits 
contenaient des erreurs évidemment contraires à la foi ? 

Or , ou il faut rejeter l'anathème lancé contre Honorius , ou il faut 
faire tomber le VI e concile de Constantinople dans les plus étranges 
contradictions. Les Pères de ce concile œcuménique ont entendu les 
lettres du concile de Rome et du pape Agathon , qui condamnent les 
monothélites Théodore, Cyrus , Sergius', Pyrrhus , Paul et Pierre de 
Constantinople , sans faire aucune mention d'Honorius ; ils ont entendu 
ces paroles d'Agalhon : i A dater du temps où les évêques de Constan- 
« tinople ont voulu introduire les erreurs nouvelles, les papes n'ont ja- 
« mais négligé les moyens de les ramener à la vérité.... Ils les ont sans 
« cesse avertis , exhortés , conjurés de s'abstenir de ces nouveautés , de 
« se taire du moins sur des questions qui donneraient naissance aux dis- 
« eussions ; » ils ont entendu ces paroles qui leur étaient adressées par 
« les cent trente évêques du concile de Rome : « La foi que nous pro- 
« fessons (contre Sergius et ses adhérents) est la foi que les successeurs 
« de saint Pierre et de saint Paul ont toujours conservée intacte , sans 
« mélange d'erreur ou de nuages; » ils les ont entendus ces témoignages 
en faveur d'Honorius , et ih les ont approuvés par acclamation : « De 
( longues années au pape Agathon ! nous adhérons tous à la lettre du 
< pape Agathon et à celle du concile de Rome.... c'est ainsi que nous 



M 



— H9 — 

< pensons; c'est ainsi que nous faisons profession de croire; c'est 
i Pierre qui a parlé par Agathon. » Or comment concilier ces acclama- 
tions avec l'anathème? Ou il faut accuser le concile œcuménique de 
Constantinople de s'être contredit , ou il faut reconnaître avec les sa- 
vants, qui réunissent aux règles d'une saine critique une étude appro- 
fondie de l'histoire ecclésiastique , que l'anathème contre les lettres et 
la personne d'ilonorius est l'ouvrage , non du VI e concile œcuménique , 
mais de l'imposture (1). 

On demandera peut-être par qui et comment les actes du VI e concile 
œcuménique ont été falsifiés? Quand l'imposture est constante , dit Bar- 
ruel , peu importe la main du faussaire ; cependant celui qu'on accuse le 
plus généralement est ce Théodore, chassé comme hérétique du siège de 
Constantinople , mais, à force d'intrigue et d'hypocrisie, remonté sur ce 
siège peu de temps après ce VI» concile. Excommunié lui-même avec 
plusieurs de ses prédécesseurs, il est accusé d'avoir effacé son nom, qui 
certainement devait s'y trouver partout, comme celui de Sergius et de 
Pyrrhus ; mais il garda les actes du concile, jusqu'à ce qu'il eût substitué 
partout le nom d'Iionorius au sien. Voilà, sans doute, pourquoi la lettre 
que l'empereur avait confiée aux légats du pape est la seule pièce où le 
nom d'ilonorius ne se trouve pas calomnié. Quoi qu'il en soit de ce fait, 
il est certain que les grecs furent convaincus à Florence d'avoir altéré la 
lettre synodale du pape Agalhon à ce même concile, en retranchant l'ex- 
pression fitioque ; l'auteur de cette suppression peut bien être celui du 
prétendu analhème. Mais on le trouve répété dans les actes du VIT et du 
VIII e concile œcuménique. Nous en convenons et nous en sommes moins 
surpris, parce que la répétition des anathèmes ltricés dans les conciles 
précédents était une aflaire d'usage et que les actes du VF concile une 
fois altérés , ce n'était là qu'un l'ail sur lequel les autres conciles pou- 
vaient aisément se tromper. Cette répétition ne supposant point un nou- 
vel examen , n'ajoute rien aux preuves contre Honorius. Elle prouve , au 
contraire, beaucoup en faveur de l'autorité de ttome , qui , seule, refu- 
sant constamment de confirmer l'anathème, en a toujours suspendu les 
effets , puisque personne n'est obligé de souscrire à celui d'ilonorius, au 
lieu que tous sont obligés de dire comme Rome analhème à Sergius , à 
Pyrrhus et aux autres monothélites. 

2° Réel ou prétendu, l'analhème contre Honorais ne sera jamais un 
sujet de triomphe pour les ennemis du Saint-Siège ; car les évêques 
d'Orient qui composaient le concile de Constantinople ne représentaient 



(l) Le T. Lahbe, Saer. 



t. VI, 



585. 















■ 




— 120 — 

point l'Église universelle. D'ailleurs, ni les légats du Saint-Siège, ni 
ceux du concile de Rome , n'avaient reçu l'ordre de consentir à celle 
condamnation. Le pape Agathon s'était expliqué clairement sur ce point, 
en disant qu'il n'entendait point que ceux qu'il envoyait pussent excéder 
les ordres qu'il leur avait donnés (1). Un concile qui n'est point présidé 
par le pape en personne , y eût-il envoyé ses légats , ne peut , quelque 
nombreux qu'il soit, avoir d'autre autorité que celle d'un concile par- 
ticulier , au moins pour les questions qui n'auraient pas été comprises 
dans les instructions que le pape aurait données à ses légats , puisque 
ces décisions ne seraient point fondées sur l'autorité du chef de l'Église. 
Par conséquent , Honorius , supposé coupable d'hérésie , n'a pu être 
jugé , même après sa mort , par les évêques d'Orient , sans le consente- 
ment et sans l'autorité de ce premier siège qu'il avait occupé (2). Or, le 
Saint-Siège n'a point ratifié la condamnation d'Honorius ; Rome ne l'a 
jamais regardé comme hérétique; ses cendres tranquilles reposent avec 
honneur an Vatican ; ses images continuent à briller à l'Église et son 
nom reste dans les diptyques sacrés parmi ceux des pontifes de la loi. 

On répliquera peut-être que le pape Léon II a confirmé par ses lettres 
la condamnation d'Honorius. Répondant à l'empereur Constantin Pogo- 
nat, auquel il envoie son approbation des actes du VI e concile, il ana- 
thématise Honorius, qui , au lieu d'éclairer l'Église apostolique , s'est 
efforcé , porte la lettre de Léon , de renverser la foi. 

Mais l'imposture , qui a forgé ou falsifié les lettres du pape Léon II , 
est trop manifeste pour en imposer ; elle nous donne des lettres écrites 
par le pape en confirmation de l'anathème contre Honorius, et elle les 
date d'un temps où le siège de Rome était vacant. Elle fait dire à Léon II, 
dans sa lettre aux évêques d'Espagne , qu'il avait envoyé des légats pour 
présider au concile de Constantinople ; et ce concile était terminé avant 
le pontificat de Léon. Elle dit encore que les légats étaient des arche- 
vêques des provinces romaines; et il n'y eut point d'autres légats à 
Constantinople , que les deux prêtres Théodore et Georges et le diacre 
Jean, envoyé par le pape Agathon. 

D'ailleurs, ne serait-il pas lort étrange qu'un pape aussi éclairé, aussi 
sage que l'était Léon II, eût ranimé l'idée de l'excommunication d'Hono- 
rius , en répondant à l'empereur qui n'en faisait aucune mention dans 
sa lettre au même pape , ni dans celle aux évêques du concile de Rome ? 
Ne serait-il pas plus étrange encore s'il eût traité un de ses prédécesseurs 

( I ) Epistola ad imperatorem. 

(a) Concile de Rome sous le pape Adrien. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VIII, 
p. 1343. 



— 121 — 

comme un hérésiarque , comme un impie qui s'est efforcé de détruire 
la foi , sans faire cependant tirer ses cendres et ses images du lieu saint 
et rayer son nom des diptyques , c'est-à-dire sans le traiter comme un 
excommunié. 

Enfin, une autre preuve que les lettres de Léon II ont été du moins 
altérées , c'est qu'elles ne s'accordaient point sur le fait concernant Ho- 
norius. La lettre latine à l'empereur porte qu'Honorius s'est efforcé de 
renverser la foi, fidem subvertere conatus est; dans le texte grec on lit 
seulement qu'Honorius a permis que la foi fût souillée : |iiav8rjvai m*çm- 
X/àfmse, ce qui est bien différent ; car il n'appartient qu'à un impie, qu'à 
un hérésiarque de travailler à déiruire la foi; tandis qu'il serait vrai de 
dire d'un pasteur, qu'il permet que la foi soit souillée, lors même qu'on 
n'aurait point d'autre crime à lui reprocher que d'être trop indulgent à 
l'égard de ceux qui la corrompent en effet. Dans la lettre au roi Ervi- 
gius, on ne reproche également au pape Honorius que d'avoir consenti 
à ce que l'on corrompit la règle de la tradition apostolique. L'auteur de 
la lettre aux évoques d'Espagne dit simplement que le même pape n'a 
pas, comme il convient à l'autorité apostolique, éteint le feu de l'hérésie 
dans son principe , mais qu'il l'a entretenu par sa négligence. Mais si , 
comme on le voit par ces lettres, Honorius n'était coupable que de né- 
gligence, comment le pape Léon H aurait-il cru pouvoir l'anathémaliser, 
sans mettre la moindre différence entre ce pape et les auteurs du Mono- 
thélisme? Comment s'imaginer qu'il l'ait traité comme le fourbe Ser- 
gius , sachant d'ailleurs qu'Honorius avait été pleinement justifié par les 
écrits de saint Maxime et par les lettres des papes Jean IV, saint Martin 
et Agathon? 

Quant aux critiques qui détendent l'authenticité et l'intégrité des actes 
du Vl« concile de Conslantinople et des lettres de Léon 11, forcés de re- 
connaître qu'Honorius n'a pu être condamné comme hérétique, la plu- 
part pensent comme Bergier , que ce pape n'a pas été condamné pour 
avoir enseigné l'hérésie , mais uniquement pour n'avoir pas enseigné 
formellement la vérité et pour avoir imposé silence sur la question d'une 
ou de deux opérations. < On ne lui imprime pas, même en qualité de 
i docteur particulier , la note d'hérésie , dit Bérault-Bercaslel (1) ; mais 
i le respect de la vérité , droit sacré pour l'histoire , ne permet pas de 
« l'excuser de négligence, de légèreté, d'une facilité et d'un ménagement 
< aveugles , qui lui firent traiter la saine doctrine comme l'erreur , et 
« captiver indifféremment l'une et l'autre sous un silence absolu. » Ces 



f 






(i) Histoire de l'Eglise, liv. xxi. 









1 



— 122 



auteurs s e fondent principalement sur les lettres du pape Léon II, dont 
nous avons parlé. Mais cette opinion , même en supposant certaines el 
intègres les lettres de Léon , n'est pas sans difficulté, soit parce qu'on 
pourrait absolument excuser Honorius , qui , à la naissance du Mono- 
thélisme , trompé par la lettre astucieuse de Sergius , pouvait avoir des 
raisons de craindre un plus grand mal, en décidant d'abord la question 
sur les mots d'une ou de deux opérations; soit parce qu'il nous parait 
impossible de concilier ce sentiment avec la conduite du VI e concile, 
dont les actes, tels que nous les avons aujourd'hui, confondent le nom 
d'Honorius avec ceux des auteurs du Monothélisme et l'anathématisent 
sans aucun ménagement , comme ayant suivi et confirmé en tout les 
dogmes impies de Sergius. 

D'après ce que nous venons de dire , n'a-t-on pas lieu d'être étonné 
que quelques auteurs se soient appuyés sur la condamnation d'Honorius 
pour établir les maximes gallicanes 1 




N° 894. 

XII e CONCILE DE TOLÈDE (1). 

(toletanum XII.) 

(Commencé le 9 janvier de l'an 681 (2), fini le 25 du même mois.) 
— Vamba , roi des visigolhs, étant tombé dans une grave maladie qui 
lui fit perdre entièrement connaissance , Julien , évêque de Tolède, lui 
imposa la pénitence , selon la discipline établie en Espagne , et le revêtit 
de l'habit monastique. Lorsqu'il eut recouvré la santé , il voulut demeu- 
rer dans son état de pénitent et désigna pour son successeur Ervige , 
parent du roi Chindesuinte. Cet acte de renonciation se fit en présence 
des seigneurs le dimanche 14 octobre de l'an 680, et le dimanche sui- 
vant Ervige fut couronné roi des visigoths. Mais comme on l'accusait 
d'avoir fait donner à Vamba un breuvage empoisonné , pour s'attirer la 
couronne par cet artifice (5), et craignant qu'elle ne lui fût ôtée , il as- 
sembla un concile à Tolède pour faire confirmer solennellement son 
élection par les évêques et par les seigneurs de ses états. Il s'y trouva 
trente-cinq évêques , quatre abbés , trois députés et quinze sei- 
gneurs. Ervige présenta un écrit dans lequel il priait le concile de lui 

(i) Le XIII e , d'après quelques auteurs. 

(7) Ce concile est date du 5 des ides de janvier, la i" année du règne d'Ervige, 
de l'ère d'Espagne la 719'. 
(3) Chronica regum wirtgothorum. 



— 123 — 
assurer la couronne , de rétablir la discipline, de renouveler les lois 
faites contre les juifs et d'abroger celle qui privait de leur dignité 
ceux qui avaient refusé de prendre les armes dans les besoins de l'État , 
ou qui avaient déserté. Le Concile fit en conséquence les treize canons 
suivants (1). 

1" canon. Les évêques protestent d'abord dans ce canon qu'ils reçoi- 
vent les définitions de foi des quatre premiers conciles généraux ; puis , 
après avoir récité le symbole de Nicée et de Constantinople , ils approu- 
vent l'élection d'Ervige et l'abdication de Vamba. Nous déclarons, ajou- 
tent-ils, que la main du peuple est délivrée de toute obligation du ser- 
ment par lequel il était engagé à Vamba , et qu'il doit reconnaître pour 
seul maître le prince Ervige que Dieu a choisi , que son prédécesseur 
a institué et que tout le peuple a désiré : quiconque donc s'élèvera 
contre lui, qu'il soit frappé d'anathème. 

2« canon. Ceux qui ont reçu la pénitence et l'habit religieux dans 
une maladie, sans en avoir témoigné le désir et après avoir perdu la 
connaissance , doivent être assujettis aux obligations des pénitents ; car 
le baptême que les enfants reçoivent sans connaissance ne laisse pas de 
les engager. Nous leur interdisons donc l'exercice de toute fonction 
militaire. Cependant nous n'approuvons pas que les évêques donnent 
légèrement la pénitence à ceux qui ne la demandent pas, et nous le 
leur défendons sous peine d'un an d'excommunication (2). 

3 e canon. Nous ordonnons de rendre la communion ecclésiastique à 
ceux que le prince aura reçus en grâce, ou qui auront eu l'honneur de 
manger à sa table. 

V canon. (Vamba avait contraint Févêque de Mérida d'établir un 
évèque dans un village où il n'y en avait jamais eu. Le Concile décide 
que ) celle érection est cassée comme contraire aux canons ; et nous 
deslinons par grâce au nouvel évêque le premier évèché vacant, avec 
défense, sous peine d'analhème, d'ordonner à l'avenir des évêques pour 
les lieux qui n'en ont jamais eu. 

5° canon. Nous condamnons l'usage de quelques évêques qui offrent 

(i) Le P. Labbe, Sacr, conc., t. VI, p. 1 321 . — Sacns Je Aguirre , Coll. conc. 
Hisp,, t. Il, p. 681. 

(2) On voit que ce canon a pour but de prévenir les troubles et les guerres ci- 
viles , en ôtanl à Vamba toute espérance de remonter sur le trône. 11 ne paraît pas 
qu'il y ait pensé. 11 demeura dans un monastère, où il vécut encore sept ans. C'est 
la première fois que les évêques ont dispensé les peuples du serment de fidélité fait 
à leur prince et interdit l'cAercice de la puissance temporelle sous prétexte de pé- 
nitence. 






— 124 



le sacrifice plusieurs fois en un jour , ne communiant qu'à la dernière 
messe ; et nous ordonnons que toutes les fois qu'ils immoleront le corps 
et le sang de Jésus-Christ sur l'autel, ils y participeront. 

6° canon. Pour empêcher que les Eglises ne soient trop longtemps 
sans pasteur , nous permettons à l'évêque de Tolède d'ordonner tous les 
évêques d'Espagne choisis par le roi , mais toutefois sans préjudice aux 
droits de chaque province , et à condition que le nouvel élu sera jugé 
digne de l'épiscopat par l'évêque de Tolède et que, trois mois après son 
ordination , il se présentera à son métropolitain pour recevoir ses in- 
structions. 

7 e canon. Ce canon abroge la loi de Vamba qui privait du droit de 
porter témoignage ceux qui n'avaient point pris les armes dans les be- 
soins de l'État ; il déclare que ces personnes ne seront point rejetées 
comme infâmes. 

8 e canon. 11 est défendu aux maris de quitter leurs femmes , si ce 
n'est pour crime de fornication. Que ceux qui contreviendront à ce dé- 
cret soient séparés de la société des fidèles et de la communion de l'É- 
glise , jusqu'à ce qu'ils retournent avec leurs femmes. 

9 e canon. Ce canon renouvelle les lois contre les juifs. 

10 e canon. Nous accordons le droit d'asile à ceux qui se réfugient 
dans une église et à trente pas à l'entour; toutefois ils seront rendus à 
ceux qui feront serment de ne point les maltraiter. 

1 I e canon. Ce canon défend sous des peines sévères diverses super- 
stitions païennes qui avaient enore lieu en Espagne. 

12 e canon. Que l'on tienne chaque année un concile provincial aux 
calendes de novembre. 

13 e canon. Ce canon contient des vœux pour la prospérité du règne 
d'Ervige et des actions de grâces de ce qu'il avait assemblé le concile. 

Ce prince , par un édit du 25 janvier de l'an 681 , confirma les précé- 
dents décrets. 

N° S96. 

XIII e CONCILE DE TOLÈDE (1). 
(toletanum XIII.) 



(Le 4 novembre de l'an 683 (2).) — Ce concile, composé de quarante- 
huit évêques, six abbés, avec l'archidiacre et le primicier de Tolède, 



(i) Le XIV e , d'après quelques auteurs. 

(a) Ce concile est daté de la veille des nones de novembre, la 4* année du règne 
d'Ervige , de 1ère d'Espagne la 711'. 



— 125 — 

vingt-sept députés et vingt-six des principaux officiers du palais, assem- 
blés sur la proposition du roi , fit plusieurs règlements concernant des 
affaires temporelles ; car ces conciles , où les seigneurs assistaient avec 
les évêques , étaient en quelque sorte des assemblées de la nation. On y 
récita d'abord le symbole de Nicée et de Constantinople que l'on chantait 
alors à la messe dans toutes les églises d'Espagne ; puis, on dressa 
les treize canons suivants (1). 

1 er canon. Par ordre du roi Ervige notre maître, il y aune amnistie 
pour tous ceux qui ont été condamnés comme complices de la révolte 
de Paul contre le roi Vamba ; ils sont rétablis dans leurs biens et di- 
gnités. Si quelqu'un tente de faire abolir celle sentence de la miséricorde 
du prince, qu'il soit anathème. 

2 e canon. Qu'à l'avenir on ne mette point aux fers ni à la question les 
officiers du palais, ni les clercs, quand ils seront accusés de crimes; et 
qu'on ne procède point contre eux avec tant de sévérité. Si quelqu'un 
néglige d'observer ce décret, qu'il soit privé de sa dignité et condamné 
à l'anathème et aux feux éternels. 

5" canon. Que les arrérages des tributs jusqu'à la première année 
du règne d'Ervige soient payés, sous peine d'excommunication. 

4 e canon. Que celui qui aura fait du mal à la postérité du roi Ervige 
ouà son épouse soit frappé d'anathème et condamné au jugement dernier. 

5 e canon. Il n'est pas permis aux veuves des rois de se remarier, 
pas même à un roij si quelqu'un ose violer ce décret, qu'il soit retran- 
ché de la communion des fidèles, que son nom soit effacé du livre de 
vie et qu'il brûle avec le diable dans les feux éternels. 

6 e canon. Les serfs ni les affranchis, excepté ceux du fisc, ne peuvent 
exercer aucune charge dans le palais ou dans les terres royales. 

7 e canon. Il est défendu aux évoques et aux ministres des églises de 
dépouiller les autels, de les couvrir de cilice, d'éteindre les luminaires, 
de mettre dans les églises d'autres marques de deuil pour satisfaire leurs 
ressentiments particuliers, ou de cesser d'offrir le sacrifice par pure 
malice et sans nécessité (2). 

8" canon. Les évêques doivent se rendre chez leur métropolitain, 
lorsqu'ils sont mandés par lui, soit à l'occasion d'une solennité, comme 
celles de pâques , de pentecôte et de noël, soit pour affaires particu- 
lières, soit pour la consécration d'un évèque ou pour l'exécution des 
ordres du roi, sous peine d'excommunication. 

(i) Le P. Labbe, Sacr. conc, t, VI, p. 1253. — Saens de Aguirrc , Coll. conc. 
Hisp., t. H, p. 694. 

(a) Celait la manière d'interdire les églises. 



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— 126 — 

9 e canon. Ce canon confirme les décrets du XII* concile do Tolède et 
en prescrit l'observation, sous peine d'analhème. 

10 e canon. Gaudence, évêque de Valérie, ayant fait représenter au 
Concile par son député qu'étant dangereusement malade il avait été 
soumis aux lois de la pénitence par l'imposition des mains , il deman- 
dait s'il lui était permis de célébrer la messe et de faire les autres fonc- 
tions épiscopales. Le Concile répondit qu'il pouvait les exercer après 
avoir reçu la réconciliation , parce que, suivant les canons, ceux qui 
étant en péril de mort reçoivent la pénitence sans se confesser cou- 
pables d'aucun péché mortel, peuvent même être promus aux ordreâ 
sacrés. Mais s'ils ont été convaincus de crime, avant de recevoir la péni- 
tence, ou s'ils en ont confessé en la recevant , ils doivent s'abstenir 
de leurs fonctions j usqu'à la décision du métropolitain. 

II e canon. Il est défendu de retenir, ni de recevoir le clerc d'un autre 
évêque, ni de favoriser sa fuite, ou de lui donner les moyens de se 
cacher, sous peine d'être excommunié et privé de son office. (Ce qui 
s'entend non-seulement des prêtres, des diacres et des autres clercs, 
mais aussi des abbés et des moines.) 

12' canon. Si un clerc ou un moine, ayant un différend avec son 
évêque, se retire vers le métropolitain, il ne doit point être excommu- 
nié par son évêque comme un fugitif, avant qu'il n'ait été jugé digne 
d'excommunication par ce métropolitain ; et dans le cas où il se croirait 
lésé par celui-ci, il peut avoir recours au roi. Mais s'il est excommunié 
avant d'avoir formé son recours, il doit demeurer excommunié jusqu'à 
ce qu'il se soit justifié. 

13 e canon. Ce canon renferme des vœux pour la prospérité du roi en 
ce monde et en l'autre. 

Ervige coiifirma ces décrets par deux édils. 






N° 896. 

XIV e CONCILE DE TOLÈDE (1). 
(toletanum XIV.) 

(Commencé le 14 septembre de l'an 684 (2), fini le 20 du même 
mois. ) — Comme les évêques d'Espagne n'avaient point assisté au 
VI e concile général ni à celui de Rome sous le pape Agathon , le 

(i) Le XVe, d'après quelques auteurs.. 

(2) Ce concile est daté du 18 des calendes de décembre, la 5' année du règne 
d'Ervige, de l'ère d'Espagne la 722», 



— 127 — 

pape Léon II leur envoya la définition de foi contre les monothélites 
avec une lettre en leur annonçant la conclusion du concile deConstan- 
tinople ; il s'exprimait en ces termes : i La lettre du pape Agathon et 
a celle de notre concile y ont été lues et approuvées. On y a condamné 
« Théodore de Pliaran, Cyrus d'Alexandrie, Sergius, Pyrrhus, Paul et 
« Pierre de Constantinople avec le pape Honorius, qui au lieu d'éteindre 
i dans sa naissance la flamme de l'hérésie, comme il convenait à l'au- 
t torité apostolique, l'a fomentée par sa négligence. » Le pape écrivit 
pour le même sujet une lettre particulière à Quiricus, évèque(l) de To- 
lède, une autre à un comte nommé Simplicius et une quatrième au roi 
Ervige ; dans celte dernière, il parle encore de la condamnation d'IIo- 
norius (2). 

Les lettres du pape Léon II arrivèrent en Espagne lorsque les évê- 
ques venaient de se séparer après le XIII e concile de Tolède; et 
comme il n'était guère possible de les assembler de nouveau pendant 
l'hiver, on leur envoya les actes venus de Rome et on en remit la ré- 
ception solennelle au concile qui devait se tenir l'année suivante. Le 
roi Ervige avait eu le dessein d'assembler un concile général de toute 
l'Espagne; mais divers obstacles s'y étant opposés, il ordonna qu'on as- 
semblerait les conciles de chaque province et premièrement à Tolède 
celui de la Carthaginoise. Tous les évêques de la province y assistèrent 
au nombre de dix-sept, avec les députés des cinq autres métropolitains 
de Mérida, de Prague, de Séville, de Tarragone et de Narbonne, et six 
abbés. On compara la définition de foi du VT concile général avec 
la doctrine des quatre premiers conciles généraux , sans parler du 
VI e qui n'avait rien décidé touchant la foi; et après en avoir re- 
connu la conformité, les évêques déclarèrent qu'ils recevaient ce con- 
cile avec le même respect que les précédents; puis ils souscrivirent à 
sa définition et envoyèrent leurs souscriptions au pape avec une expo- 
sition de doctrine, dans laquelle ils reconnaissaient expressément deux 
volontés en Jésus-Christ. 11 s'y trouva néanmoins quelques propositions 
qui déplurenl au pape Benoît, successeur de Léon IL Ce Pontife leur 
en fit des plaintes auxquelles les évêques d'Espagne répondirent dans le 
XV e concile de Tolède , tenu l'an 688 (3). 

(i) Baronius (^nnoto) prouve la fausseté de cette lettre en disant qu'il n'y avait 
à cette époque en Espagne aucun évéque du nom de Quiricus et que le seul qui 
eut porté ce nom était l'archevêque de Tolède, mort depuis sept ans. 

(2) Voir plus haut , p. i2oetsuiv. de ce volume, au sujet de la condamnation 
d'Honorius el des lettres du pape Léon II. 

(3) Le P. Labbe, Suer. conc. , t. VI, p. 1278. — Saens de Ajjuirre, Cuit, conc, 
Hisp., t. II, p. 717. 






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— 128 — 

N° 897. 
CONCILE DE TWIFORD. 

( TWIFORD , JUXTA FLAVIUM ALNE. ) 

(L'an 685.) — Théodore, archevêque de Cantorbéry, présida à ce 
concile, composé de huit évoques, où Egfrid, roi de Northumbre, fit 
donation perpétuelle à Cuthbert des villes de Creek et de Luel, après 
l'avoir forcé par ses instances et ses prières de quitter son monastère 
pour se faire ordonner évoque (1). 



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CONCILE DE . 



N° 898. 

., EN ARMÉNIE, SUR LES CONFINS 
DE L'IRCANIE. 

(manasciiiertense.) 



(Vers l'an C87 (2). — Ce concile fut tenu par le patriarche Jean 
d'Oznia. On y admit le dogme des acéphales touchant l'unité de nature 
en Jésus-Christ ; on y défendit l'usage de l'eau et du pain levé dans l'Eu- 
charistie, et on y fil plusieurs aulres changements dans la discipline 
ecclésiastique. 

N° 899. 

CONCILE DES GAULES. 

(CALLICANUM [(3).) 

(L'an 688.) —Ce concile fut tenu dans une maison royale. Saint Lé- 
ger , évêque d'Autun , et le maire Ebroïn , son puissant ennemi , étant 
morts, trois évoques désiraient posséder le corps du saint. Le Concile 
l'accorda à Ansoald, évêque de Poitiers (i). 

(i) Bède, Vitu Cuthherti, cap. 24 ; — Uisl. ceci., lib. IV, cap. 1- , 28. — Tui-f-o- 

lus, Cliron. — Florentins Wigornensis , Chron. — Spclraan , ConciL, 1. I- De 

primordtis , p. 6fi8. — Le P. Labbe, Sacr. OOnc, 1. VI, p. [1874. — Wilkins 
Conc. Btil., t. I, p. 57. 

(2) Galanns place ce concile vers l'an 680. 

(3) Le P. Labbe dit in palatto Thcodorici. 

(4) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 1878. 



p 



— 129 — 

N° 600. 

XV e CONCILE DE TOLÈDE (1). 
(toletancm XV.) 

(Le 11 mai de l'an 688 (2). — Soixanle-un évêques , cinq députés, 
deux abbés, l'archidiacre et le primicier de Tolède et dix -sept comtes 
du palais assistèrent à ce concile où le roi Egica se trouva en personne. 
Saint Julien de Tolède y présida. Après avoir fait leur confession de foi, 
les évêques s'efforcèrent de justifier par quelques passages des Pères les 
propositions du XIV e concile de Tolède qui avaient déplu au pape Be- 
noit, mais qui en effet étaient susceptibles d'un bon sens, quoiqu'elles 
ne fussent pas absolument conformes au langage reçu dans l'Eglise. Ils 
avaient avancé qu'il y a trois substances en Jésus-Christ , et ils s'expli- 
quent en disant qu'ils ont voulu par là désigner la divinité , le corps et 
l'àme humaine. 

Le roi Egica consulta les évêques sur deux serments qu'il avait prê- 
tés et qu'il ne croyait pas pouvoir remplir en même temps , l'un de pro- 
téger en toute occasion les enfants duroiErvige, son prédécesseur, 
ei l'autre de rendre une complète justice à son peuple; ce qu'il ne pou- 
vait faire sans condamner les enfants du roi défunt à des restitutions 
envers plusieurs personnes dépouillées ou opprimées injustement. Le 
Concile décida que par le premier serment le roi n'avait pas pu s'obli- 
ger à une protection qui violerait les règles de la justice, et qu'ainsi 
il devait remplir dans toute son étendue le serment fait en faveur du 
peuple. 

Le roi confirma par un édit le décret de ce concile (5). 

N° 601. 

CONCILE DE ROUEIV 

(rotomagense.) 

(L'an 689(4).)— Ce concile fut présidé par saint Ansherl, à la tête de 
quinze évêques, parmi lesquels on remarque les métropolitains de Reims 

(i) L; XVI e , d'après quelques auteurs. 

(ï) Ci concile est daté du 5 des ides de mai, la première année du règne d'Enica, 
et la jaG" de l'ère. 

(3) L 2 P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 1394. — Saens de Aguirrc, Coll. concil. 
Bisp., t. II , p. 721. 

(4) L'an 682 , d'après le P. Sirmoud ; el d'après le P, Labbe l'an 692 

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— 150 — 

et de Tours. Il y accorJa un privilège d'exempiion au monastère de 
Fontanelles, à condition que les moines observeraient la règle de saint 
Benoît, et que s'ils y manquaient ils seraient soumis à la réforme des 
évèques assemblés. L'auteur de la vie de saint Ansbert dit seulement 
en parlant de ce concile : ubi plurima deo accepta et sanctœ ecclesiœ uti- 
litalibus profutura, disputata sunt. C'est tout ce qu'on en sait (1). 



N° 602. 
III' CONCILE DE SÂRRAGOSSE. 

(CESARAUGUS^ANCM III.) 

( Le i" novembre de l'an 691 (2). ) — Ce concile fit les cinq canons 
suivants (3). 

1 er canon. Il est défendu aux évêques de faire la dédicace des églises 
un autre jour que le dimanche . 

2° canon. Les évêques doivent s'adresser a leur métropolitain pour 
savoir le jour de la célébration de la fête de pàques ; ils doivent aussi se 
conformer à ce qu'il aura ordonné sur ce sujet, afin que celle solennité 
soit célébrée partout en même temps. 

3 e canon. Il est défendu aux moines de recevoir dans l'intérieur de 
leur cloître des séculiers qui voudraient y faire leur demeure, à moins 
que ce ne soient des personnes d'une probité connue ou des pauvres à 
qui l'on doit l'hospitalité. 

4 e canon. Les esclaves de l'Eglise , affranchis par Pévêque , sont 
obligés de montrer à son successeur leurs lettres d'affranchissement 
dans l'année qui suit sa mort , sous peine d'être remis en servitude. 
L'évêque doit les avertir de le faire , afin de ne pas donner lieu aux 
vexations. 

5 e canon. Les veuves des rois doivent non-seulement garder la vi- 
duité comme il a été ordonné par le XIII e concile de Tolède, mais encore 
prendre l'habit de religieuse et s'enfermer dans un monastère pour y 
passer le reste de leurs jours, de peur qu'en restant dans le monde on ne 
leur manque de respect et qu'elles ne soient exposées à des insultes. 

(l) Le P. Siiniond, Comil. ont. GulL, I. I, p. 509. — Le P. llardouiu, Coll. 
roncil., t. III, p. I 717- — Bcssin, Comil., p. ia.— Le P. Labbc, Sacr. cotic., t. VI, 
p. u4°- — Bouquel, llicuiil ites historiens <les Gaules et de la France, I. III. 

(1) Ce concile est daté des c.dcndes de novembre, la 4 e année du règne d'Egica , 
de l'ère d'L'spagne la 729 e . 

(3) Le P. Laljbc, Suer, rime., I. VI, p. l3ll. — Saens de Agnirre, Coll. conc. 
His/i., 1. II, p. 737. 



— 131 — 

N° G05. 
CONCILE DE CONSTANT1NOPLE. 

( IN TB.ULLO SEU QUINISEXTUM (1).) 

( Pendant l'automne de l'an 691 (2).) — Comme les deux derniers 
conciles généraux n'avaient fait aucun canon touchant les mœurs et la 
discipline ecclésiastique, les orientaux voulurent y suppléer et engagè- 
rent l'empereur Juslinien II à convoquer un concile pour cet effet. Il 
s'y trouva deux cent onze évêques, au nombre desquels étaient les deux 
patriarches , Georges d'Antioche et Paul de Constanlinople, qui pré- 
sida. On y fit un corps de discipline en cent deux canons qui ont servi 
depuis à toutes les Églises d'Orient (5). 

1 er canon. Les évêques protestent d'abord qu'ils reçoivent tous les 
décrets des six premiers conciles généraux ; qu'ils condamnent les er- 
reurs et les personnes qu'ils ont condamnées, et qu'ils conservent en en- 
tier la foi des apôtres. 

2 e canon. Ils font ensuite le dénombrement des anciens canons qu'ils 
veulent maintenir et confirmer, savoir : ceux des apôtres de Nicée, 
d'Ancyre, de Néocésarée, de Gangres, d'Antioche, de Laodicée, des 
conciles œcuméniques de Constanlinople , d'Ephèsc et de Calcédoine ; 
ceux de Sardique, de Cartbage, de Constanlinople sous le patriarche 
Nectaire, dont nous n'avons plus les actes, et d'Alexandrie sous Théo- 
phile. Ils rejettent les constitutions apostoliques de Clément comme 
ayant été altérées par les hérétiques , mais ils approuvent les épîtres 
canoniques de saint Denis et de saint Pierre d'Alexandrie, de saint Gré- 
goire le Thaumaiurge, de saint Athanase, de saint Basile, de saint Gré- 
goire de Nysse, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Amphiloque, de 
Timothée, de Théophile et de saint Cyrille, tous trois patriarches d'A- 
lexandrie, de Gennade palriarche de Constanlinople, enfin le canon 
publié par saint Cyprien et son concile et observé en Afrique par une 

(i) Ce concile est nommé ta liullo parce qu'il se tint, comme le Vie aénil»\ 
dans une salle du palais impérial nommée en latin trullus , c'est-à-dire le dôme et 
quinisextum _ parce que les grecs ont la prétention de le faire considérer comme 
une suite et un complément des V« et VI« conciles généraux, qui n'avaient rien sta- 
tué touchant la discipline et les mœurs, et qu'on y renouvela les décrets de ces deui 
assemblées. 

(2) D'après quelques historiens , l'an 692. __. 

(3) Le P. Lahbe, Sut -rosemeta concilia, t. VI, p. 1124, j3l6. 



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— 132 — 

coutume particulière à cetle église (1). Les évêques défendent de sup- 
poser d'autres canons sous de faux titres. 

Après ces préliminaires, le Concile commence par les règles concer- 
nant la pureté du clergé. 

3 e canon. Les romains s'attachent à l'exactitude de la règle ; ceux 
qui dépendent du siège de Constantinople ont plus de condescendance : 
c'est pourquoi nous modifions l'un par l'autre, afin d'éviter l'excès. Que 
ceux donc qui ont été mariés deux fois jusqu'au 15 janvier de la der- 
nière indiclion quatrième, de l'an 6199 (2), soient déposés; mais que 
ceux dont le mariage a été rompu avant ce temps soient conservés dans 
leur rang, à condition qu'ils demeureront interdits de toute fonction. 
Pour l'avenir, nous renouvelons le canon qui défend d'ordonner 
évêque, prêtre, diacre, en un mot d'élever aux ordres ceux qui ont été 
mariés deux fois, ou qui auront eu des concubines après leur baptême, 
qui auront épousé des veuves, des femmes répudiées, des prostituées, 
des comédiennes ou des esclaves. 



(i) Il est impossible de reconnaître d'après ce vague énoncé quel est le canon 
dont il s'agit. Toutefois on croit qne c'est la préface d'un concile de Carthage, où cet 
évêque dit qu'aucun ne doit prétendre être évêque des évêques , ni obliger ses col- 
lègues à obéir par crainte tyrannique. 

(2) L'indiction ivt et l'an 6199 de la création du monde, suivant les grecs, ré- 
pondent à l'an 691 de Jésus-Christ, cette indiction et cette année finissant au 
3i août. 

L'ère de Constantinople, ainsi que celle d'Alexandrie, commence à la création du 
monde. Dans cette période, la première année de l'Incarnation tombe l'an 55og, et 
répond, comme dans notre ère vulgaire, à la dernière de la 194" olympiade et à 
la première de l'olympiade suivante. L'Eglise grecque, même aujourd'hui, n'en con- 
naît pas d'autres. Les moscovites, qui l'avaient reçue des grecs avec le Christia- 
nisme, l'ont de même conservée jusqu'au règne de Pierre-le-Grand. On dislingue 
dans l'ère de Constantinople deux sortes d'années, l'année civile et l'année ecclésias- 
tique. La première s'ouvre avec le mois de septembre ; la seconde commence tan- 
tôt au 21 mars, tantôt au 1™ avril. Mais ne voudrions pas absolument décider si le 
1" septembre a toujours été le jour initial de l'année à Constantinople et dans son 
ressort, même avant la séparation des deux empires d'Orient et d'Occident; car en 
soutenant l'affirmative , il faudrait dire qu'il y avait alors à Constantinople deux 
sortes d'années civiles, la romaine ou consulaire commençant au l'K janvier comme 
à Rome, et la grecque qui s'ouvrait au t" septembre. 

L'ère mondaine dont nous parlons , était en usage à Constantinople avant le mi- 
lieu du septième siècle, comme on le voit par le Traité du comput de saint Maxime , 
qui fut composé l'an 64 1. Les actes du VI e concile général, terminé l'an 681 de 
notre ère vulgaire, sont datés de l'an du monde 6 189. Eu retranchant de cette somme 
681, celle de 55o8 qui restera forme l'ère de Constantinople. Dans la suite, tous les 
actes publics de l'empire grec furent datés de la même ère. 



— 133 



&' canon. Si un membre du clergé est convaincu d'avoir péché avec 
une vierge consacrée à Dieu, qu'il soit déposé. Si un laïque tombe dans 
le même cas, qu'il soit excommunié. 

5 e canon. Que les clercs, sous peine de déposition, et les laïques, sous 
peine d'excommunication, ne logent point avec des femmes étrangères 
et suspectes. 

6 e canon. Il est défendu, sous peine de déposition, aux sous-diacres, 

aux diacres et aux prêtres de se marier après leur, ordination. Si quel- 

u'un veut se marier, qu'il le fasse avant d'entrer dans ces trois ordres. 

7 e canon. Il est défendu aux diacres de s'asseoir en présence des 
prêtres, à moins qu'ils ne représentent la personne du patriarche ou 
du métropolitain dans une autre ville. 

8 e canon. Les excursions des barbares ne permettant pas de tenir 
deux fois l'année les conciles provinciaux, nous ordonnons que les évê- 
ques s'assemblent une fois tous les ans. 

9 e canon. Puisqu'il est défendu aux clercs d'aller dans les cabarets, il 
leur est défendu, à plus forte raison, d'en tenir. Que ceux qui contre- 
viendront au présent décret, soient déposés. 

10 e canon. Si un évêque, un prêtre, ou un diacre prête à usure et ne 
se corrige point, qu'il soit déposé. 

11 e canon. Si un évêque, un prêtre, ou un diacre ou tout autre clerc 
mange des azimes avec les juifs et entretient avec eux un commerce, 
qu'il soit déposé; si c'est un laïque, qu'il soit excommunié. 

12 e canon. Nous avons appris que les évêques d'Afrique, de la Libye 
et de plusieurs autres provinces ne font aucune dilliculté d'habiter avec 
leurs femmes, après leur ordination, ce qui cause un grand scandale 
parmi les peuples ; nous le leur défendons à l'avenir, sous peine de dépo- 
sition ; car l'évêque doit garder la continence parfaite. 

13' canon. Nous savons que dans l'Église romaine ceux qui doivent 
être ordonnés diacres ou prêtres promettent de n'avoir plus de com- 
merce avec leurs femmes; mais pour nous qui désirons suivre la perfec- 
tion de l'ancien canon apostolique (le 6 e canon des apôtres), nous vou- 
lons que les mariages de ceux qui sont dans les ordres sacrés subsistent 
et qu'ils ne soient point privés de la compagnie de leurs femmes dans 
les temps convenables. Donc, si quelqu'un est jugé digne d'être ordonné 
sous-diacre, diacre ou prêtre, qu'il ne soit point exclu de ces ordres, 
parce qu'il est engagé dans un (premier) mariage légitime, et que dans 
le temps de son ordination on ne lui fasse point promettre de s'abste- 
nir de la compagnie de sa femme, pour ne pas imprimer une flétrissure 
au mariage que Dieu a institué et béni par sa présence. Nous savons 






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— 134 — 

aussi que les Pères dn ( Y«) concile de Carthage (3 e canon) ont ordonné 
que les sous- diacres, les diacres et les prêtres s'abstinssent de leurs 
femmes, selon les termes prescrits, afin que, conformément à la tradi- 
tion apostolique, ils observent les jours de jeûne et de prière ; car il 
faut que ceux qui s'approchent de l'autel gardent une parfaite conti- 
nence dans le temps qu'ils touchent les choses, saintes, afin que leurs 
prières soient exaucées. Donc, quiconque, au mépris du canon des 
apôtres (6 e canon), osera priver un prêtre, un diacre, ou un sous- 
diacre du commerce avec sa femme, qu'il soit déposé (1). 

14 e canon. Nul ne doit être ordonné prêtre avant l'âge de trente ans, 
ni diacre avant l'âge de vingt-cinq ans, ni diaconesse avant quarante ans. 

15" canon. Nul ne doit ôlre ordonné sous-diacre avant l'âge de vingt 
ans. Que celui qui aurait été ordonné avant l'âge fixé par ces décrets 
soit déposé. 

16* canon. Le concile de Néocésarée (14 e canon) avait ordonné 
qu'il n'y aurait que sept diacres dans chaque ville, quelque grande 
qu'elle fût, parce qu'il n'est pas fait mention d'un plus grand nom- 
bre de diacres dans les actes des apôtres; celui de Constantinople 




(i) Les Pères du concile in trullo disent dans ce canon qu'on ne doit point obli- 
ger les sous-diacres, les diacres et les prêtres à promettre de s'abstenir de la compa- 
gnie de leurs femmes, pour ne pas imprimer une fle'trissure au mariage que Dieu à 
institué et be'ni par sa présence. Mais si ce prétexte qu'on allègue a quelque fonde- 
ment, nous ne concevons pas comment le Concile défend aux évèques ce qu'il per- 
met aux prêtres, aux diacres et aux sous-diacres et interdit à ceux-ci le mariage 
après l'ordination; car évidemment le même prétexte pourrait s'appliquer à tous 
les cas. On voit donc que les règlements des Pères du concile in trullo ne sont pas 
moins étranges par leur inconséquence que par leur nouveauté. Ce concile prétend 
s'autoriser du sixième des canons attribués aux apôtres, qui défend à l'évêque ou au 
prêtre d'abandonner sa femme sous prétexte de religion ; mais outre que ces canons 
n'ont aucune authenticité et que d'ailleurs rien n'indique qu'on doive entendre ce 
sixième canon dans le sens d'une cohabitation, il est évident que le concile de Con- 
stantinople tombe dans une autre inconséquence , puisqu'il établit une différence 
entre les évêques et les prêtres, tandis que ce canon soumet les uns et les autres à 
la même peine de déposition s'ils abandonnent leurs femmes et qu'ils refusent de la 
reprendre. 

Quant au troisième canon du V« concile de Carthage , le texte latin dit en termes 
exprès que les sous-diacres, les diacres, les prêtres et les évêques s'abstiendront de 
leurs femmes, suivant les anciens statuts, et qu'ils seront comme s'ils n'en avaient 
point. Mais au lieu de lire dans ce canon selon les anciens statuts, les Pères de 
Constantinople lisaient selon les termes prescrits ; ce qui leur donna lieu de croire 
que le saint concile de Carthage ne défendait l'usage du mariage aux sous-diacres , 
aux diacres et aux prêtres qu'en certains temps, c'est-à-dire lorsqu'ils s'approchaient 
de l'autel et aux jours de jeûne et de prière. 



— 135 — 

rejette cette explication et prétend que les sept diacres dont il est parlé 
dans le livre des actes, n'étaient que les ministres des tables communes 
et non des amels. 

17 e canon. Pour réformer les abus de certains clercs qui quittent les 
églises pour lesquelles ils ont été ordonrés et passent dans d'autres dio- 
cèses sans la permission de leur évêque, nous ordonnons qu'à l'avenir 
ils ne pourront être enregistrés dans le catalogue d'une autre église, 
sans lettres démissoriales de leur propre évoque. 

18 e canon. Les incursions des barbares (les musulmans) ou d'autres 
nécessités ont contraint plusieurs clercs à quitter leurs églises, nous leur 
ordonnons d'y retourner dès qu'ils en auront la liberté. 

19 e canon. Il est du devoir de ceux qui ont le gouvernement des 
églises d'expliquer tous les jours d'assemblée , mais principalement Ips 
dimanche?, les saintes Écritures au clergé et au peuple, pour les instruire 
dans la piété et la vraie foi. S'il arrive quelque dispute sur cette matière, 
il faut la résoudre suivant les lumières des anciens docteurs de l'Église. 

20 e canon. Il n'est pas permis à un évêque de prêcher publiquement 
dans une ville qui n'est pas de son diocèse. Que celui qui violera ce 
décret soit déposé de i'épiscopat et mis an rang des prêtres. 

21 e canon. Si les clercs, déposés pour leurs crimes et réduits au rang 
de laïques, ont subi volontairement celte peine, il leur est permis de 
porter les cheveux courts comme les autres clercs ; mais s'ils n'em- 
brassent l'état de pénitence que malgré eux, qu'ils portent les cheveux 
longs comme les laïques. 

22 e canon. Si quelqu'un est convaincu d'avoir donné de l'argent pour 
recevoir les ordres ou de l'avoir reçu, qu'il soit déposé. 

25 e canon. Il est défendu à tous les clercs, sous peine d'être traités 
comme simoniaques , d'exiger de l'argent ou quelque autre chose pour 
donner la sainte communion. 

24« canon. H est défendu à tous les clercs et aux moines d'assister ou 
de prendre part aux spectacles, soit des théâtres, soit des courses de 
chevaux. Les clercs mêmes conviés aux noces doivent se retirer quand 
les farceurs entrent, sous peine de déposition. 

25 e canon. Nous ordonnons que les paroisses de la campagne appar- 
tiennent à l'évêque qui les gouverne depuis trente ans; toutefois nous 
permettons, avant l'échéance de ce terme, à celui qui veut les revendi- 
quer de faire prouver devant le concile de la province qu'elles n'appar- 
tiennent point à l'évêque qui en est le délenteur. 

26 e canon. Si un prêtre est engagé par ignorance dans un mariage 
illicite, qu'il ne soit point déposé, mais qu'il ne lui soil pas permis de 



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— 136 — 

faire aucune fonction de son ordre, de bénir en public ou en particulier, 
ni de donner la communion. 

27 e canon. Il est défendu aux clercs, sous peine d'être retranchés de 
la communion pour une semaine, déporter, soit dans la ville, soit en 
voyage, d'autres habits que ceux de leur élat (1). 

28 e canon. Nous défendons de distribuer une grappe de raisin avec 
l'Eucharistie, comme cela se pratique en quelques églises; et nous vou- 
lons qu'on la bénisse séparément comme des prémices et qu'on en 
donne aussi séparément à ceux qui en demandent. Si un clerc viole ce 
décret, qu'il soit déposé. 

29 e canon. Que les prêtres célèbrent en tout temps la messe à jeun 
même le jeudi-saint, quoique le (III e ) concile de Carlhage ait excepté ce 
jour-là pour des raisons qui étaient bonnes alors, mais qui ne subsistent 
plus. 

50 e canon. Si les prêtres qui sont chez les barbares (probablement 
en Italie et dans les autres pays du rit latin) croient devoir s'élever au- 
dessus du canon des apôlres, qui défend à un mari de quitter sa femme 
sous prétexte de religion , et faire plus qu'il n'est ordonné , en se sépa- 
rant de leur femme d'un commun consentement, nous leur défendons de 
demeurer avec elles , afin qu'ils montrent par là que leur promesse est 
effective. Toutefois nous ne leur donnons cette permission qu'à cause de 
la faiblesse de leur courage et de la légèreté des mœurs étrangères (2). 

31 e canon. Les clercs ne doivent point ni baptiser, ni célébrer les 
mystères dans les oratoires des maisons particulières, sans la permis- 
sion de l'évêque. Si un clerc n'observe point ce canon, qu'il soit déposé. 

32 e canon. Les arméniens ne mêlent point d'eau avec le vin dans la 
consécration de l'Eucharistie ; nous condamnons cet usage sous peine 
de déposition. 

33 e canon. Ils n'admettent dans le clergé que ceux qui sont de race 
sacerdotale, nous condamnons aussi cet usage sous peine d'excommuni- 
cation, et nous déclarons que dans le choix des clercs on ne doit pas 
leur demander de quelle race ils sont, mais seulement s'informer avec 
soin de leur mérite. 

34 e canon. Si des clercs ou des moines sont convaincus d'avoir cons- 

(i) Les clercs en Orient e'taient dès lors distingués des laïques par leur tonsure 
et par leurs vêtements. 

(2) C'est-à-dire que le Concile regarde la continence comme une imperfection , et 
cependant il en fait une obligation aux évêques, sans doute parce que l'cminence de 
leur dignité les oblige à une vie plus parfaite. Peut-on voir une contradiction plus 
flagrante? 



— 137 — 
pire contre leur évêque ou contre leurs confrères, qu'ils soient privés 
de leur grade. 

55 e canon. A la mort d'un évèque le métropolitain ne doit pas s'em- 
parer de ses biens, ni de ceux de son église , qui demeureront à la 
garde des clercs jusqu'à l'élection d'un autre évêque. S'il n'y avait pas 
de clercs, le métropolitain conserverait ces biens pour les rendre au suc- 
cesseur. 

36 e canon. On renouvelle dans ce canon les 3 e et 28« des conciles 
généraux de ConstaDtinople et de Calcédoine qui accordent au siège de 
Constantinople les mêmes privilèges qu'au siège de Rome et la même 
autorité dans les affaires ecclésiastiques, mais avec le second rang ; on 
accorde le troisième rang à Alexandrie, le quatrième à Antioche et le 
cinquième à Jérusalem. 

37« canon. Les incursions des barbares (et surtout des musulmans) 
ont empêché plusieurs évêques d'aller prendre possession des églises 
pour lesquelles ils ont été ordonnés et d'y faire leurs fonctions ; nous 
leur conservons leur dignité et leur rang d'évêques avec le pouvoir 
d'ordonner des clercs et de présider dans l'église (1). 

58 e canon. Conformément au 12 e canon du concile de Calcédoine, les 
églises des villes bâties ou renouvelées par la puissance impériale sui- 
vront la disposition des villes de l'empire. 

39« canon. Jean, métropolitain de l'île de Chypre, ayant été obligé de 
sortir avec son peuple, par suite de l'invasion des barbares, et d'aller 
s'établir à la nouvelle Justianople, le Concile lui conserva le gouverne- 
ment des églises de l'Hellespont, avec le droit d'être élu par les évoques 
de la province ; on lui soumit aussi l'évèque de Cyzique qui dépendait 
de l'église de Justianople. 

40 e canon. Quoique saint Basile ne permette de recevoir les moines 
qu'à l'âge de dix-sept ans, nous permettons de les recevoir dès l'âge de 
dix ans ; car l'Église avance toujours en perfection. 

41 e canon. Nul ne peut être reclus s'il n'a passé trois ans dans un 
monastère. 

42 e canon. On ne doit point souffrir dans les villes des vagabonds qui 
se disent ermites, portant de longs cheveux et des habits noirs. 

43 e canon. Il est permis de recevoir toutes sortes de personnes, même 
les plus grands pécheurs, dans les monastères, parce que la vie monas- 
tique est un état de pénitence. 

44 e canon. Si un moine est convaincu de fornication ou de s'être ma- 



(i) Voilà l'origine des éveques inpariiùus infidelium. 






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— 138 — 

rié, qu'il subisse la peine portée par les canons contre les fomicateurs. 

45° canon. Il n'est point permis de parer d'habits précieux et de 
pierreries les filles qui vont prendre l'habit de religieuse, de peur de 
donner lieu de croire qu'elles quittent le monde à regret. 

46 e canon. Que les religieux et les religieuses ne sortent point de leur 
monastère sans nécessité et sans la permission de celui ou celle qui en 
a le gouvernement. Que ceux qui violeront ce décret soient punis suivant 
les canons. 

47 e canon. Que les moines ne couchent point dans les monastères de 
religieuses ni les religieuses dans les monastères d'hommes, afin d'éviter 
tout scandale. Que celui qui le fera, soit clerc, soit laïque, soit excom- 
munié, 

48 e canon. La femme de celui qui a été promu à l'épiscopat et qui 
s'est séparée de lui d'un commun consentement avant son ordination, 
doit être obligée de se retirer après l'ordination de son mari, dans un 
monastère éloigné de lui. On peut l'élever au rang de diaconesse, si elle 
en est jugée digne. 

49 e canon. Que l'on ne convertisse pas à des usages profanes les mo- 
nastères consacrés par l'autorité de l'évêque ; qu'on ne les do«ne pas non 
plus à des séculiers, comme cela est déjà arrivé, sous peine d'être sou- 
mis aux peines portées par les canons. 

50 e canon. Les jeux de hasard sont défendus , sous peine de déposi- 
tion pour les clercs et d'excommunication pour les laïques. 

51 e canon. Il leur est défendu, sous la même peine, d'assister aux 
spectacles et aux combats contre les bêtes, ou de faire sur le théâtre 
les personnages de farceurs et de danseurs. 

52 e canon. En carême , on doit célébrer tous les jours la messe des 
présanctifiés, excepté les samedis, les dimanches et le jour de l'Annon- 
ciation. 

53 e canon. Ceux qui ont tenu des enfants sur les fonts baptismaux 
ne peuvent en épouser la mère, lorsqu'elle devient veuve. S'ils le font, 
qu'ils soient forcés de se séparer pour être ensuite soumis aux peines 
portées contre les fomicateurs. 

54 e canon. Il n'est point permis d'épouser la fille de son oncle, ni au 
père et au fils d'épouser la mère et la fille ou les deux sœurs, ni à deux 
frères d'épouser la mère et la fille ou les deux sœurs, sous peine de 
subir sept ans de pénitence et de se voir contraint de rompre celte 
association criminelle. 

55'' canon. On ne doit pas jeûner les samedis, même en carême, quoi- 
que cela se pratique dans l'Église romaine; car un canon (le 64' des 



— 139 — 

apôtres) dit : Si un clerc jeûne le saint jour de dimanche ou le samedi, 
qu'il soit déposé ; si donc un clerc se rend coupable de celte faute, qu'il 
soit excommunié. C'est à l'Église romaine de changer sa coutume. 

56 e canon. 11 n'est pas permis de manger des œufs et du fromage les 
dimanches et les samedis de carême , selon la coutume des arméniens , 
sous peine de déposition pour les clercs et d'excommunicaiion pour les 
laïques. 

57 e canon. On ne doit point offrir du lait et du miel à l'autel. 

58« canon. 11 n'est point permis aux laïques de s'administrer eux- 
mêmes l'Eucharistie , en présence d'un évêque , d'un prêtre ou d'un 
diacre, sons peine d'excommunicaiion pendant une semaine. 

59 e canon. Il n'esl point permis de baptiser daDS les oratoires do- 
mestiques, (sans la permission de l'évêque,) sous peine de déposition 
pour les clercs et d'excommunicaiion pour les laïques. 

60 e canon. On doit charger de rudes travaux ceux qui feignent d'être 
possédés, et les traiter comme s'ils relaient effectivement. 

61 e canon. Que les devins et ceux qui les consultent, les meneurs 
d'ours ou d'autres animaux destinés à amuser et à tromper les simples , 
les diseurs de bonne aventure et les charlatans soient excommuniés 
pendant six ans. 

6à e canon. On doit défendre les jeux indiens qui se font aux jours des 
calendes, les danses publiques des femmes, les déguisements d'hommes 
en femmes ou de femmes en hommes, l'usage des masques comiques, 
satyriques ou tragiques et les invocations de Bacchus pendant les ven- 
danges , sous peine de déposition pour les clercs et d'excommunication 
pour les laïques. 

63 e canon. On ne doit point lire les fausses histoires de marlyrs com- 
posées par les ennemis de l'Église au déshonneur de Dieu et de la reli- 
gion. On doit , au contraire , les brûler. Que ceux qui violeront ce 
décret soient anathémalisés. 

64 e canon. Nous interdisons aux laïques tous discours ou disputes pu- 
bliques surla religion, sous peine de quarante jours d'excommunication. 

65 e canon. Il est défendu d'allumer aux nouvelles lunes des feux de- 
vant les boutiques ou les maisons et de sauter dessus, sous peine de 
déposition pour les clercs et d'excommunication pour les laïques. 

66 e canon. Les fidèles doivent passer (ouïe la semaine de pâques en 
fête et en dévotion , s'occupanl dans les églises à chanter des psaumes , 
des hymmes et des cantiques spirituels et à lire les divines Écritures. Il 
leur est défendu d'assister pendant tout ce temps aux courses de che- 
vaux ni à d'autres spectacles publics. 



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— 140 — 

67 e canon. Il leur est défendu de manger le sang des animaux , sous 
peine de déposition pour les clercs et d'excommunication pour les 
laïques. 

68 e canon. 11 n'est permis à personne de brûler, de déchirer, ou de 
vendre aux parfumeurs ou gens semblables , les livres des Évangiles et 
des Pères, s'ils ne sont imparfaits ou gâtés par l'eau ou par les vers, sous 
peine d'une année d'excommunication. Que celui qui achètera ces livres, 
qui les retiendra pour son utilité, les donnera ou les gâtera, soit 
excommunié. 

69 e canon. Il n'est permis à aucun laïque d'entrer dans le sanctuaire 
(c'est-à-dire dans l'enceinte de l'autel ), à l'exception de l'empereur qui 
pourra y entrer pour faire son offrande , suivant un ancien usage (1). 

70 e canon. Qu'il ne soit point permis aux femmes de parler pendant 
la célébration du saint sacrifice, selon ce précepte de l'apôtre : « Que les 
femmes se taisent dans l'église, parce qu'il ne leur est point permis d'y 
parler ; mais elles doivent être soumises, selon que la Loi l'ordonne. Si 
elles veulent s'instruire de quelque chose qu'elles le demandent à leurs 
maris, lorsqu'elles seront dans leurs maisons (2). i 

71 e canon. Il n'est point permis à ceux qui étudient les lois civiles 
d'imiter les mœurs des gentils, de paraître sur le théâtre et de s'ha- 
biller autrement que n'ont coulume de faire ceux qui exercent cette 
profession, sous peine d'excommunication. 

72 e canon. Il n'est point permis aux catholiques d'épouser des héré- 
tiques, sous peine d'excommunication et de nullité de tels mariages. 

73* canon. On doit vénérer le signe salutaire de la croix ; mais afin 
de lui conserver l'honneur qui lui est dû, il n'est point permis, sous 
peine d'excommunication, de la marquer sur le pavé, de peur qu'on ne 
foule aux pieds le trophée de notre victoire. 

74 e canon. Comme les agapes et les festins qu'on appelle de charité 
sont changés en abus, nous défendons d'en faire dans les églises, sous 
peine d'excommunication. 

75 e canon. On doit chanter dans les églises sans confusion, sans 
contrainte et sans efforts, mais avec modestie et attention et n'y rien 
chanter qui ne soit pas convenable. 

76* canon. On ne doit souffrir dans l'enceinte des églises ni cabaret, 
ni boutique de marchands, Jésus-Christ ayant défendu de faire de la 



(i) Ce fut dans le sanctuaire que saint Basile reçut l'offrande de l'empereur Va- 
lcos. 

(a) Saint Paul, t" épHre aux corintliiens, cli. xtv, y. 34, 35, 



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— 141 — 

maison de son père une maison de commerce et de trafic. Que celui 
qui se rendra coupable de ce délit, soit excommunié. 

77 e canon. Tout chrétien laïque et principalement les clercs et les 
moines doivent éviter de se baigner avec des femmes, sous peine de 
déposition pour les clercs et d'excommunication pour les laïques. 

78 e canon. Comme on doit instruire des principes de la foi ceux qui 
demandent à être baptisés, on doit les présenter à l'évêque ou aux 
prêtres le cinquième jour de la semaine. 

79 e canon. Il n'est point permis de donner des gâteaux à noël, sous 
prétexte des couches de la sainte Vierge, qui n'a point été en couches, 
puisqu'elle a enfanté le Christ d'une manière non commune et inef- 
fable ; que celui qui violera ce décret soit déposé, s'il est clerc, ou ex- 
communié s'il est laïque. 

80 e canon. Si un évêque, un prêtre, un diacre, ou un clerc inférieur 
s'absente de l'église pendant trois dimanches consécutifs sans nécessité, 
qu'il soit déposé , et si c'est un laïque , qu'il soit excommunié. 

81 e canon. 11 n'est point permis , sous peine d'analhème, de faire au 
trisagion cette addition impie : « Qui avez été crucifié pour nous (1). » 
Et de plus, si un clerc viole ce décret, qu'il soit déposé ; si c'est un 
laïque ou un moine , qu'il soit excommunié. 

82 e canon. En plusieurs images Jésus-Christ est représenté sous la 
forme d'un agneau que saint Jean montre au doigt ; à l'avenir on doit 
peindre Jésus-Christ sous la forme humaine, comme plus convenable. 

83 e canon. On ne doit pas donner l'Eucharistie aux moris; car il est 
dit : « Prenez et mangez (2). » Or, les morts ne peuvent le faire. 

84 e canon. Lorsqu'on n'aura point de preuves certaines qu'un enfant 
a été baplisé, comme il ne peut lui-même, à cause de son âge, en rendre 
témoignage, on doit le baptiser. 

85 e canon. Les esclaves affranchis par leurs maîtres en présence de 
deux ou trois témoins, sont libres. 

86 e canon. Que ceux qui assemblent et nourrissent des femmes dé- 
bauchées soient déposés s'ils sont clercs, ou excommuniés s'ils sont 
laïques. 

87 e canon. Si une femme quille son mari pour en prendre un autre, 
elle est coupable d'adultère et mérite d'être punie selon les lois de 
l'Église ; mais son mari ne doit pas être pour cela privé de la commu- 
nion. Qu'il en soit de même, si le mari quitte sa femme pour en prendre 
une autre. Ces lois portent que le coupable passera une année w avec les 

(l) Voir t. II, p. 339 de celle Histoire. 

{2) Saint Mallliicu, Evangile, ch. xxvi, V. 26. 






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— 142 — 

pleurants, deux avec les écoutants, trois avec les prosternés et la sep- 
tième année avec les consistants, ensuite il sera jugé digne de participer 
à l'oblation. (Cant. 57, saint Basile.) 

88' canon. Il n'est point permis de faire entrer des bêtes, de somme 
dans une église, si ce n'est en voyage et dans une nécessité absolue de 
donner un abri à l'animal qui sert aux voyageurs, sous peine de déposi- 
tion pour les clercs et d'excommunication pour les laïques. 

89 e canon. On doit passer le samedi-saint jusqu'à minuit dans le jeûne, 
la prière et la componction de cœur. 

90 e canon. On ne doit point prier à genoux le dimanche, depuis le 
samedi soir jusqu'à la lin des offices du dimanche, en mémoire de la ré- 
surrection du Sauveur. 

91 e canon. Que celui ou celle qui procurera des avortements soit 
soumis à la peine des homicides. 

92 e canon. Que ceux qui sous prétexte de mariage enlèvent des 
femmes, soient déposés s'ils sont clercs, ou excommuniés s'ils sont 
laïques. 

93' canon. Il n'est point permis de se marier, lorsqu'on n'a pas preuve 
de la mort de sa femme ou de son mari ; et si, après de tels mariages, 
le premier mari revient, la femme doit le reprendre. (Ce canon regarde 
principalement les soldats que la guerre obligeait à être longtemps éloi- 
gnés de leur patrie.) 

94 e canon. Que ceux qui font les mêmes serments que font les 
païens, soient excommuniés et soumis aux peines portées parles canons. 

95 e canon. Les hérétiques, dont le baptême est jugé valide, doivent 
être reçus dans l'église, après avoir fait par écrit l'abjuration de leurs 
erreurs ; on doit leur donner l'onction du saint chrême au front, au 
nez, à la bouche et aux oreilles. Mais ceux dont le baptême n'est pas 
jugé valide, comme les eunomiens, les montanistes ou phrygiens, les 
sabelliens, les paulianistes, doivent être traités comme les païens ; on 
les fera d'abord catéchumènes, puis on les baptisera, en se confor- 
mant aux règles données par saint Basile dans sa lettre à Amphiloque. 

96' canon. Toute vanité est défendue à ceux qui ont promis dans le 
baptême d'imiter la pureté de la vie de Jésus-Christ; il ne leur est 
point permis, sous peine d'excommunication, de friser leurs cheveux 
avec artifice, de peur de scandaliser les faibles. 

97 e canon. Que les maris qui habitent avec leurs femmes dans l'en- 
ceinte d'une église, ou qui profanent les lieux saints d'une autre ma- 
nière, soient déposés s'ils sont clercs, ou excommuniés s'ils sont 
laïques. 






— 143 — 

98 e canon. Celui qui épouse la fiancée d'un autre qui est encore en 
vie est coupable du crime d'adultère. 

99 e canon. On ne doit point, sous peine d'excommunication, présenter 
aux prêtres des viandes cuites dans l'enceinte de l'église, comme font 
les arméniens. 

100 e canon. Un clerc ne doit point, sous peine de déposition, faire 
des peintures immodestes, qui ne sont propres qu'à corrompre les 
cœurs et à exciter aux voluptés honteuses. 

101 e canon. Celui qui communie ne doit point recevoir l'Eucharistie 
dans un vase d'or, mais dans ses mains croisées l'une sur l'autre, parce 
qu'il n'y a point de matière aussi précieuse que le corps de l'homme, 
qui est le temple de Jésus-Clirist. Si quelqu'un reçoit la communion 
dans des vases , qu'il soit excommunié et avec lui celui qui l'aura 
donnée. 

102 e canon. Que ceux qui sont établis pour lier et délier les péchés, 
remplissent leur ministère avec prudence et sagesse, qu'ils considèrent 
bien la maladie, qu'ils y appliquent les remèdes convenables, qu'ils 
examinent si la pénitence est sévère, qu'ils la proportionnent à la qua- 
lité du péché et aux forces du pénitent et qu'ils se conforment aux 
règles données par saint Basile dans sa lettre à Amphiloque. 

Tels sont les canons du fameux concile in trulto. L'empereur Justi- 
nien y souscrivit le premier avec du cinabre, ce qui était un privilège 
de sa dignité. On laissa vacante la place pour la signature du pape. Les 
patriarches souscrivirent ensuite, et après eux tous les autres évêques 
du concile. Mais on ne trouve point dans les actes les souscriptions des 
légats du pape, et dans tous les cas le litre d'apocrisiaire n'eût pas suffi 
pour assister au nom du Souverain-Pontil'e à un concile où devaient se 
faire des règlements si nouveaux. Anastase le bibliothécaire dit néan- 
moins que les légats du pape souscrivirent aussi, et il ajoute que l'em- 
pereur fit tous ses efforts pour engager le pape Sergius I" (I) à sous- 
crire lui-même; il lui envoya un exemplaire en six tomes signés de sa 
main, des trois patriarches d'Alexandrie, de Constantinople, d'Antioche 
et des autres évêques. Mais ce pape ne voulut ni le lire ni même l'ou- 
vrir, persuadé que ce concile était nul et déclarant qu'il aimait mieux 
mourir que de consentir aux nouveautés introduites par ce concile dans 
l'Eglise. Irrité de ce refus, l'empereur fit partir pour Rome un de ses 
officiers qui emmena à Constantinople Jean, évoque de Porto, etBoni- 



(i) Ce fut ce pape qui ordonna de chanter a la messe YAgnus Dei, pendant qiû 
rompait les hosties pour la communion. 



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face, conseiller du Saint-Siège. Il envoya ensuite son premier écuyer 
avec ordre d'enlever le pape ; mais le soulèvement du peuple et de l'ar- 
mée empêcha cette violence ; l'oflicier de l'empereur fut obligé de se 
cacher sous le lit du pape pour se soustraire à l'exaspération publique, 
et bientôt après on le força de prendre la fuite ignominieusement (1). 

C'est à tort que quelques auteurs modernes ont dit que les canons 
de ce concile avaient été rejetés par les papes ; les uns ont été approuvés 
comme bons, et les autres condamnés comme mauvais. 

N° 604. 

CONCILE DE LA GRANDE-BRETAGNE. 

(britannicum.) 

( L'an 692. ) — Ce concile fut assemblé par le roi Ina de pre?que 
toute la Grande-Bretagne, dit Bède, pour la réunion des bretons avec les 
saxons. Les premiers , quoique chrétiens.'différaient en plusieurs usages, 
comme sur la célébration de la fête de pâqucs (2). 

N° COS. 
XVI' CONCILE DE TOLÈDE (3). 

( TOLETANUM XVI. ) 

( Le 2 mai de l'an 693 (i).) — Cinquante-neuf évoques , trois députés 
et cinq abbés assistèrent à ce concile ; le roi s'y trouva en personne 
accompagné de seize comtes. On lut d'abord un long mémoire présenté 
par Egica , contenant les matières que le» évêques devaient traiter dans 
leurs assemblées ; puis, ils firent, selon la coutume , une exposition de 
foi, qui fut suivie de treize canons de discipline (5). 

1 er canon. Les juifs qui se convertiront sincèrement seront exempts 
des tributs qu'ils paient au fisc ; mais nous confirmons les lois précé- 
dentes contre ceux de cette nation qui demeureront endurcis. 



I- 



(i) Paul diacre, lib. vi, cap. il. — Anaslase, Vita ponlificum. 
(a) Bède, H isloria.— Le P. Pagi, Crit. in ann. Bar. — Le P. Labbe, Sacr. conc., 
t. VI , p. i324. — Wilkius , Conc. Brit., t. I , p. ,S8. 

(3) Le XVII", d'après quelques auteurs. 

(4) Ce concile est daté de la G' année du règne cl'Egica , le 6' des rones de mai 
et de l'ère la 731 e . 

(5) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. i3j 7 . — Saens de Aguirre, Coll. conc. 
Ilisp,, t. Il , p. 735. 



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— 145 - 
2 e canon. Il est défendu d'honorer des pierres , des fontaines ou des 
arbres, d'observer les augures, ou de pratiquer des enchantements. 
L'exécution de ce décret est recommandée aux évêques , aux prêtres et 
aux juges; et s'ils négligent de réprimer cette idolâtrie, qu'ils soient 
privés de leur dignité et pendant un an mis en pénitence. Si quelqu'un 
s'opposeà l'extirpation de ces pratiques idolâiriques, qu'il soit analhème ; 
et de plus , s'il est de condition noble , qu'il paie au fisc trois livres d'or ; 
et s'il est de condition inférieure, qu'il soit condamné à recevoir cent 
coups de fouet , qu'il soit honteusement rasé et que la moitié de ses biens 
soit donnée aux gens du fisc. 

5 e canon. Si quelqu'un commet un crime contre nature , qu'il soit 
pour toute sa vie séparé de la société des cliréiiens , condamné à rece- 
voir cent coups de fouet, à être rasé par infamie et banni pour toute 
sa vie, qu'il ne reçoive la communion qu'à l'article de la mort et après 
avoir fait de dignes fruits de pénitence. 

i e canon. Que celui qui aura voulu se tuer par désespoir, soit privé 
de la communion pour deux mois. 

5 e canon. Les évêques doivent employer aux réparations des églises de 
la campagne la part de revenus (le tiers) qu'ils en tirent selon les canons. 
Il est défendu de donner plusieurs églises à un même prêtre ; mais celles 
qui ont moins de dix serfs doivent être unies à d'autres. 

6 e canon. 11 s'est glissé un abus parmi quelques prêtres d'Espagne , 
qui.au lieu de préparer avec soin le pain destiné au sacrifice, se conten- 
tent de leur pain ordinaire, dont ils coupent une croûte en rond 
qu'ils offrent sur l'autel. On ne doit employer pour ce saint usage qu'un 
pain entier et blanc, fait exprès et d'une médiocre gr, ndeur, puisqu'il 
ne doit point charger l'estomac , n'étant destiné qu'à la nourriture de 
l'âme, et qui puisse facilement se conserver dans une petite boîte (1). 

7« canon. Dans les six mois après la tenue d'un concile, chaque 
évêque doit en publier les règlements dans son synode composé des 
abbés, des prêtres et de tout le clergé avec le peuple de la ville épi- 
scopale. 

8 e canon. Dans les églises cathédrales et dans les paroisses de la 
campagne, on doit offrir chaque jour le sacrifice pour le roi et la famille 
royale, à l'exception du vendredi-saint, pendant lequel h s autels sont 
découverts et il n'est pas permis de dire la messe. 

9 e canon. Sisbert, archevêque de Tolède, avait violé le serment de 



(0 On faiaai. donc dès ter», dît M,l,ill,m, de. uorlfes à peu pr4 , conime elle, 
«ont aujourd'hui. — De azymo 

T. III. 1Q 






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— 146 — 

fidélité prêté à Égica , en conjurant avec plusieurs autres pour lui faire 
perdre le royaume et la vie. On le déposa , on le priva de tous ses biens 
et il fut mis en la puissance du roi qui le condamna à une prison per- 
péiuelle. Il fut encore ordonné par le Concile que Sisbert ne recevrait 
la communion qu'à la mort , si le roi ne lui faisait pas grâce. 

10 e canon. On prononça dans ce canon trois fois anathème contre 
ceux qui attenteraient à la vie des rois et qui entreraient dans une con- 
spiration soit contre eux, soit contre l'état; on les réduisit eux et leurs 
descendants à la condition d'esclave. 

11 e canon. Ce canon ne contient que des vœux pour la prospérité du 
roi Égica et pour ceux qui lui demeureront fidèles. 

12» canon. On mit à la place de Sisbert, déposé dans le 9» canon, 
Félix, évêqne de Séville, dont on fit remplir le siège par Fauslin, évêque 
de Brague , à qui l'on donna pour successeur Félix , évêque de Portu- 
cal. Ces trois évêques transférés par ordre du Concile prirent les titres 
de leurs nouveaux sièges en souscrivant à ses décrets. 

13 e canon. L(s évêques de la Narbonnaise n'avaient pu se trouver à ce 
concile, à cause de la peste qui ravageaii leur pays. Le roi Égica fit 
ordonner par ce canon qu'ils assembleraient leur Concile à Narbonne 
pour y souscrire les décrets de celui de Tolède, qu'il confirma lui-même 
par un édit. 

N° GOC.« 

XVII" CONCILE DE TOLÈDE (1). 
(toletanum XVII.) 

(Le 9 novembre de l'an 694 (2). ) — Ce concile , après avoir lu un 
mémoire présenté par le roi , et fait , selon la coutume une profession, 
dressa huit canons de discipline. C'en le dernier dont nous ayons les 
actes ; mais on n'y trouve pas les souscriptions des évêques qui y assis- 
tèrent (3). 

1" canon. Au commencement de chaque concile , on doit passer trois 
jours en jeûne en l'honneur de la Sainte-Trinité , pendant lesquels on 
traitera de la foi, de la correction des évêques et des autres matières 
spirituelles, sans qu'il soit permis à aucun séculier d'y assister. 



■ 
I- 



(i) Le XVIII e , d'après quelques auteurs. 

(a) Ce concile est daté de la 7 e année du règne d'Égica, le 5 des ides de novem- 
bre , de l'ère d'Espagne la 73a" année. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. i36i. — Saens de Aguirre, Coll. conc. 
His/i., 1. H, p. 75a. 



I 



— 147 — 

2 e canon. Depuis le commencement du carême jusqu'au jeuavsaint, 

e baptistère doit êire fermé et scellé du sceau de l'évèque; on ne doit 

l'ouvrir que dans les cas de grande nécessité. Le jeudi-saint on dépouille 

les autels et on ferme les portes de l'église ; car il n'est pas convenable 

de les laisser ouvertes le jour qu'on n'offre pas le sacrifice. 

5 e canon. Chaque évêque doit pratiquer le jeudi-saint la cérémonie 
du lavement des pieds des frères , pour se conformer à l'exemple de 
Jésus-Christ. (Celte coutume commençait à s'abolir dans les églises 
d'Espagne.) 

4 e canon. Il est défendu aux prêtres d'employer à leur usage les vases 
sacrés ou les ornements de l'église , de les vendre ou de les dissiper, 
sous peine d'être privés de la communion et d'être obligés de les réta- 
blir à leurs frais. 

5e canon. Il est défendu de dire des messes de morts pour les vivanis 
dans l'intention de leur causer la mort, sous peine de déposition pour 
le prêtre, de prison perpétuelle et d'excommnnieation contre le prêtre 
et contre celui qui l'aura excité à commettre ce sacrilège. 

6 e canon. On doit faire chaque mois, selon l'ancien usage, des lita- 
nies ou prières publiques pour la santé du roi, le bien de l'état et la 
rémission des péchés du peuple. 

7 e canon. II est détendu d'attenter à la vie des enfants du roi et de 
la reine et de s'emparer de leurs biens après la mort du prince. Si quel- 
qu'un ose violer ce décret , qu'il soit anathème et rayé du livre céleste 
pour être livré avec le diable et ses compagnons aux supplices éternels. 

8 e canon. Et parce que plusieurs juifs ont été convaincus d'avoir 
conspiré avec les infidèles d'outre-mer (apparemment les musulmans 
d'Afrique ) contre l'état et contre les chrétiens, nous les condamnons à 
être dépouillés de leurs biens, réduits en servitude perpétuelle et dis- 
tribués aux chrétiens selon la volonté du roi. Ceux dont ils seront 
les esclaves ne leur permettront point de pratiquer leurs cérémonies ; 
ils leur ôteront leurs enfants à l'âge de sept ans pour les élever chré- 
tiennement et les marier ensuite à des chrétiens. 

Ces canons furent confirmés par un édit du roi Égica. Désormais, 
pendant environ cent cinquante ans, on ne trouve aucun monument de 
l'Église d'Espagne. 

N° G07. 

CONCILE DE BACANCELD , EN ANGLETERRE. 

(bacancelhense.) 

(L'an G94.) — Saint Britouald, archevêque de Cantorbéry, Tobie, 



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— 148 



1 



évêque de Hoehester, des abbés, des abbesses, des prêlres, des diacres 
et des seigneurs assistèrent à ce concile qu'avait assemblé Withered, 
roi de Kent. Ce prince y promit pour lui et pour ses successeurs de 
conserver la liberté el l'immunité des églises et des monastères. Il 
déclara qu'après la mort d'un abbé ou d'une abbesse l'élection de son 
successeur se ferait avec le conseil et le consentement de l'évêque, 
sans que la puissance royale y intervint en quelque manière que ce 
fût. i Car , ajouta-til , comme il est du droit du roi d'établir des 
« princes, des gouverneurs et des ducs séculiers, de même il appartient 
i à l'évêque métropolitain de gouverner les églises, de choisir et d'é- 
« tablir des abbés , des abbesses, des prêlres et des diacres. » Il 
nomme en particulier les monastères où il veut que celte loi soit en 
vigueur et donne beaucoup de privilèges à l'église de Rochester et à celle 
de Doroberne(Cantorbéry.) Le roi Withered souscrivit le premier tant 
en son nom qu'en celui de la reine et de son fils Aliric. Britouald, 
Tobie et les autres assistants souscrivirent ensuite (1). 



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N° 608. 

CONCILE D'AUXERRE. 

(altissiodorense.) 

(L'an 695 ou 696.) — Scobilion, évêque d'Auxerre, étant mort vers 
l'an 695, Thélrique fut tiré du monastère de Saint-Germain pour lui 
succéler. Dès la première année de son épiscopat, il tint un concile ou 
plutôt un synode à Auxerre, où il régla de quelle manière les abbés et 
les archiprêtres des diverses églises de son diocèse devaient venir faire 
l'office dans l'église cathédrale de Saint-Etienne, à cause de la disette 
de clercs. Les moines de Saint-Germain commençaient la première se- 
maine de janvier; le clergé de Saint-Amatre le célébrait la seconde se- 
maine, et ainsi des autres pour chaque mois de l'année. Dans le mos de 
septembre, il n'y a point de communauté désignée, apparemment à caus - 
des vacances pour les vendanges. Chacun recevait pendant sa semaine 
la rétribution nécessaire de l'économie de l'église ; mais ceux qui ve- 
nait trop tard ou qui s'acquittaient négligemment de l'office, étaient 
prives de vin pendant un certain temps. Si le célerier, c'est-à-dire le 
vidame, qui gouvernait la maison de l'évêque, manquait de fournir ce 

(i) I.e P. Iabbe, Sacr. tout., I. VI, p. i3JG. — Wilkins, Conc. Bril. et HA., 
t. 1, [). 56.— Une chronique saxonne place ce concile à l'an 692; voir ces deux 
collecteurs. 



— 149 — 

qui élait dû, on l'enfermait dans un monastère pour y faire pénitence 
pendant six mois (1). 

N° 609. 

CONCILE DE BERGAMSTED, EN ANGLETERRE. 

(bercamstedense.) 

( Le G août de l'an 697 (2).) Saint Britouald , archevêque de Can- 
torbéry, présida à ce concile, assisté de Gybmond, évoque de Roches- 
ler et de plusieurs autres prélats. Le roi Withered , qui s'y trouva aussi 
avec plusieurs seigneurs, donna par sa présence force de loi aux vingt- 
huit canons rédigés dans ce concile ; voici ce qu'ils contiennent en 
substance (3). 

1 er canon. (4). Que l'église jouisse de ses droits, de ses revenus et 
de ses pensions; que l'on fasse des prières pour le roi, et que l'on 
obéisse à ses ordres volontairement et sans contrainte. 

2 e canon. Que l'amende pour contravention aux droits de l'église soit 
de 50 sous, comme pour l'infraction des droits du roi. 

5 e canon. Que les adultères laïques soient mis en pénitence et re- 
tranchés de la communion ecclésiastique, et que les ecclésiastiques 
soient déposés. 

4 e canon. Que les étrangers coupables de ce crime soient chassés du 
pays. 

5 e canon. Si un militaire («ir militari*) est convaincu de ce crime, 
qu'il paye une amende de 100 sous, 

6° canon. El le paysan une de 50 sous. 

7' canon. Si un ecclésiastique tombe dans cette faute et qu'il s'en 
corrige, il pourra demeurer dans les fonctions de son ministère, pourvu 
qu'il n'ait pas refusé malicieusement de donner le baptême et qu'il ne 
s'adonne pas à l'ivrognerie. 

8 e canon. Si un tonsuré, qui ne garde pas sa règle (c'est-à-dire un 

fi) Ilislorift episcoporum ÂiHssiodoremiurn , cap. 24. — DibUnlh. not'd , 1, T, 
V- 427- 

(2} Ce concile est daté de la 5 e année da règne de Withered, l'an (196, indie- 
tion IX e , d'après Wilkins, et d'après I.atjbe l'an 697, iudiciion i". Mais ce dernier 
collectent se trompe évidemment dans la date de l'indictîon : l'an 697 répond à la 
x c indiction. 

(S) Le P. l.afibe, Saur, conc., 1. VI, p. 1376. — Wilkins, Ômc. Rrit. cl Blb.i 
t. I, p. 60. 

(4) Ces canons portent dans quelques manuscrits te litre de jugement, ou loi du 
roi Withered. 



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— 150 — 

moine) veut passer ailleurs, il le peut, pourvu qu'il Irouve quelqu'un 
qui le reçoive. 

9 e canon. Si un esclave est affranchi devant l'autel, il est libre et il 
peut succéder comme les personnes libres. 

10 e canon. Si un esclave vaque par ordre de son maître à une 
œuvre servile, la veille du jour du soleil ou la veille du jour de la lune, 
après le coucher du soleil , le maître doit payer 80 sous d'amende. 

II e canon. Si un esclave se trouve en voyage pendant ces jours, qu'il 
paye à son maître G sous, ou qu'il soit battu de verges. 

12 e canon. Si un homme libre fait ces choses en temps défendu, qu'il 
soit soumis à une amende, et que celui qui le dénoncera ait la moitié 
de l'amende. 

43 e canon. Si un paysan offre, à l'insu de sa femme, un sacrifice au 
démon, qu'il soit puni par la perle de tous ses biens ; mais si le mari et 
la femme sont tous les deux coupables, qu'ils soient punis par la perte 
de tous leurs biens. 

14 e canon. Si un esclave offre un sacrifice au diable, qu'il paie 6 sous 
d'amende, ou qu'il soit battu de verges. 

15 e canon. Si le maître donne de la viande à son esclave un jour de 
jeûne, que l'esclave soit mis en liberté. 

16 e canon. Mais si l'esclave en mange de lui-même, qu'il paye une 
amende de 6 sous, ou qu'il soit battu de verges. 

17» canon. La parole de l'évêque aussi bien que celle du roi tient lieu 
de serment. 

18 e canon. Que les abbés accusés ou interrogés fassent, comme les 
prêtres et les diacres, serment devant l'autel en, ces termes : Je dis la 
vérité en Jésus Christ et je ne mens pas. 

19 e canon. A l'égard des autres clercs, qu'ils se présentent avec 
quatre personnes pour se purger par serment, qu'ils le fassent la tête bais- 
sée , une main sur l'autel et l'autre levée. 

20 e canon. Que les étrangers se présentent seuls et se purgent en 
faisant serment sur l'autel. 

21» canon. Que les paysans se présentent avec quatre personnes et 
fassent serment en leur présence la têle baissée devant l'autel. 

22 e canon L'église connaîtra des causes de ceux qui appartiennent à 
l'évêque. 

25 e canon. Si quelqu'un accuse un esclave de l'Église, son maître 
pourra le purger par son seul serment, pourvu que cet esclave ait 
reçu l'Eucharistie ; mais s'il ne l'a jamais reçue, il doit être obligé de 
donner caution, ou de se soumettre à la peine du fouet. 






— 151 — 

24 canon. Si l'esclave d'un laïque accuse l'esclave d'un ecclésias- 
tique, ou si l'esclave d'un ecclésiastique accuse l'esclave d'un laïque, le 
maître pourra purger son esclave par un simple serment. 

25 e canon. Si un laïque lue un voleur , il n'est point obligé de payer 
une amende. 

26 e canon. Si un homme libre est surpris emportant quelque chose 
qu'il aura volé, qu'il soit puni de mort, ou d'exil, ou d'amende, selon 
la volonté du roi. Celui qui l'aura arrèié aura la moitié de l'amende; 
mais s'il le tue, qu'il soit condamné à 70 sous. 

27 e canon. Si quelqu'un favorise la fuite d'un esclave qui aura volé 
son maître, qu'il paye 70 sous d'amende et que celui qui tuera l'esclave 
en paye la valeur. 

28 e canon. Si les étrangers et les vagabonds courent la campagne 
sans sonner du cor ou sans crier, qu'ils soient traités comme des voleurs 
de grand chemin. 

Dans les collections du concile, on trouve à la suite de ces canons dix 
autres sans date ni nom d'auteurs, où l'on prescrit des amendes pécu- 
niaires pour les injures faites à l'Église ou au sacerdoce. 



N° 610. 
CONCILE D'AQUILÉE. 

(AQI'ILEIENSE.) 



(L'an 698.) — Le patriarche Pierre assembla ce concile, où se trou- 
vèrent les évoques de son ressort. Sur les remontrances du pape Ser- 
gius, ces prélats y renoncèrent unanimement au schisme qui les tenait 
séparés de l'Église romaine, depuis le temps du pape Pelage I", au 
sujet de la condamnation des trois chapitres (1). 

(i) Zanelti, Del rcfjno de Lotigobardi, p. ^65 et à la note. — tiède, De sex œta- 
libus. — Le P. Labbe, Sacr. cotte., t. VI, p. i38i, rapporte à cette année un conci- 
liabule d'Aquilée contre le V" concile œcuménique, dans lequel les évoques de ce 
patriarcat auraient résolu de rejeter le Ve concile de l'an 553 et de se séparer de 
la communion de l'Église catholique , sous préteste que ce concile n'avait pu 
condamner les trois chapitres sans porter préjudice au décret du concile de Calcé- 
doine. Labbe cite en témoignage Bède [De sex œlalibus), Paul diacre (lib. v, 
cap. i4ï et Sigebert (Cltronic.); il est aussi fait mention par ces auteurs du concile 
que nous rapportons. 



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N° 6ii. 
XVIII e CONCILE DE TOLÈDE (1). 

(ïOLETANUM XVIII.) 

(L'an 701 (2).)— Il ne nous reste de ce concile ni actes ni canons (3). 
Ce fut vers cette époque que l'Espagne tomba sous la domination des" 
musulmans et que l'Église catholique y fut réduite à l'état le plus dé- 
plorable. 

Le roi Vitiza avait signalé le commencement de son règne par quel- 
ques actes de clémence. Mais ensuite s'abandonnant à ses passions, il mit 
tout en désordre par sa tyrannie et sa débauche effrénée. Il eut en 
même temps plusieurs femmes, sans compter un grand nombre de 
concubines , et son exemple, suivi d'abord par les grands , s'étendit au 
peuple et même au clergé. Gondéric, archevêque de Tolède, illustre par 
ses miracles et par sa sainteté, empêcha, tant qu'il vécut, par son zèle 
et sa prudence, une partie du mal; mais Sindérède, son successeur 
contribua lui-même à augmenter le désordre. Il ne rougit pas, pour 
complaire à Vitiza , de maltraiter les ecclésiastiques les plus vénérables 
qui avaient le courage de s'opposer aux injustices du roi et de lui repro- 
cher ses crimes. L^s vexations devinrent si publiques et si révoltantes, 
qu'ils prirent le parti d'invoquer la protection du pape. Alors Vitiza , 
craignant les suites de cet appel, défendit d'obéir aux constitutions 
apostoliques et ne se borna pas à permettre , n ais enjoignit à tous les 
clercs d'avoir une femme ou une concubine, et même plusieurs , s'ils 
le voulaient. Ensuite, par un double mépris des canons, il donna, du 
vivant de Sindérède, l'archevêché de Tolède à son propre frère Oppa, 
qui occupait déjà le siège de Séville. Il rendit la liberté aux juifs condam- 
nés à la servitude sous le règne précédent pour avoir conspiré avec les 
musulmans d'outre-mer , et il accorda à leurs synagogues des privilèges 
plus étendus que ceux dont jouissaient les églises. Enfin après avoir 
fait mourir Favilla et crever les yeux à Théofroi , l'un et l'autre de la 
race royale , il fit abattre , dans la crainte d'une révolte , les murailles 
des villes les plus importantes. 

(i) Le X1X«, d'après quelques auteurs. 

(a) Ce concile fut tenu sous le roi Vitiza , qui venait de succéder à son père 
Egica, la -j.it)'> année de l'ère. 

(3) Rodéric, lib. m, cap. .4-- Isidore, p. ,o, . i. - Gardas Loaisa, Concilia 
Ilispamœ. - Le P. Labbe , Saa: conc , l. VI , p. ,386. - Saen. de Agoirre , Coll. 
conc. Hisp., t. II, p. 7G3. 



- 153 — 

Cependant Rodéric, ou Rodrigue, fils de Théofroi, se mit à la tête 
des mécontents, défit Vitiza, lui fit crever les yeux et fut proclamé roi 
par les grands, l'an 711. Mais il ne tarda pas à imiter les désordres de 
son prédécesseur, et dans la fougue de ses honteuses passions , il abusa 
de la fille du comte Julien , gouverneur de la ville de Ceuta sur la côte 
d'Afrique. Celui-ci, pour venger cette injure, détermina les musulmans 
à passer en Espagne pour en faire la conquête. Ils remportèrent plu- 
sieurs victoires sur Rodrigue et gagnèrent enfin une bataille décisive 
où ce roi voluptueux perdit la vie. Ils s'avancèrent ensuite jusqu'à 
Tolède, dont Pévêque Sindérède avait pris la fuite. L'usurpateur Oppa 
rendit la ville au général musulman , qui fil mourir les principaux 
citoyens et qui, poursuivant sa marche victorieuse , exerça partout les 
mêmes cruautés. Il livrait les villes au pillage et même quelquefois à 
l'incendie et faisait passer au fil de l'épée jusqu'aux femmes et aux 
enfants. 11 répandit par cette conduite atroce une si grande terreur, que 
les places qui restaient encore fidèles au roi s'empressaient de faire leur 
soumission et de demander la paix. Quelque temps après, la veuve du 
roi Rodrigue épousa le gouverneur musulman , à la condition d'obtenir 
pour elle et pour les chrétiens le libre exercice de leur religion (1). Ainsi 
finit, l'an 715, la domination des goths en Espagne, où elle avait duré 
environ trois cents ans, depuis l'an 415 qu'ils y entrèrent eous la 
conduite d'Alaulfe (2). 



N° G12. 

CONCILE DE WORMS. 

(wonsucENSE.) 



(Vers l'an 700.) - Dans ce concile, on fit douze canons pour le 
maintien de la discipline ecclésiastique (3). 

1" canon. Si quelqu'un accuse un évêque, un prêtre, un diacre, 
d'avoir commis un crime et ne peut prouver son accusation , nous 
ordonnons qu'on ne lui donne pis la communion , même à la mort. 

2 e canon. Qu'aucun évêque ni clerc inférieur ne se permettent de 
juger des causes le saint jour de dimanche. 

(.) On donna te nom de m.,z,rabes aux chrétiens <|u. resièrenidaiM les provinces 
d'Espagne soumises aux infidèles, cl de là vient que la liturgie espagnole a été 
nommée monrabiqne. 

(2) Rodéric, lih. ii, cap. i 7 , 1 8. — Isidore, p. n, 

(3) Mirtennc, Çollect, vet. sen^orum et moniini., etc., t. VII, p. 4g. 



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— 154 — 

5* canon. Qu'aucun clerc ne quitte son évêqne pour passer sons la 
juridiction d'un autre. 

4 e canon. Si quelqu'un usurpe le bien d'autrui et qu'averti par son 
évèque de le rendre, il ne le fasse pas, qu'il soit excommunié. 

5' canon. Que celui qui accusera quelqu'un d'un crime , écrive qu'il 
le prouvera , et que la cause soit examinée où le crime a été commis; 
mais s'il ne peut le prouver, qu'il subisse la peine qu'on aurait infligée 
à l'accusé , s'il se fût trouvé coupable. 

6 e canon. Que personne ne reçoive sans un sérieux examen l'accu- 
sation de celui qui est constamment en procès et qui est prompt à 
accuser. 

7 e BAKOU. Que personne ne reçoive le témoignage d'un laïque contre 
un ecclésiastique. 

8" canon. Qu'un clerc soit examiné (jugé) dans l'église et non pas en 
public. 

9' canon. Si un clerc est frappé pour quelque crime que ce soit , 
qu'il porte sou action dans la province où demeure celui qui l'a frappé; 
son accusateur ne doit point le traduire en jugement ailleurs ; mais si 
celui qui a été frappé soupçonne le juge de partialité, il peut appeler 
de son jugement. 

10 e canon. Que ceux qui sont soupçonnés ou coupables de quelque 
crime ne soient point admis à accuser les seigneurs. (Majores natu.) 

41 e canon. Qu'un évèque n'ordonne point, ne juge point et ne retienne 
point les clt'rcs d'un autre diocèse, et s'il le fait, nous voulons que 
l'ordination et le jugement soient nuls. 

12 e canon. Nous prohibons unanimement les jugements étrangers, 
parce qu'un clerc ne doit point se faire juger par des étrangers , mais 
par ceux de sa province qu'il a élus. 

Que personne ne soit condamné sans une accusation légitime. 



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N° 615. 

CONCILE DE NESTREFIELD, OU ESTREFELD, 

EN ANGLETERRE. 

( NESTERF1ELDENSE.) 

(L'an 703 (l).) — Saint Théodore de Canlorbéry sentant sa fin 
approcher, voulut , avant de mourir , se réconcilier avec saint Wilfrid. 

(i) Le P. Labbe , Wilkin» et aulrei placsni ce concile à l'an 701. 






— 155 - 

U le pria de venir le trouver à Londres, lui demanda pardon de l'in- 
justice qu'il avait commise envers lui et ajouia qu'il chercherait à la 
réparer. Ensuite il écrivit à ce sujet au roi Alfred, successeur de son 
frère Egfrid, à Ethelred roi des merciens, et ne négligea rien pour 
rendre publique 6a réconciliation avec le saint évêque d'York. Rappelé par 
Alfred, l'an 686, saint Wilfrid fut rétabli peu de temps après sur son siège 
épiscopal et dans le gouvernement de ses monastères. Mais il ne larda 
pas à être en butte à de nouvelles attaques. Alfred voulut, à l'exemple 
de son père , lui enlever une partie de ses monastères et de ses do- 
maines et ériger malgré lui de nouveaux monastères dans son diocèse. 
Enfin, vers l'an 691, le saint évêque, contraint de sortir du Nor- 
thumbre , se retira dans le pays des merciens où le roi Ethelred lui 
donna l'évêché de Liclifeld. 

L'an 703, le roi Alfred ayant assemblé un concile où se trouvèrent 
presque tous les évêques d'Angleterre présidés par Britouild , arche- 
vêque de Cantorbéry , on invita Wilfrid à s'y rendre , en promettant de 
lui faire satisfaction. Il y vint , mais on ne lui tint pas parole. El comme 
on voulait l'obliger à se démettre de son évèché et à se retirer dans le 
monastère de Ripon , il rappela les services qu'il avait rendus à l'Église 
d'Angleterre, en ramenant toute la nation des northumbriens aux prati- 
ques de l'Église romaine louchant la fête de pâqueset la tonsure en forme 
de couronne, en leur apprenant les répons et les chants alternatifs et 
en établissant la vie monastique selon la règle de saint Benoit ; et il leur 
dit que dans cette circonstance se démettre de son évèché, ce serait se 
déclarer lui-même coupable. Puis il déclara qu'il en appelait au siège 
apostolique (1). 

N° 614. 
CONCILE DE ROME. 

( ROMANUM. ) 

(L'an 704. (2).) — Peu de temps après le concile de iNestrefield , saint 
Wilfrid se rendit à Rome , où le pape Jean VI assembla un concile qui 
lint soixante-dix congrégations ou séances pour l'examen de celte 
affaire. Saint Wilfrid fut absous de nouveau et renvoyé à son église avec 
des lettres du pape pour Alfred et pour Ethelred. Jean VI exhortait ces 
deux souverains d'assembler un concile pour accommoder les parties, 



(i) Le P. Labbe, Sac: cortc.', t. VI, p. I 38i. — Wilkins , Cour. Hrii. «I llib. 
t. I, p. 64. — Vita S. mifndi. 
(■>■) L'an 705 d'après Labbe. 









— 156 — 

ou , si cela ne se pouvait pas , de les obliger a venir à Rome où leur dif- 
férend serait terminé par le Saint-Siège (1). 

N° 61S. 
CONCILE DE ROME. 

(ROMANUM.) 

(L'an 705.) — Après l'élection du pape Jean VII, l'empereur lui 
envoya par deux métropolitains les actes du concile de Consiantinople 
de l'an 691 , avec une lettre dans laquelle il le priait d'assembler un 
concile à Rome, afin qu'il pût confirmer par un éditée qu'il approuve- 
rait dans ses actes et rejeter ce qui lui déplairait. Le pape tint en effet 
un concile à Rome; mais dans la crainte de déplaire à l'empereur, il 
n'osa ni approuver ni rejeter les décrets du concile in trulto, et lui ren- 
voya l'exemplaire tel qu'il l'avait reçu , sans y avoir rien corrigé (2). 
Celte conduite de Jean VII a été (axée de faiblesse par les uns, et d'au- 
tres l'ont regardée comme un acte de prudence ; mais elle ne saurait 
être présentée comme une approbation du concile in trullo , et dans 
tous les cas elle ne pouvait avoir d'autre effet ni d'autre but que de 
permettre ou plutôt d'en tolérer l'usage dans les églises d'Orient. 

N" 616. 
CONCILE DE NIDDE, EN ANGLETERRE. 

( NIDDENSE. ) 

(L'an 705.) — La première année du règne d'Orcsd.fils d'Alfred, 
Rritoualtl , archevêque de Cantorbéry, tint un concile dans lequel le 
roi, les seigneurs et les cvêques se réconcilièrent avec saint Wilfrid et 
lui rendirent ses monastères avec leurs revenus. Avant de se séparer, 
tous les évoques s'embrassèrent et communièrent ensemble (3). 

(i) Bide, Uisloria, lib. v, cap. 10. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. i388. 
— Anastase, Yila pontificum. — C'est par erreur que ces deux lettres sont attri- 
huces dans les collections des conciles au pape Jean VII, qui ne monta sur la 
chaire de saint Pierre que le i" mars de l'an 705. 

(1) Anastase, l'ita pontificum. — Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 1387. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. cmic, t. VI , p. i38g. — Wilkins , Conc. Brit. et Mb., 
t. I, p, 6;. — Dom Mabillon, Acl. onlin. S. Benedict., I. V, p. 672, iu nolis. 



■ 



■ 



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— 157 _ 

B N° 617. 

CONCILE D'ADDERBOURN , PRÈS LE FLEUVE DE NODDRE 
OU NOORD. 

(adderbournense.) 

(L'an 705.) — 11 est fait mention de ce concile dans une charte ou 
donation faite par l'évêque Aldhelme aux monastères de Malmesbury, de 
Fromens et de Bradfort(l). 

N° 618. 
CONCILE DANS LE ROYAUME DES MERCIENS. 

(JIERCIANUM.) 

( Vers l'an 705. ) — On ordonna , dans ce concile , a Aldhelme , abbé 
du monastère de Malmesbury, de composer un livre contre l'erreur des 
bretons au sujet de la célébration de la fête de pâques (2). 



N° 619. 
CONCILE DES SAXONS OCCIDENTAUX. 

(OCCIDENTATIUM SAXONUH (3).) 

(L'an 705.) — Après la mort de saint Heddi, évêque de Worchesier 
ou de YVessex, la province des saxons occidentaux lut divisée en deux 
évêchés, dans ce concile, tenu sous le roi Ina, par les évoques Aldheline 
et Daniel (i). 

M 620. 

I er CONCILE DE TONGRFS. 

(TUNCRENSE I.) 

(L'an 708.)— Ce concile fut tenu par saint Hubert la treizième année 
de son pontificat. On y décida que les reliques de saint Lambert se- 

(i) Guillaume de Malmesbury, De geMs pontifie, lib. 5. — Wilkins Corn 
Brit., t. 1, p. G8. 

(î) Bède, Hlstorin, lib. V, cap. > 9 . — Le P. Ubbe, Suer, conc., t. VI, p. ,38g. 
— Wilkins, Conc. Bril. etHib., t. I, p. 6G. 

(3) On ne connaît pas le lieu où fut tenu ce concile. 

(4) Bède, Uist. eccl., lib. v, cap. ,y. _ Guillaume de Malmesbury, I)e gestis 
pontifie, hb. ,„. _ Faricius Tuscus, ]' ita Aldhehni. _ U P. Labbe, S«cr. cçnc., 
«• M, p. uq3. — Wilkins, Conc, Drit., t. I, p. 7 o. 



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Il i 



— 158 — 

raient transférées du monastère des Sainls-Cosme-et-Damien dans la 
petite ville de Liège où il avait souffert le martyre (1). 

N° 621. 
IT CONCILE DE TONGRES. 

(TUNGRENSE II.) 

(L'an 709.)— Ce fut dans ce concile, composé de trente évêques, que 
saint Hubert, du consentement du pape Jean, fit transférer à Liège le 
siège épiscopal de Tongres (2). 

N° 622. 
CONCILE D'ALNE, EN ANGLETERRE. 

(ALNENSE. ) 

(Vers l'an 709.)— Britouald, archevêque de Cantorbéry, assembla ce 
concile, où il confirma les donations failes par Osward, frère du roi 
Étlielred, et par quelques autres seigneurs au monastère d'Evesham, 
bâti par saint Egnvin, évêque de Worchester (3). 

N* 625. 

I" CONCILE UE LIÈGE. 

(leodiense I.) 

(Le 29 avril de l'an 710 (4).)— Saint Hubert, premier évêque de Liège, 
assembla ce concile dans lequel on fit dix canons (5). 

i" canon. Dans l'administration du sacrement de baptême on doit 
prononcer les paroles suivantes : Je te baptise au nom du Père et du 
Fils et du Saint-Esprit. Ainsi-soit-il. 

2' canon. Les enfants âgés de plus de sept ans doivent être amenés à 

(i) Le P. Hartzheim, Conc. Germ., t. I,p. 3i. 

(i) Le P. Harizheim, Conc. Germ., t. I,p. 3a, — Le P. Robert, HistoriaS. Hu- 
bert i, p. i65. 

(3) Dom Mabillon, Act. ord. S. Bened., t. III, p. 3a4 Le P. Labbe , Sacr. 

conc., t. VI, p. 1401. — Wilkias, Conc. Brit.et Hib., t. I, p. 7a. 

(4) Ce concile fut tenu , dit Hartzheim, pendant la vil» indiction; ce serait donc 
l'an 709 et non l'an 710; mais le P. Robert dit positivement l'an 710. 

(5) Le P. Hartzheim , Conc. Germ., t. I , p. 3a. — Le P. Robert, Hist. S. Bu- 
berti, p. 166. 









- 159 - 

l'évêque pour recevoir la confirmation ; les adultes (qui n'ont pas reçu 
la confirmation) doivent auparavant se confesser de leurs péchés. 

3" canon. Que le prêtre administre les autres sacrements de l'église, 
et que les fidèles lui confessent leurs péchés au moins une fois l'an. 

i° canon. Qu'il leur explique les enseignements de Dieu, et que le 
dimanche et les jours où il leur donnera à manger le saint corps du Sei- 
gneur il leur expose ce qui est nécessaire au salut. 

5 e canon. Si le prêtre néglige ces choses, qu'il sache qu'il sera puni 
de Dieu. 

6« canon. Que le prêtre donne l'exemple des bonnes œuvres et qu'il 
veille avec soin sur son troupeau ; car l'homme ennemi est très-prompt 
à semer l'ivraie dans le champ du Seigneur. 

7« canon. Que les églises soient propres et les autels décemment or- 
nés; car c'est la demeure du Seigneur, non-seulement en esprit, mais 
encore humainement. 

8« canon. On doit en ôter ce qui peut fixer la curiosité de ceux qui 
viennent y prier, et n'y mettre que des objets propres à inspirer aux 
fidèles l'amour de Dieu. 

9 e canon. Les trésors de la miséricorde divine sont ouverts aux fai- 
bles, mais la justice doit être leur compagne ; car le Christ est venu 
pour nous racheter tous et nous faire entrer de notre propre volonté 
dans le céleste empire. 

10 e canon. Quant aux morts, que tous les fidèles offrent à Dieu le sa- 
crifice quotidien de la messe, des prières, des dons et des jeûnes, afin 
que leur âme jouisse au plutôt de la béatitude éternelle, que le Christ a 
daigné nous préparer (par sa mort). 



■ 



N° 624. 
* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANT INOPOL ITAN UM .) 

(L'an 712.) — Après la mort de Justinien, l'arménien Bardane ou Phi- 
lippique s'étant fait proclamer empereur fit assembler un concile à Con- 
stantinople, où le VI e concile général fut condamné par les monothé- 
liles. Ensuite il chassa de leurs sièges les évoques qui refusèrent de 
souscrire au jugement de son conciliabule, entr 'autres Cyrus, pa- 
triarche de Constantinople, qu'il fit remplacer par un monothélite 
nommé Jean ; et trouvant daus le palais une copie des actes du 
VI e concile, écrite de la main du diacre Agathon, notaire et bibliothé- 



— 160 — 

caire de l'église cathédrale de Consianlinople , il la lit brûler publique- 
ment. Deux ans plus tard, le diacre Agathon fit de sa main une nouvelle 
copie des actes de ce concile, pour remplacer celle qui avait été brûlée; 
il y joignit un avertissement où il déclare qu'il avait aussi écrit lui- 
même les copies de la définition de loi qui furent envoyées avec les 
souscriptions du concile à Rome et aux sièges patriarcaux ; il ajoute 
qu'elles élaient écriies en lettres ecclésiastiques, c'est-à-dire apparem- 
ment dans une forme d'écriture différente de celle des actes vul- 
gaires (1). 

N° 628. 

CONCILE DE LONDRES. 

(londinense.) 

(Vers l'an 712.) — Il fut ordonné dans ce concile que l'on metlrait 
des images dans les églises et qu'on les adorerait , c'est-à-dire qu'on se 
prosternerait devant elles. Quelques auteurs révoquent en doute l'au- 
thenticité de ce concile par la raison qu'on n'avait point en Angleterre 
ôté les images des temples (2). 




N° 626. 
CONCILE D'ANGLETERRE (5). 

(IN ItEGNO ISJF. REGIS.) 

(L'an 712.)— Ce concile, composé des évêques, des princes, des an- 
ciens, des comtes, des seigneurs, des savants et des peuples de tout le 
royaume fut, dit-on, assemb'é à l'occasion du mariage d'Ina, roi des 
merciens, avec Guala, fille de Cadwaldra ou Cœadwalla, roi des bre- 
tons, pour y régler les mariages entre les anglo-saxons, les bretons et 
les écossais. Mais ce qu'on lit du second mariage d'Ina étant regardé 
comme une fable, on doit rejeter ce concile, dont l'authenticité est 
fort douteuse et l'année inconnue, quoique un auteur le place par con- 
jecture à l'an 712 (4). 



(i) Thcopbane, Clironogrupli. — Le P. Labbe, Sacr. conc, l. VI, p. i/Joi. 

(a) lièilc , Hisl. ceci. — Baronius, Annales , ad ami. 714 , nuni. 3 et 4. — Spel- 
man, Conc, t. 1, p. 2u8. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI , p. iajai. — VVilkins, 
Conc. Brit., t. I, p. 72. — Ceniuii.i leurs de Majjdebourg , centur. 8. 

(i) On 11c connaît pas le lieu où fut tenu ce concile. 

(4) Le P. Labbc, Sacr. conc, t. VI, p. 1421. — Wilkins, Conc. Bril., 1. I, p. 74. 
— Ceillier, llist. des ailleurs sacrés, t. , p. 7C7. 



— 161 — 

N° 627. 

CONCILE DE CONSTANT1NOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(Le il août de l'an 715 (1).) — Ce fut dans ce concile, tenu en pré- 
sence du prêtre Michel, apocrisiaire du Saint-Siège, que, du consente- 
ment du clergé, du sénat et du peuple, on transféra Germain, évêque 
de Cjzique, sur le siège de Constantinople, après la déposition du mo- 
notliélite Jean (2). 

N° 628. 

CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(L'an 715.) — Ce concile fut tenu, sous l'empereur Anastase, par le 
patriarche Germain contre l'hérésie des monoihélites. On y confirma le 
VI e concile général, en prononçant anathème contre Sergius, Cyrus, 
Pyrrhus, Pierre, Paul et Jean et en confessant deux volontés et deux 
opérations en Jésus-Christ (3). 

N° 629. 

CONCILE DE .... EN ËTRURIE. 

(I.N VICO VAI.ARI.) 

(L'an 715.)— On termina dans ce concile un différend qui s'était 
élevé enirc l'évoque d'Aretinuset l'évêquede Sens (4). 

N° 630. 
CONCILE D'UTRECHT. 

(tiujectense(5).) 

(L'an 719.) — Saint Willebrod et saint Swithbert présidèrent ce 

'i) Ce concile esi daté de la a' année du règne de l'emp. Anastase, indic. xiu». 
Il) Théophane, Clironograph., p. iiï. — Zonare, Annales, lib. xiv,nnn>. ai. — Le 
P. Labbe, Sacr, conc., t. VI, p. i45i. — Le P.Mansi, Suppl. conc, t. I. p. 542. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. i45u. 

(4) Muratori, Ant. Itul., t. VI, p. 372. — Le P. Mansi , Sup. conc., t. I , p. 538. 

(5) Quelques auteurs prétendent que cette ville était nommé Willbourg parlée 
anciens habitants; mais ils se trompent : Wiltebùrgum était un bourg de la seigneu- 
rie d'L'treclit, situé sur la rive du Rhin à trois mille pas de cette ville. (Baudrand, 
Geographia, t. II, p. 4"4.) M. Gnizol, Hist. de la civil, en France, t. 111, p. 3gg, 
prétend que c'est Maëstriclit et non pas Utrcclit. 11 est vrai de dire que ces deux 
villes portent le nom de Trajectum y celle-ci : Trajectum inferius, siée Trajectum ad 
lllienum, nunc recentioribus Ullrajectumj celle-là : Trajectum superius, sive Trajectum 
ud Mosam, seu Oblricum, (liaudrand, Geoijr., t. Il, p. 327.) Mais la plupart des col- 
lecteurs pensent que r'esl à Ulreebt que fut tenu re concile ; le P. Labbe dit : Hoc 

T. MF. Il 






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- 162 — 
concile où il fut résolu qu'on enverrait des prédicateurs dans les pro- 
vinces voisines pour y prêcher aux infidèles la foi du Christ. Saint Win- 
frid ou saint Boniface fut désigné pour faire partie de cette importante 
mission (1). 

N° C51. 

I" CONCILE DE ROME. 

(ROMANUM I.) 

(Le 5 avril de l'an 721 (2).)— Au milieu des désordres occasionnés par 
les fréquents ravages des lombards , le pape Grégoire II ne négligea 
rien pour faire fleurir en Italie la discipline monastique. L'an 718 , il 
rétablit le monastère du Mont-Cassin, ruiné par les lombards depuis 
cent quarante ans, et en donna le soin à quelques religieux du monas- 
tère de Latran fondé autrefois par les moines du Mont-Cassin. Il res- 
taura l'ancienne église de Saint-Martin, où il éleva un autel en l'hon- 
neur des saints Faustin et Jovite, qui avaient souffert le martyre à Bres- 
cia, et il y transféra le bras d'un de ces saints, ce que l'on remarque 
comme un des premiers exemples de la division des reliques en Occi- 
dent. Plusieurs monastères dans la ville de Rome même se trouvaient 
depuis longtemps délabrés et abandonnés ; le pape les répara et y mit 
des moines qui venaient chanter l'office du jour et de la nuit dans les 
églises voisines. Il fit aussi un monastère d'un hôpital de vieillards qui 
se trouvait derrière l'église de Sainte-Marie-Majeure, où les nouveaux 
religieux furent tenus de célébrer l'office. Enfin, après la mort de sa 
mère Honesta, il consacra à Dieu sa maison et y bâtit un monastère en 
i'honneur de sainte Agathe, auquel il donna des terres et divers orne- 
ments en argent massif, d'un poids considérable (3). 

concilittm Iwbitum est in c'vitate Germaniœ, auœ Ultrajectum vulgô nomtnatur. Comme 
nous ne savons sur quelle autorilé se fonde M. Guizot pour traduire Trajeclum par 
Maastricht , nous n'adoptons point son opinion qui se trouve d'ailleurs combattue 
par de puissantes autorités. 

Nous avons réuni sous la date de l'an 719 le concile de l'an 697 , dont parle le 
P. Labbe et qui est clairement le même que celui de l'an 719. Deux autres raisons 
nous ont déterminé à supprimer celui de l'an 697 : la première , c'est que saint 
Winfrid, plus connu sous le nom de saint Eoniface, ne quitta l'Angleterre sa patrie 
qu'après l'an 710; la seconde, que ce concile ne fut tenu qu'après la mort de Rad- 
bod, roi des f risiens, arrivée l'an 7 1 9 suivant la chronique de Sigebert. 

(1) Marcellin, Vila Swiberli , apud Surium , ad diem 1 martii, cap. l3 et i4. — 
Sigebert, Chvonlc. —Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. i3 7 6, 1879. — Le P. Har- 
douin, Collecl. conc, t. III, index. 

(2) Ce concile est daté de la 6° année du règne de l'empereur Léon , la î« de ion 
fds Constantin Copronymc, indiction iv«. 

(3) Anasl. Vila. Grey, //.—Paul, Hist. , l.v, c. 4c— Baron. Ann. ad aup, 713, n.7. 






— 163 — 
Comme on voyait souvent en Italie des romains ou des lombards 
contracter mariage avec des parenies et même avec des personnes 
consacrées à Dieu, le pape Grégoire II, voulant réformer ces abus, tint 
un concile auquel assistèrent vingt-deux évoques, quatorze prèlres et 
quatre diacres. On y remarque trois étrangers, Sindérède qui avait quitté 
le siège épiscopal de Tolède, l'an 715, dans la crainte des Arabes, Sé- 
dulius de la Grande-Bretagne et Fcrguste d'Ecosse. Le pape y 'pro- 
nonça une sentence d'anathème contre ceux qui contractaient des ma- 
riages illégitimes; elle est divisée en dix-sept canons, et sur ebaque 
canon les évoques répétèrent trois fois anathème(l). 

1 er canon. Si quelqu'un épouse une prêtresse, qu'il soit anatlième (2). 

2« canon. Si quelqu'un épouse une diaconesse, qu'il soit anatlième. 

3« canon. Si quelqu'un épouse une religieuse, qu'il soit anatlième. 

4- canon. Si quelqu'un épouse sa mère spirituel le, qu'il soit anatlième. 

5 e canon. Siquelqu'unépouselafemmedeson frère, qu'il soitanathème. 

6 e canon. Si quelqu'un épouse sa nièce, qu'il soit anatlième. 

7 e canon. Si quelqu'un épouse la femme de son père ou de son fils, 
qu'il soit anatlième. 

8 e canon. Si quelqu'un épouse sa cousine, qu'il soit anathème. 

9 e canon. Si quelqu'un épouse sa parente ou son alliée, qu'il soit 
anatlième. 

10 e canon. Si quelqu'un enlève une veuve ou l'obtient furtivement 
pour épouse, même avec son consentement, qu'il soit anathème. 

11 e canon. Si quelqu'un enlève une vierge qui ne lui aura pas été 
accordée en mariage, ou l'obtient furtivement pour épouse, même avec 
son consentement, qu'il soit anathème. 

12- canon. Si quelqu'un consulte les devins, les aruspices, les sorciers 
et pratique d'autres superstitions, qu'il soit anathème. 

15«canon. Si quelqu'un, m préjudice des lettres apostoliques, s'empare 
des jardins ou d'autres lieux appartenant à l'Église, qu'il soit anatlième. 

U° canon. Adrien, fils d'Exhilarat, s'est marié illégitimement avec 
la diaconesse Epiphanie, après s'être engagé par serment dans la con- 
fession apostolique, qu'il soit anatlième. 

15 e canon. La diaconesse Epiphanie s'est mariée illégitimement avec 
Adrien, fils d'Exhilarat, après s'être engagée par serment dans la con- 
fession apostolique, qu'elle soitana'Iième. 

16" canon. Si quelqu'un a consenti à cet acte, qu'il soit anathème. 

(i) Le P. Labbe, Sacr. cane., t. VI, p. 1454. 

(•) On nommait prêtresse, pressera, celle dont le mari avait été ordonné 
pr«tre, et ,1 hu était défendu de se remarier, même après la mort de son mari. 



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- 164 — 

17* canon. Si un clerc laisse croître ses cheveux, qu'il soit ana- 

ilième. 

IN 652. 

II e CONCILE DE ROME. 

(rohanuh II.) 

(L'an 724.) — Saint Corbinien, né à Châtres, aujourd'hui Arpajon, 
près de Paris, s'était enfermé dès sa jeunesse avec ses domestiques dans 
une maison voisine de l'église, dont il fit un petit monastère. Une foule 
de personnes attirées par le bruit de ses vertus ne tardèrent pas à venir 
le visiter, pour s'édifier par ses exemples et lui demander des instructions. 
Les plus grands seigneurs lui apportaient des offrandes, qu'il s'empressait 
de distribuer aux pauvres. Sa répuiatinn vint jusqu'à Pépin, maire du 
palais, qui se recommanda à ses prières. Craignant enfin que les visites 
et les présents des séculiers ne devinssent une cause de perte pour son 
âme, il quitta sa cellule au bout de quatorze ans et se rendit à Rome 
pour exposer ses scrupules au Père commun des fidèles. Le pape Gré- 
goire II, frappé de son mérite , l'ordonna évêque , sans l'attacher à 
aucun siège particulier, et considérant le relâchement déplorable où 
étaient tombées les églises des Gaules dans le malheur des temps, il vou- 
lut y remédier par nne mission extraordinaire et donna à Corbinien le 
pallium avec le pouvoir de prêcher partout. Le saint évêque se soumit, 
quoique avec beaucoup de répugnance, et vint prêcher dans les diffé- 
rentes provinces de France, où son zèle produisit les plus heureux effets, 
tant sur les peuples que sur les moines elle clergé. 

Cependant son humilité s'alarma de nouveau de la vénération dont il 
était l'objet ; il se retira dans son ancien monastère, où il demeura pen- 
dant sept ans. Et comme sa réputation croissait avec ses vertus et son 
humilité, il résolut de retourner à Rome pour obtenir du pape la per- 
mission de renoncer à l'épiscopat et de vivre du travail de ses mains, 
sous la conduite d'un supérieur, dans un monastère où il serait in- 
connu. Pour mieux se cacher, il passa par la Germanie et la Noriquc 
(la Bavière), où il s'arrêta quelque temps pour affermir dans la foi ce 
peuple nouvellement converti. Il y fut parfaitement accueilli par le duc 
Théodore et par son fils Grimoald, qui firent tous leurs efforts, mais 
inutilement, pour le retenir dans leurs états. Arrivé à Rome pour la se- 

onde fois, Corbinien alla se jeter aux pieds du Souverain-Pontife et lui 
exposa d'une manière touchante l'objet de ses désirs. Le pape admira 
on humilité; m ais ne jugeant pas à propos d'y accéder, il réunit un 
concile où il fut unanimement décidé que Corbinien devait continuer 

son ministère. Ne pouvant résister à l'autorité du pape, lo saint évêque 



— 168 — 

reprit le chemin de la Bavière ei établit son siège à Fiuxine (Frisingue), 
où il fit bâtir une église en l'honneur de la sainte Vierge et de saint Be- 
noît et institua des moines pour y célébrer l'office (1). 

N* 635. 
III e CONCILE DE ROME. 

(ROMANUM III.) 

(L'an 726 ) — Le pape Grégoire II assembla ce concile pour la dé- 
fense du culte des images contre les iconoclastes (2). 

N° 634. 
CONCILE DE LIÈGE. 

(leodine.nse h.) 

(L'an 726.) — Saint Hubert tint ce concile contre les ennemis des 
saintes images (3). 

N° 65i>. 

* SYNODE DE .... EN SYRIE. 

(lN SYUIA.) 

(L'an 726.) — L'an 1057 de l'ère des grecs, Athanase, patriarche des 
jacobites, tint un synode en Syrie pour la réconcilation des arméniens 
avec les syriens jacobites. C'est tout ce qu'on en sait (I). 

N° 656. 
* CONCILE DE CONSTANTINOI'LE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(Le 7 janvier de l'an 730.) — L'hérésie des iconoclastes (5), une des 
plus funestes qui aient affiigé l'Église, s'était répandue depuis quelque 
temps en Orient et faisait chaque jour de nouveaux propres , par l'in- 

(1) Aribo , Vitu S. Corbiniani , cap, 9. — Le P. Labbe , Sacr. conc,, t. VI 
p. l/p9- — Doin Mabillon, Act. ordin. S. Bened., t. III, p. f\~\, — Rar.mius, An- 
nales, ad ami. -]?\, num. 18 et seq. 

(2) Le P. Labbe, Sacr. cotai., t. VI, p. 1460. — Anastase, dans sn fie des papes, 
11e parle point de ce concile; mais le pape Adrien, dans sa lettre à Gliurleuiagnc 
dit en ternies exprès que Grégoire II assembla un concile à Rouie au sujet du culte 
des images. 11 rapporte inéinc les raisons et les autorite's dont le pape Grégoire 11 
se servit pour montrer que le culte en était ancien dans l'Église et légitime. 

(3) Le 1\ Harlzbcim, t. I, p. 33. — Le P. Roberti, Bist. S. Hubertt, p. 168. 

(4) Assemanus, Bibliotlicca orientait!, t II, p. .'j.:8. — Le I'. Mjiim , Sup)>t. 
conc, t. I, p. 545. 

(5) Ge nom vient du grec Etxùv, image , et seXaÇu, je Ltisc, pue que les ieo- 
oodusie? brisaient toutes les imag* s qu'ils trouvaient. 



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1 



— 166 — 
fluence et la tyrannie de Léon l'Isaurien , qui s'en était déclaré le pro- 
tecteur. Elle avait pris naissance chez les eutychiens et fut adoptée par 
les musulmans, dont l'ignorance taxait d'idolâtrie le culte des images. 
L'an 723 , un juif de Laodicée, en Phénicie, vint trouver le calife Yézid, 
successeur d'Omar, et lui promit une longue vie s'il détruisait l'idolâtrie 
dans ses états, en faisant abolir toutes les images dans les églises et sur 
les vases sacrés des chrétiens et toutes les figures qui servaient à l'or- 
nement des villes. Le calife envoya partout des ordres à cet effet, mais 
il mourut l'année suivante, et son successeur les révoqua. Walid , son 
fils, qui régna dix-huit ans après, fit mourir l'imposteur dans les 
tourments. Un autre juif avait séduit en Syrie un grand nombre de 
personnes en se donnant pour le Messie. A cette occasion , l'empereur 
Léon donna des ordres pour contraindre les juifs à se faire baptiser ; il 
usa de la même rigueur envers les montanistes , dont plusieurs par 
désespoir se brûlèrent dans leurs églises. Mais ce prince adopta les pré- 
ventions des juifs et des musulmans contre les images, et fut entretenu 
et confirmé d;ins ses préjugés par quelques évoques et par un syrien 
nommé Béser, qui, ayant été pris par les musulmans, avait renié sa 
religion , pour obtenir sa liberté. Une éruption volcanique arrivée dans 
l'archipel, l'an 726, fut regardée par Léon comme un signe de la colère 
de Dieu, irrité, disait-il, de l'honneur qu'on rendait aux images de 
Jésus-Christ et des saints. Croyant son autorilé suffisamment affermie 
par les victoires qu'il avait remportées sur les sarrasins, cet empereur ne 
tarda pas à manifester publiquement son hérésie , et dès le commence- 
ment de l'an 727, il déclara, en présence du peuple et du sénat, qu'on 
ne pouvait ni faire des images , ni les adorer sans tomber dans l'idolâtrie. 
Les murmures qui éclatèrent de tous côtés l'empêchèrent d'aller plus 
loin ; il se vit même obligé de donner un autre sens à ce qu'il venait 
d'avancer. Le patriarche saint Germain témoigna surtout une grande 
horreur pour une semblable doctrine, et lui opposant la pratique de 
l'Église, qui avait approuvé de tout temps le culte des images, protesta 
qu'il était prêt à donner sa vie pour leur défense (1). 

Parmi les évêques fauteurs des iconoclastes , on remarque particuliè- 
rement Constantin de Nicolaé ou Nacolie en Phrygie, qui se montra le 
premier et le plus ardent propagateur de cette hérésie. Saint Germain 
de Constantinople essaya de le ramener ; il écrivit même à Jean de 
Synnade, métropolitain de cet évêque, pour lui faire connaître le 
résultat d'une conférence qu'il avait eue à ce sujet. Après avoir exposé 

(i) Théophane, Clironogr., p. 336 et seq. — Niccphore, Historia, p. 37. — Ba- 
ronius, Annales, ad ann. 726. — Le P. Pagi, Crit. Bar., t. IF, p. ao5 et teq. 



- 167 — 
les sentiments de Constantin, voici, ajoute le saint patriarche , ce que 
je lui ai répondu : « La foi du chrétien et son adoration ne se rapportent 
i qu'à Dieu, selon qu'il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et 
t tu ne serviras que lui seul (I). Nous n'adorons point de créatures, à 

< Dieu ne plaise , et nous ne rendons pas à des serviteurs comme nous 
« les hommages qui ne sont dus qu'à la divinité. Quand nous nous pros- 
i tenions devant les princes de la terre, comme le prophète Nathan 

< devant David , ce n'est pas pour les adorer, et quand nous permettons 
i de faire des images, ce n'est point pour altérer la pureté du culte 
« divin; nous n'en faisons point pour représenter la divinité invisible 
« que les anges mêmes ne peuvent comprendre. Mais parce que le Fils 

< de Dieu a daigné se faire homme pour notre salut, nous faisons l'image 
« de son humanité pour fortifier notre foi et montrer par là qu'il a pris 
i réellement notre nature. C'est pour nous rappeler la mémoire de son 

< incarnation que nous saluons et vénérons ses images. Nous retraçons 
t pareillement l'image de sa sainte mère, pour faire souvenir qu'étant 
i femme et de même nature que nous, elle a conçu et enfanté le Tout- 
« Puissant. Nous honorons aussi les apôtres , les martyrs , les prophètes 
« et tous les saints qui ont été les serviteurs de Dieu et sont devenus 
i pour toujours ses amis, et nous rappelons par leurs images la mémoire 
« de leurs vertus pour nous porter à les imiter. Nous n'imaginons point 
« qu'ils participent à la nature divine et nous ne leur renions pus le 
i culte d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu ; mais nous voulons seulement 
« témoigner les sentiments de respect que nous avons pour eux et 
« graver par la peinture le souvenir des vérités qu'ils ont enseignées 
« par la prédication ; car, notre âme se trouvant unie à un corps, nous 

< avons besoin de recourir à des moyens sensibles pour faire sur elle 
i une plus vive impression. Cet évéque (Constantin) nous a enfin dé- 
t claré devant Dieu qu'il recevait cette croyance et qu'il ne dirait ni ne 

< ferait rien qui y soit opposé. Ainsi, tout ce que vous avez à faire, c'est 
« de lire cette lettre en sa présence et de l'obliger à y donner formelle - 
« ment son adhésion ("2). » 

Les impiétés de Constantin avaient excité dans sa province une indi- 
gnation si générale, qu'il crut devoir y renoncer en apparence pour 
prévenir ou suspendre la condamnation dont il se voyait menacé. Il 
était porteur de la lettre adressée à son métropolitain , mais il se garda 
bien de la lui faire parvenir. Dès que saint Germain l'eut appris , il lui 
adressa de vives réprimandes et l'interdit de toutes fondions épisco- 

(i) Deutéronome, ch. vi, v. i3. 

(■>) Actes du II' concile de JS'kée , VII e o-ciimcniquc; P. Labbe,' t. Vit, p. 290. 






I 

I) 



>• 






— 168 — 

pales, jusqu'à ce qu'il eûl remis sa lettre et signé ta rétractation. 
Voici une autre lettre du saint patriarche à Thomas de Claudiopolis , 
qui s'était déclaré contre les images. Il lui reproche d'abord sa dissimu- 
lation et se plaint de ce qu'ayant gardé le silence sur ce point dans les 
conférences qu'ils avaient eues ensemble , il avait ensuite fait enlever 
les images de son église, au grand scandale des peuples, et fourni ainu 
un prétexte aux calomnies des infidèles. « Ce n'est pas d'aujourd'hui , 
« ajoutait-il, que les juifs et les idolâtres nous font des reproches à ce 
« sujet, sans autre dessein que de calomnier notre foi; car ils se sou- 
« cient peu de nous détourner des ouvrages des hommes, eux dont tout 
« le culte n'a pas d'autre objet. Ne sait-on pas quelle est la vénération 
i superstitieuse des musulmans pour la pierre noire de la Casauba dans 
i la Mecque , où ils se font un devoir d'aller en pèlerinage ? Les ido- 
i lâtres s'imaginent faire un Dieu dont l'existence est attachée à la figure 
c qui le représente et le culte qu'ils lui rendent est plein de dissolutions. 
< Mais quand nous adorons les images de Jésus- Christ , ce n'est ni à la 
i matière, ni aux couleurs que s'adresse notre culte, c'est au Dieu 
« invisible qui règne dans la gloire du Père. Ces images et celles des 
« saints ne servent qu'à nous exciter à la vertu , comme le feraient les 
« discours des gens de bien. Si cette ancienne coutume nous menait à 
« l'idolâtrie, comment ne l'aurait-on pas abrogée dans les conciles œcu- 
t méniques qui se sont tenus depuis la fin des persécutions et qui ont fait 
i des ordonnances sur des objets beaucoup moins importants? Celui qui 
« a promis aux apôires d'être avec eux jusqu'à la consommation des 
« siècles , a étendu cette promesse aux évêques qui devaient gouverner 
« l'Église après les apôtres; et puisqu'il a déclaré qu'il serait au milieu 
« de deux ou trois réunis en son nom , aurait-il abandonné sans inspi- 
« ration de si nombreuses assemblées , convoquées pour les intérêts de 
« la religion ? » Saint Germain répond ensuite aux objections des icono- 
clastes et fait voir que le culte rendu aux images se rapporte à Dieu lui- 
même. Enfin , pour montrer la sainteté du culte , il allègue les miracles 
que Dieu s'est plu à opérer par le moyen des images et notamment par 
une image de la Sainte- Vierge à Sozopolis en Pisidie. Du reste il ne 
parle que des images en peinture, et il n'y en avait point d'autres dans 
les églises, suivant l'usage que les grecs conservent encore; mais les 
principes qu'il établit doivent aussi s'appliquer aux statues et aux 
sculptures. Cependant , en parlant de la statue de bronze que l'Hérnor- 
roïsse dressa en l'honneur de Jésus-Christ, il dit : « Nous ne préten- 
« dons pas pour cela avoir des statues de bronze (1). > 

(i) C'est ce qu'il y * de plu? remarquable dans les irois lettres de saint Germain. 






— 169 



Le patriarche saint Germain ne manqua pas d'écrire au pape sur une 
affaire si importante , et Grégoire II dans sa réponse applaudit à la 
vigueur avec laquelle il défendait la doctrine de l'Église. < Elle pense et 

< agit comme vous, lui dit-il ; et qui osera l'accuser d'être tombée dans 
« l'erreur ou dans la superstition 1 On appelle idoles les portraits fan- 
'i tasliqucs de ce qui n'est point , de ce qui n'existe que dans les fables 

< et dans les imaginations des païens. Si les prophéties n'ont point été 
« accomplies par l'Incarnation du Fils de Dieu , il ne faut pas peindre ce 
« qui n'a pas été; mais puisque tout s'est passé réellement, que Jésus - 
i Christ est né, qu'il a fait des miracles, qu'il a souffert et qu'il est 

< ressuscité , plût à Dieu que le ciel et la terre avec tous les objets qu'ils 
« renferment fussent employés à raconter ces merveilles par la parole , 
« par l'écriture ou par la peinture (d).s 

L'entreprise de Léon contre les images excita dans tout l'empireun tel 
scandale, que les peuples de la Grèce et des îles voisines en prirent occa- 
sion de se révolter. L'an 727, Agallien , qui commandait dans cette pro- 
vince, marcha avec une flotte contre Constantinople, pour y faire procla- 
mer un nouvel empereur; mais il fut complètement défait et se précipita 
dans la mer pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur. Ce succès 
encouragea Léon à persécuter les catholiques. Comme il était trop ignoran t 
pour comprendre la différence du culte relatif et du culte absolu, il taxait 
d'idolâtrie le culte que les évêques et les fidèles rendaient aux images , 
et avec les images il rejetait l'intercession des saints et la vénération des 
reliques. 11 fit de nouveaux efforts pour séduire le patriarche Germain , 
qui, de son côté, ne négligea rien pour le faire revenir de son impiété , 
lui rappelant surtout qu'il avait promis à son couronnement de ne rien 
changer à la tradition de l'Église. Mais l'empereur ne fut point touché 
de ce serment, et il s'efforça dans ses entretiens avec le patriarche de 
lui tendre des pièges et de lui arracher quelques paroles offensantes, afin 
d'avoir un prétexte de le faire déposer comme séditieux. Il était secondé 
par Anastase, disciple du saint évêque.que la promesse du siège de 
Constantinople avait fait entrer dans le parti des iconoclastes. Saint 
Germain lit inutilement des représentations à ce disciple ambitieux ; et 
comme ils entraient un jour ensemble chez l'empereur, Anastase, qui 
suivait le patriarche , ayant marché sur sa robe : j Ne vous pressez pas, 
« lui dit le saint, vous n'entrerez que trop lot dans l'hippodrome. » Et 
cette prédiction eut son accomplissement (2). 






(i) ÂkI. 4 du II' concile H,; ZVjcee ; le P. LaMie, Scier, cône, i. VII, p. 281 e( seq, 
' jj Tliéophmie, Chitmogr., p. 33g, 






! 





— 170 — 

Cependant le 7 janvier de l'an 750, indiction xui", l'empereur tint 
un concile à Conslanlinople ou plutôt un conseil , où il dressa un édit 
en forme contre les images et pressa vivement le patriarche d'y sous- 
crire. Mais saint Germain s'y refusa avec fermeté, déclarant qu'il aimait 
mieux perdre sa dignité que de consentir à des innovations sacrilèges. 
Furieux de celte résistance , l'empereur le ut chasser du palais patriar- 
cal par des officiers armés qui le traitèrent avec une brutalité révol- 
tante. Son disciple Anastase fut ordonné à sa place (1). 

L'Isaurien , ignorant et ennemi des sciences , persécuta surtout les 
hommes distingués par leurs lumières et abolit les écoles des saintes 
lettres , entre autres celle qui existait près de la bibliothèque du palais. 
Cette bibliothèque, établie depuis Constantin et composée d'un nombre 
considérable de volumes, éiait conliée à un homme d'un rare mérite, 
qui en avait douze autres sous lui , pour enseigner gratuitement la reli- 
gion et les sciences profanes. Leur capacité était si universellement 
reconnue, que les empereurs s'étaient fait une loi de ne rien entre- 
prendre sans les consulter. L'empereur employa inutilement les pro- 
messes et les menaces pour leur faire approuver son hérésie ; mais les 
voyant inébranlables dans leur conviction , il les fit enfermer dans la 
bibliothèque , la lit entourer de bois sec et la brûla avec les livres et 
ceux qui la gardaient. Il voulut ensuite obliger tous les habitants de 
Constantinople à détruire les images dans les églises , et comme la plu- 
part refusèrent d'obéir, il fit trancher la tête à plusieurs et en fit mutiler 
beaucoup d'autres , clercs , moines ou laïques , de sorte qu'il y eut à 
celte occasion un grand nombre de martyrs (2). 

La foi catholique avait alors en Orient un éloquent défenseur, d'au- 
tant plus en état de servir utilement la religion qu'il n'était pas sous la 
domination de l'empereur. C'était Jean, surnommé par les grecs Chry- 
sorrhoas et Mansour par les arabes , mais plus connu chez les latins 
sous le nom de Damascène, parce qu'il était né à Damas. Son mérite 
avait déterminé le calife à le choisir, quoique chrétien, pour un de ses 
conseillers. Dès qu'il eut connaissance du décret de l'empereur Léon 
contre les images, il écrivit pour leur défense un premier discours, où 
il répond avec autant de force que de clarté à toutes les objections des 
iconoclastes. Il pose d'abord en principe qu'indépendamment de l'Écri- 



(0 Synodicon. — Theopliane, Chronogr., p. 34o. — Le P. Labbe, Sacr. conc., 
t. VI, p. 1462. — Le P. Pagi, Ctit. in ann. Bar., t. II, p. ai4. — Baronius, An- 
nales, ad ann. 730. 

(i) Anastase, Vita S. Gregorii II. — Theopliane, Chronogr., p. 343. 



— 171 — 

lure, il suffit de la tradition constante et universelle pour autoriser le 
culte des saintes images ; qu'en effet l'Église ne saurait se tromper, et 
qu'on ne peut la soupçonner d'une erreur aussi détestable que l'idolâ- 
trie. Puis, entrant en matière, il fait voir que la défense faite aux juifs 
d'avoir des images tendait seulement à les détourner de rendre aux créa- 
tures et aux choses sensibles le culte qui n'est dû qu'à Dieu ; qu'elle 
avait pour cause, outre le penchant de ce peuple à l'idolâtrie, l'impos- 
sibilité d'exprimer par des figures ou des couleurs la nature incorporelle 
de la divinité ; mais que Dieu s'étant rendu visible en prenant notre na- 
ture, il est permis de représenter sa naissance, son baptême, sa passion, 
sa sépulture, sa résurrection et les autres mystères de l'Incarnation. En- 
suite, il dislingue deux sortes de culte, l'un souverain ou de latrie qui 
n'appartient et ne se rend qu'à Dieu, l'autre relatif et inférieur que 
nous rendons en vue de Dieu à ses amis et à ses serviteurs ou aux 
choses qui lui sont consacrées, i Croyez-vous, demande cet illustre 
« docteur, que Dieu se contredise dans ce qu'il ordonne? SM défend 

< toute image, pourquoi fait-il couvrir le Propitiatoire de chérubins 
i faits de la main des hommes? Le Tabernacle tout entier n'était-il pas, 
« comme dit l'Apôtre, la figure et l'ombre des choses célestes? Le bois 

< sacré de la vraie croix, le Calvaire, le saint Sépulcre, les Évangiles, 
( la sainte Table, l'or et l'argent dont on fait les crois et les vases sacrés; 
i enfin le corps et le sang de Notre-Seigneur, tout cela n'est-il pas ma- 
« tériel? Supprimez donc le culte et la vénération de toutes ces choses, 
« ou convenez que l'on peut honorer les images de Dieu incarné et de ses 
i amis. La ceinture ou même l'ombre seule des apôtres guérissait les 

< malades et chassait les démons; pourquoi leur image ne serait-elle 
i pas un objet devénéralion?Ou n'honorez rien de matériel, ou gardez - 
« vous d'ébranler les bornes posées par nos pères. 11 y a eu jusqu'ici 
« bien des évoques et des empereurs également distingués par leur piété 

< et par leurs lumières; on a tenu bien des conciles; d'où vient que 
« personne ne s'est élevé avant vous contre l'usage des images? Nous 
« ne souffrirons pas qu'on change ce qui a été cru et pratiqué antérieu- 
« remeot et que notre foi varie selon les temps, de peur que les infidèles 
« ne la regardent comme une chose arbitraire, sans fondement et sans 
c règle. » Saint Jean Damascène rapporte, à la fin de ce discours, des 
passages de saint Basile, de saint Chrysostome et de plusieurs autres 
Pères en faveur du culte des images, et comme les Iconoclastes s'auto- 
risaient d'une lettre attribuée à saint Épiphane et portant qu'il avait 
détruit une image dans son église, il répond que l'authenticité de celte 
lettre n'est pas certaine ; que d'ailleurs le saint évêque a pu agir ainsi 









— 172 — 

pour corriger quelques abus , et qu'enfin l'usage des images toujours, 
perpétué dans son église prouve suffisamment qu'il n'a pas prétendu les 
abolir. 

Ce discours fut bientôt suivi de deux autres, dans lesquels saint 
Jean Damascène développa les mêmes raisons et produisit encore un 
grand nombre de passages des Pères contre la doctrine des iconoclastes. 
11 s'y éleva surtout avec force, à l'exemple du pape Grégoire, contre les 
prétentions et les entreprises sacrilèges de l'empereur, en montrant 
qu'il n'appariient pas aux princes, mais aux évêques seuls, de prononcer 
sur les matières de religion. 

N° 657. 

CONCILE DE ROME. 
(romànuh. ) 

(L'an 730.) — Le pape Grégoire 11 ayant appris ce qui venait de se 
passer à Constanlinople, convoqua un concile à Rome dans lequel il 
anathématisa les ennemis des images (1). 



N" 658. 

CONCILE DE JÉRUSALEM. 

(hierosolymitanum.) 

(L'an 730.) — Théodore, évèque de Jérusalem, ayant assemblé son 
concile, anathématisa l'hérésie des iconoclastes et proclama les six con- 
ciles œcuméniques (2). 

N° 659. 

1" CONCILE DE ROME. 

(romanum I.) 

(L'an 731.) — Dès le commencement de son pontificat, le pape Gré- 
goire III écrivit à l'empereur Léon deux lettres éloquentes en réponse à 
celle que ce prince avait envoyée à Rome pour l'exécution de son décret 
contre les images. Il lui représente d'abord que dans les dix premières 
années de son règne il ne s'était point avisé de taxer d'idolâtrie un culte 
autorisé parla pratique de toute l'Église. « Nous avons encore, lui dit-il, 
« les lettres marquées de votre sceau et souscrites de votre main avec 



(i) Le P. I.alibc, Situ: mue, t. VI, p. i^Gt. 
h.) M., id., itl. 



X>N 



i 



— 175 — 

« du cinabre, dans lesquelles vous professez notre foi dans toute sa pu- 
i reté et condamnez quiconque s'écarte de la tradition des Pères. Pour- 
i quoi entreprenez-vous maintenant d'abolir ce que les Pères et le9 
i Conciles ont respecté et de scandaliser par vos innovations non-seule- 
« ment les chrétiens, mais les iniidèles? » 11 s'attache ensuite à lui 
faire comprendre que le culte des images se rapporte définitivement à 
la Divinité et n'a d'autre but que d'élever nos cœurs vers Dieu par le 
moyen des objets sensibles ; il lui reproche d'avoir méprisé les conseils 
et les lumières du saint patriarche Germain pour écouter des ignorants 
méprisables, et lui rappelant que l'empereur Constantin-Pogonat fit 
exécuter les décisions du VI e concile et s'y soumit le premier, « appre- 
« nez par cet exemple, ajoute-t-il, qu'il n'appartient pas aux empe- 
« reurs, mais aux évoques, de décider et matière de religion. Comme 
i les prélats qui gouvernent l'Église s'abstiennent des affaires politiques, 
i les empereurs doivent s "abstenir des affaires ecclésiastiques et se ren- 
i fermer dans les limites de leur autorité. Vous nous proposez d'assem- 
« bler un concile général ; nous ne le jugeons pas à propos. C'est vous 
i qui excitez les désordres dont souffre, l'Eglise; tenez-vous en repos, 
i et les scandales finiront. Vous croyez nous épouvanter en menaçant 
i de nous faire enlever de Rome et de nous traiter comme le pape saint. 
• Martin; mais après les soulèvements qu'ont excités en Italie vos 
< entreprises sacrilèges, et quand toutes vos villes sont envahies ou 
t menacées par les lombards, ne savez-vous pas que vous avez besoin 
« vous-même de la médiation des papes pour conserver les faibles 
i restes de votre empire en Occident? Que puis-je avoir à craindre de 
« vous? Il me suffît d'aller à une lieue de Rome vers la Campanie 
i pour être hors de vos mains, i Dans la seconde lettre, le pape Gré- 
goire répond avec la même force à toutes les prétentions de l'empereur 
et fait surtout ressortir admirablement la destination de l'empire et du 
sacerdoce, en montrant que les évêques tiennent de Jésus-Ciirist un 
pouvoir indépendant qui s'exerce sur les âmes pour les purifier ou les 
soumettre à des peines spirituelles, et que les princes, bien loin d'avoir 
le droit de s'immiscer dans les choses saintes ou de les administrer, ne 
peuvent même pas y participer sans le ministère des prêtres. 

Ces lettres furent portées à Constantinople par le prêtre George, qui 
n'eut pas le courage de les présenter à l'empereur. Etant revenu à 
Rome, il avoua sa faiblesse, et le pape tint un concile pour le déposer. 
Mais, à la prière des évêques, il se contenta de le mettre en pénitence 
et le renvoya à Constantinople avec les mêmes lettres (1). 

(i) Anastjse, Vila GreqoTH III. — Mur.itoi-i. — Le P. Labbe, Sarr, cour., 



'■ 






— 174 — 






N" 640. 

II" CONCILE DE ROME. 

(romanum II.) 

(L'an 732(1). — Le prêtre George étant parti pour Constantinople 
avec les lettres du pape Grégoire, l'empereur le fit arrêter en Sicile, où 
il le retint en exil pendant un an. A cette nouvelle, le Souverain-Pon- 
tife tint un concile à Rome, auquel assistèrent quatre-vingt-treize évê- 
ques, entre autres Antoine patriarche de Grado et Jean archevêque de 
Ravenne. On y admit aussi les prêtres, les diacres et tout le clergé de 
Rome, avec les magistrats et même le peuple. Il y fut ordonné que 
quiconque, méprisant l'usage TÎe l'Église touchant le culte des sainies 
images, les détruirait, les profanerait ou en parlerait avec mépris, serait 
privé de la participation du corps et du sang de Jésus-Christ et retran- 
ché de la communion de l'Église. Ensuite le pape envoya des lettres à 
l'empereur pour lui notifier celle décision ; mais le défenseur Constan- 
tin, ,qui en était chargé, fut arrêté comme le prêtre George et enfermé 
dans une étroite prison, d'où il ne sortit qu'au bout d'un an (2). 

Toute l'Italie en corps adressa une requête au prince hérétique qui 
refusa de la recevoir; d'autres lettres écrites par le pape ne produisirent 
pas plus d'effet. Au contraire, l'empereur de plus en plus irrité envoya 
une flotte contre l'Italie ; mais elle fut dispersée et presque entière- 
ment détruite par une tempête. Il augmenta d'un tiers la capitation de 
la Sicile et de la Calabre, où sa domination subsistait encore, et con- 
fisqua dans toutes les terres de son obéissance les patrimoines de saint 
Pierre, valant 224,000 livres. Il persécuta les catholiques en Orient 
avec un nouvel acharnement, les condamnant à l'exil, à la prison et 
aux tortures, mais sans les mettre à mort, de peur qu'ils ne fussent ho- 
norés comme des martyrs (5). 

t. VI, p. i485. — II' concile œcuménique de Nicée, act. i. — Théopliane, Chro- 
nogr. 

(i) Ce concile, suivant la lettre de convocation du pape Grégoire 111 , se tint le 
i" novembre de l'année qui suivit la xv* indiction, ce qui revient à l'an 7 3j , en 
prenant le commencement de l'indiction au i" septembre, comme faisaient alors 
les papes. 

(î) Anastase, Vita Gregorii III.— Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 485. — 
Le P. Mansi , Suppl. concll, t. I., p. 546. — Les actes de ce concile sont perdus. 
Tout ce que nous en avons rapporté ne se trouve que dani Anastase. 

(3) Théophane, Chronoyr., p. 343. 



— 47S — 

Le pape Grégoire, pour mieux confirmer la foi des peuples contre le 
scandale causé par les iconoclastes, multiplia les saintes images dans 
plusieurs églises de Rome, qu'il répara et qu'il enrichit de vases d'or 
et de plusieurs ornements précieux. 11 fit placer dans la basilique de 
Saint-Pierre six colonnes de marbre, dont les architraves revêtues d'ar- 
gent portaient d'un côté la figure du Sauveur avec ses apôlres, et de 
l'autre celle de sa sainte Mère avec plusieurs vierges. Il fit construire 
dans la même église, du côté des hommes, un oratoire en l'honneur de 
tous les saints et y mit avec plusieurs croix une statue de la sainie 
Vierge, portant une couronne enrichie de pierreries. Il plaça dans l'o- 
ratoire de la crèche à Sainte-Marie-Majeure une statue de la Vierge te- 
nant son Fils, et dans l'église de Saint-André une statue de cet apôtre, 
toutes les deux en or et étincelanles de pierres précieuses. Il ordonna 
que l'on fournirait de son palais le luminaire et les oblations pour cé- 
lébrer la messe dans les églises des cimetières aux fêtes des martyrs. Il 
assigna aussi des offrandes à l'église Saint-Paul pour les cinq messes 
qui s'y disaient tous les jours, et bâtit, répara ou dota plusieurs mo- 
nastères, en imposant aux religieux l'obligation de chanter les offices 
de la nuit et du jour dans les églises voisines. Enfin, pour veiller en 
même temps à la sûreté du peuple, il fit rebâtir une partie des murailles 
de Rome et racheta du duc de Spolette, pour une somme considérable, 
un château qui servait à attaquer les terres de l'empire (1). 



fi 



N° G/il. 
CONCILE DE WORCESTER. 

(WIGOR.MENSE.) 

(L'an 738.) — Nothelme, archevêque de Cantorbéry, et neuf autres 
évêques assistèrent à ce concile, où l'on confirma une donation faite au 
monastère de Wudiarulus, dont il est parlé dans les registres de l'église de 
Worcester (i), avecanalhème contre celui qui oserait dérober l'acte de 
donation. Ce concile décida aussi qu'après la mort de l'abbé Hrotwar la 
terre donnée serait rendue au siège épiscopal d'Uvegrin (3). 



(i) Anastase, Vita Gretjorii III, — Baronius, Annales, adaun. 74'» nnm. 16. 

(ï) Bibliotheca Cottoniaria. 

(3) Wilkins, Conc. BrU., t. I, p. 86. 










— 176 — 




N° 642. 




CONCILE SUR LES BORDS DU DANUBE (1). 




(in bajoari\ vel ad ripam danubii.) 



SCv 



(L'an 740 (2).) — Ce concile fut tenu près du Dannbe, dans les États 
français, par saint Boniface et un légat du Saint-Siège. Le Concile dé- 
clara que si un clerc ou un laïque s'écartait incorrigiblement de la loi 
de Dieu, son affaire serait portée au pape qui la jugerait (3). 

N° 645. 
I" CONCILE DE CLOVESHOU, ou CLIFF. 

( CLOVESHOVIENSE 1. ) 

(L'an 742.) — Eihelbald , roi des merciens , présida ce concile avec 
Cuthberl, archevêque de Cantorbéry. On y confirma le célèbre privilège 
de franchise accordé parle roi VVilheredaux églises delà province de 
Kent (4). 

N° 644. 

I er CONCILE DE GEBMANIE (5). 

(GERMANICUM I.) 

( Le 21 avril de l'an 742 (6).) — Tandis que la foi était attaquée en 
Orient sous Léon l'Isaurien , elle faisait de grands progrès en Germanie 
par les travaux de saint Boniface, surnommé l'apôtre de la Germanie (7). 

(i) On ne connaît pas le lieu où se tint ce concile. C'est le premier de ceui qui 
lurent tenus par saint Boniface. 

(•j) Suivant Baronius, Spondan, dom Mabillon, Hansizius et plusieurs autres his- 
toriens. Mais d'après Mansi et Pagi, l'an ~jt)i. 

(3) Le P. Hartzheini, Coiic. Genn., t. I, p. 4?- 

(4) Spelman, Concil., t. 1. — Wilkins , Conc. Biit., t. I, p. 86. — Le P. Labbe , 
Sacr. conc, t. VI , p. i53a. 

(5) Probablement de Ratisbonne ou d'Augsbourg. 

(6) Ce concile est daté du 1 1 des calendes de niai , l'an y4 a de l'Incarnation de 
Notre-Seigncur. C'est le premier concile do France et d'Allemagne où l'on trouve 
employée l'ère de l'Incarnation, adoptée par Dcnis-le-Petit dans le cycle pascal. On 
datait auparavant, comme en a pu en faire la remarque, des années du monarque 
régnant. Le P. Mansi suppose, mais sans fondement, que cette date a été ajoutée 
par quelque copiste. C'est avec aussi peu d'apparence qu'il le met à l'an jffi. 

(7) Il naquit en Angleterre dans le pays de Wessrx et se nomma d'abord Winfrid; 



- 177 - 

« Nous rendons grâces a Dieu , lui écrivait le pape Grégoire III , de ce 
« que vous avez converti en Germanie jusqu'à cent mille âmes , avec le 
. secours de Charles (Martel), prince des français, i Après avoir érigé 
un évéché à Burabourg pour la liesse, un autre à Erfort pour la Thu- 
ringe et un troisième à Wurzbourg pour la Franconie, le saint'apôtre 
en informa le pape Zacbarie en lui écrivant pour le consulter sur divers 
points de discipline et demander des instructions pour la tenue d'un 
concile que le prince Carloman se proposait d'assembler dans ses états. 
Car il y avait longtemps que les français n'avaient tenu de conciles ni eu 
d'archevêques , d'où il était résulté de graves et de nombreux abus ; dd 
sorte que la plupart des évèques principaux , dit saint Boniface dans sa 
lettre au pape, éiaient livrés comme des biens profanes à des laïques 
avares, à des clercs débauchés ou à des fermiers publics (1). 

Le pape Zacharie , dans sa réponse, approuva l'établissement des trois 
nouveaux évéchés et la célébration du concile, ajoutant qu'on devait y 
interdire de toutes fonctions les évèques , les piètres ci les diacres qui 
seraient tombés dans l'adultère ou la fornication , qui auraient répandu 
le sang, soit des chrétiens, soit des infidèles, ou qui auraient encouru 
d'autres irrégularités prononcées par les canons. Quelques-uns de ces 
évèques et de ces prêtres débauchés, qui avaient eu des enfants depuis 
leur ordination , prétendaient qu'ils avaient obtenu à Rome la permis- 
sion d'exercer leurs fonctions. « Ne croyez pas les imposteurs, d:t le 

< pape , mais procédez contre eux selon toute la rigueur des lois cano- 

< niques. » Et comme un laïque de distinction prétendait avoir obtenu 
dispense du dernier pape pour épouser la veuve de son oncle, qui 
d'ailleurs était sa parente au troisième degré et qui avant son mariage 
avait fait vœu de chasteté, Zacharie répond : < Dieu nous garde de 
« croire que notre prédécesseur ail accordé une telle permission ! il ne 
« vient rien du Saint-Siège qui soit contraire aux canons. Quant aux 
• superstitions du premier jour de l'an, aux augures, aux enchante- 
« inents et autres observances païennes que vous dites se pratiquer à 
i Rome, près de l'église de Saint Pierre, sachez que le Saint-Siège n'a 
« cessé de les condamner, et parce qu'elles se renouvelaient sous notre 
« pontificat, nous les avons toutes retranchées, à l'exemple de Grégoire, 
« notre prédécesseur, par une constitution dont nous vous envoyons 
« copie. » 

mais le pape Grégoire II en l'ordonnant évéque lui donna le nom de Boniface, sou» 
lequel il est plus connu. 

(i) Ceci ne doit s'entendre que des provinces germaniques en deçà du Ithin, où 
U n'y avait point eu de meirnpolitain depuis saint Amand, cviqiie de Woruis, 

t. ni. 12 



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« 



— 178 — 
Le concile proposé par Carloman s'étant assemblé, il s'y trouva sept 
évêques avec plusieurs seigneurs de ses états , savoir : saint Boniface 
deMayence, qui en fut le président, saint Burchard, premier évêque 
de Wurzbourg , saint Willibalde , premier évêque d'Eichsladt, Dadan, 
successeur de saint WiUebrod sur le siège d'Utrecht , Witta de Bura- 
bourg, Edda ou Adda de Strasbourg et Béginfrid ou Bainfroy de Cologne. 
Carloman assista en personne à celle assemblée, dans laquelle on fit 
seize canons qui se trouvent réduits à sept dans la collection' de Labbe 
et dans les capitulaires de Baluze. Ils sont précédés d'une lettre de 
Carloman dans laquelle ce prince témoigne qu'il avait convoqué cette 
assemblée par le conseil des serviteurs de Dieu et des seigneurs de sa 
cour. Il se qualifie de duc et prince des français (1). 

1" canon. (C'est Carloman qui parle.) Par le sonseil des saints prêtres 
et de nos grands, nous instituons des évêques pour les cités; nous 
mettons à leur têle Boniface et nous ordonnons que des synodes 
soient tenus tous les ans pour la réformation des mœurs et de la disci- 
pline et pour le rétablissement des droits de l'Église. Ce concile se tien- 
dra en présence du prince; l'on rendra aux églises les biens qui leur ont 
été enlevés; les mauvais prêtres, les diacres elles autres clercs débau- 
chés ne percevront rien des revenus ecclésiastiques ; au '.contraire , ils 
seront dégradés et mis en pénitence. f 

V canon. Nous défendons absolument aux serviteurs de Dieu (c est- 
à-dire aux clercs et aux moines) de porter les armes , de combattre et 
d'aller à la guerre, à moins qu'ils ne suivent une armée pour célébrer 
la messe et porter les reliques des saints. Ainsi, que le prince ait à 
l'armée un ou deux évêques avec des prêtres efdes chapelains (2). Que 
chaque préfet (chef d'un corps de soldais) ail un prêtre pour juger des 
péché* de ceux qui se confessent et leur imposer pénitence (5). Que les 
clercs ne chassent point et ne courent point les bois avec des chiens , 
qu'ils n'aient ni épervicrs , ni faucons. 

Z' canon. Que les prêtres de paroisse soient soumis à leur évêque et 
lui rendent compte , tous les ans en carême , de toutes les fonctions de 

(,) Le P. Labbe, Sacr.conc, t. VI, p. 1 533.- Baluze, Capitularia, t. I,p. .45. 
— Le P. Hartzheim, Conc. Germ., t. 1, p. A8. 

ti) C'est la première fois que l'on trouve le nom de chapelain. Il dérire, suivant 
les auteurs de VArt de vérifier les dates, du nom de chapelle que l'on donna à 1 ora, 
toire où l'on conservait la chappe de saint Martin, estimée la plus précieuse re- 
lique de France. Tous les clercs qui le desservaient étaient nommés chapelains ; el 
ces noms passèrent à tous les oratoires et à leurs desservants. 

(3) On voit par là qu'il y avait dès lors dans les armées des aumôniers pour 
confesser les soldais. 



— 179 — 
leur ministère et de leur foi. Qu'ils soient toujours prêts à le recevoir 
avec le peuple assemblé , quand , suivant les canons, il fera la visite de 
son diocèse pour donner la confirmation ; et que le jeudi-saint ils reçoi- 
vent de lui le nouveau chrême. 

4\canoh. Qu'on n'admette pas au saint ministère les évêques ni les 
prêtres inconnus, de quelque part qu'ils viennent, s'ils n'ont pas 
l'approbation de l'évêque diocésain et de son diocèse. 

5 e CANO.v.'Qne l'évêque, avec l'aide du comte (gravio) veille à ce quo 
le peuple de Dieu ne se livre à aucune superstition païenne, aux augures, 
aux sorts, à la divination , aux sacrifices, aux victimes, aux feux appelés 
niedfyr ou nodfyr, et autres cérémonies semhlables pratiquées près des 
églises en l'honneur des marlyrs. 

6= canon. Que les personnes de l'un et l'autre sexe consacrées à Dieu 
qui, à partir delà tenue de ce concile, tomberont dans la fornication, 
soient mises en prison pour faire pénitence au pain et à l'eau. Si le 
coupable est prêtre, qu'il y demeure deux ans, après avoir été flagellé 
jusqu'au sang. L'évêque pourra augmenter la peine. S'il est simple clerc 
ou un moine , qu'il demeure un an en prison et soit flagellé trois fois. 
Quant aux religieuses voilées , qu'on leur fasse subir la même pénitence 
et qu'on leur rase la tête (i). 

7« canon. Que les prêtres et les diacres ne portent point des manteaux 
ou saies semblables à ceux des laïques; mais qu'ils aient seulement la 
chasuble (qui est l'habit ordinaire des ecclésiastiques). Que les moines 
et les religieuses suivent dans leur monastère la règle de saint Benoît (2). 
Le pape Zacharie confirma les décrets de ce concile par une lettre 
adressée à tous les français, dans laquelle il les félicite d'avoir chassé les 
prêtres schismaiiques , homicides et concubinaires , ajoutant que s'ils 
ont des pasteurs exempts de crimes et qu'ils obéissent en tout à Coniface, 
légat du Saint-Siège , ils obtiendront non-seulement les récompenses de 
l'autre vie , mais encore ici-bas la victoire sur les infidèles. 

N° G4S. 

I* CONCILE DE ROME. 

(romanum I.) 

(Le 2-2 mars de l'an 745 (1).) — Le pape Zacharie tint un concile 

(0 On voit par là que ce n'était pas encore l'usage de raser les religieuses en 
leur donnant l'habit. 

(■>) C'est le second canon qui ait rendu cette règle générale, quoique l'usige l'eût 
établie dans la plupart des monastères. —Voir le concile de Créey de l'an 676 , 
i5« canon, et le concile de Liptines de l'an 7 / ( 3, i« canon, à la note. 

(3) Ce concile est daté du 1 1 des calendes d'avili, indiction xito, 2* année du 






— 180 — 



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il 




dans l'église de Saint-Pierre de Rome, où se Irouvèrent quarante évo- 
ques , vingt-deux prêtres, six diacres et tout le clergé de celle ville. 
Après avoir expliqué qu'il avait assemblé ce concile pour le maintien de 
la foi catholique et de la discipline ecclésiastique, le Saint-Père proposa 
les quinze canons suivants sur la vie cléricale et les mariages illicites, 
qui furent unanimement agréés par l'assemblée (1). 

1 er ca.non. Que les évoques ne demeurent avec aucune femme « pour 
i ne donner à personne, dit l'Apôtre, aucun sujet de scandale, et afin 
• que notre ministère ne soit point déshonoré (2); j parce qu'il est écrit: 
« Si quelqu'un profane le temple de Dieu, Dieu le perdra (5)... • Nous 
devons donc prendre garde de n'élever à Dieu que des mains pures ; 
car le Seigneur a dit : i Soyez saints, parce que je suis saint (4). i 

2 e canon. Que les prêtres et les diacres ne demeurent pas non plus 
avec des femmes sous-introduites (5), si ce n'est avec leur mère et leurs 
plus proches parentes, ainsi qu'il est dit dans le concile de Nicée. Que 
celui qui violera ce décret, soit privé du sacerdoce. 

3 e canon. Que l'évêque, le prêtre ou le diacre ne porte ni des habits 
séculiers ni de longs cheveux ; qu'il ne paraisse jamais en public sans 
êire vêtu d'un manteau, à moins qu'il ne fasse un long voyage. Que celui 
qui violera ce décret, soit privé du sacerdoce, jusqu'à ce qu'il s'y conforme. 

A° canon. Que les évoques ordonnés par le pape se rendent tous les 
ans à Rome le 15 du mois de mai ; et s'ils sont trop éloignés de la ville, 
qu'ils écrivent au Souverain-Ponlife pour lui marquer leur soumission. 

5 e canon. Que celui qui épousera la femme d'un prêtre, une diaco- 
nesse, une religieuse, ou sa mère spirituelle (sa marraine), soit ana- 
thème, livré au jugement de Dieu et privé du corps et du sang de Jésus- 
Christ. Qu'aucun prêtre ne communique avec lui, sous peine d'être 
privé du sacerdoce. 



règne d'Artabaste que Rome tenait pour légitime empereur à In place de Copro- 
nyme, et 3a« du règne de Luilprand , roi des lombards. — C'est la première fois , 
dit Muratori, qu'on voit des actes romains dates du règne des rois des lombards. 
Le P. Mansi soutient que ce concile se tint l'an ^44> ne faisant pas attention que 
I.uiiprand était mort au mois de janvier de l'an ^44 et qu'Artabasle avait été dé- 
posé de l'empire dès l'année précédente "fi. 

(i) Le P. Labbe, Sacr. cône., t. VI, p. ■ 546- 

(») 2 e Epîlre aux coiintli., cil. VI, V. 3. 

(3) I" Epîlre aux corinth., cb. lit, v. lj.' 

(4) Lévitiaue, cb. XI, v. 44- 

(5) Lcsagapètcs, c'est-à-dire des vierges qui, dans la primitive Église, vivaient 
«n communauté et qui servaient Ici ecclésiastiques par pur niolil de [piété et de 
cliarilé. 






- 181 — 

6 e canon. Que celui qui épousera sa nièce, sa cousine germaine, sa 
belle-mère, sa belle-sœur et ses proches parentes, soit anathème et 
privé du corps et du sang de Jésus-Christ, qu'aucuu prêtre ne commu- 
nique avec lui, sous peine d'être privé du sacerdoce. 

7 e canon. Que celui qui enlève une vierge ou une veuve, à moins 
qu'elle ne soit déjà sa fiancée, soit anathème. 

8 e canon. Que les clercs et les moines qui laisseront croître leurs 
cheveux, soient anathème. 

9e canon. Que celui qui solennise le 1" janvier et la fêle de Bacchus 
à la manière des païens, soit anathème. 

10 e canon. Si un chrétien marie sa fille avec un juif ou qu'il lui vende 
des esclaves chrétiens, qu'il soit anathème. 

11 e canon. Les ordinations sont fixées au premier, au quatrième, 
au septième et au dixième mois (c'est-à-dire aux quatre - temps ). 
Que les évoques n'ordonnent point et ne reçoivent point un clerc 
étranger sans lettres dimissoriales de son évêque ; qu'ils n'ordonnent 
pas non plus un bigame, ni celui qui aura épousé une veuve , parce 
que les saints Pères l'ont ainsi ordonné. Que celui qui violera ce décret 
subisse les peines portées par les canons. 

12 e canon. Si les ecclésiastiques ont entre eux des différends, qu'ils 
les fassent juger par des évêques, mais non par des séculiers, et que les 
différends des évêques soient jugés par le pape. Que le clerc qui ap- 
prendra que son évêque est indisposé contre lui, se pourvoie, suivant 
les canons, devant l'évêque le plus voisin; et si les parties ne veulent 
pas s'en rapporter à son jugement, que l'affaire soit portée devant le 
Saint-Siège. Que celui 'qui enfreindra ce décret soit prive de son rang 
et chassé de l'Église, jusqu'à ce que son affaire soit accommodée. 

13 e canon. Que l'évêque, le prêtre ou le diacre, lorsqu'il va célébrer 
les saints mystères, ne se serve pas de bâtons et qu'étant à l'autel il 
n'ait point la tête couverte. S'il le fait, qu'il soit privé de la commu- 
nion. 

14* canon. Que l'évêque ou le prêtre, après avoir dit l'oraison du 
commencement de la messe, ne quitte plus l'auiel et qu'il ne fasse pis 
achever la messe par un autre; mais qu'il continue jusqu'à la fin, sous 
peine d'être suspendu de la communion du corps et du sang de Notrc- 
Seigneur Jésus-Christ. 

15 e canon. Les mariages entre parents aux degrés prohibés ou avec 
des personnes consacrées à Dieu sont défendus. On dit que le pape 
Grégoire II a permis aux peuples de la Germanie, dans le commencement 
de leur conversion, de contracter des marùges au quatrième degré de 












II 

la 



i 



■ 



— 182 — 

parenté, nous n'avons trouvé dans les archives de l'Église romaine au- 
cune trace de ce décret (1). 

N« 646. 

CONCILE DE LIPT1NES (2). 
(liptinense.) 

(Le 1 er mars de l'an 743 (5).)— Ce concile fut assemblé par Carlo- 
man, duc des français, et présidé par saint Bonifacc avec deux autres 
légats du pape. On y fit des canons et des statuts, d'après l'acte du Sou- 
verain-Pontife et à la prière des principaux seigneurs français (4). 

(i) Un illustre auteur, M. le vicomte de Chateaubriand, a dit, au sujet de la po. 
lygamie du landgrave de Hesse autorisée par le m.iiire delà réforme protestante en 
Allemagne : « Si Luther n'eût pas renoncé à l'autorité du pape, il aurait pu s'ap. 
« puyer d'une décrétale de l'an 76s du pape Grégoire II. » [Essai sur la littérature 
anglaise, t. I, p. 18S.) C'était dire, en d'autres termes, que le pape Grégoire II avait 
autorisé la polygamie, contrairement à la loi primitive, a l'Écriture sainte et à la 
tradition, et que le chef visible de l'Eglise de Jésus- Christ l'ayant enseignée, Luther 
pouvait bien, à son tour, la permettre au landgrave de Hesse. 

11 existe, en effet, une lettre décrétale du pape Grégoire II adressée à saint Boni- 
face l'an 726 (car l'an 76a ce pape était mort depuis environ trente ans), et dans la- 
quelle on trouve ce qui suit : « Si une femme est atteinte d'une maladie qui la 

• rende pour toujours incapable du devoir conjugal , le mari peut se marier; 

• mais il doit donner à la femme malade les secours nécessaires. » Grégoire II 
parlait d'une maladie « qui rendît pour toujours la femme inoapable d'observer le 
devoir conjugal, » comme il l'explique lui-même a saint Boniface, ce qui constitue 
«n véritable empêchement dirimant, c'est-à-dire un empêchement entraînant la nul- 
lité du mariage ; et le saint concile de Trente dit au sujet du pouvoir de l'Église re- 
latif aux empêchements qui rompent le mariage : « Si quelqu'un dit que l'Eglise 
■ n'a pu établir des empêchements dirimants qui dissolvent le mariage, ou qu'elle 
« a erré en les établissant, qu'il soit anathème. » (Session XXiv e , can. 4.) Le pape 
Grégoire II ne pouvait pas, d'ailleurs , avoir l'intention de permettre la polygamie, 
qu'il condamne en termes formels dans une capilulaire adressée à Marlinien, 
évêque, à George , prêtre , et à Dorothée , sous- diacre , qu'il envoyait en Bavière : 

• Touchant le mariage, disait-il, enseignez qu'on ne doit ni le condamner souspré- 

• texte d'incontinence , ni donner occasion à la débauche , sous prétexte de ira- 

• riage. Défendez le divorce, la polygamie. » 

Dans le cas proposé par saint Bonifacc, le] Souverain-Pontife permit la dissolu- 
tion du premier mariage , tandis que Luther, sans dissoudre le premier mariage, 
enseigna que l'on pouvait en contracter un second ; ce qui est évidemment contraire 
à la doctrine de l'Évangile. 

(a) Maison royale daus le Hainaut, près de Binch; aujourd'hui les Estines ou 
Lcstines, dans le diocèse de Cambrai. 

(3) Le P, Mansi se trompe en plaçant ce concile à l'an 745. 

(4) Hincmar, Epislola 37 ad Bodulph. Biluricensem. — Baluze , Capiailaria, 
t. I, p. i5o. — Le P. Sirmond, Çoncil, ont, Gall,, l, I, p. 53;. — Le P. Labbe, 



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— 183 — 

1 er canon. On confirma dans ce canon le I er concile de Germa- 
nie ; les évêques et tout le clergé promettent de se conformer aux an- 
ciens décrets ecclésiastiques ; les abbés, les moines et les religieuses s'en- 
gagent; aussi à observer la règle de saint Benoît, qu'on nomme la 
sainte règle (1). 

2 e canon. Il fut slalué que le prince, afin de pouvoir soutenir la 
guerre contre les sarrasins, les saxons et les bretons, qui infestaient le 
royaume, prendrait pour un temps une partie des biens des églises et 
des monastères, si cela ne les appauvrissait pas trop, à titre de précaire 
et de cens, à la charge de payer tous les ans un sou (2) à l'église ou au 
monastère par chacune des familles (3) auxquelles les fonds auraient 
été distribués. Il fut encore réglé que lorsque celui à qui la terre de 
l'église aurait été donnée viendrait à mourir, elle retournerait à l'église 
ou au monastère; mais que toutefois elle pourrait être donnée de nou- 
veau, au même litre de précaire, si cela était jugé nécessaire pour le 
bien de l'état et ordonné par le prince (i). 

3 e canon. On ordonne aux évêques d'empêcher et de punir les adul- 
tères, les incestes et les mariages illicites, et on défend de vendre aux 
païens des esclaves chrétien?. 

4 e canon. Nous ordonnons (c'est Carloman qui parle), comme l'a or- 
donné autre fois notre père (Charles Martel), que celui qui se sera livré 
à quelque observance païenne, soit condamné à 15 sous d'amende. 

On lit à la suite de ces canons une formule de renonciation au culte 

Sacr. conc., t. VI, p. i53y. — Le P. Hardouin , Coll. concil., t. III, p. 1921. — 
Le P. Hartzbcim, Cnnc, Gcrnu, t. I, p. 5o.— Le P. Papebrock se (rompe en rejetant 
comme supposés les actes de ce concile et ceux du I" de Germanie, parce qu'ils por- 
tent qu'un prince laïque, Carloman, présida à ces deux assemblées. Doni Mabillou 
détruit par des faits incontestables l'opinion de ce critique. De re diplom., p. 1 87-188. 

(1) De là quelques critiques ont inféré que cette règle fut alors introduite pour 
la première fois dans les monastères de France, ne faisant pas attention que long- 
temps auparavant saint Léger, évèque d'Autun, dans le concile tenu à Cressy, 
l'an 676, en avait ordonné la pratique dans les mêmes monastères; ce qu'on ne 
doit pas même entendre de la première réception, mais delà pratique plus exacte, 
comme plusieurs monuments l'attestent. 

(->.) C'était le sou d'argent qui valait 12 deniers ou 23 sous de notre monnaie. — 
Leblanc, Mon. 

(3) Le mot rendu ici par famille est appelé dans le tcx'e latin casala et antre 
part montas ou conju/jium , qui signifie dans le style ancien une babitation ou une 
maison avec une certaine étendue de terre suffisante pouf nourrir une famille de 
serfs. Ducange, Glossar. 

(i) Ce précaire était donc une espèce de fief accordé à un homme de guerre 
pour faire le service, et seulement à vie. comme ils étaient tous alors. — Fleury , 
Hisl. ceci,, liv. xlh, n" 3G. 



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— 184 — 

d'Odin en langue tudesque et un dénombrement des superstitions 
païennes les plus usitées alors, qui peuvent faire connaître le génie et 
les mœurs de ces peuples barbares, avec une instruction sur les ma- 
riages illicites et sur la défense de célébrer le sabbat. Toutes ces pièces 
ont tant de rapport aux règlements de cette assemblée qu'on peut rai- 
sonnablement croire qu'elles en faisaient partie. 

Adalbert et Clément, prêtres rebelles envers saint Boniface, furent 
condamnés dans ce concile (1). 

N° 647. 
1 er CONCILE DE SOISSONS. 

(SCESSIONNENSE.) 

(Le 2 mars de l'an 744 (2).) — Ce concile , composé de vingt-trois 
évêques, avec des prêtres et d'autres clercs, fut assemblé par Pépin, 
prince et duc des français , qui y assista lui-même avec les principaux 
seigneurs delà cour. On croit que saint Boniface y présida, quoique 
son nom ne se trouve point parmi les souscriptions ; car il est impor- 
tant de remarquer que les actes de ce concile ne sont souscrits que par 
Pépin, Radboad, Aribert et Helmingand : on ignore si ces trois derniers 
étaient des évêques ou des seigneurs des états de Pépin. On y fit dix 
canons qui renferment les mêmes règlements que ceux des conciles 
tenus dans les états de Carloman , frère de Pépin (3). 

1" canon. On reconnaît la foi de Nicée et l'on ordonne de la publier 
partout avec les jugements canoniques des autres conciles , pour rétablir 
plus facilement la discipline ecclésiastique. 

2 e canon. On statue de tenir tous les ans un concile pour veiller au 
salut du peuple et empêcher les hérésies. 

3 e canon. Par le conseil des évêques et des grands , on institue des 

(i) Le P. Labbe, Sacr.conc, t. VI, p. i54t. — Le P. Hartiheim, Conc. Germ.. 
t. I, p. Si. 

( j) Ce concile est dalé de l'an 744 de l'Incarnation , le 6 des nones de mars , et 
d'après quelques auteurs le 5, le l4 de la lune etla a' année du règne de Cbildéric. 
On voit par là que cette assemblée commençait l'année soit au i" mars , soit au 
i« r janvier, ou même à noël précédent; car le i4 de la lune tombait réellement au 
2 mars de l'année 744 , telle que nous la comptons aujourd'hui. Mais il y a une 
faute, ou dans les actes de ce concile , ou dans ceux du concile de Liplines , tenu 
l'année précédente; car ces deux assemblées sont datées de la 2' année de ce 
prince. 

(3) Le P. Sirmond , Concil. ont. Gall., I. I, p. 543. — Le P. Labbe, Sacr. conc, 
t. VI, p. i552.— Le P. Hardouin, Coll. concil., t. III, p. io3i. —Le P. Hartzlieim, 
Conc. Germ., t. I, p. S 7< — Dont Mabillon, De te diplom., p. 3oo.— Baluze, Capi- 
Uitfirio, t. I, p. i55. 



— 185 — 

évêques dans les sièges vacants ou usurpés , particulièrement dans les 
provinces de Sens et de Reiras , et l'on nomme métropolitains de ces 
deux villes Ardobert et Abel , pour qui saint Boniface demanda le pal- 
lium. Mais Abel ne put prendre possession de l'église de Reims où se 
maintenait toujours l'usurpateur Milon, qui avait été substitué à saint 
Rigobert. Le Concile ordonna que les évêques et le peuple auraient 
recours au jugement de ces métropolitains , qui seraient chargés de 
veiller que les monastères fussent réglés, que les religieuses jouissent 
paisiblement de leurs revenus, que les clercs ne fussent point débau- 
chés, "qu'ils ne revêtissent point d'habits séculiers et qu'ils n'allassent 
point h la chasse. 

4 e canon. On défend aux laïques les fornications, les parjures et les 
faux témoignages. On ordonne aux prêtres , qui sont dans les paroisses, 
d'être soumis à leur évêque , de lui rendre compte tous les ans au 
carême de leur conduite, de lui demander les saintes huiles et le saint 
chrême et de le recevoir quand il fait sa visite. 

5 e canon. On défend de permettre les fonctions ecclésiastiques aux 
évêques et aux prêtres étrangers, qui n'auraient pas été approuvés 
par l'évêque du diocèse. 

6 e canon. On ordonne aux évêques de veiller à l'entière extirpation 
du Paganisme. 

7* canon. On ordonne de brûler les croix que l'hérétique Adalbert 
avait plantées dans son diocèse. 

8 e canon. On défend aux clercs d'avoir des femmes dans leur mal- 
son , à l'exception de leur mère, de leur sœur et de leur nièce. 

9 e canon. On défend aux laïques d'avoir chez eux des femmes consa- 
crées à Dieu, d'épouser une femme du vivant de son mari, parce que 
les maris ne doivent pas quitter leurs femmes, hors le cas d'adultère. 

10 e canon. Celui qui n'observera pas les décrets de ce concile sera 
jugé par le prince même avec les évêques et les seigneurs et condamné 
à l'amende suivant la loi. (Ces assemblées, composées d'évêques et de 
grands, joignaient les peines temporelles aux peines spiriiuelles.) 

N° C48. 

III e CONCILE DE GERMANIE (1). 

( GERMANICDM III.) 

(L'an 74o.) — Géviliob , évêque de Mayence , avait succédé à son 
père Gérold , évêque guerrier qui fut blessé à mort dans un combat 

(i) Lieu inconnu. Le concile de Lijilincs doil probablement ûlrc compte pourt« 



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— 186 — 

contre les saxons. Il porta lui-même les armes contre les barbares , et 
ayant attiré dans une conférence le meurtrier de son père , il le tua d'un 
coup d'épée. Celte atroce perfidie ne fut blâmée de personne , et il 
continua de remplir ses fonctions épiscopales. Mais saint Boniface en 
étant instruit, le fit condamner et déposer par ce concile , pour ce 
crime d'homicide et aussi parce qu'il l'avait vu de ses propres yeux se 
divertir avec des oiseaux et des chiens , ce qui était défendu par les 
canons à un évêque. Géviliob, après avoir résisté quelque temps , voyant 
le jugement du Concile soutenu par l'autorité séculière, prit le parti de 
se soumettre et ensuite d'abandonner à l'église tout ce qu'il possédait , 
à la réserve d'une terre , où il vécut quatorze ans dans la retraite et 
dans la pratique des bonnes œuvres. 

On condamna également dans ce concile les hérétiques Adalbert et 
Clément. Adalbert, gaulois ou français d'origine, prétendait avoir reçu 
sa mission de Jésus-Christ môme et montrait à ses sectateurs une lettre, 
qu'il assurait être tombée du ciel à Jérusalem , et des reliques qu'un 
ange, disait il, lui avait apportées des extrémités du monde, et au moyen 
desquelles il pouvait obtenir de Dieu tout ce qu'il demanderait. Il séduisit 
d'abord par ses grossiers artifices et par ses faux miracles un assez 
grand nombre de paysans; puis ayant gagné par argent quelques évoques 
ignorants et vagabonds, qui avaient trouvé le moyen de se faire ordon- 
ner sans être attaches à aucun siège , il abandonna avec mépris les 
anciennes églises et dressa des croix ou bâtit des oratoires à la campagne, 
où le peuple vint se réunir en foule pour l'honorer comme un saint. Il 
se comparait aux apôtres , consacrait des églises en son honneur, distri- 
buait ses ongles et ses cheveux comme des reliques et disait à la multi- 
tude qui venait se prosterner à ses pieds pour se confesser : t Je connais 
c vos péchés les plus secrets sans que vous ayez besoin de les accuser ; 
f retournez en paix dans vos maisons et soyez sûrs qu'ils vous sont 
i remis. » 

Clément , écossais de nation , méprisait la tradition et la doctrine de 
l'Église, rejetait les décisions des Conciles et les explicatious des Pères, 
approuvait les mariages contractés entre parents, malgré la défense des 
canons, et soutenait que Jésus-Christ, en descendant aux enfers, en 
avait délivré tous les damnés, sans en excepter les idolâtres. Il menait, 
aussi bien qu'Adalbert, une vie scandaleuse , et après avoir eu deux fils 
en adultère, il n'en prétendait pas moins avoir le droit d'exercer les 
fonctions épiscopales. 

11= île Germanie, puisque depuis le I e » concile de Germanie, tenu l'an -}l\i , nous 
n'en avons pas trouve d'autres dans les collections. 



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187 - 



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Ces deux hérétiques , après avoir été interdits et privés du sacerdoce 
par le concile de Germanie, furent mis en prison par l'autorité du prince 
Carloman , mais ils persistèrent opiniâtrement dans leurs erreurs (1). 

Ce fut apparemment dans ce concile que saint Boniface écrivit à 
Elhelbald , roi des merciens ; car il y parle tant en son nom qu'au nom 
de sept autres évêques, du nombre desquels sont Abel de Reims, saint 
Burchard et saint Villebrald. Après avoir fait l'éloge de sa charité et de 
son zèle à réprimer les violences et à maintenir l'ordre et la justice dans 
ses étals : i Nous avons appris, ajoute-t-il, que vous ternissez l'éclat de 
i ces grandes qualités par l'incontinence et qu'au lieu d'épouser une 
« femme légitime vous vivez dans la débauche, même avec des reli- 
« gieuses. Vous n'ignorez pas l'énormité de ce crime , si souvent con- 

* damné dans l'Écriture et compté parmi ceux qui excluent du royaume 

• des cieux ; il est puni rigoureusement même parmi les païens de la 
« Saxe. Si une fille a déshonoré la maison paternelle, si une femme est 
i infidèle à son mari, ils la contraignen t quelquefois à se pendre elle-même, 
« et après avoir brûlé son corps, ils pendent le corrupteur sur le bûcher. 
< D'autres fois , ils assemblent une troupe de femmes qui promènent la 
i coupable dans les villages, et qui, lui ayant coupé ses habits jusqu'à la 
c ceinture , la déchirent avec des fouets ou des stylets jusqu'à ce qu'elle 
« tombe morte. » Il lui représente ensuite l'effet pernicieux de son 
exemple sur la nation anglaise, déjà si décriée par la débauche en France 
et en Italie. Enfin , il lui reproche d'usurper les biens des monastères 
et de tolérer 1rs vexations des seigneurs envers les moines et le clergé. 

Saint Boniface écrivit aussi au pape Zacharie pour le prier de confir- 
mer les décisions prises dans ce concile et notamment la condamnation 
d'Adalbert et de Clément , dont il lui fit connaître les erreurs (2). 

N° 649. 
II e CONCILE DE ROME. 

(romancm II.) 

(Le 25 octobre de l'an 745 (3).) — Le pape Zacharie ayant reçu la 
lettre de saint Boniface tint un concile , où se trouvèrent sept évêques 
avec dix-sept prêtres et tout le clergé de Rome. On y lut d'abord cette 
lettre, puis la vie d'Adalbert , où l'on prétendait qu'il avait été sanctifié 
dès le sein de sa mère, et ensuite la lettre que ce fanatique disait être 

(i) Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 1 555. — Le P. Haitzlicim , Corn; Gcrm., 
t. I,p. 72. — Olhlou. \'Ua Bonifacii, lib. i, cap. 3t. 

(2) Saint Boniface, Epislola i35. — Baronius, Armâtes, ad ann. t45. 

(3) Ce concile est date de la 26 e année du règne de Constantin , indielion xiv», 



IV! 



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— «88 — 

descendue du ciel et qui commençait ainsi : « Au nom de Dieu , ceci est 
« la lettre de Notre-Seigneur Jésus-Christ , laquelle est tombée à Jéru- 
« salem , a été trouvée par l'archange saint Michel à la porte d'Ephrem 

• et copiée par le prêtre Icoré , qui l'a envoyée dans la ville de Jérémie 
t au prêtre Thalassius , lequel à son tour l'a envoyée en Arabie au 
t prêtre Léoban , et celui-ci au prêtre Macrius, dans la ville de Velsanie, 
t et Macrius l'a envoyée sur la montagne de Saint-Michel , d'où elle est 
t arrivée par les mains d'un ange à la ville de Rome , au tombeau de 

• saint Pierre où sont les clefs du royaume des cieux. i Après la lecture 
de celte pièce extravagante et d'une prière non moins extravagante com- 
posée par Adalbert, dans laquelle il invoquait les anges Uriel, Raguel, 
Tubuel, Michel , Incar, Tubicas, Sabaoc, Simiel, le Concile déclara que 
ces prétendus anges , à l'exception de saint Michel, élaient des démons, 
car il ne connaissait les noms que des trois anges Michel , Raphaël et 
Gabriel ; ensuite il opina tout d'une voix à condamner les écrits avec 
leur auteur, et confirmant la sentence prononcée contre Adalbert et 
Clément , il les déposa du sacerdoce avec anathème contre eux et leurs 
partisans, s'ils n'abjuraient leurs erreurs. Ce concile est divisé en trois 
actions ou sessions , qui portent la même date , comme ayant été tenus 
en un même jour. 

Le pape Zacharie envoya les actes de ce concile à saint Boniface, avec 
une grande lettre , datée du 31 octobre de la même année, dans laquelle 
il approuve les règlements des conciles de Germanie, notamment la 
permission accordée au prince de retenir pour un temps une partie des 
biens de l'Église , pour subvenir aux frais de la guerre contre les infi- 
dèles. 11 confirma aussi la déposition de Géviliob , ajoutant qu'il avait 
écrit aux princes français au sujet des ecclésiastiques déposés , qui , au 
lieu de faire pénitence dans les monastères, allaient à la cour pour 
demander des biens de l'Église. Enfin, il approuva la résolution qu'on 
avait prise d'ériger un siège métropolitain pour saini Boniface et le choix 
qu'on avait fait de Cologne pour ce siège ; mais ensuite on préféra la 
ville de Mayence,el sur la demande des seigneurs français, le pape rendit 
à celte ville le litre de métropole , qu'elle avait eu sous les romains, et 
lui soumit les évêchés de Tongres, de Cologne , de Worms , de Liège, 
de Strasbourg, d'Augsbourg, de Wisbourg, de Burabourg, transféré 
depuis à Paderborn , d'Erford , d'Eichstat , de Constance, de Coïre , de 
Spire , d'Ulrecht et des provinces germaniques où Boniface avait établi 
la foi. Comme le saint archevêque ne pouvait, à cause de son âge avancé, 
suffire aux pénibles fonctions de son apostolat et que, songeant à se reti- 
rer, il demandait un successeur, le pape, pour le détourner de ectio 






— 189 — 

pensée, lui permit de se donner un coadjuleur et lui conseilla de dimi- 
nuer ses travaux, de veiller au maintien de la discipline et à la tenue 
des conciles, mais de confier à d'autres le soin de prêcher l'Évangile 
dans les lieux qu'il leur désignerait. Il lui recommanda en particulier 
d'assembler un concile pour y lire des règlements adressés au prince 
Pépin en réponse à une consultation sur divers points de discipline. 
C'étaient des canons extraits des conciles ou des décrétâtes de Pépin 
concernant les juridictions épiscopales, les moeurs des clercs, la péni- 
tence des homicides et des empêchements au mariage (1). . 

N° 680. 
Il» COlNCILE DE CLOVESHOU OU CLIFFE (2). 

(«.OVESHOVIENSE II.) 

(Vers le commencement du mois de septembre de l'an 747.)— Eihel- 
bald, roi des merciens, profita des bons avis que saint Bjniface lui 
avait donnés dans sa lettre et, voulant réformer les mœurs, lit tenir un 
concile national, où se trouvèrent avec Cuthbert, archevêque de Can- 
torbéry, trois évoques du pays des merciens et huit autres des diverses 
provinces d'Angleterre. Ethelbald y assista en personne avec les grands 
de son royaume. On y lut deux lettres du pape Zacharie et celle de 
saint Bonifacc à Cuthbert ; puis les homélies de saint Grégoire et les 
décrets des Pères; après quoi on fit trente canons, qui se bornent pres- 
que tous à confirmer les anciennes règles de discipline et ne contien- 
nent guère que des avis généraux aux évêques de remplir leurs devoirs, 
dont voici la substance (3). 

1 er canon. Que les évêques soient assidus à remplir leurs fonctions 
et plus occupés du service de Dieu que d'affaires séculières ; qu'ils s'ap- 
pliquent à former par leurs instructions et par leurs exemples les mœurs 
des peuples confiés à leurs soins. 

2 e canon. Quoique séparés les uns des autres par les limites de leurs 
diocèses, qu'ils soient unis par les liens de la paix et de la charité. 

3 e canon. Qu'ils fassent chaque année la visite de leur diocèse et tra- 
vaillent à détruire les restes des superstitions païennes. 

4 e canon. Qu'ils avertissent les abbés et les abbesses de vivre con- 

(l) Zacliarie, Epislolœ ad Bonifaclum VII etseq.—Le P. Labbe, Sacr. conc, I. VI, 
p. I S56. — Le P. Harlzheim , Cunc. Germ., t. 1, p. fio. — Ollilon., lil>. II, cap. 7. 

[t) Ce concile est aussi nomme concile d'Abbengclon. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. |665. — Wilkins, Conc. Brit., t. I, 
p. 0.4. — Le P. Pagi, Crilica in ann. Bar., t. Il, p. 271. — Spelman , Conc, I. 1. 



I 



— 190 — 

fermement à leur règle et de donner bon exemple aux moines et aux 
religieuses qui sont sous leur conduite. 

5' canon. Que les monastères, dont les séculiers se sont emparés par 
une violence tyrannique et par pure avarice, ne soient point négligés par 
les évêques ; qu'ils en fassent la visite, s'ils le jugent nécessaire, et 
qu'ils aient soin qu'il y ait un prêtre, afin que ceux qui y demeurent' ne 
manquent pas de ce qui est nécessaire au salut. 

6 e canon. Qu'ils n'ordonnent ni prêtres, ni clercs, ni moines.'sans s'être 
auparavant assurés delà probité de leur vie, de leur capacité et de leur 
doctrine. 

7« canon. Que l'on ait soin dans les monastères des hommes, comme 
dans ceux des filles, de faire des lectures et d'y tenir des écoles pour 
l'instruction de la jeunesse, afin que l'Eglise puisse, dans ses besoins, 
en tirer quelque utilité. 

8 e canon. Que les prêtres quiltent les affaires séculières pour s'occu- 
per entièrement du service de l'Église, de l'office de l'autel et du culte 
divin. Qu'ils prennent soin de la maison d'oratoire et de ses ornements; 
qu'ils s'emploient à la lecture, à la prière, à la célébration des messes et 
au chant des psaumes ; qu'ils rendent service aux abbés>t aux abbesses ; 
qu'ils corrigent et avertissent ceux qui sont sous leur conduite, et qu'ils 
les portent à la vertu autant par leurs exemples que par leurs discours. 

9 e canon. Qu'ils prêchent la parole de Dieu et administrent les sacre- 
ments dans tous les lieux de leur dépendance, prenant garde de scan- 
daliser les séculiers et les moines par des excès de vin, par trop d'atta- 
chement au lucre ou par des discours peu décents. 

10 e canon. Non-seulement qu'ils apprennent le symbole, l'oraison do- 
minicale, les prières de la messe, celles du baptême et les cérémonies 
qui s'observent dans l'administration des sacrements, mais encore qu'ils 
les expliquent en langue vulgaire. 

11 e canon. Que les fonctions sacerdotales se fassent partout de la 
même manière, et que l'on conserve aussi l'uniformité dans l'adminis- 
tration du baptême. Que ceux qui se présenteront pour le recevoir 
soient instruits de ce qu'il faut croire, et qu'on apprenne à ceux qui 
servent de parrains aux enfants ce que c'est que de renoncer au diable 
et uses pompes et quelle est la foi dont ils doivent faire profession. 

12 e canon. Que les prêtres, en s'acquittant de l'office divin, ne dé- 
clament point à la manière du théâtre ; mais qu'ils chantent modeste- 
ment et simplement, suivant l'usage de l'Église. 

13 e canon. Que ceux qui ne peuvent chaîner se contentent de pro- 
noncer en lisant. 



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— 191 — 

14« canon. Qu'on observe les fêtes !e même jour qu'elles sont mar- 
quées dans le martyrologe romain (1). Que le dimanche soit uniquement 
employé au service divin. Que les abbés et les prêtres demeurent ce 
jour-là dans leur église pour y célébrer les saints mystères, à moins 
qu'ils ne soient obligés d'en sortir pour des affaires indispensables. Qu'il 
en soit de même des autres fêles majeures, où le peuple s'assemble dans 
l'église pour entendre la parole de Dieu. 

15 e canon. Que l'on cbante les sept heures canoniales du jour et de 
la nuit, en observant partout une manière uniforme dans la psalmo lie 
ou le chant des psaumes, et que dans la récitation des offices on ne 
mêle aucune autre prière que celles qui sont tirées de l'Écriture ou en 
usage dans l'Église romaine. Aux prières que les ecclésiastiques et les 
moines ou religieuses font pour eux-mêmes, qu'ils en ajoutent pour le 
roi et pour tout le peuple chrétien. 

10 e canon. Que les litanies ou rogations soient faites par le clergé et 
par le peuple avec beaucoup de révérence aux jours accoutumés, savoir 
le 7 des calendes de mai (le 25 avril (2), c'est-à-dire le jour de Saint- 
Marc), et trois jours avant l'Ascension, suivant le rit de l'Église ro- 
maine. Qu'en ce jour-là on jeûne jusqu'à none, qu'on célèbre la messe 
et qu'on porte en procession la croix et les reliques des saints, sans 
mêler à ces cérémonies des chants profanes. 

17 e canon. Que la fête de saint Grégoire pape soit célébrée en son 
jour, et que celle de saint Augustin, son disciple, se fasse le 7 des ca- 
lendes de juin (c'est-à dire le 25 mai). Qu'en ces deux jours, on s'abs- 
tienne d'oeuvres serviles; et que dans les litanies, après le nom de 
Faint Grégoire, on récite celui de saint Augustin, père et docteur des 
anglais. 

18 e canon. Qu'on observe les jeûnes des quatre-temps en un même 
jour et de la même manière qu'on les observe dans l'Église romaine, et 
qu'on ait soin d'en avertir le peuple. 

19 e canon. Que les moines soient soumis à leurs supérieurs, qu'ils 
vivent selon leur règle et s'habillent modestement, sans rechercher 
dans leurs habits de vains ornements à la mode des séculiers. 

20» canon. Que les évoques veillent sur les monastères situés dans 
leur diocèse et qu'ils prennent garde que la paix n'y soit troublée; que les 
moines s'y appliquent au travail et à des lectures spirituelles; que les 

(i) C'est la première fois qu'il en est fait mention. Ce concile entend apparem- 
ment celui de Bède. 

(2) C'est probablement par erreur que Dupin dit le 26 novembre ; car il n'est 
pas du tout question dans ce canon du mois de novembre. 



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— 192 — 

séculiers n'y entrent pas facilement, et que ces maisons ne soient point 
des demeures ou des retraites de poëtes, de musiciens et de bouffons. 
L'entrée des monastères de filles est principalement défendue aux 
laïques; qu'elles s'appliquent plutôt à lire de bons livres et à chanter 
des psaumes qu'à broder des étoffes de diverses couleurs, pour servir 
à la vanité des gens du monde. 

21 e canon. Que dans leurs repas les religieux et les religieuses, aussi 
bien que les ecclésiastiques , soient sobres ; et s'il est possible, qu'ils 
ne les commencent qu'après l'heure de tierce, c'est-à-dire à midi, hors 
les cas d'infirmité. 

22 e canon. Qu'on avertisse les moines, les religieuses et les clercs de 
se préparer sans cesse à recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ ; 
qu'on reprenne ceux qui, pour ne pas s'en approcher, vivent mal, né- 
gligent de confesser leurs péchés et de s'en corriger. 

25 e canon. Qu'on exhorte à la fréquente communion non-seulement 
les moines, mais aussi, parmi les laïques, les enfants qui vivent encore 
dans l'innocence et les personnes plus âgées qui mènent une vie ré- 
gulière, de peur que faute de cette nourriture salutaire, ils ne tombent 
en défaillance, selon ces paroles de Jésus-Christ : • Si vous ne man- 
gez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point 
la vie en vous, i 

24 e canon. Que les séculiers, qui se présentent pour recevoir l'habit 
monastique, soient éprouvés avec d'autant plus de soin par les supérieurs 
des monastères, qu'il ne leur sera plus permis de les renvoyer dès qu'ils 
auront été reçus, si ce n'est pour des causes graves et d'après le juge- 
ment du Concile. 

25» canon. Que les évoques, au retour d'un concile, en fassent pu- 
blier les décrets dans une assemblée particulière des prêtres, des abbés 
et des prévôts ; et s'il arrive qu'ils ne puissent remédier à certains abus 
de leur diocèse, qu'ils en fassent leur rapport au Concile en présence de 
l'archevêque et des autres évêques de la province, afin qu'on y apporte 
remède. 

26' canon. Quelques-uns prétendaient pouvoir par des aumônes di- 
minuer ou commuer les peines canoniques imposées par le prêtre pour 
la satisfaction des péchés. Le Concile, en condamnant cet abus qui 
commençait à s'introduire, établit plusieurs maximes sur l'aumône, pui- 
sées dans les écrits des Pères'dont on avait fait la lecture. Première- 
ment, il défend de la donner dans le dessein de pécher plus librement ; 
secondement, il ne veut pas qu'on la fasse d'un bien mal acquis; troi- 
sièmement, que ce ne soit pas pour diminuer la satisfaction de la péni- 



— 193 — 
tence canonique ou pour s'exempter du jeûne et des autres œuvres ex- 
piatoires imposées par le prêtre du Seigneur. Il veut que l'aumône soit 
un moyen au pénitent d'accélérer la correction de ses mœurs et de 
fléchir la colère divine qu'il avait provoquée par ses mauvaises actions; 
parce qu'd doit savoir que plus il s'est permis d'actions défendues, plus 
il do.t s'abslen.r de celles mêmes qui sont permises, et que plus les 
maux qu'il a faits sont grands, plus aussi les fruits de ses bonnes 
œuvres doivent être abondants. Il est bon de chanter souvent des 
psaumes, de fléchir souvent les genoux avec une intention droite et sin- 
cère et de faire tous les jours l'aumône; mais il ne faut pas, à cause de 
ces bonnes œnvres, se dispenser du jeûne imposé suivant les règles de 
l'Eghse. Car il est besoin que la chair qui, pour avoir eu trop ses aises 
nous a engagés dans le péché, soit ailligée et mortifiée par le jeûne' 
afin qu'elle nous lasse obtenir le pardon de nos fautes. 

27 e canon. Le Concile condamne aussi ceux qui s'imaginaient s'ac- 
quitter de leur pénitence par d'autres personnes, qui chantaient des 
psaumes ou jeûnaient pour eux. Que chacun sache que la même chair 
qm a porté au péché doit être punie selon la mesure du péché, si l'on 
ne veut qu'elle soit punie dans le siècle futur par le Juge éternel. Et s',1 
était perm.s de satisfaire par autrui pour ses propres péchés, les riches 
se sauveraient plus aisément que les pauvres, contrairement à celle pa- 
role expresse de la vérité: « Il est plus difficile à un riche d'entrer dans 
le royaume des cieux, qu'il ne le serait à un chameau de passer par le 
trou d'une aiguille (1). , H est dit dans ce canon que quoique l'on 
n entende pas en chantant le latin des psaumes, on peut diriger son 
"mention aux demandes générales que l'on doit faire à Dieu, ce qui 
prouve que l'office public se faisait alors en latin dans les églises d'An- 
gleterre; mais comme les psaumes y étaient aussi traduits en langue 
saxonne, quelques-uns les récilaient en celle langue dans leurs prières 
particulières. 

28° canon. Que personne n'établisse des communautés plus nom- 
breuses que les revenus ne peuvent en entretenir, soit pour la nourri- 
ture, sou pour le vêlement. Que les moines elles religieuses ne portent 
point des habits séculiers et profanes, qu'ils n'affectent point dans leur 
coutume des modes et des ornements contraires à l'usage de leur état. 
Cette défense regarde égalemeni les clercs. 

29 e canon. Que les religieux et les religieuses, qui depuis un certain 
temps demeurent dans des maisons de laïques, retournent dans les mo- 

(0 Saint Mathieu, B*fmgile, cb. x«, v, 34. 
T. III. 






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— 194 — 

nastères où ils ont fait profession, et qu'on ne refuse point de les y 
recevoir, soit qu'ils en soient sortis de leur plein gré, soit par violence. 
30° canon. Qu'à toutes les heures canoniales on fasse des prières, 
non-seulement pour les personnes consacrées à Dieu, niais aussi pour 
les rois, pour les princes, pour tout le peuple, et qu'on offre le sacri- 
fice pour le repos des âmes des défunts. 

N° 651. 
CONCILE DE GERMANIE. 

(germanicum.) 

(Vers le mois de janvier de l'an 747.) — Peu de temps avant la re- 
traite de Carloman dans un monastère, saint Boniface tint un concile, 
par ordre de ce prince, où l'on reçut les quatre conciles généraux (1). 

N° 6S2. 

ASSEMBLÉE DE DUREN (2). 

(duriensis.) 

(L'an 748.) — Cette assemblée fut convoquée par Pépin, roi des fran- 
çais, pour travailler à la réparation des églises et des affaires des pauvres, 
des veuves et des orphelins, à qui il était urgent de rendre justice (3). 

N° 6S3. 

CONCILE DE MAYENCE. 

(moguntinum.) 

(L'an 752 ou 755.) — Saint Boniface désigna dans ce concile Lulle, 
un de ses plus fidèles disciples, pour son successeur, et avec le consente- 
ment de Pépin l'ordonna archevêque de Mayence. Puis il confirma dans 
leurs dignités les autres évêques et les abbés ci-devant établis (4). 

N° 634. 
I" CONCILE DE VERBERIE (5). 

(VERMERIENSE I.) 

(L'an 753 (6).) — L'an 747, le prince Carloman, regrettant d'avoir 

(i) Le P. Pagi, Critica in ann. Bar., I. III, p. 270. 

(3) Ville située sur la Roèr, autrefois dans le duché de Juliers, aujourd hui dans 
le graud-duclié du Bas-Bliin. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VI, p. 1880. — Annalss ilïtenses. 

(4) Le P. llarizlieim, Conc. Gérai., t. I, p. 93. 

(5) Maison royale sur l'Oise, au diocèse de Soissous. 

(G) D'après quelques auteurs, ruais sans preuve, l'an 7^2. 






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— 195 — 
fait périr l'année précédente , par ses victoires sur les allemands , les 
bavarois et les saxons , une grande multitude de rebelles, prit la résolu- 
tion de renoncer au monde et d'embrasser la vie monastique. Djns cette 
intention , il laissa ses états à son frère Pépin , c'est-à-dire la France 
orientale, avec la tutelle de son ûls Drogon , et partit pour Rome, où il 
reçut l'habit monastique de la main du pape Zacharie. Il se retira d'abord 
sur le Mont-Soracte avec quelques-uns de ses plus fidèles serviteurs et y 
bâtit un monastère en l'honneur du pape saint Sylvestre, que l'on disait 
s'y être caché durant les persécutions. Mais comme les seigneurs fran- 
çais qui venaient à Home troublaient sa retraite par leurs fréquentes 
visites, il se relira au Mont-Cassin , où il s'engagea , suivant la règle du 
monastère, à passer le reste de ses jours (1). 

Par la retraite de son frère, Pépin restait seul investi de l'autorité 
souveraine dans le royaume de France. Il avait déjà fait couronner 
Childéric III, jeune prince incapable, qui n'eut, comme ses prédéces- 
seurs, que le vain titre de roi. Mais dès qu'il crut n'avoir plus besoin de 
ce fantôme, il songea sérieusement à profiter des circonstances et de 
l'affection des français pour monter lui-même sur le trône de France ; 
et l'an 750 selon les uns et selon d'autres au mois de mars de l'an 752 (2), 
il reçut à Soissons la couronne et les hommages de tout l'empire fran- 
çais dans une assemblée générale des évêques et des seigneurs de la 
nation. Saint Boniface, légat du pape, lui donna l'onction sainte, pour 
rendre sa personne plus auguste et son pouvoir plus respectable (3). 

(1) Frédégaire, llistoria, cap. ni, n€} continuateur. — Anastase, Vita Za- 
, luiriœ. — Citron c. Cass., lib. i, cap. 7. — Eginard , Annales. — Aim. Metenses, 

(2) \J Art de vérifier les dates, t. I, p. 55c. 

(3) C'est le second roi de France qui ait été sacré. (Voir plus haut p. 93 Je 
vol.) — Onuphrc a cru qu'aucun prince chrétien n'avait été sacré avant Justin II 
empereur de Conslanlinople , qui parvint au trône l'an 565; mais d'autres non» 
apprennent que Théodose-le-Jeune fut couronné, par conséquent sacré, l'an <jo8 
par Proculus, patriarche de Conslanlinople. (Le P. Ménard, Notes sur le Sacra- 
mentairc de saint Grégoire, p. 307.) Dans le V« siècle, plusieurs empereurs d'Orient 
se firent couronner par les patriarches de Coustantinople. Léon I, successeur de 
Marcien, fut couronné par Anatole, l'an 457 ; Anastase, successeur de Zenon, reçut 
la couronne des mains d'Euphémius, l'an 491, après avoir souscrit par écrit à toutes 
les définitions de foi dn concile de Calcédoine, attaquées alors en Orient par les 
acéphales. 

J-.es successeurs de Pépin imitèrent son exemple; on n'en excepte que Louis-le- 
Debonnaire, qui, par ordre de Charlemagne son père, alla prendre la couronne 
«ur le grand autel de l'église d'Aix-la-Chapelle, scia mit sur la tète, et sans 
autre consécration fut reconnu roi de tonte la monarchie. 

Le sacre des rois se faisait anciennement par le métropolitain de la province où, 
l'on s'assemblait pour couronner le nouveau monarque. Philippe l'i est le premier 



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I 






I 









— I9G — 
La seconde année de son règne, l'an 753, Pépin convoqua un concile 
à Yerberic , auquel il assista en personne avec les seigneurs de sa cour, 
les évoques et les abbés de la nation française. On fit vingt-un ca- 
nons de discipline, dont la plupart concernent les mariages inces- 
tueux (1). 

1 er canon. Que ceux qui se sont mariés , quoiqu'ils fussent parents 
au troisième degré inclusivement, soient séparés, cl qu'après avoir fait 
pénitence, ils aient la liberté de contracter un autre mariage. Quant à 
ceux qui ne sont parents qu'au quatrième degré, qu'on ne les sépare 
point s'ils sont mariés, mais qu'on leur impose seulement une péni- 
tence. S'ils ne sont pas mariés , qu'on les en empêche. 

2 e canon. Si un homme a eu un commerce avec sa belle-fille (fille 
d'un autre lit), il ne doit plus habiter ni avec la mère ni avec la fille ; la 
lille et lui ne pourront plus se marier à d'autres ; mais la mère de cette 
fille pourra épouser une autre personne, si, après avoir eu connaissance 
du crime de son époux, elle ne le reconnaît plus en celte qualité et 
que d'ailleurs elle ne se trouve point disposée à vivre dans la continence. 
' 3 e canon. Si un prêtre épouse sa nièce , qu'il soit obligé de la ren- 
voyer et qu'il perde son rang. Si un autre l'épouse et qu'il la renvoie, 
il peut en épouser une autre s'il ne peut vivre dans la continence, parce 
qu'il n'est point permis d'épouser une femme renvoyée par un prêtre. 
V canon. Une femme qui a pris le voile est obligée de le garder, à 
moins qu'on ne le lui ait donné de force ; en ce cas, le prêtre qui l'aura 
voilée , doit être déposé. Si une femme prend le voile sans le consente- 
ment de son mari, celui-ci peut ne pas la laisser dans cet état. 

5« canon. Si une femme a conspiré avec d'autres hommes contre la 
vie de son mari , et que celui-ci ait tué quelqu'un en se défendant , il 
peut la renvoyer et se remarier (quand elle sera morte ; ce qu'il n'au- 
rait pu faire, s'il avait été jugé coupable d'homicide : la femme criminelle 
ne pouvait pas se remarier (2). 

de nos rois, aprè» Clovis, qui ait été sacré à Reims. Gervais de Bclème, archevêque 
de cette ville, soutint devant la cour de ce prince que lui seul avait ce droit comme 
successeur de saint Rémi à qui le pape Hormisdas l'avait, disait-il, donne. 

Pcpin reçut une seconde fois l'onction sacrée des rois, dans l'église de Saint-De- 
nis, delà main du pape Etienne 11, l'an 754. 

(0 Le P. Labbe, Suer, conc, t. VI, p. iG56. — Le P. Sirmond, Comil. ont. 
Gall., t. II, p. 1. — Le P. Hardouin, Coll. concil., t. 111, p. 1989. — Lecointc, 
Annales, ad ami. 7 53, nom. 1. — Buluzc, CafMularia , t. 1, p. 162. — Reginon, 
De ecclesiaslicis disciplmis elreliyione clirislianâ, lib. 11. 

(2) On voil par là qu'une partie de la pénitence des grands crimes était d'ei- 
clure du mariage pour toujours. 



(l) La femme du serf était appelée concubine. T. II, p. iî3 de cette Histoire, 
(i) On voit par là qu'il y avait une sorte d'esclaves qui avaient à leur service 
d'autres esclaves. Ils avaient même la liberté de les affranchir , tandis qu'eux- 
mêmes demeuraient dans les liens de la servitude. On peut voir dans Lindenbrok 
{Cod, lerj. anliq., io3, t. •?.) un modèle de cette sorte d'affranchissement. 

(3) Les mots : sedmelius est absttr\ere } uc se trouvent que dans Sirniond et Labbe; 
ils ne sont point dans Réginon. 






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II 



— 197 — 

e canon. La servitude rend le mariage nul : un ingénu , qui a épouse 
une femme , la croyant libre , et qui apprend ensuite qu'elle ne l'est pas, 
peut se remarier. Il en est de même pour la femme , à moins que sou 
mari ne se soit fendu par misère , qu'elle n'y ait consenti et que le prix 
de la vente ne l'ait nourrie. 

7 e canon. Si un serf a pour concubine (1) son esclave, il peut la 
quitter, s'il le veut, pour épouser sa pareille, l'esclave de son maître. 
Mais il vaut mieux qu'il garde son esclave (2). 

8« canon. Le maître peut obliger son esclave à épouser sa servante , 
s'il a eu un commerce charnel avec elle. 

9 e canon. Si une femme refuse de suivre son mari qui est obligé de 
passer dans une autre province, ou de suivre son seigneur, elle no 
pourra se marier du vivant de son mari ; mais le mari qu'elle a refusé do 
suivre pourra épouser une autre femme, en se soumettant à la pénitence. 

10 e canon. Le mariage est interdit à celui qui a commis un inceste 
avec sa belle-mère (épouse de son père), aussi bien qu'à la belle mère, 
et le beau-père peut épouser une autre femme ; (ce qu'il faut entendre 
après la mort de la première femme ; ) mais il est mieux de s'abs- 
tenir (3). 

11 e canon. Ce canon impose la même peine à ceux qui abusent de 
leur belle-fille (fille d'un autre lit) ou de leur belle-sœur. 

12 e canon. Celui qui pèche avec les deux sœurs ne peut avoir ni l'une 
ni l'autre pour femme , quoique l'une le soit déjà. 

14» canon. Celui qui a su que celle qu'il épousait était servante est 
obligé de la garder. 

14 e canon. Les ordinations faites par des évèques vagabonds sont 
nulles. Toutefois si ceux qui ont été ordonnés prêtres par eux sont de 
bonnes mœurs, on pourra les ordonner de nouveau. 

15 e canon. Un prêtre dégradé peut baptiser en cas de nécessité. 

16 e canon. Que les clercs ne portent point d'armes. 

17° canon. Si une femme se plaint que son mari n'a jamais demeuré 
avec elle, elle peut faire l'épreuve de la croix , et s'il parait par celte 
épreuve que cela est ainsi , elle pourra faire ce qu'elle voudra. 



I I 



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II 




— 198 — - 

18' canon. Que celui qui a un commerce avec la cousine de sa femme, 
soit privé de sa femme et qu'il ne puisse en avoir d'autres (c'est-à-dire 
qu'il soit condamné à une continence perpétuelle). Que sa femme, au 
contraire, ait la liberté de faire ce qu'elle voudra (1). # 

19 e canon. Si un serf ou une serve mariés sont séparés par vente et 
que l'on ne puisse pas les réunir, il faut les engager à demeurer dans 
l'état où ils sont. 

20' canon. L'esclave qui est fait libre peut répudier sa femme esclave 
et en épouser une autre. 

21 e canon. Que celui qui permet à sa femme de prendre le voile ne 
puisse se remarier. 

A la suite de ces canons qui ne sont pas tous intelligibles, on en 
trouve neuf autres rapportés par Baluze et Réginon, ce sont des expli- 
cations des différentes espèces d'incesie , avec les peines qu'on destine 
aux coupables. 

1" canon. Si quelqu'un pèche avec la femme de son frère, que les 
deux coupables restent toute leur vie dans la continence. Mais le mari 
peut épouser une autre femme. 

2 e canon. Si quelqu'un pèche avec la fiancée de son fils, et que le fils 
l'épouse , le père et la femme coupable ne pourront plus se remarier. 
Mais le fds , qui a ignoré le crime de son père , peut épouser une autre 
femme. 

5 e canon. Si quelqu'un présente sou beau-fils ou sa belle-fille (fils ou 
fille d'un autre lit) pour être confirmé , qu'il soit séparé de sa femme et 
qu'il ne puisse en épouser une autre. Qu'il en soit de même pour une 
femme. 

A e canon. Si quelqu'un pèche avec la mère et la fille, la mère ignorant 
la faute de sa fille et celle-ci la faute de sa mère , qu'on ne les empêche 
pas de se marier, mais que le coupable ne le puisse jamais. Si les 
femmes connaissent leurs fautes mutuelles , qu'elles soient tenues de 
vivre dans la continence. 

5 e canon. Si quelqu'un pèche avec une femme et qu'il en épouse la 
Eceur, qu'il soit obligé de vivre dans la continence jusqu'à la mort. Si 
la femme a ignoré la faute de celui qu'elle avait pris pour mari, elle peut 
en épouser une autre. 

6 e canon. Si quelqu'un obligé de s'expatrier renvoie sa femme, ni 
l'un ni l'autre ne doivent point se remarier. 



(i) Le texte ajoute ce correelif : hoc Ecclesia non recipii, l'Eglise ne reçoit point 
celle décision. 



— 109 — 

V canon. Si quelqu'un commet un inceste avec sa proche parente , 
que ses biens soient confisqués ; que personne ne le reçoive dans sa 
maison et ne lui donne à manger, jusqu'à ce qu'il se soit corrigé ; qu'il 
soit condamné par le roi à 60 sous d'amende; s'il est sans fortune et 
de condition libre, qu'il soit mis en prison ; s'il est esclave, qu'il soit 
frappé de verges. 

8 e canon. Si un homme libre tue son père ou sa mère, ou son frère 
ou son oncle, qu'il perde son héritage. Si quelqu'un pèche avec sa mère, 
sa sœur ou sa tante, qu'il perde aussi son héritage. 

9 8 canon. Les évêques doivent mettre tous leurs soins à rechercher 
lesincestucux ; si ceux-ci ne veulent point faire pénitence de leurs fautes, 
qu'ils soient chassés de l'église ; et s'ils résistent aux évêques , qu'on 
emploie la discipline séculière pour les contraindre à l'obéissance. 

Quelques auteurs ont soupçonné les évêques de ce concile d'avoir été 
peu instruits de la doctrine de l'Évangile touchant l'indissolubilité du 
mariage , parce qu'on voit dans certains cas la permission de se remarier 
accordée à l'un des époux ; mais on peut croire que cela ne doit s'en- 
tendre qu'après la mort de l'un ou de l'autre époux ; et cette permission, 
qui pourrait d'abord paraître superflue, doit cesser d'étonner après ce 
que nous avons dit sur l'interdiction du mariage comme une suite de la 
pénitence (i). 

N° C8S. 

SYNODE DE METZ. 

( METENSIS. ) 

(L'an 733 (-2).) —Les évêques firent, dans cette assemblée mixte , 
de concert avec les officiers du roi, les huit statuts suivants (5) : 

1 er canon. Si un homme commet un inceste avec une vierge consa- 
crée à Dieu ou avec sa mère spirituelle (sa marraine), ou avec sa belle- 
mère , ou avec la mère et la fille , ou avec les deux sœurs , ou avec la 
fdle de son frère ou avec la fille de sa sœur, ou avec sa mère , ou avec 

(i) Le P. Lccointe, Annales eccleslasticl. 

(a) Le titre de ce concile porte qu'il fut assemblé après celui de Verncuit sous le 
règne de Pépin. L'année n'en est pas marquée. Baluzc croit que ce fut ta 5 e du 
règne de ce prince, c'est-à-dire l'an 7.S6. Mais le P. Labbe et les auteurs de VArt de 
vérifier les dates placent ce concile à l'an ^53. 

(3) Le P. Sirmond , Concll. ant. Gall., t. II, p. 5. — Le P. Labbe , Sacr. conc,, 
t. VI, p. i6">ç.. — Le P. Hardouin, Coll. concil., t. III , p. 1 99 ■ . — - L. P. Hart- 
iheim, Conc. Germ,, l. I, p. g|. — Balttze , Capitularia, t. I, p. 178, — Muratori. 
— On n'est pas d'accord sur le nombre des canons ; les Capitulaires erj rapportent 
dis , et on n'en trouve que huit dans les collections des conciles. 



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— 200 — 
sa cousine germaine , ou avec sa cousine , ou avec sa tante , ou avec 
la sœur de sa mère, qu'il perde ses biens à cause de ces crimes ; s'il 
ne veut point se corriger, que personne ne le reçoive et ne lui donne 
à manger ; qu'en outre il soit condamné par le roi à 60 sous d'amende ; 
et, s'il n'a pas de biens, mais qu'il soit libre, qu'il soit mis en prison 
jusqu'à satisfaction entière; s'il est esclave ou affranchi, qu'il soit 
frappé de verges ; et si son maître souffre qu'il tombe dans un tel crime, 
que le maître soit lui-même condamné à 60 sous d'amende. 

2« canon. Si un ecclésiastique commet l'un des incestes désignés , 
qu'il perde son rang ; que les clercs inférieurs soient frappés de verges 
ou mis en prison. 

o« canon. Que l'archidiacre, de concert avec le comte, appelle les 
prêtres et les clercs au concile. Et si l'un d'eux méprise cet avis, que le 
comte le condamne à 60 sous d'amende et que l'évêque le fasse juger 
suivant les canons. 

•4 e canon. Que les douaniers n'arrêtent point , sous prétexte d'aucun 
droit , les pèlerins qui se rendent à Rome ou dans d'autres lieux , et s'ils 
le font , qu'ils soient condamnes à C0 sous d'amende. 

5'canon. Que désormaisla livre pesante ne contienne que 22 sous ; qu'il 
y en ait un pour le monnoyeur, et les autres pour celui qui a fourni la 
matière. 

6* canon. Que les franchises soient conservées. 

7 e et 8 e canons. Il est question dans ces canons de la manière de ren- 
dre la justice aux ecclésiastiques et aux laïques. 

N° 636. 

CONCILE DE ROME. 
(roma.mji.) 

(L'an 753.) — Ce concile tenu sous le pape Etienne II , accorda cer- 
tains privilèges à Anselme , abbé du monastère de Saint-Sylvestre, 
fondé à Nonantule dans le territoire de Modène. — Le P. Mansi ré- 
voque en doute l'authenticité de ce concile (1). 

N° 637. 
ASSEMBLÉE DE CAKISIAC, ou QUERCY-SUR-OISE. 

(CARISIACA.) 

(Le 14 avril de l'an 754.) — Les lombards renouvelaient sans cesse 
leurs attaques contre les faibles restes de l'empire en Italie. L'an 750, 

(l) Muratoii , lier, lud., t. I, p. 2,— Le P. Mansi, Suppl. Concil., t. i. p. 602. 



XSN 



— 201 — ; 

leur roi Rachis ayant assiégé Pérouse, le pape Zacharie se rendit auprès 
de lui et par ses exhortations autant que par ses présents , le déter- 
mina à lever le siège. Ce roi fut si touché par les discours du Souverain- 
Pontife, que peu de jours après il abdiqua la couronne pour embrasser 
la vie monastique. 

Rachis eut pour successeur sur le trône des lombards son frère As- 
tolfe, qui, profitant de la faiblesse des grecs et voyant les troupes de 
l'empire occupées contre les arabes, assiégea la ville de Ravenne et s'en 
rendit maître. L'exarque Eutychius s'enfuit à Constanlinople, et ainsi 
finit l'exarcat de Ravenne qui avait duré environ cent quatre-vingts 
ans, depuis le règne de Justin-le-Jeune. Astolfe poursuivant ses con- 
quêtes voulut aussi s'emparer du duché de Rome. Celte ville avec son 
territoire, depuis le soulèvement de l'Italie contre Léon l'Isaurien, con- 
servait une sorte d'indépendance, et ne pouvant rien espérer des empe- 
reurs, qui songeaient bien plus à l'opprimer qu'à la secourir , menacée 
tantôt par les exarques, tantôt par les lombards, elle s'était maintenue 
contre les uns et les autres par la protection des Souverains-Pontifes, à 
qui elle avait remis le soin de sa défense. Appelés ainsi par les circon- 
stances et par le vœu du sénat et du peuple au protectorat de ce duché, 
ils en éiaient devenus pour ainsi dire les véritables souverains. Le pape 
Etienne II envoya au roi une dépulation qui le détermina d'abord à si- 
gner, comme l'avaient précédemment fait Luitprand et Rachis, un traité 
de paix pour quarante ans. Mais Astolfe rompit ce traité au bout de 
quelques mois et fit menacer les romains de les passer tous au fil de 
l'épée, s'ils refusaient de se soumettre à sa puissance et de lui payer un 
tribut annuel. Il renvoya môme sans les entendre lesabbés de Saint-Vin- 
cent et du Mont-Cassin, que le pape avait députés vers lui pour/iemander 
le maintien de la paix. Il éluda aussi par des négociations la demande 
que lui fit l'empereur de rendre Ravenne et les autres villes de l'exar- 
cat. Alors le pape écrivit à l'empereur pour le prier, comme on l'avait 
déjà fait tant de fois, de venir avec une armée délivrer Rome et l'Italie. 
II implora en même temps le secours du ciel par des processions solen- 
nelles, où tout le peuple marchait nu-pieds et la tête couverte de cendres. 
Enfin, le pape Etienne voyant qu'il ne pouvait arrêter le roi des lom- 
bards ni par les prières ni par les présents et qu'il n'y avait a jeun se- 
cours à attendre de la part des grecs, prit le parti de recourir à Pépin, 
et après lui avoir exposé sa situation dans une lettre fort toucha :i'.e 
qu'il envoya secrètement par un pèlerin, il le pria d'envoyer à Rome 
une ambassade pour engager le Souverain-Pontife à se rendre auprès 
de lui. Il écrivit aussi à tous les ducs français pour les exhorter à venir 



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■ 






• 202 — 
au secours de saint Pierre, leur promettant de sa part que leur piété 
obtiendrait sa récompense en ce monde et en l'autre. Pépin s'empressa 
d'accéder aux vœux du pape et lui envoya Chrodegand, évêque de Meiz, 
avec le duc Auchaire, pour l'inviter de se rendre en France. Le pape se 
mit en route au mois d'octobre de l'an 7S3. Il fut reçu en France avec 
les témoignages de la plus profonde vénération ; et le roi lui promit avec 
serment de remplir ses vœux et défaire rendre toutes les places enlevées 
aux romains. 

Le roi tint à ce sujet une assemblée de tous les seigneurs de son 
royaume à Quiercy-sur-Oise après les fêtes de pâques (1). Le pape as- 
sista à cette assemblée. On y résolut une expédition en Italie pour la dé- 
livrance des romains, et Pépin, par un acte solennel fait en son nom et 
au nom des princes Charles et Carloman ses enfants, promit de donner 
au Saint-Siège les villes et les terres usurpées par les lombards. Pen- 
dant son séjour à Quiercy, le pape répondit en dix-neuf articles à une 
consultation sur divers points de discipline, dont la plupart concernent 
les empêchements du mariage et son indissolubilité. On y trouve aussi 
plusieurs articles concernant le baptême, et l'on y voit la preuve qu'il 
se donnait encore ordinairement par immersion (2). 

Le 12 e article porte en effet: Le baptême administré en cas de néces- 
sité au nom de la sainte Trinité en versant de l'eau sur la tête avec une 
coquille ou avec la main, est valide. 

Le 11 e qui est le plus fameux porte : Si un prêtre baptise avec du vin, 
quoiqu'il ait de l'eau, qu'il soit excommunié et mis en pénitence, parce 
qu'il a agi contre les canons. Mais si, à défaut d'eau, il baptise avec du 
vin un enfant en danger de mort , il n'est pas coupable (c'est-à-dire 
qu'il est exempt de peines canoniques, quoiqu'un pareil baptême ne 
soit pas approuvé). (Mais) que l'enfant ne soit pas de nouveau baptisé. 
(Infans sic permarwat in ipso baptistno.) 

Quelques critiques ont prétendu que le pape semblait reconnaître la 
validité du baptême administré avec du vin en cas de nécessité; mais il 
est évident qu'il y a une altération dans le texte. D'autres soutiennent 
que cet article cl quelques autres ont été insérés après coup dans la 
réponse du pape. 






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(i) Ces assemblées annuelles de seigneurs se tenaient auparavant le i" mars ; 
mais Pépin les fixa au 1er mai, et de là vint que le nom de champ de mai fut substi- 
tué à celui tle champ.de mars. 

(2) Anastase, Yitm pontificum. — Continuateur de Frc'dégaire, Bisloria, lib. iv , 
cap. 1 19 . — Àtmnlcs ilelcns. et Berlin. — Etienne H , Epislola. — Le P. Labbc , 
Sacr, conc, t. VI, p. i65o. — Le P. Sirraond, Conc.. Gall,, t. Il, p. 14. 



» 



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— 203 — 
Pendant son séjour en France, le pape sacra, par l'onction de l'huile, 
Pépin et ses deux fils Charles et Carloman, avec la reine Bertrade. En- 
suite il défendit par l'autorité apostolique, sous peine d'excommunica- 
tion, à tous les seigneurs français, ainsi qu'à leurs descendants, de ja- 
mais se choisir des rois dans une autre famille ; et pour mieux assurer 
au Saint-Siège la protection de Pépin et de ses enfanis, il leur conféra le 
titre de patrice des romains ; ce qu'on doit remarquer comme un acte 
et une preuve de celte souveraineté dont on a vu que les papes se trou- 
vaient déjà investis sur le duché de Rome par le vœu unanime du sénat 
et du peuple. 

N" 658. 
* CONCILIABULE DE CONSTANTINOPLi;. 

( C0NSTANTI.N0P0L1TANUM. ) 

(Depuis le 10 février de l'an 754 jusqu'au 8 août suivant (1).) — 
Constantin Copronyme (2) persécutait alors en Orient les défenseurs 
des images. La révolte qui éclata au commencement de son règne et les 
guerres qu'il eut ensuite à soutenir contre les sarrasins l'avaient forcé 
de suspendre pendant quelque temps ses violences; mais dès qu'il vil 
son pouvoir affermi , il poursuivit avec ardeur ses projets sacrilèges el 
mil tout en œuvre pour les faire réussir. Il chercha d'abord à gagner le 
peuple de Conslantinople ; puis , assuré des dispositions de plusieurs 
évêques et comptant sur la faiblesse des autres, il convoqua ua concile 
qu'il fit présider par Grégoire de Néocésarée , Théodore d'Éphcse et 
Sisinnius de Perge en Pamphilie , partisans déclarés des iconoclastes. 
Ce concile se tint au palais d'Hiérie , sur la côte d'Asie , vis-à-vis de 
Constanlinople ; il s'y trouva trois cent trente-huit évêques; mais 
il n'y eut aucun des patriarches de l'Orient, ni personne pour les repré- 
senter, et l'on s'était bien gardé de demander le concours ou du 
moins l'assentiment du Souverain-Pontife. Toutefois, cette assemblée ne 
laissa pas de prendre le titre de saint et grand concile œcuménique dans 



(i) Ce concile est daté de la i4" année du règne de Constantin, indiction vu'. 
Commencé le 4 des ides de février, fini le 6 des ides d'août de la même indiction. 

(a) Cet empereur fut surnommé Copronyme parce qu'il avait souillé les fonts 
pendant son baptême; et d'ailleurs il mérita ce surnom autant par ses goûts dépra- 
ves que par ses mœurs dissolues. Il était grossier, brutal, impudique, sanguinaire, 
se faisait une gloire de ses débauches et prenait plaisir à se frotter avec du fumier 
et de l'urine de cheval. Ennemi des images comme Léon son père, il fut accusé de 
mépriser Jésus-Christ même et de s'adonner aux pratiques de la magie. 



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— 204 — 

la prétendue définition' de foi , qui est la seule pièce qui nous en reste. 
Voici les principaux passages de celte définition de foi dans laquelle on 
combat longuement le culte des images par divers sophismes et l'on 
défend d'en faire ou d'en conserver aucune , soit dans les églises, soit 
dans les maisons particulières. On confirme cependant la doctrine de 
l'Église touchant le culte des saints et l'on reconnaît expressément qu'il 
faut les honorer et les prier, conformément à la tradition. 

Après un long préambule , les évêques disent : « Jésus-Christ nous a 
c délivrés de l'idolâtrie et nous a enseigné l'adoration en esprit et en 
« vérité. Mais le démon ne pouvant souffrir la beauté de l'Église a ramené 
« insensiblement l'idolâtrie ; sous l'apparence de Christianisme, en per- 
c suadant d'adorer la créature et de prendre pour Dieu un ouvrage auquej 
t on donne le nom de Jésus-Christ. C'est pourquoi comme le Sauveur 
« a envoyé autrefois ses apôtres pour la destruction des idoles , ainsi il 
t a suscité maintenant ses serviteurs nos empereurs , imilaieurs des 

< apôtres, pour vous instruire et renverser les inventions du démon, 
i Nous recevons les six conciles œcuméniques ; et après avoir soigneuse- 
« ment examiné leur doctrine nous avons trouvé que l'art illicite des 
c peintres combat le dogme capital de notre salut , qui est l'Incarnation 
t de Jésus-Christ , et renverse les définitions des six conciles. La pein- 
« lure établit l'erreur de Nestorius, qui divise Jésus-Christ en deux et ne 
« laisse pas d'appuyer celle d'Arius, de Dioscore , d'Eulychès , et de 
« Sévère', qui enseignent le mélange et la confusion des deux natures; 
t car le peintre ayant fait une image la nomme Christ : or, le nom de 

< Christ signifie tout ensemble Dieu et homme. Donc, ou le peintre a ren- 

< fermé, comme il s'imagine, la divinité immense dans les bornes de la 
♦ chair créée, ou il a confondu les deux natures unies sans confusion (1). 



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(i) Est-il possible d'opposer un argument plus pitoyable pour combattre le culte 
des images ? Et d'abord, le peintre ne dit pas, après avoir fait une image du Clirist : 
Voilà le Christ tel qu'il nous est apparu sur la terre; voilà celui qui a souffert pour 
le salut des hommes, c'est-à-dire voilà l'Homme-Dieu avec son corps, son sanp, 
son âme et sa divinité ; mais voilà l'image du Christ, du Fils de Dieu incarné; non 
pas l'image de la divinité qui est esprit, c'est-à-dire insaisissable, mais l'image de 
l'humanité seule , dont il lui est possible de saisir la ressemblance, parce qu'elle est 
matière, c'est-à-dire saisissable au toucher et à la vue. Et dira-t-on que le peintre 
confond dans son tableau l'âme et le corps, c'est-à-dire qu'il anéantit l'âme et en- 
seigne le matérialisme, lorsqu'il fait l'image d'un homme dont il ne représente que 
le corps? dira-t-on aussi qu'il enseigne l'inertie de la matière 'organisée, parce que 
le portrait qu'il a fait est privé de mouvement? De telles absurdités n'auraient pas 
besoin de réponses sérieuses pour eue réfutées; qu'il en soit donc de meule de l'ar- 
rimiciu des iconoclastes. 



■ 






— 20S — 

i Celui qui adore l'image est coupable des mêmes blasphèmes et la 
« même malédiction tombe sur l'un et sur l'autre (1). 

< Ils chercheront sans doute à s'excuser en disant : Nous ne faisons 
t l'image que de la chair, que nous avons vue et touchée et qui a con- 
i versé avec nous. Mais ils retombent par là dans l'impiété de Nestorius ; 

< car il faut considérer, selon les Pères, que la chair de Jésus-Christ, 
« dès qu'elle a commencé d'être , a été la chair du Verbe , pans jamais 
« admettre aucune idée de séparation, mais prise tout entière par la 
« nature divine et entièrement divinisée. Comment donc peut-elle en 
i être séparée î 11 en est de même de sa sainte âme. Dès qu'elle a été, 
« elle a été l'âme d'un Dieu, et n'a jamais été séparée de la divinité, 
« même étant Séparée de son corps. Comment donc ces insensés pré- 
« tendent-ils peindre la chair de Jésus-Christ comme la chair d'un pur 
« homme. C'est supposer qu'elle existe par elle-même et lui donner une 
( autre personne et par conséquent en ajouter une quatrième à la Trinité. 

« La vraie image de Jésus-Christ est celle qu'il a faite lui-même , 
« lorsque la veille de sa Passion il prit du pain, le bénit et ayant rendu 
• grâces le rompit et le donna à ses apôtres en disant : Prenez et mangez 

< pour la rémission de vos péchés, ceci est mon corps; et de même 
« prenant le calice , lorsqu'il dit : Ceci est mon sang , faites ceci en 
a mémoire de moi ; voulant montrer par là qu'il n'a pas choisi sous le 
« ciel d'autre espèce ni d'autre forme, qui puisse représenter son Incar- 
« nation. Et quelle a été en cela l'intention de Dieu infiniment sage ? 

< Si nous devons montrer clairement ce qu'il a fait dans le mystère de 
« son Incarnation , c'est-à-dire, que comme ce qu'il a pris de nous n'est 
« que l'essence humaine sans substance personnelle , pour ne pas faire 
« tomber sur la divinité une addition de personne, de même pour son 

< image, il nous a commandé d'offrir une matière choisie, qui est la 
i substance du pain ; mais sans forme ni figure humaine, de peur que 
« l'idolâtrie ne s'introduisît dans l'Église. Donc , comme le corps de 
« Jésus-Christ est saint étant divinisé , de même il est évident que ce qui 
« est son corps par institution , c'est-à-dire sa sainte image est sanctifiée 
« d'une certaine manière et divinisée par la grâce. Car c'est ce que 
« Jésus-Christ a voulu faire , afin que , comme la chair qu'il a prise a 
« été divinisée par une sainte pratique qui lui est propre et naturelle en 

< vertu de l'union , le pain de l'Eucharistie, comme étant la vraie image 
i de sa chair naturelle , devînt ainsi un corps divin , après avoir été 

< sanctifié par l'avènement du Saint-Esprit et la médiation du prêlre 
« qui fait l'oblation et rend saint ce pain qui était commun. Au reste , 

(i) On n'adore pas l'îmajjp, mais celui rjne représente l'image.' 



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206 — 



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• comme la chair vivante du Seigneur a reçu l'onction du Saint-Esprit, 
i qui est la divinité ; ainsi ce pain divin a été rempli du Saint-Esprit avec 
« le calice de son sang vivifiant. Il a donc été démontré que c'est la 

• vraie image de l'Incarnation de Jésus-Christ, qu'il nous a de sa propre 
< bouche indiqué de faire (1). 

« Mais ce que l'on appelle faussement des images ne vient pas de la 
« tradition de Jésus-Christ, des apôtres ou des Pères; elles n'ont point 

• de prières particulières pour les sanctifier et elles demeurent profanes 
« et méprisables comme le peintre qui les a faites. Que si l'on demande 
i pourquoi nous condamnons les images de la Mère de Dieu et des saints 
« qui sont de purs hommes , sans avoir la nature divine comme Jcsus- 
i Christ; nous dirons que l'Église est entre le Judaïsme et le Paganisme 
« et rejette les cérémonies de l'un et de l'autre : du Judaïsme, les sacri- 
« fices sanglants ; du Paganisme, la fabrication et le service des idole3 , 

• dont l'art détestable de la peinture est la source. Car n'ayant point 
< d'espérance de la résurrection , ils ont inventé cette illusion comme 
i pour rendre présent ce qui ne l'était pas. Mais pour les saints qui 
i vivent avec Dieu, c'est leur faire injure que de les représenter avec une 
« matière morte par l'art des païens. » Le Concile rapporte ensuite quelques 
passages de l'Écriture, pour autoriser sa définition, et quelques passages 
de saint Épiphane , de saint Grégoire de Nazianze, de saint Jean Chry- 
sostome, de saint Athanase , de saint Amphiloque, de Théodore d'An- 
cyre , d'Eusèbe de Césarée en Palestine ; après quoi il conclut que l'on 
doit rejeter de l'Église avec abomination toute image peinte , et il dé- 
fend à toute personne d'en faire aucune à l'avenir, de l'adorer, de la 
dresser dans une église ou dans une maison particulière, ou de la cacher, 
sous peine de déposition pour les évêques, les prêtres et les diacres, et 
d'anathème pour les moines et les laïques , sans préjudice des peines 
portées par lès lois impériales. 

Les évêques de ce faux concile prononcent ensuite dans leur décret 
les anathématismes suivants, en forme de canons, dont les sept pre- 
miers ne mentionnent que la doctrine catholique sur les mystères de la 
Trinité et de l'Incarnation (2). 

1" ANATnéjUTiSME. Si quelqu'un ne confesse pas, selon les traditions 
apostoliques, qu'il n'y a dans le Père et le Fils et le Saint-Esprit qu'une 
seule divinité, une seule nature, une seule substance, une seule volonté, 
une seuleopération, uneseule vertu, uneseule domination, un seul règne , 

(i) Voir le ïfr concile de Nicee de l'an 787 pour la réfutation des objections el 
de» sopliismes des iconoclastes. 

(i) Le P. Lubbe, Saçr. conc, t. VII, p. 5i4. 



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— 207 — 

une seule puissance en trois subsistances ou personnes ; qu'il soit ana- 
thème. 

2" anatuématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que l'un de la sainte 
Trinité, c'est-à-dire le Fils Verbe de Dieu et du Père , Notre-Seigneur 
Jésus-Christ , a été engendré avant tous les siècles selon la divinité, mais 
que dans ces derniers temps il est descendu des cieux pour notre salut, 
et s'est incarné dans le sein de Marie toujours vierge par l'opération du 
Saint-Esprit , et qu'il est né d'elle ; qu'il soit unalhème. 

3 e anatuématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que Dieu est selon la 
vérité Emmanuel (c'est-à-dire Dieu avec nous), et que pour cette raison 
la sainte Vierge est appelée mère de Dieu ; car elle a engendré selon la 
chair le Verbe de Dieu fait chair ; qu'il soit anathème. 

&e anatuématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que la chair, selon 
sa subsistance, est unie au Verbe qui est sorti de Dieu le Père et que le 
Christ avec sa chair ne forme qu'une seule personne, c'est-à-dire que 
le même est en même temps Dieu et homme ; qu'il soit anathème. 

5 e anatuématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que la chair du Sei- 
gneur est la propre chair, la chair vivifiante du Verbe qui est sorti de 
Dieu le Père , mais pour ainsi dire la chair de quelqu'autre unie à lui , 
c'est-à-dire qu'elle n'est que l'habitation du Verbe , mais que le Verbe 
ne la vivifie point ; qu'il soit anathème. 

6 e anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas, selon la doctrine 
des saints Pères nos maîtres , qu'il y a dans le Christ noire vrai Dieu 
deux natures, deux volontés et deux opérations naturelles, communi- 
cables entre elles, inséparables, indivisibles et non susceptibles de chan- 
gement ni de confusion ; qu'il soit anathème. 

7 e anatuématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que Noire-Seigneur 
Jésus Christ est assis auprès de Dieu le Père avec sa chair animée par 
une âme raisonnable et intellectuelle , et qu'enfin avec elle il viendra 
à la fin des siècles dans toute la gloire de son Père pour juger les vivants 
et les morts ; qu'il soit anathème. 

8 e anathématisme. Si quelqu'un s'attache à honorer par des couleurs 
matérielles le caractère divin de Dieu le Verbe selon l'Incarnation , et 
qu'il ne l'adore point de tout son cœur, par les yeux de l'intelligence , 
assis à la droite de son Père sur un trône de gloire; qu'il soit anathème. 

9 e anatuématisme. Si quelqu'un s'attache à resireindre en des bornes 
étroites, sous des couleurs matérielles et dans des images de forme hu- 
maine, l'essence et la subsistance infinies de Dieu le Verbe incarné; qu'il 
soit anathème. 

10 e anatuématisme. Si quelqu'un essaie de peindre dans une image la 



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203 




chair et la nalure de Dieu le. Verbe , devenant inséparables par l'union , 
et qu'il nomme cela le Christ , faisant ainsi une éirange confusion des 
deux natures ; car le nom de Christ veut dire Dieu et homme en même 
temps; qu'il soit anathème. 

41 e anathématisme. Si quelqu'un divise la chair unie à la subsistance 
ou personne de Dieu le Verbe, et qu'il s'attache à reproduire la ressem- 
blance de celle-là seulement; qu'il soit anathème. 

12 e anathématisme. Si quelqu'un divise le Christ en deux subsis- 
tances ou personnes séparées, l'une Fils de Dieu et l'autre Fils de la 
vierge Marie , et qu'il représente celle-ci , comme une personne parti- 
culière, sous la forme d'une image; qu'il soit anathème. 

13 e anathématisme. Si quelqu'un représente sous la forme d'une 
image la chair qui a été déifiée par son union avec le Verbe divin , la 
séparant ainsi de la divinité ; qu'il soit anathème. 

14 e anathématisme. Si quelqu'un essaie de reproduire sous des cou- 
leurs matérielles, comme un pur homme , Dieu le Verbe qui a la forme 
de Dieu et qui dans sa subsistance ou personne a reçu la forme de 
l'esclave et a été fait semblable à nous, mais sans péché, le séparant 
ainsi de la divinité et établissant une qualernilé dans la Trinité ; qu'il 
soit anathème. 

15 e anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que sainte Marie 
toujours vierge est véritablement et proprement la Mère de Dieu, la plus 
sublime de toutes les créatures visibles et invisibles, et qu'il ne demande 
pas son intercession avec une foi sincère , comme ayant la confiance de 
notre Dieu qu'elle a engendré ; qu'il soit anathème. 

16 e anathématisme. Si quelqu'un s'étudie à reproduire sous des cou- 
leurs matérielles et dans des images inanimées la ressemblance des saints, 
ce qui est une invention du diable ; qu'il soit anathème. 

17 e anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que tous les saints 
qui ont existé depuis le commencement des siècles , avant la Loi , pen- 
dant la Loi et sous la grâce de Dieu, méritent d'être honorés en corps et 
en âme, et ne sollicite pas leur intercession auprès de Dieu, selon la tra- 
dition de l'Église; qu'il soit anathème. 

18* anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas la résurrection des 
morts, le jugement, la récompense des bons et la punition des méchants; 
qu'il soit anathème. 

19 e anathématisme. Si quelqu'un ne reçoit pas ce saint concile, 
VII e œcuménique, et qu'il enfreigne ses décrets en quelque manière que 
ce soit , qu'il soit anathème par le Père et le Fils et le Saint-Esprit et par 
les sept conciles œcuméniques. 



— 209 — 
20» anathématisme. Que personne n'enseigne une aulre foi et n'em- 
pêche les hérétiques de parvenir à la connaissance de la vérité , sous 
peine de déposition pour les évèques et les clercs, et d'anathème pour 
les moines et les laïques. 

Les empereurs Léon et Constantin demandèrent ensuite au Concile si 
le décret qui venait d'être lu était publié du consentement de tous les 
évêques. Ceux-ci répondirent : « Nous croyons tous ainsi; nous sommes 
« tous d'accord et nous souscrivons tous volontairement et avec joie. » 
Après plusieurs acclamations en l'honneur des empereurs, les évèques 
prononcèrent divers anathèmes en ces termes : < Analhème à Germain 
« (le saint patriarche de Constanlinople) double en ses senliments et ado- 
« rateur du bois. Anathème à Georges (évêque de Chypre), son complice, 
« falsificateur de la doctrine des Pères. Anathème à Mansour (saint Jean 
€ Damascène), maudit et favorable aux sarrasins; à Mansour, adorateur 
i d'images et faussaire; à Mansour, injurieux à Jésus-Christ et traître à 
« l'empire; à Mansour, docteur d'impiété et mauvais interprète de 
i l'Ecriture. La Trinité les a déposés tous trois. > Tel est le décret du 
laux concile de Constantinople. 

Et comme le siège de Constanlinople était vacant par la mort d'Anas- 
lase, l'empereur choisit pour le remplir révoque de Sylée, nommé 
comme lui Constantin, et l'ayant proclamé patriarche dans la dernière 
assemblée de son conciliabule, il le revêtit lui-même du pallium et des 
autres ornements de sa dignité (1). 

Le décret de ce faux concile contre les images lut publié par l'em- 
pereur et les évèques sur la place publique de Constanlinople , puis 
envoyé dans toutes les provinces avec ordre de le mettre à exécution. 
Aussitôt les iconoclastes et les émissaires de la cour se répandirent 
dans les églises , dans les oratoires et même dans les maisons particu- 
lières, détruisant partout les images, effaçant les peintures religieuses 
sur les murailles des églises, les gravures sur les vases sacrés, et mal- 
traitant indignement ceux qui refusaient d'approuver ces profanations. 
La persécution s'exerça surtout contre les moines que l'empereur dé- 
testait souverainement et qu'il ne désignait jamais que par le mot d'a- 
bominables. Il chercha par tous les moyens à exciter contre eux la haine 
ou le mépris public; il employa les menaces et les promesses pour les 
laire apostasier; il en fil mourir un grand nombre dans les tourments; 



(i) te P. Labl.e, Sac 



an: conc., t. VI, p. 1 66 ■ ; t. VII, p. 3g5 el seq. ; 6' 
tion du Ile concile île Njcée. — Théopliane, Chronogr.. — Yitu S. Steplmni 

"ions, p. 444. 



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T. III. 



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— 210 — 

il condamna les autres à l'exil ou la prison , et défendit 5 tous ses su- 
jets, sous les peines les plus sévères , d'embrasser désormais la vie re- 
ligieuse. Les monastères furent détruits ou changés en casernes et leurs 
revenus furent confisqués. Presque tous les moines de Constantinople 
et des environs se réfugièrent hors de l'empire , les uns sur les bords 
du Pont-Euxin, les autres dans l'île de Chypre et en Palestine, et 
d'autres à Rome et en Italie. Partout dans les provinces les cruautés 
furent les mêmes , et partout les prisons regorgeaient de confesseurs 
et surtout de moines à qui on avait crevé les yeux , brûlé la figure ou 
coupé les mains , les oreilles ou le nez , et dont tout le corps portait les 
marques de la sanglante flagellation qu'on leur avait fait subir. Un 
grand nombre de catholiques de toutes conditions, clercs, laïques, offi- 
ciers, soldats, magistrats, dignitaires et simples citoyens souffrirent la 
mort , la mutilation ou l'exil , ou furent précipités dans la mer, enfer- 
més dans des sacs , pour leur attachement au culte des saintes images. 
Après avoir exigé de tous ses sujets un serment général de ne rendre 
aucune sorte de culte aux images , Copronyme défendit d'invoquer la 
Vierge ou les saints , et quiconque, selon la coutume des chrétiens, pro- 
nonçait , en cas d'accident , ces paroles : « Mère de Dieu , secourez- 
moi ! » quiconque assistait aux offices de la nuit , ou se faisait remar- 
quer par d'autres actes de piété, était traité d'abominable et puni comme 
un ennemi de l'empereur. Il défendit aussi la vénération des reliques, 
fit déterrer et brûler les plus vénérées et jeter dans la mer le corps de 
sainte Euphémie , célèbre par un grand nombre de guérisons mira- 
culeuses; mais cette relique , conservée par un nouveau prodige, fut 
retrouvée à l'île de Lemnos. L'église de la sainte fut changée en un ate- 
lier, où l'on fabriquait des armes, et les ouvriers faisaient leurs ordures 
dans le sanctuaire. Presque toutes les églises des martyrs furent ainsi 
converties à des usages profanes. Et cette horrible persécution ne se 
ralentit qu'à la mort de Copronyme, arrivée l'an 775 (1). 



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N° 6S9. 
1 er CONCILE DE VER OU VERN (2) OU VERNEUIL. 

(VERNENSE I.) 

Le 11 juillet de l'an 755 (5). Au retour de sa glorieuse expédition 



(i) Théopliane, Chronogr. — II e concile de Kiçée. — Ceilrenus, Compeiidium histor. 

(2) Et non pas Vernon, comme quelques-uns l'ont cru. — Château royal, suivant 
l'abbé Lebeuf, qui le place entre Paris c-t Compiègne. — - Dissertation, etc. 

(3) Ce concile est daté de la 4' année du règne de Pépin, le 5 des ides de juillet. 



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- 211 - 

contre les lombards , le roi Pépin fit tenir un concile à Verneuil-sur- 
Oise, où se trouvèrent presque tous les évoques des Gaules. Pépin y as- 
sista en personne. On y lit vingt-cinq canons pour le rétablissement de la 
discipline. Toutefois, on n'y corrigea que les grands abus, en attendant 
on temps plus favorable pour rappeler la perfeciion des anciens ca- 
nons et faire cesser les relâchements que la nécessité avait introduits 
dans la discipline (1). 
1" canon. Qu'il y ait des évêquesdans chaque ville. 
2e canon. Que tous obéissent aux évoques que nous avons institués en 
qualité de métropolitains, jusqu'à ce que nous puissions le faire plus 
canoniquement. 

3- canon. Que chaque évoque ait dans son diocèse le pouvoir de cor- 
riger les clercs et les moines suivant les canons. 

4e canon. Que l'on tienne chaque année deux conciles , l'un aux ca- 
lendes de mars (le 1" mars), au lieu désigné par le roi et en sa présence, 
et l'autre aux calendes d'octobre à Soissons ou en tel autre endroit 
choisi par les évèques au mois de mars. Que tous les ecclésiastiques qui 
y seront mandés par les métropolitains se rendent à ce second concile. 
B» canon. Si les abbés ou les abbesses mènent une vie peu édifiante, 
que l'évcque diocésain travaille à leur correction ; s'il ne peut les ré- 
duire, que le métropolitain y mette ordre; si on lui résiste, que l'as- 
semblée publique en décide; si les coupables méprisent le jugement 
de l'assemblée, qu'elle les dépose et en choisisse de plus dignes par 
l'ordre du roi ou du consentement des religieux. 

6e canon. Qu'une abbesse n'ait pas le gouvernement de deux monas- 
tères, ni la liberté de sortir du sien, hors les cas d'hostilité, ou à moins 
qu'elle ne soit mandée à la cour, une fois l'an et du consentement de 
Tevèque diocésain. Que les religieuses ne sortent pas non plus de leur 
monastère; et s'il arrive qu'elles aient besoin de faire connaître quel- 
que chose au concile ou au roi , qu'elles le fassent par députés. S'il y a 
des monastères qui ne puissent, à cause de leur pauvreté , vivre dans 
1 observance régulière, que l'évêque s'informe de la vérité et en fasse 
son rapport au roi , atin que le prince puisse par charité remédier à ce 
mal. S'il se trouve des religieuses dans un monastère qui ne veuillent 
pas vivre régulièrement et qui ne soient pas dignes par leurs mauvaises 
mœurs de demeurer avec les autres, que l'évêque ou l'abbesse les mette 
dans un lieu séparé, où elles travailleront de leurs mains suivant 

11) Le P. Labbe, Suer, conc., t. VI, p. ,6G4- - Dom Mabillo,, , J mui i ei 
l'b. xxiii, num. 18. — Le P. Sirmond, £Wtf. ont. Gull., t II n ,, _ r . p* 
Hardonin, Coll.concil., I. III, p. , 99 4. _ Le P. Man.i, Suppl, con'ci/., ,. i„ p ^ ' 



I 








— 242 — 

l'ordre de l'abbesse , jusqu'à ce qu'elles méritent de retourner dans leur 
monastère par une vie plus régulière. 

7' canon. Qu'on n'érige point de baptistère public dans les paroisses 
sans la permission de l'évêque. 

8 e canon. Qu'aucun prêtre ne se donne pas la liberté de baptiser, bors 
les cas de nécessité, cl de célébrer la messe , sans la permission de 
l'évoque dans le diocèse duquel il se trouve. 

9 e canon. Si un prêtre dégradé par son évèque entreprend, au mé- 
pris de ses jugements, de faire les fonctions de son ordre, qu'il soit 
excommunié par son évèque ; et que quiconque, clerc ou laïque , com- 
muniquera sciemment avec lui, encoure aussi l'excommunication (1). 

10 e canon. Les moines qui sont soumis à une règle ne doivent point 
aller à Rome ni ailleurs , sans la permission de leur abbé. Toutefois, si 
l'abbé néglige d'entretenir le bon ordre dans son monastère et que ce 
monastère tombe au pouvoir des laïques , les moines , qui ne croiront 
pas pouvoir y demeurer sans danger pour leur salut, pourront, du con- 
sentement de l'évêque , passer dans un autre monastère. 

H' canon. Que ceux qui se sont fait tonsurer pour l'amour de Dieu 
et qui ne sont soumis à aucune discipline, soient contraints de se reti- 
rer dans un monastère pour embrasser la règle ou de vivre comme clercs 
sous la juridiction de l'évêque, sous peine d'excommunication. Qu'il en 
soit de même pour les servantes de Dieu qui ont reçu le voile. 

12° canon. Que les clercs demeurent dans les églises où ils ont com- 
mencé de remplir les fonctions de leur ordre, à moins que chassés de 
leur patrie, ils ne soient obligés de passer dans une autre. Si un évèque 
ou un laïque reçoit le clerc d'une autre église, que l'évêque ou le laïque 
et le clerc soient excommuniés , et que celui-ci soit obligé de se retirer 
dans sa propre église. 

1 5 e canon. Que les évêques qui n'ont pas de diocèse et dont l'ordina- 
tion n'est pas connue, ne puissent faire aucune fonction épiscopale 
sans la permission de l'évêque dans le diocèse duquel ils se trouvent , 
sous peine d'être suspendus de leurs fonctions en attendant la tenue du 
concile, où ils seront punis suivant la loi canonique. Si un clerc ou un 
laïque prend la défense d'un tel évèque ou prêtre, sans la permission de 
son évèque, qu'il soi! excommunié jusqu'à ce qu'il se corrige. 



(i) Celui qui était excommunié ne devait point enlrer dans l'église, ni boire, ni 
mander avec aucun chrétien. 11 n'était permis à personne de recevoir de lui des pré- 
sents, ni de lui donner le baiser, ni de le recevoir tle lui, ni de prier avec lui, ni de 
le saluer avant qu'il cfit été réconcilié avec son évèque. S'il se prétendait excom- 
munié injustement , il pouvait en appeler au métropolitain et plaider sa cause de- 
vant lui, mais en gardant toujours les règles de l'excommunication. 



I 



— 215 — 

1 V canon. Les Pères du ce concile blâment l'opinion assez commune 
alors parmi le peuple , que le jour du dimanche il ne fallait passe servir 
de chevaux, de bœufs ou de voitures pour voyager; qu'on ne pouvait 
préparer quoi que ce soit pour manger, ni approprier sa personne ou 
sa maison, ce que les Pères regardent comme des coutumes plutôt ju- 
daïques que chrétiennes. On doit seulement ce jour-là, disent-ils, s'abs- 
tenir du travail de la terre, pour avoir plus de facilité de venir à l'é- 
glise. Si quelqu'un fait des œuvres interdites, son châtiment n'appartient 
point aux laïques, mais aux prêtres. 

15 e canon. Que les mariages des nobles comme ceux des roturiers 
soient célébrés publiquement. 

16 e canon. Que les clercs ne prennent point à ferme des terres et ne 
se chargent point d'affaires temporelles (à moins que la loi ne les ap- 
pelle à une tutelle dont ils ne puissent refuser la gestion, ou que l'évèque 
ne les charge du soin des affaires de l'église ou de celles des orphelins, 
des veuves et des personnes misérables qui ont besoin de la protection 
ecclésiastique). 

17 e canon. Que l'élection d'un évéque se fasse dans les trois mois qui 
suivront la vacance d'un siège, à moins qu'une nécessilé absolue n'oblige 
le métropolitain à différer. Que l'évèque soit ordonné dans le prochain 
concile. 

18 e canon. Qu'un évéque, un prêtre ou un diacre n'ait point recours 
aux juges séculiers, ainsi qu'il était défendu par le grand canon du 111" 
concile de Carlhage (tenu l'an 597), où il est dit : Si un évéque, un prê- 
tre ou un diacre, ponrsuivi devant un tribunal ecclésiastique, a recours 
aux juges séculiers, qu'il soit déposé quoiqu'il ait été absous, s'il s'agit 
d'une cause criminelle ; et si la cause est civile, qu'il perde ce qu'il aura 
gagné pour l'injure qu'il a faite à l'Église, en témoignant par là se défier 
de son jugement. 

19 e canon. Que les églises conservent tous leurs privilèges. 

20 e canon. Que les monastères royaux , fondés par les rois, rendent 
compte de leurs biens au roi ; et que les monastères épiseopaux , c'est-à- 
dire ceux qui ont été fondés par les évêques, en rendent compte à l'évè - 
que. (Les premiers étaient soumis à l'inspection de l'archichapelain, les 
seconds à celle des évêques.) 

21<-' canon. Que l'évèque ail toutes les cures Je son diocèse sous sa 
juridiction, ainsi qu'il a été ordonné dans un autre concile. 

22e canon. Que tous les pèlerins soient exemptés du droit de péage. 

23e canon. Que les comtes et les juges entendent et jugent d'abord les 
causes des églises, des veuves cl des orphelins préférablemenl aux autres. 



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I 



214 — 






II 


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II 




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24e canon. Que l'on ne donne point de l'argent pour parvenir aux 
ordres sacrés. 

25e canon. Qu'un évèque, ni un abbé, ni même un laïque ne pren- 
nent point d'argent pour rendre la justice. 

On trouve à la suite de ces canons, dans les Capitulaires, huit autres 
canons dont cinq sont absolument les mêmes que les cinq derniers ea- 
nons du concile de Metz de l'an 753, et les trois autres sont semblables 
aux trois premiers du concile de Compiègne de»l'an 757. 

N° 660. 

CONCILE D'ANGLETERRE. 

(anglicuh.) 

(L'an 756.) — Ce concile fut tenu par Culhbert, achevèque de Can- 
torbéry. On y ordonna que la fêle de saint Boniface , archevêque de 
Mayence, suait célébrée dans toute l'Angleterre le einq du mois de 
juin (1). 

N° 661. 

CONCILE DE LIPTINES. 

(liptinense.) 

(L'an 756.) — Le roi Pépin fit "assembler ce concile , qui fut présidé 
par saint Boniface i2) et par un légat du Saint Siège. On s'y occupa de la 
restitution des biens des églises; et ne pouvant y parvenir, on obligea 
à une rente de douze deniers les métairies qui provenaient de ces biens 
et on ordonna dans le même but la levée des neuvièmes et des 
dixièmes (3). 

N° 662. 

ASSEMBLÉE DE COMPIÈGNE (4). 

(COMPENDIENSE.) 

(Le 22 juin de l'an 756 (5).)— Pépin, au plus haut degré de la gloire, 

(i) Wilkins , Conc. Brit., t. I, p. i4/|. 

(2) Ce concile fut, dic-on, présidé par saint Boniface, qui mourut l'an 75.S. 
11 doit y avoir erreur ou dans la date de ce concile ou dans celle de la mort de saint 
Boniface. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. i883. — Le P. Mansi, Suppl. Concil., 
t. 1 , p. C>oj. 

(4) On met au rang des conciles celte assemblée et toutes celles qui furent te- 
nues sous les règnes de Pepiu et de Cliarlcmagnc , parce qu'elles étaient compo- 
sées d'évêques et de seigneurs. 

^5) Ce concile est daté de la 6" année du régne de Pépin; mais il doit y avoir 






— 215 — 

jouissait en pais de l'admiration de toute l'Europe : Didier , à l'ombre de 
sa protection, venait d'obtenir la couronne de Lombardie; le pape lui 
devait un grand état ; l'empereur Copronymc briguait son alliance et 
n'oubliait rien pour le mettre dans ses intérêts (1). Ce lut ce moment 
de triomphe que le monarque français choisit pour convoquer une as- 
semblée générale à Compiègne. L'évèque Georges et le sacellaire Jean, 
légatsdu pape Etienne il, présidèrent à ceconcile et en approuvèrent les 
canons (2). Il fut composé, comme toutes les assemblées de ce temps- 
la, d'évèques et de seigneurs (3). 

1" canon. Nous ne séparons point les époux parents au quatrième 
degré; mais que les époux parents au troisième et ceux qui sont l'un du 
troisième et l'autre du quatrième degré, soient séparés. 

2 e canon. Si deux époux sont parents au troisième degré, ou que l'un 
soit du troisième et l'autre du quatrième ; l'un d'eux étant mort, il n'est 
point permis au survivant de se remarier et s'il convole à de secondes 
noces, qu'il soit séparé de son conjoint. 

3 e canon. Si une femme prend le voile sans la permission de son mari, 
celui-ci peut convoler à de secondes noces. 

4 e cano.v Si quelqu'un donne à un homme ou libre ou esclave ou ec- 
clésiastique sa belle-fille (fille d'un autre lit) contre la propre volonté de 
celle-ci et de sa mère et de ses parents, et qu'elle ne veuille point l'avoir 
pour époux , qu'elle l'abandonne ; ses parents peuvent lui donner un 
autre mari, duquel elle ne doit point ê:re séparée. 

5 e canon. Si un homme libre épouse une femme croyant qu'elle est 
libre aussi et qu'il découvre ensuite qu'elle ne l'est point, il peut la 
renvoyer et en épouser une autre. Qu'il en soit de même pour la femme. 

6 e canon. Si un homme libre a reçu un (ief de son seigneur et qu'il 
l'ait suivi comme son vassal ; mais qu'ensuite le seigneur étant mort, 

rireur ou dans la date de ce concile, que quelques-uns placent, il est vrai, l'an 757, 

ou dans l'annije du règne de Pépin , puisque le concile de Vcrncuil, tenu l'an 755 , 

est date de la 4' année du ré;;nc de Pépin. — Laldie dit l'an -] r <i ou plutôt l'an 7 56\ 

(l)ll envoya à Pépin, pendant la tenue de cette assc-mlilc'e , de magnifi- 



ques présents, entre autres un orgue 



dont le roi rît don à lY.;;lisc de Saint-Corneille 



de Compiègne. C'est la première qui ait paru en France. 

(3) Us sont au nombre de dix -Imii dans les collections îles conciles et de vingt-un 
dans les capitulaires de lialuzc. Mais il est évident que les li'uis derniers appartien- 
nent au concile de Metz où ils sont Us trois premiers. 

(.1) llaluzc, Capituluria, t. I, 1S1. — Le P. Siriuond , Corn . Gatt., t. Il, p. ,\u 
— Le P. Laldie , S'irr. carre., t. VI, p 
I. lit , p. 20o3. — Frédegaire , Uistorta . 
Mansi, Suffi. Cutwi!., I. 1, p. ('07. 



iCo/i. — le P ll.irdooiu , tatl. COncil., 
continuât, — Annales Hideuses. — Le P 







Il 



II 









— 216 — 
ses héritiers renvoient le vassal pour donner le fief à un autre; si le 
premier vassal renvoie aux héritiers la femme qu'il avait reçue de son 
seigneur en même temps que le fiel', et qu'il en épouse une autre.il lui 
est permis de garder comme légitime cette seconde femme. 

7 e canon. Si quelqu'un, après avoir épousé une femme, trouve 
qu'elle a été souillée par son frère, il peut la renvoyer et en épouser 
une autre ; mais s'il trouve que celle-ci ait été souillée par un homme, 
il doit la conserver comme sa femme légitime, parce qu'il n'est pas 
alors vierge lui-même. Mais s'il en prend une troisième, il doit retour- 
ner à la seconde, ci la troisième aura la faculté d'épouser un autre 
homme. 

8 e canon. Si un homme a une femme légitime et que son frère com- 
mette un adultère avec elle, le frère et la femme coupables d'adultère 
ne pourront jamais se marier. 

9 e canon. Si quelqu'un est baptisé, au nom de la sainte Trinité, par 
un prêtre qui n'est pas lui-même baptisé, le baptême ne laisse pas d'être 
valide, ainsi que l'a déclaré le pape Sergius. Cependant le baptisé a 
besoin de l'imposition des mains de l'évêque. 

10 e canon. Si un père a péché avec la fiancée de son fils et qu'en- 
suite le fils l'épouse, le père et la femme coupables ne peuvent pas se 
remarier, parce que celle-ci n'a pas avoué sa faute à son fiancé, mais le 
fils, qui s'est marié ignorant le crime de sa fiancée, peut prendre une 
autre femme légitime. 

11 e canon. Si une femme reçoit (volontairement) le voile, qu'elle 
ne le quitte point. 

12 e canon. Si quelqu'un a présenté à la confirmation son beau-fils ou 
sa belle-fille (enfants d'un autre lit), qu'il soit séparé de sa femme, sans 
qu'il puisse en prendre une autre. 

13= canon. Si une femme embrasse la vie monastique, du consente- 
ment de son mari , celui-ci peut en épouser une autre. 11 doit en être 
de même pour la femme. 

U e canon. Si quelqu'un pèche avec la mère et la fille, à l'insu de 
l'une et de l'autre, et qu'il épouse ensuite une femme, il doit la ren- 
voyer; car il ne peut plus se marier. Cette femme peut épouser un 
autre homme; la mère et la fille peuvent aussi prendre chacune un mari. 

15 e canon. Que celui qui pèche avec les deux sœurs et qui épouse 
ensuite l'une d'elles ne se marie jamais; mais ces deux sœurs, si 
elles ignoraient la fjute de col homme, peuvent prendre chacune un 
mari. 

16" cano*. Si un lépreux épouse cm femme saine, la femme peut se 



217 — 



remarier avec la permission de son mari. Qu'il en soit de même si la 
femme est lépreuse et le mari sain. 

17 e canon. Si quelqu'un épouse une femme, et qu'après être resté 
quelque temps avec elle, la femme déclare n'avoir eu aucun commeroe 
avec lui, et que le mari dise le contraire, le mari sera cru parce qu'il 
est le chef de la femme. 

18 e canon. Si quelqu'un abandonnant sa femme, à cause du droit de 
faïde (1), s'enfuit dans un autre pays, ni lui ni sa femme ne peuvent 
plus se marier. 

N° 665. 

CONCILE DE COMPIÈGNE. 

(COMPENDIENSE.) 

(L'an 757 (2).) — Ce fut dans cette assemblée que Tassillon , duc de 
Bavière, jura fidélité à Pépin, en lui prêtant serment sur les reliques 
de la chapelle royale. Ensuite il alla confirmer ce serment sur les tom- 
beaux de saint Denis, de saint Germain et de saint Martin (3) . 

N° 664. 

* CONCILIABULE DE G EH MANIE (4). 
(germanicum.) 



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II 

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(L'an 759.) — Sidonius, évèque de Constance et abbé de Kichenon, 
présida ce concile, où saint Olhmar, abbé du monastère de Saint-Gall, 
fut faussement accusé par un de ses moines, nommé Lambert, d'un crime 
d'impudicité et condamné, malgré ses proteslations, à être enfermé dans 
le château de Potame, où il passa le reste de ses jours appliqué au 
jeune et à la prière. Le crime du saint abbé de Gall était de s'èire plaint 
au roi Pépin que deux comtes Guarin et Uoadard, ou Huithard, em- 
ployés du fisc, s'emparaient des terres dépendantes de son monastère 
et des biens de plusieurs autres églises. Ce prince les avait menacés de 
sa disgrâce, s'ils ne restituaient ce qu'ils avaient usurpé. Ce fut alors 

(i) Les lois des barbares permettaient aux parents d'un humilie tue de tuer le 
meurtrier partout où ils le rencontreraient ; c'est ce qu'on u appelé le droit de faille. 

(?.) L'an ^58, d'après le P. Lablie et quelques autres. 

(i) De Lalande, Supfjl. concit. ant. Galt-, p. ';y. — Le P. Lablie, Sacr. corv,, 
t. VI, p. 1884. 

(4) On ne sait pas en quel lieu tut tenu ce concile. Le P. Il ai tzhciui dit que ce 
fut à Constance. 






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— 218 — 

que pour se venger, les coupables firent accuser le saint du crime d'in- 
continence (1). 

N° 665. 

CONCILE DE VOLVIC , EN AUVERGNE. 

(VOLVICENSE.) 

(L'an 761.) — Pépin tint cette assemblée. On y disputa sur la Trinité 
contre des hérétiques. Le monarque français y répandit beaucoup de 
dons sur les églises voisines (2). 

N° 666. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Le 2 juin de l'an 761 (5).— Le pape Paul I er ayant fait un monastère 
de sa maison paternelle, le dota de grands revenus et accorda un pri- 
vilège à Léonce qui en était abbé, ponant que les biens donnés à ce 
monastère ou qui lui seraient donnés dans la suite, ne pourraient lui 
être jamais ôtés. Ce privilège fut accordé dans un concile tenu par le 
pape Paul et souscrit par vingt-trois évêques, dix-huit prêtres titulaires 
et l'archidiacre de Rome (£). 

N° 667. 

ASSEMBLÉE (5) DE NEVERS. 

(nivernensis.) 

(L'an 763.) — Pépin tint celte assemblée. Tassillon, duc de Bavière, 
y assista. Il n'en reste rien qui ait rapport à l'église (6). 

(i) Walfrid, Vita sancti Gnlli. — Le P. Labbe, Sacr. conc. , t. VI, p. 1700. — 
Le P. Hartzhcim, Conc. Germ., t. I, p. 95. 

(2) Le P. Labbe, Suer, conc, t. VI, p. 1884. — De Lalande, Suppl. conc. 
Gall., p. 80. 

(3) Ce concile est daté de la 4 e année du règne de Constantin, indiction XIV e . 

(4) Le P. Labbe, Suer, conc, t. VI, p. 1700. — Anastase, Vilœ pontificum. 

(5) Plusieurs de ces assemblées mixtes tenues dans ces temps-là ne devraient 
peut-être point figurer dans une bistoire des assemblées de l'Eglise, mais comme 
on les comprend toujours dans les collections des conciles de France, nous n'avons 
pas cru devoir les omettre. 

(6) Saint Arnulfe , Chronic. — Le P. Sinnoud, Conc. Gall., 1. II, p. 52. — De 
Lalande, Suppl. conc. Gall., p. 80. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 1701 , 
1 885 . — Le P, liardouiu , Coll. conc, t. III, p. 2000, 



— 219 — 

[JN° G68. 

CONCILE D'ASCHEIM, EN BAVIÈRE (I). 
(aschaeimense.) 

(L'an 763.) — Ce concile fit quinze règlements sur divers points de 
discipline, dont le P. Forster a fait le sujet d'une dissertation (2). 

N° 669. 
ASSEMBLÉE DE WOHMS. 

(WORMATIENSIS.) 

(L'an 764.) — Cette assemblée fut convoquée par Pépin, à l'occasion 
de la guerre d'Aquitaine contre Guaifre, et de celle de Bavière contre 
Tassillon qui avait rompu son serment de fidélité (3). 

N° 670. 
ASSEMBLÉE D'ATTIGNY-SUR-AISNE. 

(ATTIMACENSIS.) 

(L'an 765 (4).) — Saint Clirodégand de Meiz présida cette assem- 
blée générale de la nation, à laquelle assistèrent vingt-sept évoques et 
dix-sept abbés. Il ne nous en reste qu'une promesse réciproque par 
laquelle les évêques et les abbés s'engagèrent , lorsqu'un d'eux mour- 
rait , à faire réciter chacun cent psautiers et célébrer cent messes par 
leurs prêtres et à dire eux-mêmes trente messes pour le défunt. Les 
évêques les plus connus de cette assemblée sont saint Lulle de Mayence, 
Rémédius de Rouen, frère du roi, Megingand de Virsbourg, Villiaire, 
cvêque du monastère de Saint-Maurice en Valois. Il y en a plusieurs 
autres nommés évêques de certains monastères, parce qu'ayant quitté 
leurs sièges épiscopaux, ils s'étaient retirés dans des monastères, dont 

(i) Celle ville esl située près t!e Munich. 

(2) Le I 1 . Forslcr, abbé de Saiul-Enimeraii, les a publies l'an i-iG-i. Voir JOlum- 
dhtngender Baierischen akademic, t. I, p. 3y et suiv. 

(3) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 1701. — Le P. Harlzlicinj, Conc. Germ., 
t. I, |i. i 2 3. — Le P. Sirmond, Conc, Gall., I. Il, p. 54. — Le P. Uardouin, Coll. 
tmc„ l. III, p. 2009. 

(4) Celle assemblée esl datée de la i4° année du ligne de fepin. — Elle ne dif- 
fère point de celle que le P. Pagi met à l'an 7(12, comme le prouve le P. Mansi, 
Suppl. conc, t. 1, p. 622. 



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— 220 — 
ils étaient abbés, gardant encore le titre d'évéque. Parmi les abbés 
l'archichapelain Fulrad tient le premier rang comme abbé de Sainù 
Denis (I). 

N° 671. 

CONCILE DE FREISINGEN, EN BAVIÈRE. 

(fbisingense.) 

(L'an 765.)— Aribon, évêquede Freisiogen, accepta dans ce concile 
une donation faite par Poapon, homme noble, en faveur de l'église ca- 
thédrale de Sainte-Marie (2). 

N° 672. 

ASSEMBLÉE D'ORLÉANS. 

(aurelia.nensis.) 

(L'an 766.)— Cette assemblée eut lieu à l'occasion de la guerre 
d'Aquitaine (3). 

N° 675. 

CONCILE DE JÉRUSALEM. 

(hierosolymitanum.) 

(L'an 766 ou 767.) - Ce concile fut tenu par le patriarche Théodore 
en faveur des saintes images. Cet évêque déclara expressément dans sa 
lettre synodale qu'il suivait les traditions apostoliques touchant le culte 
des saints et la vénération due à leurs images (4). 









(L'an 767). 
Pépin (5). 



N° 674. 

CONCILE DE BOURGES. 

(bituricense.) 

— On ignore ce qui se lit dans ce concile tenu par le roi 



(ij Le P. Siriuond, Conc. GalL, t. II, p, 16.— Le P. Labbe, Sacr. conc., l. VI, 
p. 1701. — Le P. Hardouin, Coll. conc, t. III, p. 2009. 
(î) Le P. Harizheim, Conc. Germ., t. II, p. 688. 

(3) Le P. Sirmond, Conc. Gall., t. II, p. 57. — Le P. Labbe, Sacr. conc. , t. VI, 
p. 1703. — Le P. Hardouin, Coll. conc., t. III, p. aoi 1. 

(4) Théophanr, Chronorjr. — Le P. Maoii, Suppl. conc, t. I , p. 6j3. 

(5) Le P. Labbe, Sacr. conc,, I. VI, p. 1886. — De Lalande , Suppl, conc, 
p. 80. 



221 — 






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N° 673. 

CONCILE DE GENTILLY. 

(gentiliacense.) 

(L'an 767 (1).) — L'empereur Constautin Copronyme, pour se justi- 
fier aux yeux des occidentaux des innovations scandaleuses qu'il sou- 
tenait par sa tyrannie, avait envoyé des ambassadeurs au roi Pépin, 
qui les reçut dans le concile de Gentilly, en présence des légals du 
pape. On y discuta la question des images et celle de la procession du 
Saint-Esprit; car les grecs, usant de récrimination, accusait les latins 
d'errer sur la Trinité, en enseignant que le Saint-Esprit procède du 
Père et du Fils, et leur reprochaient d'avoir ajouté le mot /Moque au 
symbole de Constantinople. On ne sait quelle fut la décision de ce 
concile (2). 

N° 676. 
ASSEMBLÉE DE SAINT-DENIS, PRÈS DE PARIS 

(SAN-DIONYSIANA.) 

(L'an 768.) —Pépin, sentant sa fin approcher, convoqua à l'abbaye 
de Saint-Denis une assemblée des évêques et des seigneurs de la nation, 
où il lit le partage de ses Etats entre ses deux enfants, Charles et Car- 
loman, qui furent tous deux couronnés le dimanche 18 septembre de la 
même année, Carloman à Soissons, et Charles à Noyon : celui-ci devint 
plus tard fameux sous le nom de Charlemagne (3). 



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N° 677. 
CONCILE DE SAINT-GOAR. 

(lN CEI-LA SAN-GOARIS.) 

(Vers l'an 768.) — Ce concile fui assemblé dans le monastère de 

(i) Le P. Mansi dit que ce concile fut tenu à noël de l'an 7(j(>. 

{*) Le P. Sirmond, Conc. Gall., t. Il, p. 60.— Le P. Labbe, Suer, cône., t. VI, 
p. 1703. — Le P. Hardouin, Coll. conc., t. III, p. 201 1. 

(3) Frédégaire, Historia, lib. îv, continuât. — Le P. Sirmond, Conc. Gall., t. II , 
p. 63. — Le P. Labbe, SetcT. conc, t. VI, p. 1720. — Le P. Hardouin , Coll. 
conc, t. 111, p. aou. 






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— 222 — 

Saint-Goar pour la dédicace de l'église de ce saint. On y ordonna la 
translation des reliques du saint abbé dans la nouvelle église (1). 

N° 678. 

CONCILE DE RATISBONNE. 

(ratisponense.) 

(L'an 768 ou 769.) — On interdit dans ce concile aux chorévêques 
les fonctions épiscopales (2). 

N° 679. 

CONCILE DE ROME OU DE LATRAN. 

(romanum, sed lateranense.) 
(Le 12 avril de l'an 769 (3). ) — La mort du pape saint Paul, arrivée 
au mois de juin de l'an 767, fut suivie des plus grands désordres. Un 
duc nommé Tolon vint à Rome avec une troupe de gens armés par les- 
quels il fit élire pape son frère Constantin qui était encore laïque ; puis 
il le mit en possession du palais de Latran et força l'évêque de Préneste 
à lui donner la tonsure et les ordres et ensuite à le consacrer (4). Con- 
stantin occupa le Saint-Siège plus d'un an , et c'est le premier exemple 
d'une semblable intrusion. Dans l'espoir de gagner Pépin, il lui écrivit 
successivement deux lettres pour lui annoncer son élection et le prier 
de ne point ajouter foi aux rapports défavorables qui pourraient lui être 
adressés à ce sujet. Mais le monarque français ne lui ht point de réponse. 
Enfin Chrislofle, primicier du Saint-Siège, et son fils Sergius, trésorier, 
résolurent de chasser l'indigne usurpateur de la chaire pontificale. 
Ayant obtenu quelques secours des lombards, ils parvinrent à se ren- 
dre maîtres de Rome , dissipèrent les partisans de Constantin et le ré- 
duisirent à chercher lui-même un asile dans un oratoire ; après quoi, les 
évoques, le clergé, la milice et le peuple romain élurent d'un commun 
consentement le prêtre Etienne, qui fut consacré le 7 août de l'an 768. 
Mais auparavant Constantin fut amené dans la basilique de Latran , où 

(1) Wandelbertus , De miraculis S. Goaris , cap. 1. — Le P. Harlzkeim, Çonc. 
Germ., t. I, p. is4- 

(2) I.eP. llari/.lieiin, Conc. Germ., t. I,p. I2Ô. — Le P. Mansi, Suppl. Concil., 
t. I, p. 6i5. 

(3) La date de ce concile est singulière ; elle porte : Régnante unâ et eùdem sattetâ 
Tiinitale, indictione VII, sans faire mention des années de l'empereur; ce qui montre 
que son autorité n'était plus reconnue à Rome. 

(4) En punition de cette lâcheté sacrilège, cet évêcjue fut attaqué, peti de jours 
après , d'une maladie qui lui ota l'usage de ses membres. 



■ 



— 223 — 

les évêques le déposèrent en lui arrachant l'étole et faisant couper ses 
sandales. Dans les premiers moments de son indignation, le peuple se 
livra contre l'intrus et ses fauteurs à des cruautés qu'on peut toutefois 
regarder comme la juste punition de leurs crimes. Théodose , évêque 
et vidame de Constantin, eut les yeux arrachés, la langue coupée et fut 
enfermé dans un monastère où on le laissa mourir de faim. On arracha 
aussi les yeux à Constantin lui-même et à son frère Passif, dont les 
biens furent livrés au pillage. Le tribun Gracilis eut, comme Théodore, 
les yeux et la langue arrachés; on fit subir le même traitement à un 
prêtre nommé Valdipert, qui était accusé d'avoir voulu se défaire de 
Christofle et de livrer Rome aux lombards. 

Le pape Etienne III , qui n'avait pu empêcher ces violences, voulut 
procéder selon les règles canoniques au jugement de Constantin , et il 
écrivit à Pépin pour le prier d'envoyer au concile qu'il se proposait de 
tenir à Rome quelques-uns des plus savants évoques de France. Mais ce 
monarque venait de mourir. Charles son successeur envoya, de concert 
avec Carloman , douze évêques, dont sept métropolitains, pour assister 
au concile du pape , où se trouvèrent aussi plusieurs évèques de la Tos- 
cane, de la Campanie et du reste de l'Italie. On y fit comparaître le 
malheureux Constantin , qui d'abord reconnut l'énormilé de ses fautes 
et en demanda pardon; mais ensuite il chercha à les excuser, et son 
audacieuse témérité excitant une indignation générale, on le condamna 
à faire pénitence le reste de ses jours. 

On confirma les anciens canons par un décret ponant défense, sous 
peine d'anathème, d'élever à l'épiscopat aucun laïque, ni même un 
clerc qui ne serait point arrivé au rang de diacre ou de prêtre- cardinal, 
c'est-à-dire attaché à un litre. Et quant à l'élection du pape, on slatua 
qu'elle devait êire faite par l'évêque et le clergé, qu'aucun laïque, soit 
de la milice, soit des autres corps, ne pourrait s'y trouver ; mais que 
pour ratifier le choix du clergé tous les ordres des citoyens viendraient 
rendre hommage au nouveau pape et qu'ensuite on dresserait le décret 
d'élection, auquel tous devraient souscrire. On ajouta que cette règle 
devait aussi s'observer dans les autres églises. Le Concile prononça la 
déposition de tous les laïques ordonnés par Constantin. Il réduisit à 
leur ancien rang les clercs que l'intrus avait ordonnés prêtres ou diacres. 
Enfin on décida que les évêques consacrés par lui devraient recevoir du 
pape une nouvelle consécration : il faut entendre par là une simple cé- 
rémonie de réhabilitation, ou peut-ètic une consécration réelle , dans 
le cas où Constantin n'aurait point observé les conditions nécessaires à 
la validité du sacrement. 









— 224 — 

Le Concile fit aussi un décret contre les impiétés des iconoclastes. Il 
ordonna que les reliques et les images des saints continueraient d'être 
honorés suivant l'ancienne tradition, et il anathémalisa le conciliabule de 
Constantinople de Tan 754. 

Le concile de Rome étant fini , le pape , les évêques , les clercs et le 
peuple allèrent en procession à Saint-Pierre, nu-pieds et chanlam. 
Léonce, scriniaire ou secrétaire, monta sur l'ambon et lut à haute voix 
les actes du concile. Trois évêques italiens y montèrent aussi et pro- 
noncèrent anathème contre les transgi esseurs des décrels de ce con- 
cile (1). 

N° 680. 

CONCILE DE WORMS. 

(wORMATIENSE.) 

(L'an 770.) — On ignore ce qui se fit ou se décida dans ce concile 
convoqué par Charlemagne (2). 

N° 681. 

ASSEMBLÉE D'UFFHASIN, EN BAV1ÈRK, PRÈS DE LA 
RIVIÈRE DE FILSE. 

(IN VILLA UFFnASIN.) 

(Vers l'an 770.) — Dans cette assemblée d'évêques , de prêtres , de 
diacres et de naturels du pays, Tassillon , duc de Bavière , fit une do- 
nation à l'église de Saint-Etienne , à la prière d'Urson, prêtre de cette 

église (3). 

N» 682. 
CONCILE DE VALENCIENNES. 

(VALENTINIANENSE.) 

(L'an 77t.) — On ignore ce qui se fit ou se décida dans ce con- 
cile (4). 

(i) Le P. Minsi, Suppl. conc, l. 1 , p. 627. — Anastase, Vitœpontifitvm. — Le 
P. Laldie, Sacr. conc. t. VI, p. 172 . — Luc. Holstenius, Coll. ronirtn. 

(2) Le P. Sinnond, Conc. tint. Gall., t. H, p. 72. — Le P. Lahbe , Sacr. conc., 
I. VI, p. 1725. — Le P. Hardouin, Coll. conc, t. III, p. 2017. 

(3) Le P. Hartzheii», Conc. Gcrm.. t. II, p. 689. 

(4) Le P. Labbe , Sacr. conc. , t. VI, p. 172(5. — Le P. Sirmond , Conc. Gall., 
t. Il, p. 72 — Le P. Hardouin, Coll. conc., t. III, p. 2017. 









— 225 — 

N° 685. 
II e CONCILE DE WOHMS. 

(WORMATIENSE II.) 

(L'an 772.) Ce concile fut lenu par Charlemagne avant de marcher 
contre les saxons. On en rapporte un décret touchant la manière 
dont un prêtre accuse doit se juslilier. Rieulfe y est cite comme arche- 
vêque de Mayence; mais il est certain qu'il ne l'était pas encore 
Tan 772 (1). 

IN 684. 

CONCILE DE DINGELFIND, EN BAVIERE. 

(dingolvingense.) 

(Le 14 octobre de l'an 772 ou 775.) — Ce concile, composé de six 
évêques et de treize abbés , fut assemblé par le duc Tassillôn qui s'y 
trouva avec plusieurs seigneurs de sa cour. On y fit quatorze décrets 
touchant les affaires ecclésiastiques et civiles du pays (2). 

1 er canon. On doit honorer le saint jour du Seigneur comme il est 
écrit dans la Loi, sous les peines portées par les canons. 

2 e canon. Si celui qui a donné son patrimoine à l'église veut en 
changer une partie, il doit représenter l'acte de donation rédigé de 
telle manière que le lieu, le temps et la personne y soient marqués, si- 
non il devra avoir trois témoins fidèles et connus. Si le prêtre n'a ni 
l'acte ni les témoins dont nous parlons, le juge se conformera alors à la 
loi de Bavière. 

5 e canon. Que les évêques vivent suirant les canons et les abbés sui- 
\ant leur règle. 

■4 e canon. Si une religieuse se marie, qu'elle soit punie ainsi qu'il est 
ordonné par les canons. 

(je canon. Si un noble veut donner son patrimoine à l'église, que per- 
sonne ne le lui défende. 

9 e canon. Que personne ne soit privé de son héritage, s'il n'est cou- 
pable des trois sortes de crimes qui sont marqués dans la loi : l'homicide, 
l'injure et la calomnie. 

(i) Saint Arnulfe, Cluoniron. — Le P. Labbe, Sua; couc, I. VI, p. 179X — Le 
1*. Hai'izlieitn, Cçmc. Germ., 1. 1, p. 1 iH. — Le P. Sirmond, Couc, uni. Gall., 1. Il, 
P- 7, • — t'CP. Hardouin , Coll. contil., I. III, p. 2029. 

(2) Le P. Labbe, Suer, iwir,, t. VI, p. 1791, — Le P. Hai'Ulu'im, Coin. Gérm,, 
I. I, p. 138. 



11 



h 



T. III. 



15 







— 226 — 

10 e canon. Si un esclave épouse une fernme de condition noble, 
qu'elle renvoie l'esclave et redevienne libre. 

11 e canon. Si quelqu'un est accusé d'un crime, il doit avoir la fa- 
culté de s'accommoder avec son accusateur avant le combat appelé we- 
dahinc. 

Ces canons sont suivis de seize lois ou décrets pour la police publique, 
à l'exception du dernier qui défend à ceux qui sont tonsurés de laisser 
croître leurs cheveux à la manière des séculiers, et à celles qui ont reçu 
le voile, de le quitter pour reprendre l'habit du monde. 



N° 688. 

CONCILE DE GÊNES (i). 
(genavense.) 

(L'an 773.) — Charlemagne , se rendant en Italie pour défendre l'É- 
glise romaine contre Didier, roi des lombards, assembla un concile , où 
il fut résolu qu'il diviserait son armée en deux colonnes qui traverse- 
raient les monls , l'une sous son commandement et l'autre sous celui de 
Bernard son oncle, et pénétreraient en Italie par deux points diffé- 
rents (2). 

N° 686. 

CONCILE DE FREISINGEN, EN BAVIÈRE. 

(frisingense.) 

( Le 30 mars de l'an 773.) — Ce concile , tenu par l'évêque Aribon , 
confirma les donations faites par Onulfe à l'église de Rôrmosen (Roraga- 
Mussea), dédiée à la Sainte-Vierge Marie (3). 

N° 687. 

* CONCILE DE ROME. 

(romanum seu lateranense.) 

(L'an 774.) — Le pape Adrien accorda dans cette assemblée à Charle- 
magne le droit d'élire le pontife romain et de donner l'investiture à tous 



!■"• 



(i) Et non pas de Genève, ainsi que le prétendent quelques auteurs modernes. 

(2) Le 1'. Sirmond , Conc. mit. Goll., t. II, p. 7S. — Le P. Labbe , Sacr. conc, 
t. VI, p. 1799. — Le P tlardouit). Coll. conc, t. III, p. jo33. 

(3) Le P. Harlzheini, Conc. Géra,, t. JI, p. C90. 



— 227 — 
les évoques. C'est ce que rapporte Albéric de Trois-Fontaines , en ci- 
tant pour garant le moine Hélinand, son confrère et son contemporain. 
Ce décret se trouve dans la première édition de la Chronique de Sigc- 
berl, mais elle a été supprimée comme une addition dans celle qui a été 
publiée par Aubert-le-Mire, d'après les plus anciens manuscrits. Cepen- 
dant il est vraisemblable que cette addition était déjà faite du temps 
d'Albéric. 

Nous avons lieu de croire avec de Marca, Baronius et Pagi que ce concile 
est une fable. Et sans parler en effet du silence que gardent sur ce pri- 
vilège le diacre Florus et Loup, abbé de Ferrières, en traitant de l'in- 
tervention du roi dans le choix des évoques , nous avons deux lettres 
du même pape Adrien à Charlemagne, postérieures à ce prétendu con- 
cile, où il soutient comme une vérité constante que l'intervention des 
princes n'est point nécessaire dans les élections ecclésiastiques (1). 

N° C88. 

CONCILE DE DUR EN. 

(duriense, sive in villa duria.) 

(L'an 774 (2).) — Ce fut dans ce concile, ou plutôt dans cette assem- 
blée mixte, que Charlemagne fit une donation à Folrad, abbé du mo- 
nastère de Saint-Denis (5). 

N° 689. 

CONCILE DE DUREN. 

(duriense, sive in villa duria.) 

(L'an 775.) — Ce concile fut tenu par Charlemagne, la septième an- 
née de son règne, avant d'entreprendre une nouvelle expédition contre 
les saxons. C'est tout ce qu'on en sait (4). 

(i) Le P. Mansi, Suppl. conc, t. I, p. 721 . 

[i\ Ce concile est date du 18 des calendes d'oclobre , 6" année du règne de 
Charlemagne. 

(3) Eckhart, Historiœ rerum frunciœ , t. I, lib. xxiv, |i. (Î35. — Dom Mabillon , 
De re diplomaticd, lib. iv, p. 281. — Doublet, Historia aubaliœ S. Dionysii, lib. m, 
p. 707. — Le P. Hartzlieim, Conc. Germ., t. I, p. 235. 

(4) Le P. Sirmoitd, Conc. ont. Galt., 1. Il , p. 81. — De Lalaude, Suppl. conc. 
ont. Gall., p. 84. — Le P. Labbe, Sacr. mue, t. VI , p. 182 1 . — Le P. Hardouin , 
Coll. conc, t. Ht, p. 2o.')6. — Le P. Hartzheiin, Conc. Gt-rm., t. I, p. î3G. 



- 



# ; i- 









— 228 — 

N° 690. 
HP CONCILE DE WORMS. 

(WORMATIENSE III.) 

(L'an 776.) — Ce concile Tut tenu par Cliarlemagne, avant d'entre- 
prendre une nouvelle expédition en Saxe, à la suite de laquelle beau- 
coup de saxons reçurent le baptême (1). 

"N° 691. 
I" CONCILE DE PADEhBORN, EN WESTPHALIE (2). 

(PADERBORNENSE 1.) 

(L'an 777.) — Les saxons, divisés en plusieurs tribus, occupaient le 
nord de la Germanie depuis la Frise ou les Pays-Bas jusqu'à l'Oder et 
touchaient à l'empire français par leurs frontières de l'ouest et du midi. 
Pépin, après les avoir vaincus plusieurs fois, avait stipulé comme con- 
dition d'un traité de paix que les moines de Fulde auraient la liberté de 
les instruire dans la religion chrétienne. Mais ils ne laissèrent pas de 
massacrer plusieurs missionnaires, et ce fut cette violation des traités 
qui détermina Charlemagne à leur déclarer la guerre. Il laissa dans leur 
pays, après sa victoire, des évêques, des abbés et des prêtres, pour tra- 
vailler à la conversion de ces idolâtres. Il en chargea spécialement saint 
Sturme, abbé de Fulde, qui se consacra pendant plusieurs années avec 
autant de succès que de zèle à cette pénible mission. Ce saint abbé, 
avec le concours de ses moines, baptisa un grand nombre de païens et 
bâtit plusieurs églises dans les diverses provinces. L'absence de Char- 
lemagne, pendant son expédition d'Italie, rendit les saxons plus auda- 
cieux. Ils entrèrent dans laHesse avec une armée nombreuse, attaquè- 
rent la forteresse de Buribourg et entreprirent même de mettre le feu à 
l'église. Mais ayant cru voir deux anges qui combattaient pour les chré- 
tiens, ils s'enfuirent avec effroi. Pour venger cette irruption, Charle- 
magne revint en Weslphalie l'an 775 et soumit tout le pays jusqu'au 
Weser. Ils recommencèrent la guerre l'année suivante, furent de nou- 
veau vaincus, et pour obtenir la paix, ils promirent de se faire chré- 

(i) Le P. Sirmond, Conc. ant. Gall., t. II, p. 83. — Le P. Hardouin , Coll. conc, 
t. III, p, 2o5G. — Le P. Lahbe, Sacr. conc., t. VI, p. 182a. — Le P. Hartzheim , 
t. I, p. 237. 

(2) Aujourd'hui dan» le {jrand. duché HuBas-Bliin. 



— 229 — 

tiens. La plupart des seigneurs et une multitude innombrable de peuple 
reçurent en effet le baptême avec leurs femmes et leurs enfants. L'an 
777, un concile étant assemblé à Paderborn pour ie bapième d'un 
grand nombre de saxons, ceux qui étaient déjà convertis y renouvelè- 
rent leur soumission au roi. Toutefois, pour mieux les contenir, Char- 
lemagne les menaça, s'ils n'étaient pas fidèles, de les enlever de leur 
pays et de les réduire en esclavage. Malgré cette menace leur chcfWi- 
tikind, qui s'élait retiré en Danemark, ne tarda pas à les entraîner à 
une nouvelle révolte (1). 

Ce fut dans celle assemblée que Cbarlemagne donna audience à 
plusieurs émirs, ou princes maures, qui venaient lui offrir une nouvelle 
occasion d'acquérir de la gloire et d'augmenter ses états ; car les sarra- 
sins d'Espagne avaient secoué le joug du calife d'Orient. 

N° 692. 

CONCILE DE DUREN. 

(durieivse.) 

(Mois de mars ou de mai de l'an 779.) — Ce concile, assemble par 
Cliarlemagne, la onzième année de son règne, et composé d'évôque* et 
de seigneurs, publia des capitulaires de ce prince divisés en vingt quatre 
articles (2). 

N° 695. 
CONCILE DE PADEP.BORN (3), DE LIPSTADT ou DE LA LIPPE. 

(PADERBORNENSE, VEL LIUM'IENSE AUT L1PP1ENSE.) 

(L'an 780.) — Cliarlemagne s'occupa dans cette assemblée mixte de 
l'érection des cinq évechés de Minden, llalberslad, Werden, Paderborn 
et Munster, et de la construction de plusieurs églises, pour affermir la 
religion chrétienne en Saxe (4). 

(i) Le P. Labbe, Sacr.conc., t. VI, p. i S 2 H et iSSy. — Kginard , Vdn Caitoli. 
— Fulde, Annales. — LoUel, Annales,— Le P. Mansi, Suppl. conc, 1. I, [>. 73S, 

(2) Le P. Labbe, Sacr. tout., i. VI, p. iSji. — Le P. Hartzheim , Com . Gei >». , 
t. I, [1. a3o. — Balu/.e, Capitulai ta f t. I, |>. 

(3) Le II e , d'après le P. Harulicim. 

(4) LeP.labbe, Sacr.conc., I. VI, p. 18.17. — Le 1'. riarulieim , Cunc. Gcrm., 
>■ 1, p. a.4X 






m 






— 250 — 

N° 694. 

CONCILE DE ROME. 
(romanuh.) 






(Vers l'an 780.) —Quelque temps avant la soumission d'Aragisius, 
duc de Bénévent, qui eut lisu l'an 786, les lombards n'ayant pas encore 
été chassés de l'Italie, Cliarlemagne envoya le diacre Addon vers le pape 
Adrien pour le prier de lui donner des reliques de saints. Le Souverain- 
Pontife n'osant toucher aux reliques de son église fut averti par une 
révélation divine d'envoyer au roi des français le corps de saint Can- 
dide martyr, qui avait été autrefois donné au pape Paul par un prêtre 
nommé Aciulfe et déposé dans une église de Rome. Mais afin qu'on ne 
pût élever aucun doute sur l'authenticité de celte relique , il assembla 
un concile, pour examiner en présence de témoins si cette relique élait 
réellement le corps de saint Candide : c'est ce que le pape rapporte 
dans sa lettre à Charlemagne (1). 

N° 698. 
CONCILE EN GERMANIE (2). 

[( IN GERMANIA. ) 

(L'an 781 (3).) — Ce concile, tenu en présence de Charlemagne, et 
composé d'évcques, de clercs et de seigneurs laïques , rendit un décret 
qui transférait le siège épiscopal de Ratisbonne de l'église de Saint- 
Emmeram, dans l'église de Saint-Etienne (4). 

N° 696. 
CONCILE DE COLOGNE OU DE LA LIPPE. 

(COLOMENSE VEL LIPPIENSE.) 

(L'an 782.) — Charlemagne convoqua cette assemblée mixte et y as- 






(i) Le P. Mansi, Suppl. concil., t. I , p. 727. 

(2) On ne connaît pas le lieu où s'est tenu ce concile. 

(3) Les PP. Lecointe et Pagi mettent ce concile à l'an 781. Quelques autres rap- 
portent cette translation à l'an 798, sous le pape Léon III; mais ils sont dans l'er- 
reur; car Suidbert, qui était alors évéque de Ratisbonne, mourut l'an 791. (Arnolf, 
In miraculis sancti Emmerammi.) Des historiens prétendent que cette translation 
eut lieu sous Adalvinus, successeur de Suidbert. (Brunnerus et Adlzreiterus , 
Histor. rerum Boicarum.) Mais le P. Lecointe montre qu'ils sont tombés dans 
l'erreur et que les lettres sur lesquelles ils fondent leurs sentiments sont supposées. 

(4) Le P. Mansi, Suppl. conc. , t. I, p. 730. — Le P. Pagi, Cht. in ann. Bar., 
t. III, p. 362. — Le P. Lecointe, Annales. 



X?N 



— 231 — 

sisla en personne. Un grand nombre de saxons s'y soumirent au mo- 
narque français et y reçurent le baptême (1). 

N° 697. 
CONCILE DE PADKRBORN (2). 

(pADERBORNENSE.) 

(L'an 782.) — Charlemagne concerta, dans celte assemblée mixte , 
avec les prélats et les comtes de son royaume, la forme ecclésiastique 
et civile qu'il convenait de donner au gouvernement des saxons (">). 

N° 698. 
CONCILE DE PADERBORN (4). 

(PADERBORNENSE.) 

(L'an 785 (5).) — Ce fut dans celte assemblée mixte, que Charle- 
magne détermina d'une manière définitive la forme ecclésiastique et ci- 
vile qu'il désirait donner au gouvernement des saxons. Il y nomma aussi 
des évêques pour remplir les sièges qu'il avait déjà créés (6). 

N° 699. 

ASSEMBLÉE D'ATTIGNY. 

(attimace.nsis.) 

(L'an 785 (7).)— Après trois années de guerre et plusieurs victoires, 
Charlemagne parvint à réduire entièrement les saxons. Le célèbre Wi- 
tikind, cédant aux propositions du roi, consentit à se faire chrétien et 
reçut le baptême dans celte assemblée avec un autre chef nommé 
Albion (8). 

(i) Eginard, Vit. Car. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 1827. — Le 1'. 
llartzheiui, Conc. Germ., t. I, p. 24î- — Pai-uii les saxons converlis, plusieurs his- 
toriens comptent Wilikind, mais l' Art de ■vérifier les dates l'en excepte formellement 
et retarde le baptême de ce chef jusqu'à l'an 78"). 

(?) Le 111', suivant le P. Harl/.heirn. 

Ci) Le P. Harczheiiu, Conc. Germ., t. I, p. 245. 

(4) Le II e d'après Labbe et le IV» d'après tiarlzhcim. 

(5) L'an 786, suivant le P. Labbe. 

(0) Le P. Labbe, Suer, conc, t. VI, p. 1860 et 1890. — Cranlzins, Uislorta 
Sn.vona, lib. I, cap, 9; lib. 11, cap. ?,3. — Le P. Harlzheim , Conc. Germ,, t. I, 
p. q45. 

(7) La plupart des annalistes datent celle assemblée de l'an 786. 

(8) Le P. Harulicim , Conc. Germ-, t, I, p. 24G. 










— 232 — 

N° 700. 

IV e CONCILE DE WORMS. 

(WORMATIENSE IV.) 

(Mois d'avril de l'an 786.) — Les chefs des bretons qu'Audulfe avait 
vaincus et fait prisonniers furent présentés à Charlemagne dans celte 
assemblée mixte (1). 

N° 701. 
II e CONCILE DE NICÉE, VII e OECUMÉNIQUE. 

(NICENUH II.) 

(Commencé le U septembre de l'an 787, fini le 23 octobre.)— L'em- 
pereur Copronyme étant mort l'an 773, son fils Léon, surnommé Cha- 
zare, qui lui succéda, crut devoir dissimuler d'abord son attachement 
à l'hérésie des iconoclastes. Il fit paraître de la piété envers la sainte 
Vierge et les saints, témoigna du respect pour les moines et mit dans 
les premiers sièges des métropolitains choisis par les abbés. Ensuite il 
manifesta son aversion pour les images et fit fouiller et mettre en prison 
plusieurs officiers du palais , accusés de les honorer. Son impiété devint 
la cause de sa mort. Comme il était passionné pour les pierreries, il eut 
envie d'une riche couronne dont l'empereur Héraclius avait fait don à 
la grande église, et il ne se fit pas scrupule de l'enlever et de s'en servir; 
mais il lui vint à la tète des ulcères suivis bientôt d'une fièvre .violente 
qui lui causa la mort au bout de trois jours l'an 780 (2). Il eut pour 
successeur son fils Constantin , qui n'avait pas encore dix ans. L'impéra- 
trice Irène , mère de ce jeune prince , prit les rênes du gouvernement, 
et comme elle était catholique , on put dès lors en toute liberté se 
déclarer pour les images et embrasser la vie monastique. 

Nicélas , élevé sur le siège de Constantinople par Copronyme , était 
mort la dernière année de l'empereur Léon , et son successeur Paul , 
recommandable par ses talents, par ses grandes aumônes et par sa piété, 
avait eu néanmoins la faiblesse de souscrire au conciliabule des icono- 
clastes. Il ne conserva pas longtemps celte dignité, qu'il n'avait acceptée 
que malgré lui. Étant tombé malade l'an 784, il quitta secrètement son 

(l ) Le P. Labbe, Suer, conc., I. VI, u. 1861 et 1890. — Le P. Hartzlieim, Conc. 
Germ., t. I, ]i. î58. — Le P. Simiotid, Cour. tint. Gall., 1. II, p. ■ 1 4, — De La- 
lande , Su/'iil. conc. aitt. Gall., p, 84. — Lo P. Harilouiii , Coll. conc , I. II, 
]>. 207 1 . 

(2) Théunliane. Chtxmoar., |>. 3oi, 3o4. 



XTJ 



— 253 — 

églfse et se retira dans un monastère pour y faire pénitence. A la nou- 
velle de cette retraite , l'impératrice vint le trouver elle-même , puis elle 
lui envoya les principaux du sénat, pour lui faire changer de résolution ; 
mais il résista à toutes leurs instances , témoigna publiquement son 
repentir d'avoir si longtemps gardé le silence et trahi la foi , par la 
crainte de la persécution , et déclara qu'il n'y aurait point de salut pour 
eux , à moins d'assembler un concile général pour détruire l'hérésie. Il 
mourut peu de temps après , emportant l'estime et le regret des clercs 
aussi bien qne du peuple (1). 

L'impératrice Irène s'occupa aussitôt de lui procurer un digne suc- 
cesseur et prit conseil des personnes les plus éclairées et les plus zélées 
pour le bien de l'Église. On désigna unanimement Taraise, secrétaire de 
l'empereur, aussi distingué par sa piété que par sa naissance et ses 
talents. Mais il refusa longtemps, et quoique le peuple, consulté à son 
tour, l'eût choisi par acclamations , il ne consentit à accepter qu'après 
avoir obtenu la promesse qu'on assemblerait un concile œcuménique , 
protestant qu'il ne pouvait qu'à cette condition prendre la conduite d'une 
église troublée par des divisions intestines et frappée en outre des ana- 
thèmes de tout l'Occident. Dès qu'il fut ordonné , l'an 78 i, il envoya sa 
profession de loi au pape Adrien et lui écrivit , de concert avec l'impé- 
ratrice Irène et de son fils Constantin , pour le prier de venir en Orient, 
ou d'y envoyer des légats avec des leltres, afin de confirmer dans un 
concile universel l'ancienne tradition de l'Église touchant les images. 11 
envoya également aux patriarches d'Alexandrie , d'Antioche et de Jéru- 
salem , des leltres synodiques , contenant sa profession de foi sur la 
Trinité, sur l'Incarnation et le culte des saints , avec la condamnation 
du conciliabule des iconoclastes. Il priait ces patriarches de lui adresser 
leurs lettres de communion et d'envoyer aussi des légats pour tenir leur 
place au concile (2). 

Le pape Adrien , dans sa réponse à l'empereur, qui est datée du 
26 octobre, indiction IX e , c'est-à-dire de l'an 785, déplora les maux 
causés en Orient par la fureur des hérétiques et le supplia de rétablir et 
de faire honorer les saintes images dans tout son empire , ajoutant que 
si on pouvait le faire sans tenir un concile, on devrait commencer par 
anathématiser, en présence des légats du Saint-Siège, le conciliabule de 
l'an 754, tenu contre toutes les règles; puis envoyer, selon la coutume , 
une déclaration avec serment, au nom de l'empereur et du sénat, portant 
qu'on laisserait au concile une entière liberté. Il traitait fort au long la 

(i) Thcophaiie, Cltronogr., p. 38 r i. 



W 



Ici., 



387. 






— 234 — 




I 



1 









question des images et rapportait les passages des Pères qui consta- 
taient la tradition catholique; il demandait ensuite la restitution des 
patrimoines de l'Église romaine en Orient ; il revendiquait le droit de 
consacrer les évoques d'Illyrie dépendant du patriarcat d'Occident ; il 
s'élevait contre le litre d'évêque universel donné au patriarche Taraise, 
qui n'aurait pas même le second rang, sans le consentement du Saint- 
Siège ; enfin il recommandait les deux légats chargés de ses instructions 
et de ses pouvoirs. 

Les dépu tés que Taraise avait envoyé» aux patriarches d'Orient ne purent 
leur remettre eux-mêmes les lettres dont ils étaient chargés. On leur re- 
présenta qu'ils n'exposeraient pas seulement leur vie en se montrant, mais 
qu'ils mettraient en danger toutes les églises et causeraient la ruine entière 
d'un peuple accablé d'une dure servitude et chargé d'impositions exces- 
sives, et que les musulmans, sur le moindre soupçon, se porteraient 
aux dernières extrémités. Les moines de la Palestine intervinrent pour 
remplir l'objet de leur ambassade et les renvoyèrent avec deux légats et 
des lettres au nom des trois patriarches et des évèques de leur dépen- 
dance, qui ne pouvaient ni recevoir ni écrire aucune lettre sur ces 
matières. Ces deux légats étaient Thomas , prêtre et abbé du monastère 
de Saint-Arsène en Egypte, pour Politien d'Alexandrie, et Jean, éga- 
lement prêtre et moine , pour Théodoret d'Antioche et pour Élie de 
Jérusalem (1). 

Les évêques de l'empire , convoqués par des lettres de l'impératrice et 
de son fils , se rendirent à Constantinople , et comme les iconoclastes 
formaient d'abord le plus grand nombre et se voyaient soutenus par 
une grande partie du peuple et de l'armée, ils se prononcèrent ouver- 
tement contre la célébration du concile. Comme l'ouverture en avait été 
fixée au 1 er août de l'an 786, l'on se réunit dans l'église patriarchale pour 
commencer les travaux. Mais la sédition devint si grande que l'impéra- 
trice crut devoir ajourner le concile et inviter les évêques à se séparer. 
Elle éloigna ensuite de Constantinople les troupes qui avaient servi sous 
Copronyme, et après en avoir fait venir d'autres et pris toutes les mesures 
nécessaires pour maintenir l'ordre, elle réunit le concile à Nicée en 
Bithynie , dans l'église de Sainte-Sophie (2). 

l re session. — 24 septembre (5). — Les évêques étant assemblés à Nicée, 

(i) Théophane, Ckronogr., p. 38g. — Yita sanct, Tarasi, cap. 5. 

(s) Anastasc, Vitœ ponlificum. — CcJrenus. — Théophane, Chron., p, 38o. — 
Le P. Labhe, Sacr. conc, t. VII, p. i et seq. 

(3) Ce concile est date de la 8 e année des règnes de Constantin et d'Irène, le 8 
des calendes d'octobre, indiction XI e . 



>ON 



— 235 — 

le patriarche Taraise s'y rendit accompagné des légats du pape, Pierre, 
archiprêtrede l'Église romaine, et Pierre, prêtre et abbé du monastère de 
Saint-Sabas de Rome, de ceux d'Orient et de quelques principaux officiers 
de l'empire, parmi lesquels on remarque Nicéphore, secrétaire de 
l'empereur, qui lui succéda dans le siège de Constantinople. A la suite 
de Taraise étaient encore plusieurs saints moines zélés pour la discipline 
de l'Église , entre lesquels on distingue saint Platon , abbé de Sacudion , 
et saint Théophane de Singiïane qui avait été patrice. Les légats du pape, 
quoique simples prêtres , occupaient les premières places , comme pré- 
sidant au concile. Après eux venait le patriarche Taraise, puis les députés 
des orientaux, et enfin les métropolitains et le reste des évêques au 
nombre de trois cent soixante-dix-sept, venus de l' Asie-Mineure , de la 
Grèce et des provinces méridionales d'Italie et de Sicile. Il y avait deux 
commissaires de l'empereur, assis devant l'auibon de l'église, Pétronax, 
ex-consul, patrice et comle de Pobséquium, cl Jean , huissier impérial 
et logolhète ou secrétaire militaire. Les évêques de Sicile, prenant les 
premiers la parole, demandèrent que le patriarche de Constantinople 
fit l'ouverture de ce concile. Taraise , dans son discours , exhorta les 
évêques à maintenir les traditions de l'Église. 

Ensuite on fit entrer les évêques iconoclastes , et après la lecture des 
lettres impériales, Basile d'Ancyre s'avança au milieu de l'assemblée, de- 
manda pardon d'avoir soutenu l'hérésie et présenta sa con Cession de foi, où 
il déclarait se conformer à la doctrine du pape et des patriarches touchant 
l'intercession dessainls, la vénération des reliques et le culte des 
images. « Je rejette et j'anathématise de tout mon cœur, disait-il , le 
i faux concile de Constantinople , nommé VII e , comme contraire à 

< toute la tradition de l'Église. En conséquence , je dis avec sincérité 
i anathème aux iconoclastes accusateurs des chrétiens; anathèmeà ceux 
« qui emploient contre les vénérables images les passages de l'Écriture 
« louchant les idoles; anathème à ceux qui ne saluent point les saintes 
« images; analhème à ceux qui disent que les chrétiens les regardent 
i comme des dieux; anathème à ceux qui les nomment idoles; ana- 
f thème à ceux qui communiquent sciemment avec ceux qui déshono- 
« rent les saintes images; anathèmeà ceux qui disent qu'un autre que 

< Jésus-Christ nous a délivrés des idoles ; anathème à ceux qui méprisent 
« la doctrine des Pères et la tradition de l'Église catholique, disant avec 
« les hérétiques que nous ne devons nous instruire que dans l'Écriture ; 
« anathème à ceux qui osent dire que l'Église a reçu des idoles; ana- 

< thème à ceux qui disent que les images nous viennent d'une invention 
« diabolique et non pas de la tradition de nos saints Pères ; et enfin 



^ 



// 



■ 






I 









— 236 — 

« anatlième à moi-même si je m'écarte jamais de celle confession de 
i foi. i 

Théodore de Myre en Lycie et Théodose d'Ammorium présentèrent 
aussi leur confession de foi, et ces trois évêques furent admis à prendre 
séance au concile. Celle de Théodore était entièrement semblable à 
celle de Basile. Théodose , dans la sienne, où il ne parle que des images, 
de l'intercession et des reliques des saints , emploie cette comparaison 
remarquable : « Si l'image des empereurs était envoyée dans les pro- 
c vinces , le peuple viendrait au-devant avec des cierges et des parfums, 
< non pour honorer le tableau , mais l'empereur ; ne doit-on pas à plus 
« forte raison peindre dans les églises l'image du Sauveur, de sa sainte 
« Mère et des saints ? » 

Sept autres évêques , Hypace de Nicée , Léon de Rhodes , Grégoire de 
Pessinonte (1), Léon d'Icône, George de Pisidie, Nicolas d'Hiéraple et 
Léon de Carpathe , vinrent aussi demander pardon et faire leur rétrac- 
tation ; mais comme ils avaient été les instigateurs de la sédition excitée 
l'année précédente, leur réception éprouva quelques difficultés. On 
délibéra comment on devait les recevoir et s'ils conserveraient leur 
dignité. Toutefois , après avoir montré par les écrits des Pères, par les 
canons de plusieurs conciles et par divers exemples qu'on pouvait dans 
certains cas , pour le bien de la paix , maintenir dans leurs fonctions les 
hérétiques convertis et ceux qui avaient reçu d'eux l'ordination , la ma- 
jorité du concile se montra disposée à l'indulgence. Mais ils ne furent 
reçus qu'à la troisième session. Celle-ci se termina par des acclamations 
en forme de prières pour Irène et Constantin. 

2 e session. — 26 septembre.— Grégoire , évêque de Néocésarée, l'un 
des plus fameux iconoclastes et l'un des chefs du faux concile de Cons- 
tantinople, se présenta dans cette session, s'avoua coupable et demanda 
pardon. Taraise , après lui avoir fait quelques reproches sur la conduite 
qu'il avait tenue dans l'assemblée de l'an 754, le remit à la session sui- 
vante pour présenter son libelle d'abjuration. On lut ensuite les lettres 
du pape Adrien à l'empereur et au patriarche Taraise, dans lesquelles il 
établissait le culte des images par l'autorité des Pères et par la tradition 
de l'Église romaine, < où le prince des apôtres, dit-il, a (ixé ton siège et 



(i) Cet évêque, daus sa défense, cita un prétendu concile des apôtres à Antiochc, 
où il était dit que les fidèles ne devaient plus s'égarer en suivant les idoles , mais 
avoir à leurplace l'image de Jésus-Christ. Les savants sont persuadés que ce concile 
est supposé, quoique le pape Innocent I"», au V« siècle, semble en faire mention 
dans une lettre à Alexandre d'Antioclie, — Voir t. I, p. 3 de cette Histoire. 



xrj 



— 257 — 

i transmis à ses successeurs la primauté de juridiction qu'il avait reçue 
e de Jésus-Christ. » Ces lettres furent unanimement approuvées par les 
évêques, après quoi les abbés et les moines, sur l'invitation du Concile, 
déclarèrent que leur croyance était conforme à la doctrine enseignée par 
le pape. Ainsi unit la seconde session. 

3 e session. — 28 septembre. — Grégoire de Néocésarée lut sa con- 
fession de foi , qui fut trouvée orthodoxe , mais parce que le bruit cou- 
rait qu'il était du nombre des évêques ;qui, pendant la persécution, 
avaient maltraité les fidèles, il fut interrogé sur ce sujet, et lorsqu'il eut 
assuré qu'il n'avait frappé ni maltraité 'personne, le Concile l'admit à 
prendre séance avec les six autres évêques qui s'étaient présentés à la 
première session (1). On lut ensuite la lettre de Taraise aux patriar- 
ches d'Orient, dans laquelle, outre sa confession de loi sur la Trinité et 
l'Incarnation, il se déclarait nettement pour le culte des images, et la 
réponse apportée par les légats au nom des évêques d'Orient. Cette ré- 
ponse offre un témoignage bien formel et non suspect de la foi des 
églises orientales touchant l'autorité du Saint-Siège. 

i L'absence des trois patriarches et des évêques de leur dépendance 
< ne doit pas vous empêcher de vous assembler, puisqu'elle ne vient pas 
i de leur choix, mais de la violence de leurs tyrans. Il ne s'est trouve 
« au VI e concile œcuménique aucun évèque de ces provinces, et pour- 
i tant son autorité n'en a pas souffert, vu surtout que le très-saint 
t pape de Home y avait consenti et s'y était trouvé par ses légats (2). » 
Du reste, ils déclarent qu'ils reçoivent les six conciles généraux , qu'ils 
rejettent celui des iconoclastes de l'an ïîii; et pour montrer l;i foi de 
l'Orient touchant le culte des saints, de leurs reliques et de leurs images, 
ils disent qu'ils envoient la copie d'une lettre synodique de Théodore de 
Jérusalem , approuvée par les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie. 
On vil par la lecture de cette lettre qne l'évêque de Jérusalem admet- 
tait les six conciles œcuméniques, sans en reconnaître d'autres, et qu'd 
recevait les traditions de l'Église louchant la vénération, les images ei 
les reliques des saints. Les légats du pape déclarèrent qu'ils approu- 
vaient ces deux lettres comme conformes à celles de Taraise ei d'Adrien. 
Ils rendirent ensuite grâces à Dieu de la loi orthodoxe des patriarches 
orientaux louchant les images; ei ils ajoutèrent: < Si quelqu'un ur 






^ 



(i) Il n'est point fait mention ici île George île Pisiclie , l'an 'les sept évêques re- 
pentants. 

(2) Ces paroles sont remarquables dans la bouche des orientaux, qui n'avaicui 
aucun intérêt, dit Fleury, de flatter l'Éjjlise romaine. — //>>(. eçcl., liv. XJ.JV , 
ni 33. 







D I 






— 238 — 
t croit pas ainsi, qu'il soit anathème de la part des trois cent dix-huit 
« Pères qui se sont assemblés ici. « Et cette session finit par des accla- 
mations de prières et d'actions de grâces. 

4 e session. — 1" octobre. — Cette session fut employée tout entière 
à prouver par les témoignages de l'Écriture et des Pères le dogme ca- 
tholique et la perpétuité de la tradition sur les images. On lut d'abord 
plusieurs passages de l'Écriture touchant les chérubins qui couvraient 
l'Arche d'alliance et qui ornaient l'intérieur du Temple (I) ; ensuite un 
passage de saint Jean Chrysostome touchant les images de saint Mélèce 
que les fidèles portaient avec eux et faisaient peindre dans leurs cham- 
bres, et un autre du même Père, où il parle avec respect des images, 
et dit qu'il avait regardé avec plaisir une image sur laquelle était re- 
présenté un ange mettant en fuite des troupes de barbares ; un autre de 
saint Grégoire de Nysse, où il dit avoir toujours été touché jusqu'aux 
larmes à la vue de la peinture représentant le sacrifice d'Abraham; 
puis la description d'un tableau représentant le martyre de sainte En- 
phémie, fait par saint Astère d'Amasée ; un passage de saint Cyrille ; un 
autre de la vie de saint Grégoire de Nazianze ; un autre de la vie de 
saint Anastase, persan ; un autre de ses miracles. Sur quoi les légats du 
pape répondirent : « Cette image de saint Anastase est encore aujour- 
« d'hui à Rome dans un monastère avec son précieux chef. » Le pas- 
sage tiré du recueil des miracles de saint Anastase montrait que Dieu 
opérait des guérisons miraculeuses par les images, et pour le confir- 
mer on lut un discours attribué à saint Athanase, où l'on fait le récit 
d'un miracle arrivé à Béryte sur une image de Jésus-Christ percée par 
les juifs, dont il sortit du sang et qui guérit plusieurs malades (2). Le 
Concile allégua ensuite d'autres pièces attribuées faussement à d'autres 
écrivains ; car plusieurs critiques modernes ont reconnu que quelques- 
uns de ces ouvrages n'étaient pas des auteurs dont ils portaient le nom ; 
mais ils n'en servent pas moins à constater la tradition, qui d'ailleurs 
était suffisamment prouvée par une multitude d'autres monuments in- 
contestables. On lut deux lettres de saint Nil , ce qui donna occasion 
aux évêques de se plaindre que la seconde avait été falsifiée par les ico- 
noclastes et de remarquer que dans le faux concile de l'an 754 on n'a- 
vait pas apporté les livres des auteurs, mais seulement des extraits en 
feuilles volantes; puis un passage des actes de saint Maxime, où il est 

(i) Exode, cli. xxv, v. 18. — Nombres, cli. vu, v. 89. — Ezéchiel, ch. xti, v. 18. 
— Saint Paul, Epttre aux hébreux, ch. IX, v. 5. 

(i) On s'accorde à dire aujourd'hui que ce discours n'est point du saint patriarche 
d'Alexandrie , mais d'un évêque syrien qui portait le même nom. 



— 239 — 

dit que ce saint moine et les évêques monothélites, qui étaient venus 
le trouver, se mirent à genoux devant les évangiles, la croix et les ima- 
ges rie Jésus-Christ et de la sainte Vierge, les saluèrent et les louchè- 
rent de la main, pour confirmer leur promesse. Sur quoi Constantin de 
Chypre dit que ce salut était une adoration, puisqu'il s'adressait tout 
ensemble aux évangiles, à la croix et aux images. Le patriarche 
Taraise reprit qu'il fallait mettre les vénérables images au rang des 
vases sacrés; et le Concile ajouta : « Cela est évident. > 

On lut le 82 e canon du VI e concile , c'est-à-dire du concile in trullo, 
qui ordonne de peindre Jésus-Christ en forme humaine, au lieu de l'a- 
gneau que saint Jean montrait du doigt. Elie, archiprêlre de l'église de 
Blanquerne, qui faisait cette lecture, avoua qu'elle l'avait converti. Ce 
canon ayant été lu dans un papier, et non dans un livre, Sabas, abbé 
de Stude, en demanda le motif : « C'est, dit Taraise, que ce papier est 
l'original même que les Pères ont souscrit ; mais Pierre, évêque de Ni- 
comédie , représenta un livre, où on lut le môme canon. Taraise ajouta : 
« Quelques-uns par ignorance soutiennent que ces cations ne sont pas 

• du VI e concile. Or, ils doivent savoir que le VI e concile, après avoir 

< fait la définition de foi contre les monothélites, se sépara la quator- 
« zième année de Constantin. Quatre ou cinq ans après, les mêmes 
« Pères s'assemblèrent sous Justinien, fils de Conslantin, et firent les 
« canons dont il s'agit que l'on ne doit pas révoquer en doule ; car les 
« mêmes évêques, qui avaient souscrit sous Constantin, souscrivirent ce 

• papier sous Justinien, comme on voit par la conformité de leurs écri- 
t tures (1). » 

Ensuite, à la requête des légats du pape, on lut un long passage du 
cinquième livre de l'apologie des chrétiens contre les juifs, composée par 
Léonce, évêque de Naples en Chypre, où il montre combien le culte 
des images est éloigné de l'idolâtrie : « Car, dit-il, il est absolument dil- 

< férent de celui que nous rendons à Dieu ; il ne se rapporte pas préci- 
« sèment à l'image, mais à la chose qu'elle représente ; comme l'honneur 
« que nous rendons à l'image de l'empereur n'est point relatif à l'image 
« même, mais à l'empereur qui y est représenté. Jacob baisa la tunique 
« de Joseph, non par amour ou par honneur pour ce vêtement, mais 

(i) 11 est étonnanL que Taraise ne cite pas plus précisément les dates de ces deux 
conciles tenus un siècle avant lui, dont il avait en main les actes pour comparer 
leurs souscriptions. Le VI e concile finit le [6 septembre de l'an 68r et le concile m 
tiullo ne s'assembla que l'an 6yl, indiction V e , c'est-à-dire onze ans après. Déplus, 
il y avait plusieurs évêques qui n'avaient pas assisté au VI e concile, entre autres les 
quatre patriarches. 



I 



!',/ 



17? 



— 240 — 

< pour Joseph qu'il croyait tenir entre ses mains en baisant sa tuni- 
i que. De même tous les chrétiens, en saluant l'image de Jésus-Christ 
« ou des apôtres ou des martyrs , rapportent leur salut à Jésus-Christ 
c même, aux apôtres, aux martyrs, comme s'ils étaient présents ; c'est 
« l'intention que l'on doit regarder dans le salut et dans l'adoration. Si 
« vous m'accusez d'idolâtrie, parce que j'adore la croix du Sauveur, 
t pourquoi n'en accusez-vous pas Jacob, qui adora le haut du bâton de 
« Joseph? > Dans le même passage, Léonce confirmait le culte des images 
par divers miracles opérés ou par les reliques des martyrs ou par les 
images des saints. 

Après celte lecture, Constantin, évêque métropolitain de Constantia, 
dit : « Ce Père a paru avec éclat dans une des villes de Chypre. Nous 
« avons de lui plusieurs panégyriques, entre autres un sur la Transfi- 
« guration ; il a composé la vie de saint Jean l'aumônier, de saint Si- 
« méon Salus et quelques autres ouvrages ; et en tous, on connaît qu'il 
t est orthodoxe. 11 a vécu du temps de l'empereur Maurice (1). » Puis 
on lut quelques passages d'Anastase, évoque d'Antioche, touchant le mot 
d'adoration, où il distingue clairement l'adoration que nous rendons 
aux hommes et aux saints anges de celle que nous rendons à Dieu. 

< L'adoration, dit-il, que l'on rend aux saints n'est qu'une marque d'hon- 

< neur; celle qu'on rend à Dieu est un culte de service ou de latrie, qui 
i n'est dû qu'à lui seul, ainsi que le dit Moïse : Vous craindrez le Sei- 
« gneur votre Dieu et vous servirez lui seul (2) . » On allégua encore un 
passage tiré du Pré spirituel de Jean Mosch, ouvrage attribué à saint 
Sophrone son disciple, à qui il est adressé ; trois miracles attribués aux 
images de saint Cosme et de saint Damien ; quelques passages de saint 
Chrysostome, de saint Alhanase, la lettre de saint Basile à Julien l'Apo- 
stat (5) , et plusieurs passages des vies de saint Siméon Stylite, de saint 
Jean-le-Jeûneur, patriarche de Constanlinople, reconnu pour saint par 
les grecs, de sainte Marie-Égyptienne, de saint Théodore Sicéote et des 
actes de saint Procope martyr. On lut ensuite la lettre du pape Gré- 
goire II, écrite l'an 750 à saint Germain de Constantinople, et trois let- 
tres de ce patriarche, l'une à Jean de Synnade, la seconde à Constantin 
de Nacolie et la troisième à Thomas de Claudiopolis. 

Après cette lecture, le Concile s'écria : i La doctrine des Pères nous a 
« redressés. Nous y avons puisé la vérité. Ils nous ont appris à honorer 

(i) Léonce vivait plutôt du temps de l'empereur He'raclius , sous lequel est mon 
aint Jean l'Aumônier. 
(o) Oevléronomé', ch. vi, v. i3; ch. x, v. ao. 
(3) Cette lettre, qui fut lue au concile de Nicce, n'est qu'une fiction. 



— 241 — 

« les images. Nous sommes enfants d'obéissance et nous nous glorifions 
< à la face de l'Église notre mère de suivre sa tradition. Analhème aux 
« iconoclastes; analhème à ceux qui n'honorent pas les saintes images, 
• à ceux qui les nomment idoles, i On renouvela ensuite les anathèmes 
de la confession de foi des évèques reçus à la première session. Enfin, 
Euthymius, évêque de Sardes, lut au nom du Concile une profession de 
foi qui fut souscrite par tous les évèques. Après l'exposé de la doctrine 
catholique sur la Trinité et l'Incarnation, il est dit : « Ce n'est ni un con- 
« cile, ni la puissance des empereurs, ni une conjuration odieuse qui 
« a délivré l'Eglise de l'égarement des idoles, suivant la rêverie du con- 
« ciliabule judaique, qui a murmuré contre les saintes images (le con- 
« ciliabule de Constantinoplede l'an 7oi), c'est Dieu lui-même, qui, s'é- 
« tant incarné, nous a délivrés de l'idolâtrie; à lui seul en est la gloire, 
i Nous embrassons les paroles du Seigneur, des apoires et des prophètes, 
t par lesquelles nous avons appris à honorer premièrement la Mère 
« de Dieu , qui est au-dessus de toules les verlus célestes ; puis les au- 
« ges, les apôtres, les prophète?, les martyrs, les docteurs et tous les 

• saints; à demander leur intercession , comme pouvant nous recom- 
« mander à Dieu, pourvu que nous observions ses commandements. 

• Nous recevons encore la figure de la croix , les reliques des saints et 
t leurs images, conformément à l'ancienne tradition de nos pères, qui 
( les ont mises dans toutes les églises de Dieu et dans tous les lieux où 
« il est servi. Nous les honorons et les adorous; savoir : celles de Jé- 
i sus-Chrisi, de sa sainte Mère et des anges; car quoiqu'ils soient incor- 

< porels, ils ont apparu sous la forme d'un homme; celles des apoires, 
i des prophètes, des marlyrs et des autres saints , parce que ces peiu- 
« tures nous rappellent leur souvenir et nous font participer à leur 
« sainteté. » Celle confession de foi fut souscrite en latin par les deux 
légats du pape et en grec par le patriarche Taraise , les légats d'Orient 
et par tous les autres évèques au nombre de 501, sans compter des prê- 
tres et des diacres, pour des évèques absents. Les abbés souscrivi- 
rent ensuite au nombre de 1Ô0; Sabas, abbé de Stude, fut le premier. 
Ainsi finit la Y session. 

5 e session. — i octobre. — Taraise dit : « Les novateurs, voulant 
i abolir les images, ont imité les juifs, les sarrasins, les païens, lessa- 

< maritains, les manichéens , les phantasiastes ou tliéopaschites. ainsi 

< qu'il sera prouvé par les lectures qui vont être faites. » On lut d'abord 
un passage de saint Cyrille de Jérusalem , où il met au rang des crimes 
de Nabuchodonosor d'avoir enlevé les chérubins de l'arche ; puis une 
lettre de saint Siméon à l'empereur Juslin-le-Jeune contre les sania- 

T. ML 1(i 





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— 242 — 

ritains, qui avaient profané les images de Jésus-Christ ei de sa sainte 
Mère. « Les iconoclastes sont encore pires , dit Constantin de Chypre, 
f puisqu'ils ne le font pas par ignorance comme ces infidèles, i 

On lut ensuite un passage de Jean, évêque de Thessalonique, où il fait 
dire à un païen : « Et vous , ne peignez-vous pas dans les églises les 

< images de vos saints et ne les adorez-vous pas? et non-seulement des 
f saints, mais de votre Dieu même? C'est ainsi que nous adorons les 
« statues, non pour elles-mêmes, mais pour apaiser les vertus incor- 
« porelles. »— A quoi le saint évêque répond : • Nous faisons les images 
f des serviteurs de Dieu, les représentant tels qu'ils ont été, au lien 
i que vous peignez des figures de ce qui n'a point de corps. Et ce n'est 
« point les images que nous adorons, mais ce qu'elles représentent; 
« encore ne les adorons-nous pas comme des Dieux, à Dieu ne plaise ! 
« mais comme les serviteurs et les amis de Dieu , qui ont grand crédit 

< auprès de lui et qui le prient pour nous. Nous faisons aussi des ima- 
« ges de Dieu, c'est-à-dire de Jésus-Christ, non comme Dieu ; car Dieu 
t est esprit , et par conséquent sans figure ; mais puisqu'il s'est fait 
i homme pour nous, nous représentons son humanité. — Soit, dit le 
« païen ; mais que dites-vous des anges que vous peignez comme des 
t hommes? » — Le saint répond entr'autres choses : « Nous les peignons 
t en figure humaine, parce qu'ils ont souvent ainsi apparu à ceux à qui 
« Dieu les a envoyés. » On lut aussi l'extrait d'une dispute entre un juif 
et un chrétien, où le juif déjà converti dit qu'il est scandalisé de ce 
que les chrétiens adorent des images , contre la défense formelle de 
l'Écriture. Le chrétien répond : « L'Écriture nous défend d'adorer un 
« Dieu nouveau et d'adorer une image comme Dieu. Les images que 
« vous voyez chez nous servent à nous faire souvenir de l'Incarnation 
« de Jésus-Christ, en représentant son image. Celles des saints nous 
i représentent leurs combats contre le démon et leurs victoires. En les 
« adorant, nous invoquons Dieu et nous disons : Soyez béni , Dieu de 
« ce saint et de tous les saints qui leur avez donné la patience et les 
« avez rendus dignes de votre royaume ; faiies-nous participant de leur 
« gloire et sauvez-nous par leurs prières. Au reste , Moïse lui-même a 
« fait des figures , savoir : les deux chérubins de l'arche et le serpent 
« d'airain. » 

Vint ensuite un passage d'un livre apocryphe , intitulé : Les voyages 
des Apôtres (4), où il est dit qu'un nommé Lycomêde ayant fait faire le 



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(t) C'est apparemment ce livre qui est surnommé Les voyages de saint Jean dam 
la Synopse , attribue à saint Athanase. 






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portrait de saint Jean, le mit dans sa chambre, le couronna de fleurs et 
plaça devant des lampes et un autel. Ce que saint Jean trouva fort mau- 
vais comme étant un reste d'idolâtrie. Il disait à saint Jean que JésusChrist 
n'avait point un vrai corps , et que tandis que les juifs croyaient le voir 
en croix, d était au-dessus d'une croix de lumière et n'avait aucune 
tigure. Quoique ce livre fut favorable au cnhe des images , le Concile 
le rejeta avec horreur comme contraire à l'Évangile; il défendit de le 
transcrire et le condamna au feu. — Constantin de Chypre : « Le faux 
« concile s'est fondé sur ce livre. .-Grégoire de Néocésarée : , On y a 
« rapporté l'histoire de Lycomède pour combattre le culte des images » 
Perronax, commissaire de l'empereur, demanda si dans les faux conciles 
on lisait les livres mêmes. Grégoire de Néocésarée et Théodose d'\m- 
morium répondirent, en prenant Dieu à témoin, qu'on n'y lisait que sur 
des feuilles volantes. 

Le patriarche Taraise : « Les ennemis des images ont cité Eusèbe de 
• Césarée, dans sa lettre à Constantia, femme dcLicinius- exami- 
« nons donc quelle est l'opinion d'Eusèbe. , On lut quelques passais 
d'Eusèbe, où il parle en arien, et un autre d'Antipater, évêque de Bostres 
où il convient qu'Eusèbe était un homme très instruit, mais inexact dans 
le dogme ; ce qui servit plus à flétrir la mémoire de cet historien qu'à 
établir le culte des images. On lut aussi deux passages de l'histoire de 
Jean-le-Séparé touchant Xenaïas l'iconoclaste , qui , d'accord sur ce 
point avec Sévère, chef des acéphales, traitait d'idole et d'invention la 
colombe que l'on peignait pour représenter le Saint-Esprit, parce qu'en 
effet, il s'était fait voir sous la forme d'une colombe, ainsi qu'il est dit 
dans l'Evangile. , Si nos pères , dit Taraise, ont reçu ces colombes 

< pour figurer le Saint-Esprit, à plus forte raison nous devons recevoir 
i l'image du Verbe incarné qui a paru sur la terre, i 

Le diacre Constantin dit: « Quand j'ai été fait trésorier de la grande 
« église de Constantinople, j'en ai examiné l'inventaire et j'ai découvert 
t qu'il manquait deux livres ornés d'images d'argent , que les héréli- 

< ques avaient brûlés. J'ai trouvé un autre livre de Constantin , où ce 
« garde-chartes traitait des saintes images et dont ils ont coupé les 
« feuillets où il en parlait. » En même temps il ouvrit le livre et montra 
les feuillets coupés. - Le secrétaire Léonce fit remarquer qu'ils avaient 
épargné la couverture du livre, ornée de lames d'argent pleines d'imam» 
de saints.-Léon, évêque de Phocie : « Dans ma ville, ils ont brûlé plu» 
« de trente volumes. » On lut le passage du livre de Constantin garde- 
chartes, contre les iconoclastes , dans un autre exemplaire où il avait 
eleconservé.-Un autre diacre nommé Cosme dit : , Nous avons trouvé 






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— 244 — 

« dans le palais patriarcal ce volume de l'Ancien-Testament avec des 
« scolies, dont une était pour la défense des images; ils l'ont effacée; 
a mais toutefois elle paraît encore un peu. » Il ouvrit le livre et le 
montra à l'assemblée. Ensuite il lut la scolie relative à la défense des 
idoles. — Taraise : « Voilà ce qu'ont fait les prétendus patriarches Anas- 
tase, Constantin et Nicétas, hérétiques. » Le diacre Cosme ajouta :« Nous 

< avons trouvé ce volume dans la sacristie de l'oratoire du palais patriar- 
« cal, qui contient plusieurs actes de martyrs; nous avons aussi trouvé un 
« traité de l'image miraculeuse de Camouliane. Ils ont coupé les feuillets 
• qui parlaient de cette image. Vous le voyez. > Le moine Etienne mon- 
tra un autre livre où ils avaient effacé deux pages. C'était l'Histoire ec- 
clésiastique d'Évagre, à l'endroit où il parle de l'image de Jésus-Christ 
envoyée à Abgar d'Édessc; on lut ce passage dans un autre exem- 
plaire. 

On lut encore quelques passages du Pré spirituel, et le Concile ju- 
geant qu'on avait assez fait de citations, Taraise dit : < Par les lectures 
« précédentes, il a été montré que les juifs, les païens, les samaritains, 
c les manichéens et les phantasiastes ont accusé l'Église à cause des vé- 
« nérables images ; maintenant il est juste d'entendre notre frère Jean , 
a légal d'Orient; car il a une relation qui fait connaître où a commencé 
« le renversement des images. > Jean lut un mémoire contenant l'his- 
toirc du juif Saranla-Pérhys (1), qui persuada au calife Yézid de faire 
ôter les images des églises. Après cette lecture, l'évêque de Messine dit : 
a J'étais enfant en Syrie , quand le calife des sarrasins renversa les 

< images. > 

Sabas , abbé de Slude : a Nous demandons que les saintes images 
a soient remises à leurs places, suivant la coutume , et qu'on les porte 
a en procession. » Tout le Concile fut du même avis; et l'archiprêtre 
Pierre, légat du pape, lut un écrit par lequel il demandait au Concile 
que l'on apportât une image au milieu de l'assemblée , quelle y lût 
saluée et que tous les écrits composés contre les saintes images fussent 
condamnés au l'eu ; ce que le Concile accorda. 

e session. — 6 octobre. — Cette session fut employée tout entière 
à lire la réfutation de la décision prononcée par le conciliabule des ico- 
noclastes. Elle est divisée en six tomes. Le litre porte : « Définition du 
• grand et saint concile VU 1 ' œcuménique. » La réfutation dit : i Com- 

< ment peut-il prendre le nom de concile œcuménique, puisqu'il n'a été 



(l) Ce mol signifie cil grec du temps quarante coudées, apparemment à cause de 
sa grande taille. 






— 245 — 

t reçu ni approuvé par les autres églises, qu'il a été au contraire ana- 

< thématisé par elles; que le pape, ni ses évêques, n'y ont point con- 
t couru par des légats ni par des lettres , suivant l'usage des conciles 
i généraux, et qu'il n'a point eu le consentement des patriarches d'O- 
a rient , d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem, ni des évoques de 
« leur dépendance? » 

On discute ensuite tous les sophisuies dont s'étaient servi les icono- 
clastes pour appuyer leur décision. Comme ils prétendaient que les chré- 
tiens étaient retombés dans l'idolâtrie et que Dieu avait suscité les em- 
pereurs pour la détruire, le Concile relève l'impiété de cette flatterie, 
également injurieuse à Jésus-Christ dont la religion, selon ses promesses, 
ne devait point périr, et aux évêques à qui il a donné mission de l'en- 
seigner et de la perpétuer. Les iconoclastes avaient avancé que l'Eu- 
charistie était la seule image de Jésus-Christ qui fût permise, et quoi- 
que au fond leur doctrine sur la présence réelle ne fût pas différente do 
celle des catholiques , comme le terme d'image pouvait donner lieu à de 
fausses interprétations, le Concile de Nicée répond : « Aucun des apôtres 

< ni des Pères n'a dit que le sacrifice non sanglant fût l'image de Jésus- 
« Christ; car ce n'est point ce qu'ils avaient appris de sa bouche. Il ne 
« leur a point dit : Prenez et mangez, ceci est l'image de mon corps, 
« mais ceci est mon corps. Il est vrai qu'avant la consécration quelques 
« Pères ont appelé les dons antitypes , c'est-à-dire des signes ou repre- 

< sentations ; mais, après la consécration, on les nomme, ils sont et ou 

< les croit proprement le corps et le sang de Jésus-Christ. Toutefois ces 
i novateurs voulant abolir les saintes images, ont introduit une autre 
« image qui n'en est point une, mais réellement le corps et le sang de 
« Jésus-Christ, en quoi ils font paraître encore plus d'impiété que 
i d'inconséquence, lisse rapprochent pourtant de la vérité en disant 
« que les dons sacrés deviennent un corps divin , tant il y a d'obscurité 
« et d'incertitude dans leurs idées; "car si l'Eucharistie est l'image du 
« corps de Jésus-Christ, comment peut-elle être le corps lui-même? » 
On voit ici la doctrine de la présence réelle exprimée d'une manière 
bien formelle et bien claire , et on peut remarquer aussi que le Concile 
en repoussant le langage des iconoclastes ne les accuse pas d'erreur 
sur ce point, et qu'il condamne au contraire leur langage comme étant 
tout à la fois en contradiction avec la doctrine catholique et leur propre 
croyance. Du reste, ce que disent les Pères de Nicée qu'on n'a jamais 
donné le nom d'image à l'Eucharistie, ne doit s'entendre que dans le 
sens d'une image ordinaire ou d'une simple figure qui représente seule- 
ment l'original sans le contenir ; car c'était uniquement de celle-ci qu'il 



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— 246 — 

élait question avec les iconoclastes. Ces hérétiques, pour déprécier les 
images , avaient dit qu'elles ne sont consacrées par aucune prière. Ce 
Concile en convient ; mais il observe qu'il y a plusieurs choses qui sont 
saintes par leur objet seul et sans aucune consécration. Il en donne 
pour exemple les croix et les vases sacrés. En effet , dans les rituels 
grecs il n'y a point de prières ni de bénédictions pour les vases sacrés ni 
pour les croix et les images. Le Concile ajoute qu'on vénère les images 
à cause de Jésus-Christ ou des saints qu'elles représentent; qu'ainsi le 
culte qu'on leur rend ne s'arrête point à elles, et qu'il n'est pas une 
adoration proprement dite comme celle qui s'adresse uniquement à Dieu. 
Arrivant enfin à la discussion des autorités sur lesquelles s'appuyaient 
les iconoclastes, la réfutation fait voir que tous les textes allégués par 
eux étaient ou falsifiés ou tronqués ou enfin détournés de leur véritable 
sens, et on invoque surtout en faveur de la doctrine catholique la tra- 
dition de l'Église et l'infaillibilité du pape. Et cette session se termina par 
l'éloge de saint Germain de Consiantinople, de saint Georges ou Grégoire 
de Chypre et de saint Jean Damascène , que le faux concile avait ana- 
thématisés. 

7 e session. — -13 octobre. — Théodore, évêque de Taurianne en 
Sicile, lut la confession de foi du Concile et sa définition touchant les 
images. La confession n'est autre chose que le symbole de Nicée, suivi 
d'anathèmes contre les hérétiques qui s'étaient élevés depuis dans 
l'Église, en particulier contre Nestorius, Eutychès, Dioscore, Sévère, 
Pierre et leurs sectateurs. On anathémaiisa encore les fables d'Origène, 
d'Evagre et de Didyme, Sergius, Honorius (1), Cyrus et tous ceux qui n'a- 
vaient point reconnu les deux volontés et les deux opérations en Jésus- 
Christ. Le décret sur les images est conçu en ces termes : i Nous déci- 
i dons que les saintes images, soit de couleurs, soit de pièces de rap- 
« port, soit de quelque autre matière convenable, seront exposées dans 
i les églises, sur les murs, sur les ornements et les vases sacrés, et aussi 
i dans les maisons et sur les chemins. Car plus on voit souvent dans 
i leurs images Jésus-Christ, la sainte Vierge et les saints, plus l'esprit 
t est occupé de leur souvenir et le cœur disposé à les aimer. On doit 
« rendre à ces images non le culte de latrie qui ne convient qu'à Dieu, 
i mais un culte de vénération et d'honneur. On approchera de ces 
« images avec l'encens et les cierges, comme on le fait à l'égard de la 
i croix , des Evangiles et des autres choses saintes, le tout suivant la 
i pieuse coutume anciennement établie. Car l'honneur de l'image se 



(i) Voir plus haut p. m de ce III" volume. 



— 247 - 

« rapporte à l'original; et celui qui adore l'image, adore le sujet qu'elle 

< représente. Telle est la doctrine des saints Pères et la tradition de 
i l'Église. Mous suivons ainsi le précepte de saint Paul en retenant les 

< traditions que nous avons reçues. Ceux donc qui oseraient penser ou 
i enseigner autrement, qui abolissent, comme font les hérétiques, les 
« traditions de l'Eglise, qui introduisent des nouveautés, qui oient quel- 
« que chose de ce que l'on conserve dans les églises, les évangiles, la 
i croix, les images ou les reliques des saints, qui profanent les vases 
f sacrés ou les vénérables monastères; nous ordonnons qu'ils soient dé- 
i posés, s'ils sont évêques ou clercs, et excommuniés, s'ils sont laïques.» 
Ce décret fut souscrit par les légats du pape, par le patriarche Taraise, 
par les légats des orientaux et par tous les évêques au nombre de trois 
cent cinq y compris les députés des évêques absents. 

Le Concile témoigna encore [son contentement par des acclamations, 
après lesquelles il anatliématisa le faux concile de Constanlinople contre 
les images et quelques personnes en particulier, savoir : Théodose, évê- 
que d'Ephèse, Sisinnius surnommé Pastillas, Basile Tricacabe, Anastase, 
Constantin et Nicétas, patriarches de Constanlinople, Théodore, Antoine 
et Jean ; Théodore de Syracuse surnommé Crilhin, Jean de Nicomédie 
et Constantin de Nacolie, hérésiarques. On cria, au contraire, éternelle 
mémoire à saint Germain de Constanlinople, à saint Jean Damascène et à 
saint Georges ou Grégoire de Chypre que le faux concile de l'an 754 avait 
anathcmaiisés. 

On écrivit ensuite une lettre à l'empereur et à sa mère et une autre 
au clergé de Constantinople pour les instruire de ce qui s'était passé. 
Dans la lettre à l'empereur on distingue et ou explique ainsi les divers 
sens du mot adoration : «Adorer et saluer, en grec irpooxtmiv et àuiroioeo- 
« tu, signifient la même chose ; car dans l'ancien grec kuvk» signifie saluer 
« ou baiser, et la préposition ttjo marque une plus forte affection. Nous 
« trouvons la même expression dans l'Ecriture-Sainte. David se pros- 

< terna sur le visage, adora trois fois Jonathas et le baisa (1). Suint 
« Paul dit que Jacob adora (s'inclina profondément devant) le bâton (de 
« commandement) de Joseph (2). Ainsi saint Grégoire le théologien dit : 
i Honorez Belhléem et adorez la crèche. El quand nous saluons la croix, 
« nous chantons : Nous adorons la croix, Seigneur, et nous adorons la 
« lance qui a percé votre côté. Ce qui manifestement n'est qu'un salut ; 

< car nous les touchons de nos lèvres. Que si l'on trouve souvent dans 

(1) /" livre tics roi», cli. XX, y. Jl. 

(2) £ pitre aux hébreux, ch. xi, v, 21. 



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— 248 — 



III 1 






« l'Ecriture et dans les Pères l'adoration pour le culte de latrie en esprit, 

< c'est que ce mot a plusieurs significations : il y a une adoration mêlée 
« d'honneur, d'amour et de crainte , comme lorsque nous adorons votre 
* majesté ; il y en a une de crainte seule, comme lorsque Jacob adora 
« Isaïe et se prosterna sept fois en terre (1) ; il y en a une autre d'action 

< de grâces, comme lorsque Abraham adora les enfants de Heth, à l'oc- 
i casion de la sépulture de Sara (2). C'est pourquoi l'Ecriture, voulant 
i nous instruire, dit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et ne serviras 

< que lui seul (5). Elle se sert indéfiniment du mot adoration comme 
i d'un ternie équivoque, qui peut convenir à d'autres qu'à Dieu et avoir 
i plusieurs significations ; mais elle restreint à lui seul le service de 
« latrie que nous ne rendons qu'à lui seul. > A celte lettre, les évèques 
avaient joint quelques passages des Pères pour convaincre l'empereur 
que le Concile n'avait rien décidé qui ne fût conforme à leur doctrine. 
La lettre au clergé de Constantinople porte en substance la même 
chose. 

8 e session. — 23 octobre. — L'impératrice ayant reçu la lettre du 
Concile, écrivit au patriarche Taraise d'amener tous les évèques à Con- 
stantinople, où ils tinrent une assemblée publique le 25 octobre de la 
même année. Les saints Evangiles étant placés au milieu de rassem- 
blée, Irène s'assit à la première place avec son fils et ils invitèrent le 
patriarche Taraise à parler. Ils parlèrent eux-mêmes avec beaucoup de 
douceur et d'éloquence. On lut ensuite en présence du peuple la défi- 
nition de foi qui fut approuvée de nouveau par des acclamations una- 
nimes; on lut aussi les passages des Pères qu'on avait cités dans la qua- 
trième session. L'impératrice et son fils Constantin souscrivirent à cette 
définition et renvoyèrent les évèques comblés de présents. Ainsi finit 
le II e concile de Nicée , compté dans l'Église pour le VII e œcuménique. 
Les grecs en font mémoire dans leur ménologe le 11 (4) octobre. 

Ce concile fit vingt-deux canons touchant la discipline ecclésiastique. 
Anastase les attribue à la septième session. 

1 er canon. On doit observer les canons qui ont été faits par les saints 
Pères, notamment ceux qu'on nomme apostoliques, ceux des six pre- 
miers conciles généraux (5) et ceux des conciles particuliers composés 

(i) Genèse, ch. XXXllI, v. 3. 

(2) Genèse, ch. xxm, v. 7. 

(3) Deutéronome, ch. vi, v. i3 ; ch. x, v.Sc— Saint Luc, Evangile, ch.iv, v.8. 

(4) Fleury dit le 12. 

(5) Ce qui comprend ceux du concile in tmtlo. Mai» cette disposition ne fut pas 
approuvée par le S lint-Sicge. 






— 249 — 

pour les expliquer. On doit anaihématiser, déposer et séparer de l'Église 
ceux dont ils ont ordonné l'anathème , la déposition et la pénitence. 

2 e canon. (Comme les éludes avaient beaucoup souffert pendant les 
persécutions précédentes, le Concile ordonne) que le métropolitain exa- 
mine avec soin les sujets proposés pour l'épiscopat et qu'il ne les ad- 
mette qu'après s'être assuré qu'ils savent le psautier et qu'ils sont 
résolus de s'appliquer à la lecture des canons et des Livres saints et 
d'y conformer leur vie et les instructions qu'ils doivent donner aux 
peuples. 

5" canon. Toute élection d'évèque, de prêtre et de diacre laite par 
l'autorité séculière est nulle, selon les canons. A l'égard des évêques, 
ils seront choisis et ordonnés par les évêques de la province et par trois 
au moins. 

4 e canon. 11 est défendu aux évêques, sous quelque prétexte que ce 
soit , d'exiger de l'or , de l'argent ou quelque autre chose des évêques , 
des clercs ou des moines soumis à la juridiction, d'interdire quelqu'un 
de ses fonctions ou de le séparer par passion, de fermer une église pour 
empêcher d'y célébrer l'office divin, exerçant ainsi leur colère sur des 
choses insensibles ; que ceux qui le feront soient traités comme ils au- 
ront traité les autres. 

5 e canon. Si un ecclésiastique tire vanité des présents qu'il a faits à 
l'église à cause de son ordination et qu'il prenne de là occasion de mé- 
priser ceux qui n'ont rien donné, qu'il soit mis au dernier rang. En 
cas de récidive, qu'il subisse une plus grande peine. (Ce canon renou- 
velle les peines déjà prononcées contre les simoniaques.) 

6 e canon. On doit tenir tous les ans les conciles provinciaux. Si le 
prince veut les empêcher, qu'il soit excommunié, et si le métropolitain 
néglige ces assemblées, qu'il subisse les peines canoniques. Le métro- 
politain ne doit pas demander aux évêques qui viennent au concile un 
cheval, ni quelqu'autre chose de leur équipage. 

7° canon. On doit mettre des reliques dans les nouvelles églises qui n'en 
ont point, avec les prières accoutumées ; et qu'à l'avenir les évêques n'en 
consacrent aucune sans reliques des martyrs, sous peine de déposition. 

8 e canon. On ne doit point recevoir à la communion ni à la prière 
les juifs convertis qui judaïsent en secret; on ne doit pas non plus les 
laisser entrer dans l'église, ni baptiser leurs enfants, ni leur permettre 
d'acheter des esclaves (chrétiens). Si toutefois quelqu'un se convertit 
sincèrement, on pourra le baptiser, lui et ses enfants. 

9 e canon. Que tous les livres des iconoclastes soient portés au palais 
épiscopal de Constantinople, pour y être gardés avec les autres livres 










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— 250 — 

des hérétiques. Si quelqu'un les cache, qu'il soit déposé s'il est évèque, 
prêtre ou diacre, et excommunié s'il est moine ou laïque. 

10 e canon. Il est défendu de recevoir des clercs étrangers pour dire 
la messe dans les oratoires particuliers, sans la permission de leur pro- 
pre évèque ou du patriarche de Constantinople. (C'est que plusieurs 
clercs vagabonds venaient à Constaniinople , s'attachaient aux grandi 
et disaient la messe dans leurs oratoires.) A l'égard de ceux qui ont per- 
mission de demeurer auprès des grands de cette ville, ils ne doivent 
pas se charger d'affaires temporelles, mais seulement de l'instruction 
des gens de la maison et de l'éducation des enfants. 

11 e canon. Que chaque église ait son économe; que le métropolitain 
en donne aux évèques qui négligent d'en avoir, et le patriarche de Con- 
staniinople aux métropolitains. Que ce décret soit également observé dans 
les monastères. 

12 e canon. Les évèques elles abbés ne doivent point, sous peine de 
nullité, vendre ou donner aux princes ou à d'autres personnes les biens 
de leur église ou de leur monastère. 

13 e canon. (Il était arrivé pendant les troubles occasionnés par les 
iconoclastes, que l'on avait converti en hôtellerie et à des usages pro- 
fanes les maisons épiscopales et les monastères, les Pères de Nicée or- 
donnent) qu'on les rétablisse dans leur premier état, sous peine de dépo- 
sition ou d'excommunication contre les détenteurs. 

I4i canon. Qu'aucun tonsuré ne lise dans l'église sur l'ambon, sans 
avoir reçu l'ordre du lecteur; qu'il en soit de même pour les moines ; 
toutefois l'abbé pourra ordonner un lecteur dans son monastère par 
l'imposition des mains, pourvu qu'il soit prêtre lui-même et qu'il ait 
reçu de l'évêque l'imposition des mains comme abbé. Les chorévêques 
pourront aussi ordonner les lecteurs, suivant l'ancienne coutume, avec 
la permission de l'évêque. 

15 e canon. Un clerc ne doit pas être inscrit dans deux églises diffé- 
rentes, si ce n'est dans les églises de la campagne, où l'on pourra lui 
permettre d'en servir deux, à cause de la rareté des clercs. Celui qui 
dessert une église de la ville et n'a pas un revenu suffisant pour vivre, 
doit choisir une profession qui aide à sa subsistance, selon qu'il est dit 
de saint Paul : c Vous savez que mes mains ont fourni à ce qui m'était 
nécessaire et à ceux qui étaient avec moi (1). • 

16 e canon. Il est défendu à tous les clercs sans distinction de porter 
des habits magnifiques, des étoffes de soie bigarrées, des bordures de 

(i) Actes des Apôtres, cb. XX, t. ;->4. 



— 251 — 

diverses couleurs et de se servir d'huiles parfumées. Et parce qu'il y en 
a qui se moquent de ceux qui s'habillent modestement, nous ordonnons 
qu'on les punisse. 

17 e canon. Il est défendu d'entreprendre l'érection d'un oratoire ou 
d'une chapelle , si l'on n'a pas les fonds suffisanis pour les achever. 

18 e canon. II est défendu aux femmes, libres ou esclaves, d'habiter 
dans les maisons épiscopales ou dans les monastères. 

19 e canon. Ou ne doit rien exiger pour la réception des ordres, ni 
pour l'entrée dans un monastère, sous peine de déposition pour l'évèque 
et l'abbé qui serait prêtre, et à l'égard de l'abbé qui ne serait pas prêtre 
et de l'abbesse, sous peine d'être chassés de leur monastère et mis dans 
un autre. Mais il est permis de recevoir ce qui sera offert volontaire- 
ment par les parents et même de ne pas le rendre si le moine venait à 
quitter le monastère, à moins que le supérieur ne fût la cause de sa 
sortie. 

20 e canon. Les monastères doubles d'hommes et de femmes sont à 
l'avenir défendus. Mais ceux qui sont déjà fondés suivant la règle de 
saint Basile, subsisteront. 11 est défendu à un moine de coucher dans un 
monastère de femme et de manger seul avec une religieuse. Mais il 
pourra voir sa parente en présence de l'abbesse. 

21 e canon. Les moines ni les religieuses ne doivent point quitter leur 
monastère pour passer dans un autre , où ils ne pourront être reçus 
qu'avec le consentement de l'abbé. 

22 e canon. Les moines ne doivent pas manger seuls avec des femmes, 
qu'elles soient leur parente ou qu'ils soient en voyage, à moins que cela 
ne soit nécessaire pour le bien spirituel de ces femmes. 

On joint encore aux actes de ce concile un panégyrique prononcé en son 
honneur par Épiphane , diacre de l'église de Catanes en Sicile , une 
lettre de Taraise au pape Adrien au sujet de ce concile , une autre 
du même patriarche au métropolitain contre les simoniaques dans 
laquelle il félicite l'Église romaine d'être exempte de ce vice odieux , et 
une autre du même à l'abbé Jean au sujet de la définition du II e con- 
cile de Nicée et contre la simonie. 

Les légats du pape apportèrent à Rome un original grec des actes du 
concile. Le pape le fit traduire en latin et placer dans sa bibliothèque (I); 
mais le traducteur s'était tellement appliqué à rendre le texte mot à mot, 
qu'il rendit sa traduction presque inintelligible ; ce qui engagea Anastase- 
le-Bibliothécaire d'en faire une nouvelle environ un siècle après. 11 la 

(i) Anastasc, Vilcç yoHlificum. 



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— 252 — 

dédia au pape Jean VIII , et c'est celle qui a été suivie par les collec- 
teurs des conciles. 

Le pape ayant reçu les actes du II e concile de Nicée , confirma tout ce 
qui s'y était fait (1 ) et en envoya ensuite un exemplaire latin à Charlema- 
gne pour les faire approuver par les évêques de France. Mais le terme 
d'adoration employé dans cette traduction et surtout un passage, où le 
sens du concile était complètement altéré, firent croire que les Pères de 
cette assemblée étaient tombés dansl'exagération sur le culte des images; 
et Charlemagne, alors indisposé contre l'impératrice Irène , ne fut peut- 
être pas fâché d'avoir une occasion de la mortifier en attaquant un concile 
tenu dans ses états. L'an 790, on publia sous le nom de ce prince un long 
écrit divisé en quatre livres, qu'on nomme les Livres Carolins , où l'on 
trouve une critique amère du H" concile de Nicée. L'auteur dejcet écrit, 
pour combattre le culte des images, s'appuie, comme les iconoclastes, sur 
ce qu'elles ne reçoivent aucune consécration et s'efforce de montrer qu'on 
ne doit pas les assimiler à la croix , à l'Évangile et aux vases sacrés. 
Mais s'il est permis d'honorer la vraie croix et ses images, parce qu'elles 
nous rappellent le souvenir de la passion de Jésus-Christ, pourquoi ne 
nous serait-il pas permis d'honorer l'image de Jésus-Christ même ? Il en 
est de même des vases sacrés ; ce sont également des choses matérielles, 
des ouvrages de la main des hommes , dont la vénération ne peut être 
que relative. L'honneur qu'on leur rend n'est qu'un témoignage de 
respect qu'on porte aux saints mystères , comme le culte des images se 
rapporte à celui qu'elles représentent. L'auteur convient que les per- 
sonnes éclairées peuvent en user ainsi ; mais il soutient que c'est une 
occasion d'abus et de scandale pour les ignorants. Il ne serait donc plus 
question que de bien instruire les ignorants. 11 reproche à Constantin , 
évêque de Chypre , d'avoir dit : « Je reçois et j'honore les saintes images 
« suivant l'adoration que je dois à la sainte Trinité. » Et il suppose que 
telle est la doctrine enseignée par le Concile. Mais ce reproche n'avait 
d'autre fondement qu'une traduction inexacte ; car, dans l'original , 
Constantin parle ainsi : < Je reçois et j'honore les saintes images ; mais 
« je ne rends qu'à la Trinité le culte de latrie. > Ce fut cette erreur de 
fait qui empêcha pendant quelque temps qu'on ne reçût en France le 
II 8 concile de Nicée. 

Les Livres Carolins furent envoyés par Charlemagne au pape Adrien, 
qui lui écrivit une longue lettre, où il discute les principales objections 
de cet écrit. Pour répondre à celle qui était tirée des paroles attribuées 



(l) Dom Mabillou, Acl. ordin. S. Benedict., t. V, praefal., p. 6. 



— 253 — 

à Constantin , le pape se contente de rapporter la définition du Concile, 
où l'honneur rendu aux images est nettement distingué du culte de 
latrie rendu à la divinité. Il insiste sur la tradition de l'Église romaine 
et sur l'exemple de plusieurs papes qui, depuis saint Sylvestre jusqu'à 
saint Grégoire, avaient fait faire dans les églises de Rome des images 
que l'on y voyait alors. H cite les conciles tenus à Rome sous Grégoire III 
et sous Etienne III , où l'on avait condamné les iconoclastes et approuvé 
formellement le culte des images. Le dernier surtout était important 
dans la discussion soulevée par les Livres Carolins, puisque douze évê- 
ques de France y avaient assisté. Enfin , après avoir rapporté la conclu- 
sion de ces livres où il est dit : < Nous permettons, suivant les lettres 
« de saint Grégoire, de faire des images, de les placer dans les églises 
« pour la gloire de Dieu et des saints , et nous ne souffrons pas qu'on 
« les détruise , mais nous n'obligeons point à les adorer. » Le pape 
ajoute : « Cet article est bien différent des précédents , et nous recon- 
« naissons qu'il est de vous , en ce que vous faites profession de suivre 
i les sentiments de saint Grégoire. • Ensuite il rapporte un passage de 
la lettre de saint Grégoire à Sérénus , où il dit que les images servent à 
l'instruction des fidèles, et un autre d'une lettre à Secondin , où le 
même saint dit expressément que si l'on se prosterne devant les images, 
ce n'est pas pour les adorer comme la divinité, mais pour adorer celui 
dont elles nous rappellent le souvenir, a Nous avons reçu le concile de 
« Nicée , dit le pape Adrien , parce que sa décision est conforme à la 
i doctrine de saint Grégoire; toutefois, nous n'avons encore donné à 
i ce sujet aucune réponse à l'empereur. » On ne peut assez admirer la 
modération avec laquelle le pape répond à un écrit rempli de chicanes, 
de termes injurieux et de mauvais raisonnements. 

Le II e concile de Nicée fut également rejeté par les évèques d'An- 
gleterre et par un nombreux concile des évèques de France, tenu 
à Francfort-sur-le-Mein , l'an 794, au sujet des erreurs de Félix, évèque 
d'Urgel. Mais on reconnaitra facilement que cette décision, fondée sur 
une simple erreur de fait, ne peut fournir aux sectaires modernes 
aucun argument contre la doctrine catholique. Et d'aljord , on comprend 
que les évèques d'Occident n'ayant point été appelés au concile de Nicée, 
et le pape ne l'ayant pas encore confirmé solennellement, ils avaient cru 
pouvoir le regarder comme un concile particulier dont il n'était pas 
interdit d'examiner et de combattre les décisions, tant qu'elles n'avaient 
point reçu l'assentiment de l'Église universelle. Ensuite , quant au fond 
même de la question , il est certain que les évoques de France n'ont 
point rejeté les décisions de ce Concile, 'mais une erreur réellement 








/ 






N 



— Î8* — 
condamnable qu'ils loi attribuaient d'après une version inexacte. < Oh 
i nous a proposé, disent-ils, un nouveau concile des grecs, où il est 
« écrit que quiconque ne rendrait pas aux images un culte d'adoration 
• comme à la Trinité, serait frappé d'anathème. Nous avons refusé 
« d'admettre et condamné unanimement cette adoration. » On voit 
donc qu'ils ont rejeté simplement le culte de latrie , comme l'avait fait 
le concile de Nicée lui-même. D'un autre côté, la question des images 
présentait deux questions bien distinctes, l'une de dogme, qui concernait 
le fond du culte , ou en d'autres termes, qui avait pour objet de décider 
si l'on devait honorer les saintes images, et l'autre de discipline, qui 
concernait la forme de ce culte ou la manière de les honorer. Sur la 
première question , la doctrine des évoques de France était conforme à 
celle de l'Église catholique ; car ils faisaient profession de suivre à cet 
égard le sentiment de saint Grégoire ; et ils déclarent dans les Livres 
Carolins qu'il est permis de mettre des images dans les églises et ailleurs 
en l'honneur des saints ; enfin quelques années auparavant , douze 
évèques français, dont sept métropolitains, avaient assisté et souscrit 
à un concile tenu a Rome sons le pape Etienne III , dans lequel on avait 
ordonné que les images continueraient d'être honorées suivant l'ancienne 
tradition. Mais quant à la question de discipline, les évêques de France 
voulaient retenir leur ancien usage et se contenter de montrer leur 
respect pour les images par le seul fait de les exposer dans les églises 
ou en d'autres endroits, comme des objets religieux propres à exciter 
la dévotion envers Dieu et les saints. Ils ne voulaient point admettre 
l'usage introduit chez les grecs de brûler de l'encens et d'allumer des 
cierges devant les images. Enfin, dans les dernières années du IX e siècle 
et au commencement du X e , l'Église de France se réunit avec les grecs 
et l'Église romaine sur la manière d'honorer les images. 



N° 702. 
CONCILE DE CELCHYT OU CALCHUT, EN NORTHUMBRE (1). 

( CALCHUTENSE. ) 

(L'an 787.) — Le pape Adrien avait envoyé deux légats en Angle- 
terre , Grégoire , évêque d'Ostie , et Théophylacte , évêque de Todi. Dès 
leur arrivée dans le royaume des merciens , où ils furent très-bien 
accueillis par les évêques et par le roi, ils se séparèrent. Théophylacte 
se chargea de visiter les églises des merciens et «les pays voisins ; Gré- 

(i) Dupin, t. VI, p. 4 9 6, l'appelle concile de Nonhumberland. 



X?N 



- 255 — 

goire alla avec l'abbé Wighode en Northumbre, où il tint un concile à 
Celchyt pour le rétablissement de la discipline. Le roi Elfuold ou 
Alphécad y assista avec les seigneurs et les évoques de son royaume ; et 
l'on y fit vingt canons qui portent en substance (1): 

1 er canon. On doit faire profession de la foi de Nicée et de la doctrine 
reçue et établie dans les six conciles généraux: (ils ne connaissaient pas 
encore le septième ;) et l'on doit même mourir pour sa défense. 

2 e canon. Que le baptême soit administré suivant la forme et dans les 
temps marqués parles canons, c'est-à-dire à pàques, à moins de grande 
nécessité. Que tous les fidèles apprennent le symbole et l'oraison domi- 
nicale. Que les parrains soient avertis de l'obligation qu'ils contractent 
envers Dieu de faire instruire ceux qu'ils tiennent sur les fonts du sym- 
bole et de l'oraison dominicale. 

5 e canon. Que l'on tienne tous les ans deux conciles. Que les évêques 
visitent leur diocèse et veillent soigneusement à la conduite de leur 
troupeau. 

A' canon. Que les clercs observent dans leur manière de vivre et de 
s'habiller les usages de l'Église romaine , et les moines celle des mo- 
nastères orientaux , afin qu'ils soient distingués des chanoines. Que les 
évêques, les abbés et les abbesses servent d'exemple à ceux qui sont 
Sous leur conduite. 

5 e canon. Après la mort d'un abbé ou d'une abbesse, que son succes- 
seur soit pris et élu avec le consentement de l'évêque dans le même 
monastère ; et s'il n'y a pas de moine ou de religieuse qui soit trouvé 
digne de remplir celle fonction , qu'il soit pris dans un autre monas- 
tère. 

6 e canon. Que les évêques n'ordonnent prêtres ou diacres que des 
personnes d'une vie exemplaire el qui puissent s'acquitter dignement 
de leurs fonctions. Que les clercs demeurent dans l'église pour laquelle 
ils ont été ordonnés, et que l'on ne reçoive point le clerc d'une autre 
église, s'il se présente sans cause raisonnable et sans lettre de recom- 
mandation de son évêque. 

7' canon. Que les heures canoniales soient récitées en leur temps 
et avec révérence dans toutes les églises. 

8 e canon. Que les anciens privilèges donnés aux églises soient conser- 
vés; mais qu'on abroge ceux qui seraient contraires aux constitutions 
canoniques. 






(i) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 1861 
t. I, p. i45, place ce concile à l'an -85. 



■ Wilkins, Conc. Brit. et Bib.; 



é 














— 256 — 

9' canon. Que les clercs ne mangent point en particulier ni en ca- 
chette. 

10 e canon. Que les minislresde l'autel ne célèbrent point la messe 
avec les jambes nues. Que les fidèles offrent un pain entier ei non une 
croûte. Qu'on ne célèbre pas le saint Sacrifice avec des calices ou des 
patènes de cornes de bœuf. Que les évèques ne jugent point dans leurs 
assemblées les affaires séculières. Qu'on prie souvent pour l'Église', 
afin que notre divin Seigneur Jésus-Christ l'élève , la fortifie, la pro- 
tège, la défende et la conserve sans tache pour la gloire de son nom jus- 
qu'à la fin de tous les siècles. 

11 e canon. Que les rois soient exhortés à s'acquitter de leurs devoirs 
et à gouverner chrétiennement. 

12 e canon. Que les rois soient élus par les évêques et les seigneurs ; 
et qu'on ait soin de les choisir parmi ceux qui seront nés, non d'adul- 
tère ou d'inceste, mais d'un légitime mariage. Que les sujets obéissent 
au roi, et que personne n'ose attenter à sa vie, parce qu'il est. l'oint 
du Seigneur. Si un évêque ou un autre clerc se rend coupable d'un pa- 
reil crime, qu'il soit privé de son grade et du saint héritage comme le 
traître Judas ,et que tous ses complices soient livrés avec lui à fana- 
thème et aux flammes de l'éternité. 

13 e canon. Que les grands et les riches soient exhortés à la justice. 

^i' canon. La fraude , la violence et les exactions sont défendues ; 
nous recommandons, au contraire, la concorde, la paix, l'union et la 
charité. 

15 e canon. Les mariages illégitimes et incestueux sont interdits, sous 
peine d'auathème. 

16« canon. Nous décidons que les enfants bâtards n'ont pas le droit 
de succéder. 

\T canon. Chacun doit payer la dîme, puisqu'elle est ordonnée de 
lMeu même. L'usure et les faux poids sont défendus. 

18° canon. Que les chrétiens s'acquittent fiJèlement des vœux qu'ils 
auront faits. 

19 e canon. Ce canon défend certaines pratiques superstitieuses ou 
même indifférentes, comme un reste du Paganisme. 

20 e canon. Que tous les fidèles se confessent et reçoivent l'Eucha- 
ristie. Si quelqu'un meurt sans confession ni pénitence, qu'on ne prie 
point du tout pour lui; car personne d'entre nous n'est sans péché. 

Ces canons, proposés par les légats du pape, furent approuvés et 
souscrits avec le signe de la croix par le roi Elfuold, par Embald , ar- 
chevêque d'York, par quatre évoques de sa dépendance, par les 



N.vj 



— 257 — 

députés d'un évêque absent et par plusieurs seigneurs , prêtres , diacres 
et abbé. 

N° 705. 

CONCILE DE ...... EN ANGLETERRE (*). 

( IN REGNO MERC10RUM. ) 

(L'an 787.) — Après la tenue du concile de Celchyt, les légats du 
pape, accompagnés du roi de Norlhumbre et de l'archevêque d'York , 
allèrent au concile des nierciens, où se trouvèrent avec le roi Offa el ses 
seigneurs, Jamberl ou Lambert, archevêque de Cantoibéry, et les autres 
évêques du pays. On y lut en latin les canons du concile de Celchytquc 
l'on expliqua en langue tentonique, afin qu'ils fussent entendus de tout 
le monde ; après quoi, tous promirent de les observer et y souscrivirent, 
d'abord l'archevêque de Cantorbcry, puis le roi Offa , douze évêques, 
quaire abbés , trois ducs et un comte. Ainsi ces deux conciles tinrent 
lieu d'un concile général d'Angleterre (2). 

N° 704. 
V CONCILE DE WORMS. 

(WORMATIENSE V.) 

(L'an 787 (3).)— L'an 787, Charlemagne fit un voyage à Rome dans le 
dessein de prendre le pape Adrien pour arbitre de son différend avec 
Tassillon, duc de Bavière. De son côté, Tassillon envoya à Rome un 
évêque et un abbé pour le même sujet. Le pape consentit à accommo- 
der les parties ; mais les ambassadeurs de Tassillon ayant déclaré qu'ils 
n'avaient aucun pouvoir pour régler les conditions du traité, le pape, 
mécontent de ce procédé, prononça anatlième contre le duc de Bavière 
et ses complices, s'il ne tenait les serments qu'il avait faits au roi 
Charles, et déclara que ce prince et son armée ne seraient point cou- 
pables des homicides, des incendies et de tous les maux qui arrive- 
raient en Bavière, si, par sa faute, il forçait Charlemagne ;i lui faire la 



(ij Ce concile fut tenu dans le royaume des nierctens; mais on ne sait pas en 
quel lieu. 

(2) I.e P. Labbe, Sacr. conc, t. VI, p. 1873. — Wilkins, CW. llril. et H,b. 
t. I, p. i5i. — Spelman, Conc., t.- 1, p. joi. 

(3) L'an 790, d'après la Bibliothèque historique du P. I.elong, t. I, n, 4^7. 

t. m. 17 



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I 

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El 



— Î58 — 
guerre (1). De retour en France, le roi assembla les évêques et les 
grands de son royaume à Worms, leur exposa le sujet de son voyage à 
Rome, leur dit comment le Souverain-Pontife avait découvert la mau- 
vaise foi de Tassillon ; puis, de l'avis de l'assemblée, il envoya une dé- 
putation au duc de Bavière, pour l'avertir de se rendre aux exhortations 
du pape. Sur le refus de Tassillon , Charlemagne entra avec une armée 
en Bavière, obligea le duc de lui renouveler ses serments, exigea de 
lui douze otages, du nombre desquels était Théodon, l'un de ses en- 
fants (2). 






N° 708. 
CONCILE D'INGELHEIM, PRÈS DE MAYENCE. 

(INGELENHE1MENSE.) 

(L'an 787.) — Après avoir de nouveau juré fidélité au roi, Tassillon, 
que de perfides conseillers et peut-être aussi son caractère inquiet et 
turbulent poussaient à la guerre, renoua ses intrigues avec les ennemis 
du monarque français et excita les huns à faire une irruption en Ger- 
manie. Informé de ces menées par les bavarois eux-mêmes que leur duc 
exposait à une guerre funeste, Charlemagne convoqua une assemblée 
mixte à Ingelheim, où le duc de Bavière et tous les vassaux de l'empire 
français furent appelés. Tassillon, se croyant assuré du secret de son 
entreprise, s'y rendit sans aucune défiance. Mais dès qu'il parut dans 
l'assemblée, il fut arrêté ; et le roi remit au jugement des évêques et des 
seigneurs le châtiment de ses perfidies. Les preuves étaient si éviden- 
tes et si claires, qu'il fut déclaré criminel de lèse-majesté et condamné 
à mort d'un consentement commun. Mais le monarque français ne pou- 
vant se résoudre à verser le sang de son cousin-germain, lui donna la 
vie et commua sa peine en une détention perpétuelle dans un monastère 
avec Théodon son fils aîné. Ce malheureux duc fut rasé et relégué d'a- 
bord à Saint-Goar sur les rives du Rhin, puis au monastère de Laures- 
heim; son fils fut enfermé dans celui de Saint-Maximin de Trêves; et 
les complices du duc furent envoyés en exil (3). 



(i) C'est la première fois qu'un pape ait prononcé sur la justice d'une guerre. 

( 2 ) Loisel, Annales, ad ann. 787. - te P. Siraiond, Conc. Gall., t. H, p. 119. 
-LeP. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. 9 63. - Le P. Hardouin, Coll. conc, t. IV, 
p_ gît). _ Le P. Hartzheim, Conc. Germ., 1. 1, p. ?5g. 

(3) Eginard, Annules, ad ann. 788. — Héginou , Chronic. — Le P. Labbe, SttCT 
conc, t. VII, p. oG3. _ Le P. Hartiheim, Conc. Germ., t. I,p. 262. 



— 259 - 



N° 70G. 

CONCILE D'ACCLECH, EN ANGLETERRE. 

(accleense.) 

(Le 29 septembre de l'an 788.) — On ne sait rien de ce concile, dont 
les actes ne sont pas venus jusqu'à nous (1). 

N° 707. 

CONCILE DE FINCENHALL, OU FINKELEY, EN ANGLETERRE. 

(finchenimlense.) 

(L'an 788.) — On ne sait rien de ce concile, dont les actes ne sont 
pas venus jusqu'à nous (2). 

N° 708. 
VI e CONCILE DE WORMS. 

(WORMATIENSE VI.) 

(L'an 790.) — Ce concile fut tenu par Charlemngne pour les affaires 
de ses états. C'est tout ce qu'on en sait (5). 

N° 709. 

CONCILE DE NARBONNE. 

(narbonnense.) 

(L'an 791 (4).) — Vers la lin du huitième siècle, Llipand de Tolède 
et Félix d'Urgel renouvelèrent en Espagne l'hérésie de Nestorius, sous 
une lorme déguisée. Ils enseignèrent l'un et l'autre que Jésus-Christ, 
selon l'humanité, n'est pas réellement Fils de Dieu, mais qu'il en a reçu 

(i) Spelmati, Conc., t. I, p. 3o4. — Le P. Labbe, Saci. conç., t. VII, p. 96G. 
— Wilkins , Conc. Brit., t. I, p. 1 53. 

(2) Spelman, Conc., t. I, p. 3o4. — Wilkins, Conc. Brit. et Hib., t. I, p. i53. 

(3) Le P. Labbe , Suer, conc, t. VII, p. ogjj, — Le P. Harlzhein), Conc. Gcrm., 
t. I,p. 287. — Le P. Sirrnoud, Conc j ont. Coll., t. H, p. 1 58. 

(4) Ce concile, dans un fragment rapporte par les historiens, est daté du 27 juin 
de l'an 788, 23= année du règne de l'empereur Charles, indiction xn», Mais il y a 
dans cette date des contradictions visibles. L'année 788 n'était que la 20' de Char- 
lemagne, et l'indiction xi« courait seulement alors ; de plus , Charlemagne n'était 
pas encore empereur. C'est ce rjui porte dom Vaisselle à croire que ces dates ont 
été ajoutées après la tenue de ce concile. Le P. Pagi doute même de l'auiheniicilé du 
fragment où elles se trouvent. Et en effet nos anciens annalistes ne font pas mention 
de la condamnation de Félix, ou du moins de sa doctrine, dans ce concile ; au con- 
traire, ils rapportent sa première rétractation au concile de Ratisbonne. 



I 

4 













I v 



— 260 — 

le nom par adoption ; doctrine hérétique qui tendait à supposer dans 
le Verbe incarné deux Fils, l'un par nature et l'autre simplement adop- 
tif, en sorte que l'unité de personne se trouvait anéantie et qu'il n'était 
plus vrai de dire que le propre Fils de Dieu avait souffert pour nous 
dans la nature humaine. Elipand, archevêque de Tolède, répandit cette 
erreur dans la Galice et dans les Asturies et parvint à séduire l'arche- 
vêque de Brague. Félix, évêque d'Urgel, la répandit en deçà des Py- 
rénées dans une partie de la Gaule narbonnaise (1). Averti des progrès 
que faisait celle erreur, le pape Adrien écrivit une lettre dogmatique à 
tous les évêques d'Espagne pour les prémunir contre celte doctrine hé- 
rétique. Il les exhorte à demeurer fermes dans la doctrine de l'Église, 
t Saint Pierre, ajoute-t-il, a reconnu Jésus-Christ pour le Fils du Dieu 
« vivant (2) et saint Paul a dit que Dieu n'a pas épargné son propre 
« Fils (3).i 11 rapporte ensuite les témoignages de plusieurs Pères grecs 
et latins, pour montrer que le nom d'enfants adoptifs de Dieu (4) con- 
vient aux chrétiens et non à Jésus-Chris! ; même il se plaint aussi dans 
cette lettre de quelques abus que l'ignorance ou le commerce avec les 
musulmans avait introduits en Espagne. Les uns reculaient, en effet, la 
pâque au-delà du temps fixé par le I"' concile de Nicée : Migècejet Egica 
étaient les partisans déclarés de cet abus. Les autres traitaient d'igno- 
rants ceux qui ne voulaient pas manger du sang de porc et des viandes 
suffoquées, quoique la coutume générale de l'Église fût de s'en abste- 
nir : le pape frappi' d'anathème ceux qui en mangent. Quelques-uns, 
entendant mal la prédestination, niaient la liberté ou la relevaient trop 
au préjudice de la grâce; d'autres se conformaient aux mœurs des juifs 
et des païens, c'est-à-dire des musulmans, et contractaient des ma- 
riages avec eux ; des femmes se remariaient du vivant de leurs maris ; 
des prêtres étaient ordonnés sans examen ; plusieurs autres abus, qui 
régnaient dans l'Église d'Espagne, furent relevés et condamnés par le 
pape Adrien dans sa lettre. 

Mais Elipand continua d'enseigner l'hérésie de Félix et traita d'euty- 
chiens ceux qui la combattaient. Parmi les adversaires de cet hérétique, 
on distingue saint Béat, prêtre et moine dans les montagnes des Astu- 
ries, et Ethérius, son disciple, qui devint bientôt après évêque d'Osma. 
Elipand les ayant attaqués dans une lettre adressée à un abbé, nommé 

(i) Eginaid, Annales, ad ami. 792. 

(2) Saint Matthieu, Evangile, cap. xvi, v. 16. 

(3) Saint Paul, Epitre aux romains, cli. vm, v. 3a, 

(4) Saint Jean, I" Epitre, eh. 111, v. 1, 10. — Saint Paul, Epître aux romuim , 
uS. vin, v. i4, i5, 17, "■ 









VT.» 



— 261 — 

Fidèle, où il déclare expressément que Jésus-Christ, comme homme, 
n'est que le Fils adoplif de Dieu, et que ce n'est point par celui qui est 
né de Marie et qui est Fils par adoption et par grâce que Dieu a créé le 
monde, mais par celui qui est Fils par nature, ce qui détruit évidem- 
ment l'unité de personne, ils y firent une réponse divisée en deux livres, 
dans laquelle ils réfutent solidement la doctrine de cet hérésiarque par 
le témoignage de l'Écriture et des Pères (1). 

Cette hérésie se répandait depuis plusieurs années, lorsque Charle- 
magne, dont l'empire s'étendait sur une partie de l'Espagne, lit tenir un 
concile à Narbonne, le 27 juin de la vingt-troisième année de son règne, 
pour régler plusieurs affaires ecclésiastiques et principalement pour 
examiner la doctrine de Félix d'Urgel. Vingt-six évoques, deux députés 
et Didier, commissaire du roi, assistèrent à cette assemblée; Félix y fu, 
présent; mais on ignore si les évêques prirent une décision contre lui. 
Il est probable qu'il sut déguiser ses erreurs assez adroitement pour 
éviter une condamnation ; car il souscrivit lui-même aux actes de ce 
concile. Le fragment qui nous en reste marque seulement la décision de 
quelques différends particuliers entre Daniel, archevêque de Narbonne, 
et les évêques d'Elme et de Béziers pour les limites de leurs diocèses, 
et les prétentions de l'archevêque au-delà des Pyrénées (2). 



N° 710. 

CONCILE DE RATISBONNE OU RAIGINISBUKC OU HEGENS- 
BURG OU REGINUM, EN BAVIÈRE. 

(.(ratisponense.) 

(Vers le mois d'août de l'an 792.) — Ce concile, tenu en présence et 
par les ordres du roi Charles, condamna Félix d'Urgel, après l'avoir 
ouï et convaincu d'erreur. Cet hérétique, que Charlemagne avait fait 
amener à Ralisbonne, fut envoyé à Rome vers le pape Adrien, en pré- 
sence duquel il confessa et abjura son hérésie dans l'église de Saint- 
Pierre. Mais étant de retour dans son diocèse, il ne tarda pas à la ré- 
pandre de nouveau (3). 

(i) Dom Mabillon, Act. Benecltct., i. V, p. y35. 

(2) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. 964. — Do La lande, Suppl. amc. Gallj, 
p. 85. — Le P. Hardouin, Coll. ronr., t. IV, p. 821. 

(3) Réginon, Clironic. — lîaronius, Annales. — Eginard, Annales, ad anu. 791. 

— Loisel, Annales, ad ami. 792. — Dom Mabillon, Act. S. Bened., t. V, p. 93. Le 

P. Labbe, Sacr. conc., t. VII , p. 1010. — Le P. Hartzheini, Conc. Germ., t. I, 
p. 287, — Le P. Sirmond, Conc. anl. Gall., t. II, p. 160. 





/ 









1 



— 262 — 



N° 711. 



CONCILE DE VERULAM OU VERLAM , EN ANGLETERRE. 

(VEROLAMENSE.) 

(Mois d'août de l'an 795.) — Ce concile fut tenu sous le règne 
d'Offa, roi des merciens, en présence de Humbert, archevêque de Liche- 
felden et de ses suffragants, des seigneurs du royaume et d'une grande 
multitude de peuple. On y décida de construire un monastère en l'hon- 
neur de saint Alban martyr, dont on avait depuis peu trouvé les reliques. 
Le roi des merciens lui assigna de grands patrimoines ; et afin que ses 
donations fussent stables, on convint de les faire confirmer par le Saint- 
Siège. Les évêques, le roi, les abbés et les comtes souscrivirent aux dé- 
crets de ce concile par un signe de croix (1). 



N° 712. 
* CONCILE D'ESPAGNE. 

(UISPAMIM.) 

(Vers l'an 795.) — En conséquence de la lettre du pape Adrien à tous 
les évêques d'Espagne (2), Elipand tint un concile, probablement à To- 
lède , où il condamna l'évêque Migèce, qui reculait la fête de pâques au 
delà du temps fixé par le concile de Nicée, et où il fit approuver sa doc- 
trine hérétique touchant la prétendue filiation adoptive de Jésus-Christ 
selon l'humanité. Il écrivit ensuite une lettre synodiqae aux évêques 
des Gaules pour les engager dans son parti (5). 



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N° 715. 
CONCILE DE VERLAM OU VERULAM , EN ANGLETERRE. 

(VEROLAMENSE.) 

(L'an 794.) — Ce concile accorda des terres considérables au nou- 
veau monastère de saint Alban et fonda un hôpital pour y recevoir les 
voyageurs (4). 

(1) Le P. Labbc, Sacr. conc., t. VII, p. 1012. — Wilkins , Conc Brit, et Hé., 
t. 1, p. i55. — Spelmao , Conc, t. I, p. 309. 

(2) Voir plus haut, p. 260. 

(3) Le P. Mansi, Suppl. conc, t. I, p. 730. — Dom Mahillon, Act. 5. BenciL, 
t. V, p. 73e. 

(4) Le P. Labbc, Sacr. conc, I. VII, p, ioi3. — Wilkins, Conc Bril. , I. I, 
p. 157. — SpelmaD, Concil,, t, I, p. 3 1 4* 



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— 263 — 

N° 714. 
CONCILE DE CELCHYT OU CALCHUï , EN NORTHUMBRE. 

(CALCHUTENSE.) 

(L'an 794.) On ne sait rien de ce concile dont les actes ne sont 

pas venus jusqu'à nous et dont il n'est fait mention que dans la chro- 
nique de Slow (1 ). 

N° 7ia. 

I er CONCILE DE FRANCFORT-SUR-LE-MEIN. 

(l'fUNCOFORDIENSE I.) 

(Au commencement de l'été de l'an 794 (2).) — De retour dans son 
diocèse d'Urgel, Félix prit de nouveau la défense de son erreur, qu'il 
n'avait abjurée à Rome que par dissimulation. Le célèbre anglais Al- 
cuin, qui venait de se fixer en France, selon la promesse qu'il en avait 
laite à Charlemagne à Paris douze ans auparavant, essaya de le rame- 
ner par une lettre pleine d'exhortations charitables , auxquelles Félix 
répondit par un long écrit , où il employait pour défendre sa doctrine 
toutes les subtilités de l'art sophistique et une foule de passages tron- 
qués ou détournés de leur véritable sens. 11 se fondait principalement 
sur la liturgie d'Espagne , qui emploie souvent le mot d'adoption , 
mais seulement pour signifier que le Verbe divin a pris ou adopté notre 
nature, ou en d'autres termes qu'elle a été unie à la nature divine, ce 
qui n'exclut point l'unité de présence et ne suppose point une filiation 
adoplive. « Jésus-Christ, disait-il, étant un nouvel homme doit avoir un 
i nouveau nom. Comme dans la première génération, par laquelle nous 
i naissons selon la chair, nous ne pouvons tirer notre origine que d'A- 
« dam ; ainsi dans la seconde génération , qui est spirituelle , nous ne 

< recevons la grâce de l'adoption que par Jésus-Christ, qui a reçu l'une 
« et l'autre : la première de la Vierge sa mère , la seconde en son bap- 
i «Jme. Jésus-Christ en son humanité est fils de David et Fils de Dieu. 

< Or, il est impossible qu'un homme ait deux pères selon la nature ; l'un 
« est donc naturel, et l'autre adoplif. L'adoplion n'est autre chose que 
« l'élection, la grâce, l'application p:ir choix et par volonté; et l'Écri- 
« turc attribue tout cela à Jésus-Christ, i Pour montrer que Jésus - 
Christ comme homme n'est Dieu que riuncunatif, c'esl-à-dirr de nom, 

(,) Spclman, Cbïw., t. I, p. SW. - Wilkin,, COnc. Hril., t. I, p. 1S7. 
'1) Ce concile est tldlc tic h sfic année tlu ràgue tic Cl.ailemagnc. 



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il disait : « Suivant le témoignage du Sauveur, l'Écriture nomme dieux 
« ceux à qui la parole de Dieu est adressée , à cause de la grâce qu'ils 
« ont reçue ; donc comme Jésus-Christ participe à la nature humaine, 
« il participe aussi à celte dénomination de divinité , quoique d'une ma- 
« nière plus excellente, de même qu'à toutes les autres grâces. S. Pierre 
« dit que Jésus-Christ faisait des miracles, parce que Dieu était avec 

< lui, et saint Paul dit que Dieu était en Jésus-Christ se réconciliant le 
« monde; mais ils ne disent pas que Jésus-Christ était Dieu. Comme 

< Dieu, il est essentiellement bon ; mais comme homme, quoiqu'il soit 

* bon , il ne l'est pas essentiellement et par lui-même. S'il a été vrai 
« Dieu , comme vous prétendez , dès qu'il a été conçu dans le sein de la 

< Vierge , comment dit-il dans le prophète que Dieu l'a iormé son ser- 
i vileur dans le sein de sa mère? Et encore, comment prétendez-vous 
t que cet homme du Seigneur soit vrai Dieu dès le sein de sa mère, 
« puisqu'il est naturellement vrai homme et en tout soumis à Dieu? se 

• peut-il faire que celui qui est vrai Dieu soit serviteur par sa condi- 
« tion, comme Jésus-Christ dans la forme d'esclave? Car on prouve 
t qu'il est serviteur de Dieu et le fils de sa servante, non-seulement par 
t obéissance, comme la plupart le veulent , mais par nature. En quelle 
« forme sera-t-il éternellement soumis au Père, s'il n'y a aucune diffé- 
c rence entre sa divinité et son humanité? » Puis, se servant du titre 
d'avocat que saint Jean donne à Jésus-Christ, il disait : < L'avocat 
« est un médiateur qui intercède auprès du Père pour les pécheurs, ce 
« qu'on ne doit pas entendre du vrai Dieu, mais de l'homme qu'il a 
« pris. » 

Cet écrit ayant été apporté en France, Alcuin , par ordre de Charle- 
magne, composa pour y répondre un excellent traité, où il joint aux 
preuves les plus solides tirées de l'Écriture-Sainte une mulitude de pas- 
sages empruntés aux Pères grecs et latins. Sur la prière d'Alcuin, Char- 
lemagne envoya l'écrit de Félix au pape, à Richbold , archevêque de 
Trêves, à Théodulphe, évêque d'Orléans, et à Paulin , patriarche d'A- 
quilée, comme aux plus savants évêques. Celui-ci composa par ordre de 
Charlemagne un traité en trois livres contre cette hérésie, tant en son 
nom qu'en celui de Pierre , archevêque de Milan, et de tous les évêques 
de Ligurie, d'istrie, de Vénilie et d'Emilie , c'est-à-dire de toutes les 
provinces d'Italie qui étaient soumises à Charlemagne. Alcuin dit dans 
son traité que l'Église était en paix, quand cette erreur l'a troublée , et 
il insiste sur le petit nombre de ceux qui la soutenaient dans un coin du 
monde contre l'autorité de l'Église universelle. Au fond , il montre que 
h c'est retomber dans le Nestorianisme que de distinguer en Jésus-Christ 






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— 265 — 

i deux Fils de Dieu, l'un naturel, l'autre adoptif, et deux Dieux, l'un vrai, 
« l'autre nuncupatif. Ce ne peut être la même personne qui dit : Je suis 
« le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et à qui il dit : Je t'ai établi le 
i Dieu de Pharaon ; et ce n'est point un Dieu nuncupatif, dont saint 
« Paul dit qu'il est au-dessus de tout, parlant de Jésus-Christ, descendu 
« des juifs selon la chair. Comment l'Église elle-même appelle-t-elle la 
i sainte Vierge Mère de Dieu? sinon parce que celui-ci qui est né de sa 

< chair est le propre Fils de Dieu ; autrement elle ne serait Mère de Dieu 
« que par adoption. Et si le Fils de la Vierge est le Fils adoptif de Dieu, 
i le Fils de Dieu sera aussi le Fils adoptif de la Vierge. Vous dites qu'un 
i nouvel homme doit avoir un nouveau nom. Qui nous a appris ce nou- 
« veau nom ? Dieu vous a-t-il parlé dans un tourbillon comme à Job , ou 
« sur les Pyrénées comme à Moïse sur le mont Sinaï? Vous dites qu'un 
« même homme ne peut avoir deux pères naturels et que Jésus-Christ 
i ne peut être Fils de Dieu comme il est fils de David. Je dis aussi qu'un 
i père ne peut avoir deux fils en la même personne , un naturel et 

< l'autre adoptif. Dans l'ordre naturel des générations , quoique l'âme 
« du fils ne soit pas sortie du père , comme son corps , il ne laisse pas 
i d'être tout entier le propre fils de celui qui a produit son corps. Si le 
« Fils de la Vierge n'est que le Fils adoptif de Dieu, de quelle personne 
i de la Trinité est-il fils? Sans doute de la personne du Fils, qui a pris 
« la nature humaine. 11 ne sera donc que le petit-fils adoptif du Père 
i éternel. » Pour montrer que Jésus-Christ est vrai Dieu , Alcuin cite 
une multitude de passages des Pères , de Proculus de Constantinople, 
de Cassien, de saint Augustin , de saint Cyrille, de saint Jérôme , de 
saint Fulgence, de saint Hilaire, de saint Théophile d'Alexandrie, de 
saint Ambroise, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Pierre Chry- 
sologue, de Bède, de Victor de Capoue, de Cassiodore, de saint Grégoire 
pape. Félix prétendait que Jésus-Christ n'est pas proprement Dieu , 
parce que Dieu était en lui. Alcuin répond : « De là il suivrait que le 
« Verbe ne serait pas Dieu, ni le Père même, puisque Jésus-Christ dit : 

< Je suis dans mon Père et mon Père est en moi. > Quant à la qualité 
d'avocat, il dit que Jésus-Christ intercède pour nous , comme il est dit 
que le Saint-Esprit prie pour nous avec des gémissements inexplicables : 
ce sont des expressions figurées. Répondant ensuite aux passages des 
Pères allégués par Félix , Alcuin montre ou que cet hérétique les ap- 
pliquait mal ou qu'il les avait tronqués et corrompus. Quant aux té- 
moignages tirés de la liturgie d'Espagne, il dit : « Ceux qui en sont les 

< auteurs paraissent hérétiques dans les oraisons que vous rapportez; 

< à moins que vous ne les ayez altérés comme les autres passages ; car 



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— 266 — 

i on dit qu'il y a assompiion au lieu d'adoption ; mais nous nous ap- 
« puyons sur l'autorité de l'Église romaine. » Et à ce sujet il rapport» 
quelques oraisons où Jésus-Christ est nommé le Fils unique de Dieu. 

Elipand, de son côté, adressa une lettre générale bus évèques et une 
autre à Charlemagne pour soutenir son erreur. Ce prince en transmit 
une copie au pape Adrien , qui lui envoya pour lui servir de réponse 
une lettre adressée à tous les évèques d'Espagne , dans laquelle il éta- 
blissait solidement la doctrine catholique et les exhortait à s'y réunir, 
sous peine d'être frappés d'anathème. 

Ce lut pour condamner l'erreur de Félix et d'Elipand que Charlemagne 
assembla un concile à Francfort, qui n'était encore qu'une maison royale, 
où ce prince avait passé l'hiver et célébré la fête de pâques. Trois cents 
évèques environ de Germanie, des Gaules, d'Aquitaine , d'Angleterre et 
d'Italie assistèrent à cette assemblée avec Théophylacte et Etienne, lé- 
gats du pape Adrien ; Charlemagne y vint en personne. On lutMe traité 
de Paulin d'Aquilée contre Félix , puis la lettre du pape aux évèques 
d'Espagne contre Elipand , celle de Charlemagne à Elipand et l'écrit 
d'Elipand en faveur de son hérésie ; après quoi les évoques du concile 
écrivirent une lettre synodale adressée à tous les évèques et aux fidèles 
d'Espagne , dans laquelle ils font voir la mauvaise foi d'Elipand et de 
Félix , qui avaient altéré plusieurs passages de l'Ecriture et des Pères 
pour se les rendre favorables, et combattent la docirine de ces deux 
hérétiques par les témoignages de l'Ecriture et des Pères. 

Charlemagne, en envoyant cette lettre synodale avec la lettre du 
pape Adrien et le mémoire de Paulin d'Aquilée, écrivit lui-même en son 
nom à Elipand et aux autres évèques d'Espagne une lettre , dans la- 
quelle il déclarait que pour meure fin au scandale produit par leurs 
nouveautés, il avait consulté le Saint-Siège , dépositaire des traditions 
apostoliques, et réuni en concile les évèques de tout son royaume avec les 
personnages les plus instruits de l'Angleterre ; que toutes les pièces qu'il 
leur envoyait montrait l'accord unanime de tout l'Occident; qu'il pré- 
férait le jugement de tant d'évèques à celui d'un petit nombre, et qu'en 
conséquence il s'attachait inviolablement au Siège apostolique et à la tra- 
dition de l'Eglise, évidemment conforme à la doctrine des Livres saints. 
11 ajoutait que l'écrit d'Elipand avait été soigneusement examihé et dis- 
cuté dans le concile , qu'il ne lui restait plus qu'à les conjurer de s'y 
soumettre et de ne pas se croire plus savants que l'Eglise universelle, et 
qu'après cette admonition du pape et du Concile , s'ils persistaient dans 
leurs erreurs , il les tiendrait absolument pour hérétiques, cesserai! 
toute communication avec eux et renoncerait au projet d'employer le 



— 267 — 

secours de ses armées pour les délivrer de la tyrannie des musulmans. 
Il mit ensuite une longue profession de foi qu'il dit être celle de l'É- 
glise catholique. Tous les articles du symbole y sont expliqués claire- 
ment, principalement celui de l'Incarnation. 11 y est dit que Jésus- 
Christ est vrai Fils de Dieu en ses deux natures, Dieu et l'homme ne 
faisant en lui qu'une seule personne, qu'ainsi il n'est point fils adoptif ni 
putatif, mais propre Fils de Dieu (1). 

Le concile de Francfort fit en outre les cinquante-six canons suivants : 

1 er canon. Ce canon marque que le concile de Francfort fut assem- 
blé par l'autorité apostolique et par ordre du roi Charles. L'hérésie 
d'Elipand et de Félix , touchant l'adoption de Jésus-Christ , y est con- 
damnée, et le Concile déclare excommuniés tous ceux qui la soutiendront 
à l'avenir. 

2 e canon. On a proposé la question du second concile des grecs, tenu 
à Constantinople (2), (le II e concile de Nicée,) louchant l'adoration 
des images, où il est écrit que quiconque ne rendrait pas aux images 
des saints le service et l'adoration , comme à la Trinité divine , serait 
jugé anathème. Les Pères du concile (de Francfort) ont rejeté et 
méprisé absolument cette adoration et cette servitude et l'ont condam- 
née unanimement. 

3 e canon. 11 est dit dans ce canon que Tassillon (3), auparavant duc 
de Bavière, se présenta au milieu de ce concile, demanda pardon des 
fautes qu'il avait commises , tant contre l'État des français que contre 
les rois Pépin et Charles; que la grâce lui fut accordée, et que l'on en 
expédia trois copies , une pour être mise au palais royal , la seconde 
pour Tassillon et la troisième pour être déposée dans la chapelle du 
sacré palais. 

i' et 5 e canons. On prit dans ces canons des mesures pour obvier aux 



(i) Le I'. Labbe, Sacr. titoc, t. VII, p. ioi3 et seq. et i85S. — Le P. Harlz- 
hcim, Conc. Germ., t. 1, p. 288. — Eginard , Annales. — Le P. Sirmonil, Conc. 
anl. Gall., t. II, p. 161. — L. P. Mansi, Supjil. conc, t. I, p. 731. 

(2) On ne peut clouter que ce nouveau concile des grecs ne soit celui de Nicée. 
Les Pères de Francfort le mettent à Constantinople , soit à cause de la proximité 
des deux villes, soit parce qu'il s'y assembla d'abord, et ils disent qu'il ordonna d'a- 
dorer les images comme la Trinité sur la mauvaise interprétation des paroles de 
Constantin, évêque de Chypre. (Voir plus haut, p. iSi.) 

(3) Flcury dit que Tassillon était neveu de l'empereur Charlcinague ; mais il se 
trompe, il était seulement son cousin : sohrimts Cn-oli reijls, ainsi qu'il est nommé 
dans les actes mêmes dix concile de Francfort. Tassillon était lils de Cliilliude, fille 
de Charles Martel. Il était par conséquent neveu <lè Prpiu-lc-Brcf et cousin de 
Charlcmagne. 






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— 268 — 

monopoles en temps de famine et pour soulager le peuple. Le roi , de 
l'avis du Concile, taxa le prix des vivres de la manière suivante : le bois- 
seau d'avoine à un denier, le boisseau d'orge à deux deniers, le boisseau 
de seigle à trois deniers , celui de froment à quatre , et le pain dans la 
même proportion. Il défendit de vendre ces denrées plus cher, même 
dans les temps de disette. 11 ordonna de plus que les nouveaux deniers 
qu'il avait fait fabriquer seraient reçus dans le commerce , pourvu qu'ils 
fussent d'argent pur et qu'ils eussent leur poids légal. 

G e canon. Par ordre du roi et du Concile, que les évêques rendent la 
justice dans leurs diocèses. Si un abbé , un prêtre , un clerc ou un 
moine n'obéit pas à son évêque , que l'affaire soit portée devant le mé- 
tropolitain , qui la jugera de concert avec ses suffragants. Que les comtes 
assistent aux jugements que rendront les évêques ; et si le métropolitain 
ne peut porter remède au mal, que les accusateurs et l'accusé soient 
renvoyés au roi avec des lettres du métropolitain. 

7« canon. Que les évêques , les prêtres et les diacres , résident dans 
les églises pour lesquelles ils sont ordonnés. 

8 e canon. On lut les constitutions des papes qui avaient réglé que la 
province de Vienne aurait quatre suffragants et celle d'Arles neuf, l'une 
et l'autre sans compter le métropolitain. Les quatre suffragants de 
Vienne, suivant la décrétale de saint Léon , étaient Valence, Tarentaise, 
Genève et Grenoble. Mais]Tarentaise, qui était originairement métropole, 
ne voulait plus reconnaître Vienne , ayant sous sa juridiction Octodure , 
Aoste et Maurienne. Les évêques d'Embrun et d'Aix prétendaient aussi 
se soustraire à la juridiction de l'archevêque d'Arles et avoir des pro- 
vinces particulières. Sur les prétentions de ces trois évêques , le Concile 
ordonna que l'on renverrait l'affaire au pape et que l'on s'en tiendrait à 
sa décision. 

9' canon. Il fut ordonné par ce canon que Pierre, évêque de Verdun, 
accusé d'avoir eu part à la conjuration de Pépin- le-Bossu (1) contre le 
roi son père, se justifierait par serment avec deux ou trois évêques ou 
avec l'archevêque de Trêves son métropolitain. Mais personne n'ayant 

(i) Le P. Longueval, Uist, de l'Eglise gall. t pense que celle conjuration dans la- 
quelle était entré Pierre de Verdun n'élait pas celle de Pepin-le-Bossu, mais plutôt 
celle que trama un comte allemand nommé Hartrade ; et il se fonde, pour appuyer 
son sentiment, sur ce qu'à l'époque du concile de Francfort Pierreétait depuis douze 
ans dans la disgrâce du roi, pour avoir conspiré contre lui. Or, dit-il, comme il est 
certain que la conjuration de Pepin-le-Bos»u n'éclata que l'an 793, cet évêque n'au- 
rait donc été que deux ans disgracié , si son crime eût été d'être entré dans cette 
conspiration. 



— 269 — 

voulu jurer avec lui , il envoya un des siens subir l'épreuve du jugement 
de Dieu ; en protestant de son innocence , il en demanda pour marque 
la protection de Dieu sur l'homme qu'il avait envoyé. Cet homme étant 
revenu sain et sauf, le roi pardonna à l'évcque et lui conserva sa dignité, 
ne doutant plus après celte épreuve qu'il ne fût innocent. Ce canon ne 
dit pas en quoi consistait celte épreuve; si c'était le duel , le fer chaud, 
ou quelque autre usitée alors et autorisée par les lois barbares. Il est 
important de remarquer que le roi ni le Concile ne voulurent pas l'au- 
toriser. 

10 e canon. Magenard ou Mainard, archevêque de Rouen, avait 
reconnu pour son suffragant , Gerbold , qui n'avait aucun témoin de son 
ordination et qui avouait même qu'il n'avait pas été ordonné canonique- 
ment diacre ni prêtre. Le Concile ordonna qu'il sérail déposé de l'épisco- 
pat par Magenard avec ses suffragants. 

11 e canon. Que les moines ne se mêlent point d'affaires séculières ; 
qu'ils ne sortent point de leurs monastères pour plaider. (On se persuada 
que ce serait un moyen pour diminuer le nombre de leurs procès.) 

12 e canon. Que personne ne se fasse reclus sans la permission de 
l'évêque de la province ou de l'abbé. (L'évèque venait lui-même faire la 
cérémonie de la réclusion et apposait son sceau sur la porte du reclus. 
Quelquefois même on la murait.) 

13 e canon. Que l'abbé couche dans le dortoir avec les moines, suivant 
la règle de saint Benoît. 

14 e canon. Qu'on ait soin de choisir dans les monastères des celleriers 
(ou procureurs) qui ne soient point avares, mais tels que la règle de saint 
Benoit le demande. (C'est que l'avarice des procureurs était une cause 
assez fréquente du mécontentement et des murmures des religieux.) 

15 e canon. Que dans les monastères où l'on a des corps sainis , on ait 
un oratoire pour y faire un office particulier. 

16 e canon. Que les abbés ne reçoivent pas de l'argent pour l'entrée 
en religion. 

17 e canon. Quand il y aura ordre du roi d'élire un abbé, qu'on ne le 
lasse que du consentement de l'évêqne. 

18' canon. Quelques fautes que les moines aient commises, que les 
abbés ne les mutilent point et qu'ils ne leur crèvent point les yeux. 

19 e canon. Que les prêtres , les diacres , les moines et les clercs infé- 
rieurs n'aillent point dans les cabarets pour y boire. 

20 e canon. Qu'il ne soit point permis d'ignorer les canons des évêques 
et la règle de saint Benoît. 
21' canon. Qu'on observe le dimanche depuis le soir (du samedi) 



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— 270 — 

jusqu'au soir (du lendemain). (On cessait le travail le samedi et les veilles 
des fêtes à l'heure des nones.) 

22 e canon. Il ne faut point établir des évêques dans les villages et 
dans les bourgs. 

23 e canon. Que personne ne reçoive les serfs étrangers et qu'ils ne 
soient point consacrés (sacrentur) par les évêques, sans la permission de 
leurs maîtres. 

24 e canon. Que les clercs et les moines ne violent point leurs vœux : 
(ut in suo proposito permaneant.) 

25 e canon. Que tous paient la dîme; car la négligence que l'on met à 
la payer a été la cause de la famine , dont le royaume a été récemment 
affligé. 

26 e canon. Que les églises soient réparées par ceux qui en possèdent 
les bénéfices. 

27 e canon. Que les clercs ne passent point d'une église dans une 
autre, sans la permission et les lettres de recommandation deleurévêque. 

28° canon. Qu'on n'ordonne point de clercs sans les attacher à une 
église particulière. 

29 e canon. Que chaque évêque instruise les clercs qui lui sont soumis. 

30' canon. Que les clercs qui ont des différends entre eux ou contre 
leur évêque poursuivent leur affaire conformément aux canons. Mais 
si un clerc plaide contre un laïque , que l'évêque et le comte jugent le 
procès selon la justice. 

34 e canon. Que les clercs ne trament point de complots et qu'ils dé- 
truisent ceux qu'ils auraient découverts. 

32 e canon. Que les monastères soient gardés conformément à la règle. 

33 e canon. Que la foi catholique de la Sainte-Trinité, l'oraison domi- 
nicale et le symbole soient enseignés à tous les fidèles. 

34» canon. Que personne ne soit ni avare ni cupide. 

35' canon. Qu'on pratique l'hospitalité. 

36 e canon. Que les criminels ne soient jamais reçus comme accusa- 
teurs contre leurs évêques ni contre les seigneurs (majores natu). 

37 e canon. Que la réconciliation soit faite en temps nécessaire : De 
reconcilialione tempore necessitalis. 

38' canon. Que les prêtres rebelles à leur évêque ne communiquent 
point avec les clercs de la chapelle du roi , avant d'avoir été réconciliés 
par leur évêque , sous peine d'excommunication canonique. 

39' canon. Si un prêtre est surpris dans une œuvre criminelle, qu'il 
soit conduit devant son évêque et puni suivant les canons. S'il nie sa 
faute, et que l'accusateur ne puisse en fournir la preuve devant l'é- 



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— 271 — 

vêque, alors la cause de l'accusé sera portée devant le concile universel 
(devant le concile de la province). 

40 e canon. Que les évêques et les prêtres aient soin de faire élever 
les filles orphelines par des femmes pieuses, conformément aux canons. 

41 e canon. Qu'aucun évêque ne soit absent de son église plus de trois 
semaines. Après la mort d'un évoque, que ses héritiers ne réclament 
que ce qu'il possédait avant son épiscopat. 

42* canon. Qu'on n'honore aucun des nouveaux saints, qu'on n'érige 
en leur honneur aucune chapelle sur les routes , à l'exception de ceux 
que l'authenticité des actes de leur martyre ou la sainteté de leur vie 
ont fait juger dignes d'être révérés dans l'Église. 

45 e canon. Que les canons qui prescrivent la destruction des arbres 
et des bois consacrés à l'idolâtrie soient observés. 

44 e canon. Que le jugement des juges choisis par les deux parties ne 
soit point méprisé. 

45 e canon. Qu'on ne fasse point prêter serment aux enfants , comme 
font les gontbadingiens (c'est-à-dire les bourguignons qui suivaient la loi 
de Gondebaud , selon laquelle le serment des enfants était admis en 
preuve). 

46 e canon. Pour ce qui concerne les vierges , c'est-à-dire à quel âge 
on peut leur donner le voile et à quoi on doit les occuper jusqu'à vingt- 
cinq ans , on doit observer ce qui est marqué par les canons. 

47e canon. Que les évêques s'informent de la conduite des abbesses 
qui vivent peu régulièrement et qu'ils en fassent leur rapport au roi, 
afin qu'on les dépose. 

48 e canon. Qu'on observe la règle canonique touchant les offrandes 
faites à l'église ou pour les pauvres, et qu'elles ne soient point consa- 
crées à un autre usage sans un ordre de l'évêque. 

49 e canon. On ne doit point ordonner prêtre celui qui n'a pas atteint 
l'âge de trente ans. 

50 e canon. Que tous les fidèles se donnent la paix à la fin de la messe 
solennelle. (On se la donnait encore par le baiser.) 

51' canon. On ne doit pas réciter les noms de ceux qui ont l'ait l'ol- 
frande, avant que le prêtre ait dit les prières de l'offertoire (1). 

52 e canon. On peut prier Dieu en toutes langues , et non pas seule- 
ment en trois langues, comme quelques-uns le prétendent. (Ce canon ne 



(i) Le texte porte : De non reciUitutts n&mtntbu& anlequam oblal&o offeFatur. Mais 
d'autres monuments déterminent le sens que nous donnons à ce canon. Un décret 
dr. pape Innocent I er défend de réciter les noms de crus qui ont fait l'offrande , 
avant que le prêtre ait offert à Dieu ces offrandes p;u- ses prières. 



1 



— 272 — 
nomme pas ces trois langues, mais on croit que ce sont l'hébreu , le 
grec et le latin, qu'on regardait comme plus saintes que les autres, parce 
que le titre mis sur la croix de Jésus-Christ était, dit-on , écrit en hé- 
breu, en grec et en latin (1).) 

53 e canon. Qu'il ne soit pas permis à un évêque ni à un prêtre d'igno- 
rer les saints canons. 

54. canon. Les églises bâties par des personnes libres peuvent être 
données ou vendues, mais à condition seulement qu'elles ne seront pas dé- 
truites et qu'on y célébrera tous les jours l'office divin. (Le Concile per- 
met seulement de vendre l'édifice matériel de l'église.) 

55 e canon. Le roi exposa qu'il avait eu la permission du pape Adrien 
d'avoir toujours en sa cour l'archevêque Engebram. Il pria les Pères de 
Francfort de lui permettre d'avoir aussi auprès de lui l'évêque Hilde- 
balde, pour lequel il avait obtenu la même permission du Saint-Siège. Le 
Concile y consentit. (On voit par là combien on jugeait alors obligatoire 
la résidence des évêques, puisque le roi se crut obligé d'obtenir pour son 
archichapelain la dispense du pape et de la faire ratifier dans un concile.) 

56« canon. 11 est dit dans ce canon que le roi pria le Concile de rece- 
voir Alcuin en sa compagnie et dans la société de ses prières, à cause 
de son savoir dans les matières ecclésiastiques ; ce qui lui fut accordé. 

N° 716. 
CONCILE DE ROME. 

(llOHA NUM.) 

(L'an 794 (2).) — Après avoir reçu les actes du concile de Francfort, 
le pape Adrien tint aussitôt un concile dans lequel il condamna Eli- 
pand et Félix avec leur doctrine et leurs disciples (3). 

N" 717. 

CONCILE DES GAULES (4). 

(calmca.num.) 

(L'an 79C.) — On déposa dans ce concile Joseph, évêque du Mans, 






i^ue, nu- 



(1) Voir au sujet du litre de la croix de Jésus-Christ l'Auxiliaire tatlioL 
méros des i5 juillet et i5 août i845, p. 219 et 355. 

(2) C'est à tort, dit le P. Mansi, qu'on rapporte ce concile et la condamnation 
de Félix et d'Elipand à l'an 792, avant celui de Francfort; car ce fut en celle année- 
là que Félix abjura son hérésie daus l'église de Saiut-Pierre à Rome. 

(3) Le P. Mansi, Suppl, conc, t. I, p. ?3i. 

(4) Vraisemblablement de Tours. 







— 275 — 

parce qu'il se conduisait d'une manière lyrannique et barbare envers son 
peuple (1). 

N° 718. 

CONCILE DE FRIOUL. 

(forojuliense.) 

(Avant le 15 avril de l'an 796 (2).) — Paulin, patriarche d'Aquilée, 
tint avec ses suffVag.ints un concile à Frioul, dans l'église de la Sainte- 
Vierge. Il en fit l'ouverture par un long discours, où il propose de dé- 
tendre la foi contre deux nouvelles erreurs, qui venaient de s'élever 
dans l'Église ; l'une était celle de Félix et d'Elipand déjà condamnée , 
l'autre prétendait que le Saint-Esprit ne procède que du Père et non 
du Fils. Paulin établit lui-môme les principaux dogmes de la foi , en 
expliquant le symbole de Nicée. Les Pères de ce concile ne s'étaient 
pas expliqués clairement sur la divinité du Saint-Esprit , et quoique 
ceux de Constantinople l'eussent fait d'une manière plus expresse, en 
ordonnant de l'adorer avec le Père et le Fils, ils avaient dit seulement 
que le Saint-Esprit procède du Père, d'où quelques-uns prenaient oc- 
casion d'avancer qu'il ne procédait pas du Fils. Mais depuis le II e Con- 
cile œcuménique on avait ajouté au symbole de Nicée et de Constan- 
tinople que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (5). Le patriar- 
che d'Aquilée enseigne que ces sortes d'explications ou d'additions ne 
sont pas contraires aux défenses, faites si souvent dans les conciles, de 
composer de nouvelles professions de loi, parce que ceux qui ont fait 
ces additions n'avaient pas une doctrine différente et qu'ils n'ont eu 
autre chose en vue que de rendre en termes plus clairs' le sens du sym- 
bole de Nicée. Après celte remarque, Paulin montre par plusieurs pas- 
sages de l'Écriture que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils; 
car autrement, dit-il, il ne serait pas consubstantiel à ces deux per- 
sonnes : ce qui ne peut se dire, puisque le Père et le Fils et le Saint- 
Esprit sont un en nature et que les opérations de la sainte Trinité sont 
indivisibles et inséparables. Ensuite, sans nommer Félix ni Elipand, il 
réfute leurs erreurs par ces paroles du saint roi David, au sujet du Fils 
de Dieu fait homme : « Vous êtes toujours le môme et vos années ne 



I ! 



(i) Dom Mabillon, Jmmlc.s Benetf., t. 11, p. -, y2i _ L. P. Mansi, Suppl conc., 
I. 1, p. 7 3g. 

(a) Quelques auteurs rapportent ce concile à l'an 791; ma's le P. Pj ft i proiire 
fju'ii fut tenu l'an 796. 



(3) Voirie tome 11 Je relie Histoire, p. Go, noie (î\ et p. 261, 



T. 111. 



18 







Il 



I 



— 274 — 

t passeront point (i). > Il est important de remarquer que le peuple de 
Frioul ne fut pas présent au discours de Paulin ; il était en foule aux 
portes de l'église, où les évêques entrèrent en silence par une porte 
secrète (2). 

Ce concile fit les quatorze canons suivants. 

1 er canon. On ne doit rien exiger de celui à qui l'on confère les 
ordres sacrés. 

2 e canon. Que les pasteurs soient par l'excellence de leur vie le mo- 
dèle de leur troupeau, comme ils en sont la lumière par leurs instruc- 
tions. 

3 e canon. Ils doivent s'abstenir de l'excès du vin, sous peine d'être 
privés de leurs fonctions en cas d'incorrigibilité. 

4 e canon. Il leur est défendu de loger des femmes dans leur maison 
ou de converser en particulier avec elles, selon ce qui est prescrit par 
le 3 e canon du I er concile de Nicée. 

S" canon. Un clerc ne doit point se mêler d'affaires séculières. 

6 e canon. Il ne doit pas exercer des dignités séculières qui le sont 
ordinairement par des gens du monde ou par les princes de la terre. 
Au lieu de s'occuper de la chasse, de chansons profanes, d'instru- 
ments de musique et d'autres jeux semblables, il doit employer ses 
loisirs à lire les saintes Écritures et au chant des cantiques et des 
hymnes spirituels. (Ce canon ne semble point désapprouver l'usage des 
instruments, même dans les clercs, lorsqu'il s'agit de ces sortes de can- 
tiques.) 

7 e canon. Aucun évêque ne doit déposer un prêtre, un diacre ou 
un abbé, sans avoir auparavant consulté le partriarche (d'Aquilée). 
S'il le fait, il est en danger de perdre sa dignité. 

8 e canon. Les mariages ne doivent point se faire clandestinement , 
ni entre parents aux degrés défendus. La célébration du mariage doit 
être précédée par des fiançailles, après lesquelles on doit laisser un 
temps suffisant, afin de pouvoir examiner si les fiancés ne sont point 
parents. Ceux qui se trouveront mariés aux degrés défendus seront sé- 
parés et mis en pénitence ; et s'il est possible , ils ne se remarieront 
pas ; mais s'ils veulent avoir des enfants ou ne peuvent vivre dans le 
célibat, il doit leur être permis de se remarier a d'autres. Pour parer 
aux inconvénients qui peuvent arriver dans les mariages, on ne doit en 
célébrer aucun dans une paroisse sans en instruire le curé. 



(1) Psaume ci , v. 28. 

(2) Le P. Labbe , Sacr. conc,, t. VÎT, p. 
t, IV, p. 84 7 . 



90> 



Le P. Haritouin , Coll. conc, 



A W ' 



— 275 — 
9' canon. Il est défendu de contracter mariage avant l'âge de pu- 
berté ; il ne doit pas y avoir entre les contractants une trop grande dis- 
proportion d'âges, afin d'éviter les occasions d'adultère. Que celui qui 
osera violer ce décret par la célébration de tels mariages soit regardé 
omme étranger dans la communion de l'Église et qu'il ne soit point 
exempt des jugements publics. 

10 e canon. Celui qui se sépare de sa femme pour cause d'adultère, 
ne peut se remarier tant qu'elle est vivante, parce que Jésus-Christ, en 
permettant de renvoyer sa femme, ne lui a pas permis d'en épouser 
une autre du vivant de la première , selon la remarque de saint Jérôme. 
A l'égard de la femme coupable, elle ne peut se remarier, même après 
la mort de son mari. 

il e canon. Les filles et les veuves, qui ont pris l'habit noir en signe 
de continence, doivent en garder le vœu, quoiqu'elles n'aient pas été 
consacrées par l'évêque. Si elles se marient en secret ou vivent dans le 
désordre , qu'elles soient punies suivant la rigueur des lois canoniques, 
séparées de ceux qu'elles auront épousés et mises en pénitence pour tout 
le reste de leur vie. Toutefois il est permis à l'évêque d'user d'indul- 
gence envers celles qui feront pénitence avec ferveur. Mais à l'article 
delà mort on leur accordera le viatique. Aucune d'elles no pourra chan- 
ger l'habit de religieuse à l'insu de l'évêque (1). 

12« canon. Il est défendu aux étrangers d'entrer dans les monastères 
de filles, sans la permission de l'évêque diocésain, qui n'y entrera lui- 
même qu'accompagné de prêtres ou de ses clercs. Les abbesses ni les 
religieuses n'en sortiront point, sous prétexte d'aller en pèlerinage à 
Rome ou en d'aulres lieux vénérables. Celles qui violeront ce canon su- 
biront la peine portée par les lois canoniques et seront soumises ou à 
Panathème ou à l'excommunication ou privées de leur degré d'hon- 
neur, suivant la gravité de leur faute. Ces peines seront également ap- 
plicables à ceux qui entreront dans les monastères des religieuses sans 
la permission de l'évêque. 

13 e canon. On doit commencer l'observation du dimanche le samedi 
au soir, à l'heure où l'on sonne les vêpres ; mais on ne doit pas chô- 
mer le samedi, comme font encore quelques paysans. On doit aussi 
observer les fêtes annoncées par les évèques ou les pasteurs et les pas- 
ser dans la prière et dans l'exercice des bonnes œuvres ; les gens ma- 
riés garderont la continence en ces jours. 



I 



(0 H parait par ce canon qu'en vertu d'une ancienne coutume d'Aquilée et dei 
provinces voisines, les personnes consacrées à Dieu s'habillaient de noir. 









I 




— 276 — 

44' canon. Ce canon recommande le paiement des dîmes et des pré- 
mices, qu'il autorise par quelques passages de l' Ancien-Testament. 

N° 719. 

CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquisgranense.) 

(L'an 797.) — Ce concile, composé d'évêques, d'abbés et de moines, 
s'occupa de la construction du monastère de Saint-Paul à Rome (1). 

N° 720. 

ASSEMBLÉE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquisgkanensis.) 

(Le 28 octobre do l'an 797.) — Charlemàgne publia dans cette assem- 
blée générale des évèques, des abbés et des seigneurs de son royaume 
un capitulaire en onze articles, qui n'ont aucune importance (2). 



I ! 



N° 721. 
r CONCILE DE CLOVESHOL OU CL1FF. 

j(CL0VESH0VIENSE I.) 

(L'an 798 (5).) — On ignore ce qui se passa dans ce concile dont les 
actes ne sont pas venus jusqu'à nous (4). 



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CS° 722. 

CONCILE D'ALTINO, DANS LA MARCHE TRÉVISANE. 

(altinense.) 

(Au mois de mai l'an 799 au plus tard (o).)— Voici ce que les histo- 

(i) Le P. Labbe , Sacr. conc, t. Vil, p. i85;.— De Lalande, Suppl. conc. Gall., 
p. 89. 

(a) Le P. Labbe, Sacr. conc., I. VI, p. 1 1 34- — Le P. Hartzheim , Cotic. Germ., 
t. I, p. 333. — Baluzc, Capitnluria, t. I, p. 175. — Lucas Holstenius, Collectio 
rnmtvia bipartita. 

(3) Ce concile est daté de la seconde année du règne de Cénulpbe , roi dcsnier- 
cieus. 

(4) Wilkins, Conc. Brit., t. I, p. 161. — Spelman, Conc, t. I, p. 3l6. —Le P. 
l.abbe, Suer, conc., t. Vil, p. 1 1 54- 

(5) On rapporte ordinairement ce concile à l'an 802, daus la supposition qu'il 



— 277 — 

liens racontent au sujet de ce concile. Jean, duc de Venise, pour faire 
sa cour à l'empereur Nicéphore, entreprit de faire élire évoque d'Oli- 
vito (1) un nommé Christophe, grec de nation. Les tribuns s'opposèrent 
à son ordination et prièrent Jean, patriarche de Grado, de ne pas le 
consacrer. Mais il fit plus, il l'excommunia. Le duc de Venise irrité vint 
assiéger Grado avec une flotte, s'en empara et fit précipiter du haut d'une 
tour très-élevée le patriarche Jean avec plusieurs autres prêtres. In- 
formé de cette violence, saint Paulin d'Aquilée assembla un concile à 
Altino, d'où il écrivit à Charlemagne une lettre synodale dans laquelle il 
se plaint que des prêtres aient été battus et quelques-uns même tués, 
et l'exhorte à faire justice de ces insolences , comme étant l'unique 
protecteur de l'Église, afin que l'exemple d'une juste punition arrêtât 
le cours de ces excès, qui étaient devenus fréquents par l'impunité des 
désordres. Il demaudait en outre que la sentence rendue à ce sujet fût 
publiée dans toute la monarchie , afin qu'on ne l'oubliât jamais. 

On ne sait point quelle fut la suite de cette affaire. Les historiens 
nous apprennent seulement que les tribuns de Venise firent élire 
Fortunat à la place du patriarche Jean , mis à mort par le duc de Ve- 
nise (2). 



fut tenu à l'occasion du meurtre de Jean , patriarche de Grado , que le duc de Ve- 
nise fit mourir en cette année. Mais comme il est certain par les Annales de Fuldc, 
par la Chronique d'Hermance Coutract , par les Annales de Lambécius et par les 
calendriers de l'Eglise d'Aquile'e que saint Paulin mourut le 1 1 juin de L'an 802 , il 
n'est nullement probable que ce concile se soit tenu cette même année. D'ailleurs 
l'Eglise de Grado faisant partie de l'empire d'Orient , ce n'était poiut à Charle- 
magne, mais à l'empereur d'Orient que le patriarche aurait dû s'adresser pour 
avoir justice du meurtre du patriarche Jean. La lettre de Paulin à Charlemagne 
avait donc un autre objet que la punition de cet attentat. Enfin le titre simple de 
roi que Paulin donne à ce prince dans cette lettre, suivant quelques exemplaires , 
semble prouver que ce concile, dont elle est le seul monument qui nous reste, est 
antérieur à l'an 800. 

Ce qu'il est important de remarquer, c'est qu'il n'est pas fait mention dans cette 
lettre du meurtre du patriarche Jean, d'où nous devons conclure que ce ne fut 
point là l'objet de la convocation de ce concile d'Altino. 

(1) C'est une des iles qui composent Venise et où était encore au dernier siècle 
l'église principale. 

(2) Le P. Labbe , Sacr. conc., t. VII, p. 1187. — Le P. Lecointe , Annales, ad 
ann. 8o3 — Sigonius, De regno italiœ, lib. iv. — Muratori , Annales liai., t, IV, 
P- 449- 



■ 

I 






— 278 



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N° 725. 

, CONCILE DE RISBACH, AU DIOCÈSE DE RATISBONNE. 

(ratisbonense seu reispacense.) 

(Le 20 janvier de l'an 799 (1).) — Ce concile fit douze canons de dis- 
cipline (2). 

1" canon. Que personne ne fasse du bruit dans la maison du Sei- 
gneur ; qu'on ne s'y promène point, et qu'on n'en sorte point avant la 
fin de l'office. 

2 e canon. Que personne ne soit ordonné prêtre avant l'âge de trente 
ans, et qu'avant l'ordination on examine avec soin sa vie et ses mœurs. 

3 e canon. Que les clercs s'abstiennent de manger de la chair et de 
boire du vin le mercredi et le vendredi, excepté depuis pâques jusqu'à 
la pentecôle, depuis la nativité du Seigneur jusqu'à l'épiphanie, et les 
jours des fêtes des saints apôtres, de la vierge Marie, de saint Michel, de 
saint Jean-Baptiste, de saint Martin, toutefois à l'exception des hôtes, 
des malades, des voyageurs et des militaires. 

A» canon. Que les clercs suivent l'usage commun pour les vêtements. 

5 e canon. Que les clercs ne revendiquent pas les biens des nobles. 

6 e canon. Que les dîmes soient partagées en quatre portions entre l'é- 
vèque, les prêtres, les pauvres et l'église. 

7 e canon. Que l'évêque prenne soin des veuves, des orphelins, des 
aveugles et des malheureux ; qu'il ne tolère point les mendiants, et 
qu'il nourrisse les pauvres de la ville. 

8 e canon. Qu'on n'établisse point des oratoires en l'honneur des saints 
et des martyrs inconnus. 

9' canon. Que ceux que l'on soupçonne d'être magiciens et nécro- 
manciens subissent l'épreuve du fer brûlant. 

10 e canon. Que les moines seuls portent la cuculle, si ce n'est en 
temps dégelée. 

11 e canon. Que les moines ne soient point curions. 

12 e canon. Que les évêques ne s'attribuent point des abbayes. 

Ces douze canons sont rapportés par Jordan et Duker. fléginon ne 
fait mention que des deux suivants : i" Qu'aucun clerc ne revête des 

(i) Le P. Maasi, Suppl. conc., t. 1, p. ^^'i, rapporte ce concile à l'an 8o3 , le i3 
des calendes de septembre , d'après une lettre encyclique d'Arnon, archevêque de 
Saltzbourfl, qui invile ses suffragants à un concile, à Rîabach. 

(3) Le P. Harlzheim, Conc. Germ., t. Il, p, G91. •— Hausilz, Germania sacrct, 
t. II, p. 110, 






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habits laïques el qu'il ne porte point d'armes. 2 e Nous ordonnons de 
célébrer les jours de fête, c'est-à-dire le jour de pâques et les quatre 
jours qui suivent. Avant la messe, qu'il soit permis de labourer et de se- 
mer, de cultiver la vigne et le jardin et de les entourer de haies ; mais 
qu'on cesse tout autre travail. Qu'après la messe, on s'abstienne de toute 
œuvre , et qu'il en soit de même à la pentecôle comme à pâques , aux 
fêtes de saint Laurent, aux calendes de novembre fête de tous les 
saints et à la dédicace des églises (1). 



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N° 724. 

CONCILE DE BÉCANCELD, EN ANGLETERRE. 

(becanceldense.) 

(L'an 799 (2).) — Alhelrad , archevêque de Cantorbéry , tint ce 
concile, en présence du roi Cénulphe. On y défendit aux laïques, sous 
peine d'excommunication, d'usurper les biens de l'Église. Dix-sept évê- 
ques, deux abbés et un archidiacre souscrivirent à ce décret (3). 



i . 



N° 723. 

CONCILE DE F1NCHALLEND OU FINKELEY, EN ANGLETERRE. 

(finchallense.) 

(Vers l'an 709 (4).)— Echemald, archevêque d'York, présida ce concile 
et y fit ordonner le rétablissement de l'ancienne discipline, principale- 
ment sur l'observation de la fêle de pâques (5). 



I 



N° 726. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(L'an 799.) — Alcuin avait écrit une lettre à Félix d'Urgel, pour 
l'exhorter a se réunir à l'Église caiholique et à abjurer sincèrement ses 

(i) Chronicon, lib. I, cap. 378. 

(a) D'après Spelman, l'an 798, 2 e année du règne de Céuulphe, roi dei mer- 
cicns, et l'an 796, d'après le P. Mansi. 

(3) Spelman, Conc, t. I, p. 317. — Le P. Lahbe , Sacr, conc, I. Vil, p. 1148. 
— Wilkins, Conc. Bril., I. I,p. 1G2. 

(4) D'après Spelman , l'an 798 ou 799, 3' année du règne de Cénulphe, loi des 
merciens. 

(5) Le P. Lalilie, Sun. <oni\, 1. Vil, p 11 ',« — Wilkin- , Çonc, Biii., t. 
p. 161, — Spelman, Çouc ,t. 1, n, 3i6, 



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— 280 — 
erreurs. La réponse de cet hérétique scandalisa toute l'Église et obligea 
Charlemagne d'assembler un concile à Rome pour la condamner. Le 
pape Léon III y présida, assisté de cinquante-sept évêques. 11 ne nous 
reste que trois fragments des trois sessions de ce concile. Dans la der- 
nière, le pape prononce la semence d'excommunication contre Félix, s'il 
ne renonçait à l'erreur dans laquelle il était retombé, et condamne sa 
réponse au vénérable Alcuin (1). 

N° 727. 
CONCILE D'URGEL. 

(URGELLENSE.) 

(L'an 799.)— Ce concile fut tenu par Leydrade, archevêque de Lyon , 
que Charlemagne, étant à Paderborn, avait envoyé à Félix avec Néfride 
de Narbonne, Benoît, abbé d'Aniane, et plusieurs autres évêques ou 
abbés, pour engager cet hérétique à abjurer son erreur et à se sou- 
mettre au jugement de l'Église. Ils lui représentèrent ce qui venait de 
se passer au concile de Rome et l'invitèrent à venir trouver le roi, en 
lui promenant une entière liberté de produire en sa présence les pas- 
sages des Pères qu'il prétendait favorables à son opinion. Félix se laissa 
persuader et se rendit à Aix-la-Chapelle où était alors le roi (2). 

N° 728. 
CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(™QUISGRANENSE.) 

(L'an 799.) — Ce concile, composé d'évêques et de seigneurs, se tint 
en présence du roi. Félix y produisit avec une entière liberté les rai- 
sons et les passages des Pères qu'il croyait favorables à son opinion ; 
mais les prélats réfutèrent ses preuves par des arguments si forts, qu'il 
se rendit et renonça à son erreur. Néanmoins, à cause de ses fréquen- 
tes rechutes, il fut déposé de son épiscopat par le Concile et par ordre 
du roi relégué à Lyon, où il finit ses jours. Étant encore à Aix-la-Cha- 
pelle, il écrivit lui-même son abjuration en forme de lettre adressée au 

(i) Le P. Labbc, Sacr. conc, t. VII, p. 1 149- — Le P. Sirmond, Conc, ont. 
Gall., t. II, p. 234. 

(a) Les historiens el les collecteurs mettent cette assemblée d'Urgel au raDg de! 
conciles. — Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VU , p. |858 : — Cave, Historia litteraria 
icriptorumeeclesiasticorum, p. 43 t. 



— 281 — 

clergé et au peuple d'Urgel. Il y expose la manière dont les évoques 
envoyés par le roi Charles l'avaient engagé à se rendre à Aix-la Cha- 
pelle, la liberté qu'on lui avait accordée de défendre son erreur, la 
douceur avec laquelle les, évoques du concile l'avaient traité, la force 
des raisons par lesquelles ils l'avaient convaincu, surtout par l'autorité 
des écrits de saint Cyrille, de saint Grégoire-le-Grand, de saint Léon, 
pape, et de quelques autres Pères qu'il ne connaissait point auparavant. 
Il raconte encore ce qui s'était passé au concile de Rome en présence 
du pape Léon III et de cinquante-sept évoques. Puis il dit que convaincu 
par la force de la vérité et le consentement unanime de l'Église uni- 
verselle, il y retourne de tout son cœur et prend Dieu à témoin de la 
sincérité de sa conversion. En conséquence, il promet de ne plus croire 
ni enseigner que Jésus-Christ, selon la chair, est Fils adoptif ou nuncu- 
paiif, mais de croire, conformément à la doctrine des saints Pères, 
qu'en l'une et l'autre nature il est le vrai Fils unique de Dieu par l'union 
personnelle qui s'est faite des deux natures divine et humaine dans le 
sein même de la Vierge. Il exhorte le clergé et le peuple d'Urgel à em- 
brasser cette doctrine avec l'Église universelle, à implorer pour lui la 
miséricorde de Dieu et à faire cesser le scandale qu'il avait causé parmi 
les fidèles par ses erreurs. 11 reconnaît qu'elles n'étaient point éloignées 
de celles de Nesiorius, qui ne croyait Jésus-Christ qu'un pur homme ; 
et il rapporte les propres paroles de cet hérésiarque et plusieurs pas- 
sages des Pères pour le combattre (I). 



II 

I 



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N° 729. 
IP CONCILE DE CLOVESIIOU OU CLIFF. 

(CLOVESIIOVIENSE II.) 

(L*an 800.) — Ce concile fut tenu par Athelrad, ou Adélard, arche- 
vêque de Cantorbéry, en présence de Cénulphe, roi des merciens. 

On y recounut que la foi était la même qu'on avait reçue de saint 
Grégoire-le-Grand, et on y traita des usurpations des biens de l'Église, 
dont il fut prouvé qu'on avait détourné les litres. Athelrad fit auto- 
riser dans ce concile un échange qu'il avait fait avec l'abbé du monas- 
tère de Cotha (2). 



(i) Le P, Sirmond , Cuuc. unt. Gall., t. II, p, 226. — Le P. Labbe, San: epne., 
t. VII, p. 1 ,5, et i858. — Le P. Hardouin , Coll. cône., t. IV, p. 929. _ L c P. 
Harlzheim, Conc. Germ., t. I, p. 33G. — De Lalande, Suppl. conc. Gall.. p. 89. 

(2) Le P. Labbe, Sàcr. conc., t. VII.'p. 1 iS3. — Wilkins , Conc. Bril.,\. I, 
T- l6ï, — Spelman, Concilia orbis Brltan , t. I, p. 3 18. 



1\ 



282 — 



N° 730. 

CONCILE DE ROME. 
(rosunum.) 

(Mois de décembre de l'an 800.) — Le pape" Adrien 1" étant mort 
le 25 décembre de Tan 705, on lui donna pour successeur Léon III , 
romain de naissance, ei formé dès son enfance aux vertus et aux scien- 
ces ecclésiastiques, dans le palais de Lairan, où les papes entretenaient 
une sorte de séminaire pour l'éducation des jeunes clercs. Sa charité 
envers les pauvres, sa piété et la pureté de ses mœurs réunirent en sa 
faveur les suffrages unanimes du peuple et du clergé. Mais comme la 
haine et la jalousie ne manquent jamais d'attaquer les hauts dignitaires 
du sacerdoce ou de l'empire , les ennemis du saint pontife formèrent 
une conjuration contre lui et la firent éclater par un crime audacieux. 
L'an 799, pendant la procession de Saint-Marc, nommée la Grande- 
Litanie , une troupe d'assassins , ayant à leur tête Pascal , primicier , 
et Campule, sacellaire ou trésorier de l'Église romaine, se jetèrent sur 
le pape, l'accablèrent de coups, lui arrachèrent les yeux et la langue (I) 
et l'enfermèrent ensuite dans une étroite prison. Le peuple épouvanté 
prit la fuite ; mais on trouva le moyen de tirer le pape de prison et de 
le faire sortir de la ville , pour le remettre entre les mains du duc de 



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( i) Fleury et plusieurs autres historiens modernes se contentent de dire que les 
ennemis du pape firent tous leurs efforts pour lui arracher les yeux et la langue. 
Mais il est certain qu'après sa délivrance le pape recouvra l'usage des yeux et de la 
langue, et il passa pour constant qu'on lui avait crevé les yeux et coupé la langue : 
c'est ce qu'assurent plusieurs auteurs contemporains et presque tous nos anciens 
annalistes. Le célèbre Alcuin, écrivant à Charlemagnc, lui dit que les romains ont 
aveuglé leur chef; et après l'arrivée du pape en France, qui lui donna lieu de vérifier 
le miracle , il se sert de termes encore plus expressifs. Charlemagne lui-même écri- 
vant à Alcuin lui parle de la guérison du pape comme d'un miracle constant. 

A ces témoignages authentiques on oppose celui de l'historien Théoplianes ; mais 
cet auteur écrivait à Constantinople, où l'on était fort prévenu contre le pape saint 
Léon qui couronna Charlemagne empereur d'Occident. D'ailleurs, il se contredit en 
peu de paroles; car il dit « qu'on aveugla le pape , mais qu'on ne put lui ôler en- 

• lièrenient la vue parce que les bourreaux l'épargnèreut. » L'an 1673, la sacrée 
Congrégation des Rits reconnut , après un mûr examen, le miracle et ordonna qu'on 
insérerait dans le martyrologe romain , au I a juin, ce qui suit : « A Rome, dans la 
. basilique du Vatican , saint Léon III pape , à qui Dieu a rendu miraculeusement 
« l'usage des yeux que des impies lui avaieut arrachés et de la langue qu'il» lui 

• avaieut coupée. - 



— 283 — 

Spolelle accouru à son secours. Le Souverain-Pontife , guéri miracu- 
leusement, se rendit ensuite à Paderborn, auprès de Charlemagne qui 
le reçut avec les plus grands honneurs. Le clergé , les seigneurs et le 
roi lui-même vinrent à sa rencontre et l'accompagnèrent en chantant 
des hymnes et des cantiques. 

Les ennemis du pape ayant appris qu'il se rendait en France, ima- 
ginèrent contre lui diverses accusations et firent aussitôt partir des 
députés pour les remettre au roi. Mais Charlemagne était trop éclairé 
pour se laisser prévenir par de telles dénonciations. Il fit accompagner 
le pape, à son retour en Italie , par une escorte suffisante pour le 
protéger contre les séditieux et fit partir en même temps des com- 
missaires charges d'informer sur les circonstances des troubles survenus 
à Rome. Ces commissaires, au nombre de dix , étaient les archevê jues 
de Cologne et de Saltzbourg avec cinq évêques et trois comtes. Le Sou- 
verain-Pontife recueillit partout sur son passage les témoignages les plus 
éclatants de la vénération des peuples et rentra dans Rome comme en 
triomphe. Le clergé, le sénat, la milice et une foule immense de peuple 
vinrent au-devant de lui avec des bannières, le conduisirent en chan- 
tant des cantiques à la basilique de Saint-Pierre, où il célébra la messe, 
et tous y reçurent la communion. Les évèques et les seigneurs, qui l'a- 
vaient accompagné, s'assemblèrent au palais de Latran pour interroger 
Pascal et ses complices, et après une enquête qui dura plus d'une se- 
maine et qui ne révéla aucun indice contre le pape, ils firent arrêter et 
conduire en France ses accusateurs. 

L'année suivante, Charlemagne vint à Rome, où il entra le 24 no- 
vembre, au milieu des acclamations du clergé et du peuple. Quelques 
jours après, il réunit un concile pour examiner de nouveau les accusa- 
lions intentées contre le pape. Il fut composé d'archevêques, d'évèques, 
de prêtres et de toute la noblesse romaine et française. Les prélats y 
déclarèrent d'abord que personne n'était assez hardi pour appeler le 
pape en jugement, parce que le Siège apostolique, dirent-ils, étant le 
chef de toutes les églises et le juge de tous les ecclésiastiques, aucun 
siège ne pouvait le juger. Le roi se contenta de celle déclaration et le 
reste de l'assemblée imita son exemple. De son côté, le pape répondit 
qu'à l'exemple de ses prédécesseurs il était prêl à se purger des accu- 
sations calomnieuses intentées contre lui ; et le lendemain étant monté 
surl'ambon de. la basilique de Saint-Pierre, en présence des évêques, 
du clergé de Rome et des seigneurs, il jura sur le livre des Évangiles et 
sur la croix qu'il ne se sentait coupable ni d'avoir commis, ni d'avoir 
fait commettre les crimes dont quelques romains, ses persécuteurs, 






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— 284 — 

l'avaient accusé. Alors tous les évêques et le clergé firent éclater leur 
joie par des cantiques d'actions de grâces. 

Ensuite, le pape, les Pères du concile et le peuple chrétien, dit l'an- 
naliste de Moissac, jugèrent qu'il était juste de proclamer Charlemagne 
empereur d'Occident, puisqu'il était maître de Rome où les Césars 
avaient coutume de fixer leur principal séjour ; et le pape exécuta son 
dessein le jour de noël dans la basilique de Saint-Pierre. Comme le roi, 
venu à la messe pontificale en habit de patrice, était incliné devant l'au- 
tel pour faire sa prière, le Souverain-Pontife s'approcha de lui avant de 
commencer l'office et lui mit sur la tête une riche couronne. Aussitôt 
le peuple et tous les ordres de citoyens s'écrièrent : Vive Charles au- 
guste, empereur des romains et couronné de la main de Dieu ! Le pape 
sacra ensuite le nouvel empereur et se prosterna devant lui pour lui 
rendre ses hommages. 

Ainsi fut rétabli, le 25 décembre de l'an 800, l'empire d'Occident 
éteint depuis plus de trois siècles dans la personne d'Augustule. Dès ce 
moment on donna à Charlemagne le titre d'auguste et d'empereur, au 
lieu de celui de patrice qu'il portait auparavant. Du reste, ce prince 
n'accepta ce nouveau titre qu'avec une extrême répugnance et protesta 
que malgré la solennité de la fête, il ne serait point venu à l'église s'il 
avait pu prévoir les intentions du pape. C'est qu'il prévoyait bien que 
le titre d'empereur, sans rien ajouter à sa puissance, ne servirait qu'à 
le brouiller avec les grecs, qui possédaient encore la Sicile et quelques 
provinces méridionales de [l'Italie. 

Charlemagne passa le reste de l'hiver à Rome. Il fit juger dans une 
assemblée du clergé et de la noblesse Pascal, Campule et leurs com- 
plices. On les condamna à mort, suivant la loi romaine ; mais à la prière 
du pape, l'empereur leur fit grâce de la vie et se contenta de les exiler 
en France (1). 

N° 731. 

CONCILE DE TOURS. 

(turonense.) 

(L'an 800.)— Ce fut dans cette grande assemblée d'évêques et de 
grands que Charlemagne partagea ses états entre tes trois fils Charles, 
Pépin et Louis. Ce partage fut confirmé par le capitulaire de Thion- 

(i) Anasiase, Vil» ponUficum. — Eginard, Annales.— F ulde, Annales. — Loisel, 
Annales. — TbéopbaDes, Ckronogr. — Le P. Labbe, Sacr. cotte., t. VII , p, 1 1 58. 
Le P. Sirmond, Conc. Gall., t. 11, pi 337 et seq. 



— 285 — 

ville, l'an 806; mais Charles et Pépin moururent peu de temps 
après (1). 

N° 732. 

CONCILE DE MANTES, AU DIOCÈSE DE CHARTRES. 

(meduntbm.) 

(L'an 800.) — On s'occupa dans ce concile de la discipline ecclé- 
siastique (2). 

N° 733. 

CONCILE DE MAYENCE. 

(moguntincm.) 

(Mois d'août de l'an 800.) — Le roi Charlemagne assembla dans cette 
ville les grands de ses étais avec les évèques et les abbés ; et lorsqu'il 
eut reconnu que la paix régnait dans tout son royaume, il résolut d'aller 
à Rome venger l'injure que les romains avaient faite au pape Léon. 
C'est tout ce que l'on sait de celte assemblée générale de la nation (3). 






N° 754. 
CONCILE DES GAULES. 

(GALLICAN l)M.) 

(Après l'an 800.) — On s'occupa dans ce concile de la manière dont 
les prêtres accusés pourraient se justifier. On ne sait en quel lieu il fut 
tenu (4). 

N° 7ô;î. 

CONCILE DE WORMS. 

(WORMATIENSE.) 

(Après l'an 800.) — Oo s'occupa dans ce concile de la manière dont 
les prêtres accusés pourraient se justifier (S). 

(i) Le P. Labbe, Sncr. conc, !. VII, p. 1862. — De Lalande, Suppl. conc. , 
p. 92. 

(2) Collectio renia enneiliorum. 

(3) Doni Martène, Coll. vet. monum., t. V, p. 907. — Eginard, Annales. — Le 
P. Harlzheini, Conc. Germ., 1. 1, p. 356. — LeP.Mansi, Suppl. con:,, t. I, p. 74 '• 

(4) Le P. Labbe, Sacr, conc, 1. VII, p. 1 8t>3. 

(5) Id., id., id. — De Lalande, p. Q.3, place ce concile à l'an 8o3. 



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— 286 



N° 756. 

CONCILE DE REGENSBOURG OU RATISBONNE. 

(ad ubbem reginisbruck.) 

(L'an 805.) — Charlemagne assembla ce concile, où l'on s'occupa des 
chorévêques qui couraient ça et là hors des villes, séjournant dans les 
bourgs et dans les villages; ce qui les faisait appeler les évoques villa- 
geois et attirait contre eux de nombreuses plaintes delà part des prêtres 
et des laïques (1). 

N° 737. 

CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquisgranense.) 

(Mois d'octobre de l'an 803 (2).) — Ce grand concile assemblé par 
Charlemagne, sous la présidence de Paulin d'Aquilée, légat du pape 
Léon III, s'occupa de la réforme de la discipline ecclésiastique et mona- 
cale. Les évéques avec leurs prêtres et leurs diacres lurent dans leur 
assemblée particulière les canons et les décrets des papes, les abbés 
avec leurs moines la règle de saint Benoît, afin que les uns et les autres 
vécussent selon la loi qui leur était prescrite (3). 

L'empereur, dans l'assemblée particulière qu'il tint avec les ducs et 
les comtes, fit lire les lois des divers peuples de ses états, et il y fit les 
additions et les corrections qu'il jugea convenables. 

Charlemagne ayant vu le résultat de ces trois assemblées particulières, 
ordonna qu'on réformât suivant les canons les abus qui régnaient parmi 
les laïques, dans les monastères et dans le clergé ; que les chanoines 
vécussent selon les canons et les moines selon la règle de saint Benoit. 
Voici les additions qui furent faites alors à la loi salique et à la loi ri- 
puaire : nous n'en rapportons que ce qui concerne l'Église. 

La loi salique n'ordonnait pour les homicides qu'une amende modi- 
que. On l'augmenta ; et il fut réglé qu'on paierait pour le meurtre d'un 
sous-diacre trois cents sous , pour celui d'un diacre quatre cents , pour 
celui d'un prêtre six cents , pour celui d'un évêque huit cents et pour 
celui d'un moine quatre cents (4). 

(i) Le P. Hartzheim , Conc. Germ., t. II, p. 693. 

(s) Le P. Pagi place ce concile à l'an 801 , le P. Labbe et Lalande à l'an 802. 

(3) 11 n'y avait point alors de moines ou religieux qui suivissent une autre règle 
que celle de sainl Benoit. 

(4) Childebert II avait ordonné que si les parents du mort ne voulaient pas se 
contenter d'une amende , on fît mourir le coupable. 






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— 287 — 

Le partis de l'église sera un lien d'asile ; on n'y fora aucune violence 
à celui qui s'y réfugiera ; mais des gens de bien iront y prendre le cou- 
pable pour le conduire devant les juges (1). 

Celui qui voudra donner ses biens à l'Église fera la donation chez 
lui en présence de témoins légitimes. Cependant les donations qui ont 
été faites à l'armée et qu'on ne conteste pas , auront leur effet. 

Tout serment doit être fait dans l'église et sur les reliques. On doit 
jurer avec six personnes ou avec douze , telles qu'on pourra les trouver, 
et elles jureront en ces termes : « Que Dieu et les saints l'aident, alin 
« qu'il dise la vérité. » 

Les évoques dans leur assemblée particulière dressèrent un capitu- 
laire en vingt-deux articles pour la conduite des prêtres chargés du 
soin des paroisses ; en voici les principales dispositions. 

1 er et 2 e articles. Tous les prêtres prieront continuellement pour 
la conservation et la prospérité de l'empereur, pour les princes ses fils, 
les princesses ses filles et pour l'évêque diocésain. 

5 e et 4 e articles. Chaque prêtre aura soin de tenir propre son 
église et d'instruire son peuple les jours de fêles et les dimanches. 

7 e article. On fera trois parts des dîmes, la première pour l'en- 
tretien de l'église , la deuxième pour les pauvres et les pèlerins et la 
troisième pour les prêtres. (On en faisait autrefois une quatrième pour 
l'évêque.) 

12 e et 13 e articles. Les prêtres n'exigeront rien pour l'administration 
du baptême et des autres sacrements ; et tous demeureront dans l'église 
pour laquelle ils ont été ordonnés. 

15 e , 16 e , 18 e et 19 e articles. 11 est défendu aux prêtres d'habiter 
avec des femmes, de se faire caution, de plaider devant des tribu- 
naux laïques, de porter des armes , d'entrer dans les cabarets et de 
jurer. 

21« et 22 e articles. Chaque prêtre aura soin d'imposer une péni- 
tence convenable à ceux qui lui confesseront leurs péchés et de ne point 
laisser mourir les malades sans leur avoir administré le viatique et 
l'extrême-onction. 

Il nous reste encore de ce concile un eapitulaire en sept articles. Les 
trois premiers regardent les biens de l'Église , la liberté des élections 
et la conservation des privilèges des domaines ecclésiastiques. Les trois 
suivants renferment les règlements concernant les chorévêques. L'em- 



(l) Ainsi les églises ne servaient plus d'asile que contre la violence des nsrticU» 
liers, et uon contre la justice des magistrats. 












— 288 — 

pereur y ditque leurs empiétements sur la juridiction épiscopale avaient 
donné lieu à des plaintes souvent réitérées ; car ils s'attribuaient le droit 
de donner la confirmation et de conférer les ordres , malgré les récla- 
mations du clergé et des laïques. « Pour terminer cette dispute , ajoute 
« Charlemagne, nous avons envoyé Arnon , archevêque de Sallzbourg , 
c au pape Léon pour le consulter sur cette affaire , afin que les évêques 
« de notre empire pussent la décider suivant l'autorité du Saint-Siège, 
i Le Souverain-Pontife a répondu que les chorévêques n'ont pas le 
« pouvoir d'ordonner des prêtres, des diacres ni des sous-diacres, de 
» consacrer des églises , des autels ou des vierges, de donner la confir- 
« mation, en un mot de faire aucune fonction épiscopale, et que tout 
« ce qu'ils ont prétendu faire par attentat doit être fait de nouveau par 
a des évêques légitimes , sans craindre de réitérer ce qui est nul. Enfin 
« le pape a ordonné de condamner tous les chorévêques et de les en- 

• voyer en exil ; mais toutefois il a trouvé bon que nos évêques les trai- 
« tassent plus doucement et qu'on les mît au rang des prêtres, à con- 
« dition de n'entreprendre à l'avenir aucune fonction épiscopale, sous 

< peine de déposition. C'est ce qui a été ordonné au concile tenu à Ra- 
« tisbonne, l'an 7G8, par l'autorité apostolique, et où l'on a déclaré que 
« les chorévêques n'étaient point évêques, parce qu'ils n'avaient été 
f ordonnés ni pour un siège épiscopal, ni par trois évêques. Nous avons 

• donc ordonné de l'avis du pape Léon, de tous nos évêques et nos au- 
« 1res sujets, qu'aucun chorévêque ne pourra donner la confirmation, 
« ordonner des prêtres, des diacres ni des sous-diacres, donner le voile 
« iux vierges , faire le saint chrême , consacrer des églises et des autels, 
« ni donner la bénédiction au peuple à la messe publique , sous peine 
f de nullité et de déposition de tout rang ecclésiastique, parce que ces 
« fonctions sont épiscopales et que les chorévêques ne sont que prê- 
i 1res. C'est pourquoi les évêques confirmeront et ordonneront de nou- 

< veau ceux à qui les chorévêques auront imposé les mains, et ainsi des 

• autres fonctions, sans crainte de réitérer les sacrements, parce qu'il 

< est écrit que l'on ne doit point regarder comme réitéré ce que l'on 
« prouve n'avoir point été l'ait. Cette discipline est conforme aux anciens 
« canons 12'' et ir>« des conciles d'Ancyre et de Néocésarée, où les chor- 
i évêques ne sont mis qu'au rang des prêtres, et le canon 10 e du concile 
i d'Anlioche ne leur donne pas un plus grand pouvoir. » 

Le septième article iraite de la manière dont un prêtre accusé devait 
se justifier et de la qualité des témoins et des accusateurs. M y est dit que 
si l'accusateur est tel que les canons le demandent et qu'il prouve eu 
présence des évoques , par un nombre suffisant de témoins dignes de 






— 289 — 

foi et recommandâmes par leurs mœurs, le crime dont il accuse un 
prêtre, celui-ci sera jugé canoniquement ; mais que si l'accusateur ne le 
prouve point, il sera lui-même jugé canoniquement. Le capitulaire 
ajoute que si un prêtre est seulement soupçonné de crime, sans qu'il y 
ait des preuves qu'il en soit coupable , il prouvera son innocence en 
présence de plusieurs prêtres ou devant le peuple, en faisant serment 
sur les quatre Évangiles qu'il est innocent du crime dont on le soup- 
çonne (1). 

N° 738. 
IIP CONCILE DE CLOVESHOU OU CLIFF. 

(CLOVESHOVIENSE III.) 

(Le 12 octobre de l'an 805.) — Ce concile fut tenu par Adhelard ou 
Athelrad, archevêque de Cantorbéry , assisté de douze évêques , des 
abbés et des prêtres de leur dépendance. Ce prélat y rendit compte d'un 
voyage qu'il avait fait à Rome pour s'opposer à l'érection qu'Ofla , roi 
des merciens, avait faite d'un archevêché dans l'abbaye de Lich-Field , 
en vertu d'une bulle qu'il avait obtenue du pape Adrien. Adelhard ayant 
fait déclarer cette bulle obreptice par le pape Léon III, avec défense, 
sous peine d'anathème, de donner aucune atteinte à la juridiction de 
l'église de Cantorbéry, le Concile, après avoir pris communication des 
letlres du Souverain-Ponlife, ordonna que l'archevêché de Lich-Field 
demeurerait supprimé. Il délendit aussi aux moines, en vertu du pou- 
voir qu'il avait reçu du pape Léon, de se choisir des laïques pour abbés, 
voulant qu'ils se conformassent, dans l'élection de leurs supérieurs, 
aux décrets des conciles, aux privilèges du Saint-Siège et aux intentions 
des fondateurs, en observant la règle et la discipline qui y avaient été 
établies (2). 

N° 739. 
ASSAMBLÉE DE WORMS. 

(WOBMATIENSIS.) 

(Sur la lin de l'an 803.)— Un grave abus excitait depuis longtemps 

(i) Le P. Pagi, Criticain ami. Bar. — Le P. Labbe, Suer, conc, t. VII, p. i863. 

— Le P. Hardouin, Coll. eoncil., t. IV, p, 957. — Le P. Harizlieim, Conc. Germ., 
I. ', p. 377. — Baluze, CapUnlaria , l. 1, p. 37g; t. II, p. io58. — De Lalandc 
Suppl. conc. Gall. — Le P. Mansi , Suppl. eoncil., t. t., p. 745. 

(2) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. 1189. — Wilkins , Conc. BrU., t. I 
p. 166. — Spelnian , Conc, I. I, p. 3a4- — Le P. Mansi, Suppl. conc, t. I. p. 74, . 

— On voil par les souscription! de ce concile les noms que portaient alors les 

ï. III. 19 









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— 290 — 

des plaintes et devint l'objet d'une requête présentée à l'empereur par 
les seigneurs de la nation dans un parlement tenu à Worms. On y de- 
mandait que les prêtres ne fussent plus obligés d'aller à la guerre comme 
par le passé , hormis ceux qui seraient choisis pour y remplir les fonc- 
tions de leur ministère ; et les seigneurs ajoutaient qu'ils n'entendaient 
point se prévaloir de cette réforme pour s'emparer des biens de l'Église, 
et que si quelqu'un osait le tenter, il serait traité comme un sacrilège et 
un excommunié avec qui on romprait toute communication. < Afin qi» 
i les évêques et les fidèles , disent les seigneurs dans leur requête , ne 
« nous soupçonnent pas d'avoir le dessein d'envahir les biens de l'Église, 
i nous tous , tenant des pailles dans nos mains droites et les jetant à 
c terre (1), déclarons devant Dieu et les anges, devant vous évêques et 
« devant le peuple assemblé , que nous ne voulons rien faire de sem- 
c blable , ni souffrir qu'on le fasse. Nous déclarons encore que si quel- 
« qu'un s'empare des biens des églises, les demande au roi, ou les retient 
t sans le consentement de l'évêque, nous ne mangerons pas avec lui, 
i ni à la guerre, ni à l'église, ni à la cour ; nous ne souffrirons pas que nos 
c gens aient communication avec ses serviteurs , ni même que nos che- 
« vaux et nos troupeaux paissent avec les siens, i L'empereur publia en 
conséquence un capitulaire par lequel il ordonna qu'à l'avenir il n'y 
aurait à l'armée que deux ou trois évêques choisis par les autres pour 
donner la bénédiction, prêcher et absoudre les excommuniés, et des 
prêtres pour porter des reliques, célébrer la messe, imposer des péni- 
tences , prendre soin des malades et leur donner le viatique et l'extrême- 
onction; mais qu'ils ne porteraient point d'armes et n'iraient point au com- 
bat. Le capitulaire porte en outre que les autres évêques qui demeure- 
ront dans leurs diocèses, enverront leurs vassaux sous le commandement 
des officiers nommés par l'empereur ; et pour leur ôler tout prétexte 
fondé sur la crainte de perdre leurs biens , ou de se voir moins consi- 
dérés, l'empereur déclare qu'il ne prétend ni donner atteinte à la dignité 
épiscopale , ni diminuer les biens de l'Église , et il défend aux laïques 
d'en posséder autrement qu'à titre de précaire (2). 



évêchés dépendants de Cantorbéry, dont la plupart sont tellement changés, qu'ils 
sont difficiles à reconnaître. 

(i) La cérémonie de jeter des pailles à terre est remarquable. Les français pre- 
naient possession d'un bien en recevant une paille; au contraire, jeter une paille à 
terre , c'était marquer qu'on renonçait à toute prétention sur un bien, comme font 
ici les seigneurs au sujet des biens ecclésiastiques. 

(2) Le P. Harlilieirn, Conc. Gtrm., t. I, p, 372. — Annales Metenses, p. 8o3. — 
Balujc, Çapilul., t. I, p. 4o5. 



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N° 740. 

CONCILE DE TEGERN. 

(tegernseense.) 

(Le 16 juin de l'an 804.) - Ce concile fut assemblé par Cliarlemagne 
la quatrième année de son règne comme empereur, au sujet d'un diffé- 
rend qui s'était élevé entre le monastère de Tegern , au diocèse de 
Freisingen , et l'évêque de cette ville (1). 



N° 741. 
CONCILE DE THIONVILLE. 

( AD THE0D0NIS VILLAM. ) 

(L'an 805.)— L'empereur Cliarlemagne publia dans cette assemblée 
ecclésiastique et politique un capitulaire en seize articles (2). 

1" article. Que les lectures qui se font dans l'église soient faites 
distinctement. 

^ 2 e article. Que l'on apprenne à chanter et que l'on chante suivant 
l'ordre et la coutume de l'Église romaine. 

3« article. Que les évèques et les abbés aient leur notaire particulier. 
^ 4 e article. Pour les autres points de la discipline ecclésiastique, que 
l'on se conforme aux canons et à la règle. 

5« article. Que les enfants soient envoyés dans les écoles pour y 
apprendre la médecine. 

6 e article. Que l'on punisse ceux qui s'emparent des deniers des 
églises, et que les autels ne soient pas en trop grand nombre dans les 
églises. 

7« article. Que ceux qui entrent dans un monastère apprennent 
d'abord la règle, et qu'ils n'assistent pas aux jugements des séculiers. 

8« article. Quant à ceux qui abandonnent le siècle pour entrer au 
service du Seigneur, qu'ils restent dans le siècle ou qu'ils embrassent 
la règle. 

9 e article. Que les clercs vivent ou selon l'institution canonicale ou 
selon la règle. 



t. I, p. 384- — Le P. Mansi , Suppl. corn. 



(i) Le P. Hartzheim, Conc. Germ 
•■ '. P- 74?. 

(2) Le P. Hardouin, Collect. cnnc., t. IV, p. 9 6i. — Le P. Hamlieini, Conc. 
Germ., t. 1, p. 388. — Baluze , Capilularia , t. 1, p. 43 7 . _ Le P. Sirmond, Conc. 
9"ll., t. I, p. 2S4. 









— 292 — 

10 e article. Que les laïques nouvellement convertis apprennent 
d'abord à vivre selon la loi. 

11 e article. Que l'on ne prenne pas dans les monastères plus de ser- 
viteurs et de servantes qu'il n'en faut pour le service du couvent, afin 
que les villes n'en manquent pas. 

12 e article Que les congrégations inutiles soient dissoutes. 

43 e article. Que ceux qui commettent des fautes soient punis selon 
la règle. 

M' article. Que les petites filles ne soient point voilées avant l'âge 
de raison, afin qu'on ne viole pas l'autorité des canons en punissant celles 
qui se rendraient coupables de quelque faute. 

15 e article. Que les laïques ne soient point les intendants des moines 
dans les couvents, cl que les archidiacres ne soient point laïques. 

10 e article. Que les incestueux soient examinés canoniquement, afin 
que l'amitié des uns ne fasse point pardonner ce qui serait puni par 
d'autres. 

N° 742. 

* P r CONCILIABULE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM I.) 

(L'an 806.) — L'impératrice Irène avait demandé pour son fils Cons- 
antin la princesse Rolrude , fille de Charlemagne ; mais quelques années 
après, craignant que ce mariage ne lui fit perdre son autorité, elle 
changea de résolution , et l'an 788, elle fit épouser à son fils , presque 
malgré lui , une jeune arménienne de basse naissance, nommée Marie. 
Constantin ne tarda pas à prendre en aversion l'impératrice Marie et 
voulut la répudier pour épouser une de ses suivantes, nommée Théodote, 
qui lui avait inspiré une violente passion. Irène le poussait elle-même à 
rompre les liens de son mariage, dans l'espoir de le rendre ainsi odieux 
aux peuples et de ramener à elle seule la souveraine autorité. Pour 
trouver un prétexte à ce divorce, l'empereur accusa Marie d'avoir voulu 
l'empoisonner et s'efforça .de prouver cette accusation par un exposé de 
circonstances habilement imaginées. Mais cet artifice ne trompa per- 
sonne. Le patriarche Taraise , auprès duquel il employa par lui-même et 
par ses courtisans tous les moyens de séduction, lui représenta que tout 
le monde connaissait le véritable motif de ce divorce, que le crime de 
Marie, quand il serait prouvé , ne suliirait pas pour autoriser un second 
mariage , qu'un tel scandale le couvrirait d'infamie aux yeux de toutes 
les nations et qu'après un si funeste exemple , il lui deviendrait impos- 
sible de réprimer les adultères et les débauches, il ajouta qu'il était prêt 






— 293 — 

à souffrir la mort cl les plus cruels supplices , plutôt que de se prêter 
au dessein de l'empereur, et que s'il en venait à l'exécution, il serait 
obligé de l'excommunier. Constantin ne fut point arrêté par ces sages 
représentations. Il força l'impératrice Marie à se faire religieuse, épousa 
Théodote au mois de septembre de l'an 795 et fit faire la cérémonie du 
mariage par un prêtre nommé Joseph , abbé d'un monastère et économe 
de l'église de Constantinople. Ce mariage adultère causa partout un grand 
scandale, et bientôt les courtisans et les gouverneurs des provinces, 
imitant l'exemple de l'empereur, répudièrent leurs femmes ou en prirent 
plusieurs à la fois; et la débauche se montra publiquement sans honte 
et sans retenue. 

Le patriarche Taraise crut devoir néanmoins garder quelques ména- 
gements envers Constantin , pour ne pas lui donner occasion de se dé- 
clarer en faveur des iconoclastes , comme ce jeune prince menaçait de 
le faire, et c'est par ce motif qu'il s'abstint de l'excommunier. Mais deux 
moines célèbres, saint Platon et saint Théodore, son neveu, ne se 
crurent pas obligés à la même réserve; ils se déclarèrent ouvertement 
contre le mariage de l'empereur et portèrent leur zèle jusqu'à se séparer 
de sa communion et de celle du patriarche. L'empereur essaya de les 
gagner par des présents et surtout par l'influence de sa nouvelle épouse, 
qui était parente de saint Théodore. Il se rendit lui-même au monasière 
de Sacudion , dont le saint était abbé ; mais aucun des moines ne voulut 
ni le voir ni lui parler. 11 fit alors battre à coups de fouet et déchirer 
jusqu'au sang Théodore avec onze des principaux moines , puis il les 
envoya en exil à Thessalonique, d'où le saint abbé écrivit au pape 
Léon III, qui, en lui répondant, le combla d'éloges pour sa prudence 
et sa fermeté. Saint Platon fut amené à Constantinople et étroitement 
enfermé dans une cellule du monastère dont le prêtre Joseph était abbé. 
On lui donnait à manger par un trou et on ne lui permettait de voir 
personne. Il demeura un an dans cette prison sans se laisser ébranler 
ni par les sollicitations ni par les mauvais traitements. 

La fermeté des ces deux illustres solitaires ne demeura pas sans effet. 
Un grand nombre de moines et d'évèques , touchés de leur exemple , 
déclarèrent l'empereur excommunié et méprisèrent également ses pro- 
messes , ses menaces et ses persécutions. Constantin les fit chasser et 
conduire en exil , sans obtenir d'autre résultat que de rendre leur oppo- 
sition plus éclatante. Irène, sa mère, pour exciter davantage l'indigna- 
tion, prenait le parti de ceux qu'il persécutait, et l'an 797, profitant du 
mécontentement public, après avoir gagné les principaux officiers de la 
cour, elle se fit déclarer seule impératrice et fit arrêter son fils, à qui l'on 






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- 294 — 
creva les yeux avec tant de violence qu'il en mourut. Elle rappela ensuite 
les exilés et tira saint Platon de sa prison. Le patriarche Taraise déposa 
le prêtre Joseph, qui avait célébré le mariage de l'empereur; il approuva 
la conduite des moines , leur (il comprendre les raisons de la sienne, et 
ils rentrèrent aussitôt dans sa communion , 

N° 743. 

CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(Constantmopolitanwn.) 

(L'an 806.)— Le patriarche Taraise étant mort l'an 806, après un long 
épiscopat illustré par des vertus qui l'ont fait mettre au rang des saints , 
l'empereur Nicéphore assembla un concile et fit élire pour lui succéder 
un laïque nommé Nicéphore, qui avait été secrétaire d'état sous le règne 
d'Irène et de Constantin. Son père, nommé Théodore, avait souffert sous 
Copronyme l'exil et divers tourments pour son attachement au culte des 
images. Il avait lui-môme quitté ses fonctions pour se livrer entièrement 
à la prière et à l'étude dans un monastère qu'il avait fondé, et quoiqu'il 
n'eût pas embrassé la vie monastique, ses vertus jointes à sa capacité 
firent violer les règles et réunirent en sa faveur les suffrages presque 
unanimes du peuple et du clergé. Toutefois, comme son élection était 
contraire aux canons, qui défendaient d'élever un laïque à l'épiscopat, 
saint Platon et saint Théodore Studite crurent devoir s'y opposer, dans 
la crainte que cet exemple , joint à celui de Taraise , ne fût pour l'avenir 
d'une dangereuse conséquence. L'empereur en fut tellement irrité, qu'il 
fit enlever Platon et le retint vingt-quatre jours en prison. Il fit aussi 
emprisonner et tourmenter plusieurs autres moines de la communauté 
de saint Théodore, et il était décidé à le chasser de Constantinople ; 
mais on l'en détourna , en lui représentant qu'une pareille mesure ne 
servirait qu'à rendre odieuse l'entrée d'un nouveau patriarche (1). 

SUITE DU I« CONCILIABULE DE CONSTANTINOPLE. 

Bientôt après l'empereur entreprit de faire rétablir le prêtre Joseph, 
déposé par Taraise pour avoir célébré le mariage adultère de Constantin. 
Il pressa si vivement le patriarche , que celui-ci , pour éviter un plus 
grand mal, crut pouvoir user de condescendance ; il réunit un concile 
d'environ quinze évêques, où ce prêtre, par une dispense des canons, 
fut rétabli dans ses fonctions. Ce fut dans ce concile qu'on régla les cé- 
rémonies par la réception d'un archimandrite (2). 

(i) Thcophane, Chrotmgr., p. 407. — Michaël, Vila S. Theodor. Studit. — Le 
P. Mansi, Suppl. concil., t. I, p. ^5i. 

(9) Tliéophaue, Chronogr, — Bollandisies, Vila S, Tamsii.—. Michaël, Fila 



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— 295 — 

Saint Théodore, qui assistait à ce concile, s'opposa à ce décret comme 
il s'était opposé au mariage de Constantin ; et le lendemain il adressa, 
tant en son nom qu'en celui de saint Platon, une protestation au pa- 
triarche Nicéphore, dans laquelle il insiste fortement sur le scandale que 
devait produire une telle décision ; il reconnaît bien qu'il est permis 
d'user de dispense dans certains cas et pour des motifs légitimes, ajou- 
tant que c'est par cette raison qu'il a enfin approuvé son élection de 
concert avec saint Platon ; mais il soutient que dans le cas présent la 
dispense ne pouvait être permise, parce qu'elle devenait une occasion 
de scandale et une sorte d'approbation donnée à la violation des plus 
saintes règles de l'Évangile. Saint Théodore et saint Platon déclarent 
ensuite qu'ils se séparent avec leurs moines de la communion du 
patriarche; et cet exemple trouva beaucoup d'imitateurs (1). 



I 



N° 744. 
CONCILE DE SALTZBOURG, EN BAVIERE. 

(SALTZBURGElNSE.) 

(Le 26 janvier de l'an 807.)— Arnon, métropolitain de Salztbourg, 
tint avec plusieurs évoques , abbés et clercs, un concile où l'on agita 
principalement la question des dîmes. On y décida, suivant les usages et 
les statuts des anciens, qu'elles seraient partagées en quatre portions , 
la première pour l'évéque , la seconde pour les clercs , la troisième 
pour les pauvres et la quatrième pour la fabrique de l'église. C'est tout 
Ce que l'on sait de ce concile, rapporté par Brunerus sur un ancien ma- 
nuscrit de Freisingen (2). 

N° 74S. 
ASSEMBLÉE D'INGELHEIM, 

(iNGELHEIMENSIS.) 

(L'an 807.) — Charlemagne dans cette assemblée des évèques et des 
comtes de son empire , leur ordonna de rendre la justice à tout le 
monde (3). 

S. Theodor. Sludit. — Le P. Labbe, Saci: conc, t. VII, p. moi.— Le P. Pani, Critica 
in ann. Bar. — Le P. Mansi, Suppt. conc, t. I, p. ^49- 

([) Michacl, Vi'a S. Theodor. Slud., p. 45. — Tbeopbane, Chronogr., p. 4on. 

(?) Brunerus, lib. vi, num. ^. — Le P. Lecoinlc, Annales, t. Vit, p. o5. Le P 

Pagi, Critica in ann. bar. — Le P. Harlilitini, Conc. Serin., t. ), n, ;-ign, 

(3) Le P. Harlzhcini, Conc, Germ,, t. I, p. iijo. 



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— 296 — 



N° 746. 
* II* CONCILIABULE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(Mois de janvier de l'an 809.) — Saint Théodore et saint Platon 
tinrent leur séparation secrète pendant deux ans; mais elle parvint en- 
fin à la connaissance de la cour et du public , et beaucoup de personnes 
imitèrent leur exemple. Ces deux illustres solitaires écrivirent alors à un 
moine, nommé Siméon , leur ami , pour expliquer leur conduite et le 
prier d'employer pour eux sa médiation auprès de l'empereur, dont il 
était le parent. Ils avaient bien soin de faire comprendre qu'ils n'avaient 
aucun grief personnel contre le patriarche ni contre l'empereur, qu'ils 
ne s'opposaient pas même à ce que le prêtre Joseph fût rétabli dans ses 
fonctions d'économe; mais qu'ils ne pouvaient souffrir de le voir ser- 
vir à l'autel et célébrer publiquement la messe, après avoir osé bénir 
un mariage adultère, contre les lois si formelles de l'Évangile, parce 
que ce serait en quelque sorte justifier ce crime et faire croire que les 
princes peuvent se mettre au-dessus des lois de Dieu. Ils développèrent 
avec force les mêmes motifs dans plusieurs autres lettres que saint 
Théodore écrivit à différents personnages et notamment à Basile, abbé 
de Saint-Sabas de Borne, qui avait blâmé leur conduite. 

Cependant l'empereur ne cessait d'employer les sollicitations, les 
menaces et les mauvais traitements pour les forcer de souscrire à ses 
volontés; mais voyant qu'ils demeuraient inébranlables, il Ht assembler 
un nombreux concile à Constantinople , pour les faire condamner. On 
fut obligé d'y porter saint Platon, à qui sa vieillesse ne permettait plus 
de marcher, et ils y parurent tous deux les chaînes aux pieds. Le Con- 
cile déclara que le mariage de Constantin avait été légitimé par dis- 
pense et prononça en même temps anathème contre ceux qui n'approu- 
vaient pas les dispenses autorisées par les saints. On fit signifier ce décret 
à saint Platon, à saint Théodore et à son frère Joseph , archevêque de 
Thessalonique ; puis on porta contre eux une sentence d'excommunication 
et de déposition, et on les relégua tous trois , par ordre de l'empereur, 
dans des îles de la Grèce en des prisons séparées. On mit à Thessalo- 
nique un autre archevêque , qui maltraita d'une manière indigne les 
abbés et les moines qui refusèrent de communiquer avec lui (1). 

(i) Vila S. Platouii. — Théophanc , Climnogr., |>. 4°9- — ^' ta S. Thcodor. — 
J,e P. Labbc, Sacr. conc, t. VII, p. 119'!. 






XXi 



— 297 — 

Les moines de Stude et "de plusieurs autres communautés , soit k 
Constantinople, soit dans les provinces, et même jusqu'en Sicile, furent 
dispersés, bannis, emprisonnés et soumis à toutes sortes de mauvais 
traitements. Saint Théodore, dans sa prison , écrivit à ses amis pour les 
fortifier et les consoler. Il se servit de signes convenus pour désigner 
ceux dont il voulait parler, afin que si ses lettres venaient à tomber 
entre les mains des persécuteurs, elles ne compromissent personne. 11 
y traite à fond la question des dispenses et des secondes noces ; il mon- 
tre par l'Écriture et par la doctrine des Pères l'énormilé de l'adultère, 
insiste sur les exemples de saint Jean-Baptiste et fait voir que si l'on 
pouvait, sous prétexte de dispenses et par égard pour un empereur, au- 
toriser un mariage également contraire à la Loi de Dieu et aux règles de 
l'Église, ce serait anéantir l'Évangile et substituer les lois nouvelles à 
celles de Jésus-Christ. Il écrivit aussi une lettre au Souverain-Pontife 
pour invoquer son autorité. < Puisque Jésus-Christ, lui dit-il, a donné à 
« saint Pierre la dignité de chef de l'Église, c'est à saint Pierre ou à son 

< successeur qu'il faut , selon la tradition de nos Pères , dénoncer les 
( erreurs nouvelles qui s'élèvent dans l'Église. > Il se plaint ensuite des 
deux conciliabules tenus à Constantinople, ajoutant qu'on ne peut les sou- 
tenir sans tomber dans l'hérésie : < Car, dit-il, on y a déclaré qu'un ma- 

< riage adultère a été contracté par dispense , que les lois divines n'o- 

< bligent pas rigoureusement les empereurs et que chaque évêque est 
« maître de s'élever au-dessus des canons. S'il n'ont pas craint de 
( tenir un concile hérétique de leur propre autorité, quoique suivant 
( l'ancienne coutume ils n'eussent pas dû en tenir un môme orthodoxe 
« sans votre concours et à votre insu , combien n'est-il pas plus conve- 
« nable et plus nécessaire que vous en assembliez un pour condamner 
« leur erreur? » Le pape Léon III consola le saint abbé par une réponse 
où il approuvait pleinement sa conduite ; mais la persécution ne cessa 
qu'à la mort de l'empereur Nicéphore, arrivée l'an 811. 

N° 747. 



CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquisgeunense.) 



(Mois de novembre de l'an 809.) — L'usage s'était introduit dans 
la chapelle royale de chanter le symbole de INicée avec l'addition du mot 
filioque, et cet usage s'était répandu dans plusieurs diocèses. 11 avait été 
aussi établi dans l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem par les prêtres 



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— 298 — 

latins chargés de la desservir. Cette addition les fit traiter d'hérétiques 
par les grecs ; et ce fut pour examiner la question que Charlemagne 
assembla un concile à Aix-la-Chapelle. Mais cet empereur, ne voulant 
rien décider sur celte importante matière sans l'avis du pape Léon, 
envoya pour le consulter à Rome Bernaire, évêque de Worms , avec 
Adelard , abbé de Corbie, et Smaragde , abbé de saint Michel (ij près 
de Verdun. 

Le Souverain-Pontife eut une longue conférence avec les envoyés du 
monarque français, qui exposèrent à l'appui de l'usage établi en France 
que le chant du Symbole était un excellent moyen d'instruire les peuples 
sur les vérités de la foi, que celte addition exprimait un dogme incon- 
testable et que si on la supprimait les fidèles croiraient qu'elle est con- 
traire à la doctrine catholique. Le pape répondit qu'il y avait bien d'an- 
tres vérités qui n'étaient pas dans le Symbole , et dont le peuple ne 
laissait pas d'être instruit par d'autres moyens; qu'il était permis de 
le chanter, au lieu de le lire ainsi qu'on faisait à Rome, mais non pas 
d'y ajouter contre la défense des Pères ; qu'ils avaient eu leurs motifs 
pour faire celte défense, et qu'il y aurait une insigne témérité à s'ima- 
giner qu'on juge mieux qu'eux de ce qu'il convient de faire ou d'o- 
mettre. « Si on m'avait consulté, ajouta-t-il, avant de chanter le Sym- 
« bole avec celte addition , j'aurais conseillé de ne pas la faire. Mainte- 
t nant l'expédient qui me vient à l'esprit , sans toutefois en faire une 
i obligation, c'est qu'on cesse peu à peu de chanter le Symbole dans 
i la chapelle du palais , puisqu'on ne le chante pas dans notre église, 
i et ainsi ce qui a été introduit 6ans notre autorité s'abrogera insensi- 
« blement (2). » 

On ne voit point que celte conférence ait produit aucun effet, et 
chacun retint son usage. Les disputes qui eurent lieu dans la suite avec 
les grecs sur ce sujet firent voir combien étaient sages les conseils 
du pape Léon. 

L'auteur de la Vie de Charlemagne dit que l'on s'occupa dans le 
concile d'Aix-la-Chapelle , de l'état des églises et de la conversion de 
ceux qui y servaient Dieu, mais que l'on y décida rien, à cause de l'im- 
portance des matières (3). 

(1) Aujourd'hui Saint-Mihiel. 

(2) Éginard, Annales, adann. 809. — Le P. Labbe , Sacr. conc. t t. Vil, p. ilo4- 
— Le P. Sirmond, Concil. ant. Gall., t. H, p. s56. — Le P. Hardouin, Coll. conc., 
t. IV, index. — Le P. Harlzlicim, Conc. Germ., t. I, p. 3go. — AnastaSe , Vita 
jwntificum, 

(3) Egolism., moine, Yita Curoli, in Historiis Duchesn., t, II, p. 84. 






— 299 — 

N° 748. 

ASSEMBLÉE DE REGENSBOURG OU RATISBONNE. 

(ad reganaspurch.) 

(L'an 810.) — Les évêques et les prêtres de la province de Sallz- 
bourg s'assemblèrent à Reganaspurc sous la présidence de l'archevê- 
que Arnon, pour recevoir l'acte de restitution d'une maison jadis don- 
née à l'église de Sainte-Marie de Freisingen, puis reprise par un laïque, 
nommé Hrocholf (1). 

N° 749. 
CONCILE DE WINCHELCOMBE, EN ANGLETERRE. 

(WINCHELCUMBEN'SE.) 

(L'an 811.) — Ce concile fut assemblé par Cénulphe, roi des mer- 
ciens. 11 s'y trouva trois rois, Cuthred, roi de Kent, Sired, roi d'Estan- 
glie ou des anglais orientaux , et Cénulphe, avec Wulfred, archevéqne 
de Cantorbéry, douze évêques et onze ducs. On y dressa la charte de 
fondation du monastère de Winchelcombe, fondé par le roi des mer- 
ciens, dans laquelle il est fait mention do trois autres conciles tenus à 
ce sujet (2). 

N° 730. 

ASSEMBLÉE D'AIX-LA-CHAl'ELLE. 

(aquisgranensis.) 

(L'an 812.) — Charlemagne s'occupa dans cette assembiée de réta- 
blir la paix dans le monastère de Fulde fondé par saint Boniface (3). 

N° 781. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM. ) 

(Le 1 er novembre de l'an 812.) — Michel Curopalate , gendre de Ni- 
céphore, fut proclamé empereur au mois d'octobre de l'an 811. La se- 
conde année de son règne, le roi des bulgares lui envoya faire des pro- 

(i) Le P. Harlzheiin, Conc. Gcrm,. I. II, p. 6û4. 

(2) Wilkins, Conc. brit., t. I, p. 169 Le P. Manti, Sn/i/)/. conc., f. I, |>, 7.51, 

(3) Le P. Haruhcim, Conc. Gcrm., 1. I, p. 4oi. 



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— 500 — 

positions de paix, à condition que de part et d'autre on rendrait les 
transfuges. L'empereur assembla un concile pour délibérer sur ces pro- 
positions. Saint Théodore Studite et quelques personnes pieuses furent 
d'avis qu'on ne devait pas rendre aux bulgares ceux d'entre les prison- 
niers qui s'étaient faits chrétiens. Le patriarche de Constantinople et les 
métropolitains de Nicée et de Cyzique représentèrent à l'empereur la 
position d'un plus grand nombre de chrétiens retenus captifs par les 
bulgares. Mais le premier avis prévalut, et Michel refusa la paix (1). 



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N° 7S2. 

VI e CONCILE D'AKLES. 

(abelatense VI.) 

(Le 10 mai de l'an 815 (2). — Charlemagne s'occupait toujours avec 
zèle des affaires de l'Église et travaillait sans relâche au rétablissement 
de la discipline ecclésiastique, fort altérée par les guerres. On peut 
juger de son zèle et des mœurs de son époque par deux mémoires da- 
tés de l'an 811 , où il avait rédigé différentes questions qu'il voulait pro- 
poser à l'assemblée des évoques et des seigneurs. « Je veux, dit-il dans 

< le premier, interroger séparément les évêques, les abbés et les com- 
« tes. Je leur demanderai pourquoi ils refusent de se prêter mutuelle- 
« ment du secours quand l'intérêt public l'exige? Pourquoi ces plain- 
« tes fréquentes au sujet des biens qu'ils enlèvent, ou des vassaux qui 
« passent de l'un à l'autre? En quoi les ecclésiastiques empêchent le 
« service des laïques, et ceux-ci le ministère des ecclésiastiques? Jus- 
« qu'à quoi point les évêques et les abbés peuvent se mêler des affaires 

< temporelles? A quoi renonce un chrétien dans le baptême, et com- 
« ment viole-l-il cette renonciation? Quelle doit être la vie des évêques, 

< celle des chanoines et des moines , et s'il peut y en avoir d'autres 
i que ceux qui observent la règle de saint Benoît? » Le second mémoire 
reproduit les mêmes questions avec plus d'étendue et ajoute ce qui suit: 
« Nous nous occuperons d'abord de réformer notre conduite, suivant la 

< promesse que nous en avons faite à Dieu l'an passé. Nous examinerons 
« les devoirs des ecclésiastiques, pour ne leur demander et ne leur ac- 
« corder que ce qui est permis. Nous les prierons de nous expliquer net- 
« tement ce qu'ils entendent par la fuite du mondé ; si elle consiste 

(i) Theopliane, Chronojr., p. 421. — Cedrenns, Compendium hisloriarum, p. 486. 
— Vita S. Tlieodor. Sttidit. 

(2) Ce concile csl dalé du 6 des ides de mai, l'an 85 1 de l'ère d'Espagne. 



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— 301 — 

j seulement à ne point porter les armes et à ne point se marier pu- 

< bliquement; si c'est avoir renoncé au monde que d'employer tous les 
■ moyens pour augmenter son bien ; d'engager les esprits faibles , par 
i la promesse du paradis ou la menace de l'enfer, à frustrer leurs héri- 

< tiers légitimes, qui par là réduits à l'indigence se portent souvent à des 
i actions criminelles; de chercher des intendants sans crainte de Dieu 
« et sans pitié pour les pauvres; de corrompre par argent de faux lé- 

< moins pour s'emparer du bien d'auirui ; enfin de se procurer des re- 
i liques et de bâtir de nouvelles églises pour attirer les offrandes, ac- 
« croître sa réputation et se faire élever par les évoques à de plus hautes 

< dignités. Nous demanderons s'il est permis de faire quelqu'un clerc 
« ou moine malgré lui, et si un supérieur travaille dans l'intérêt de 

< l'Église quand il se met plus en peine d'avoir un grand nombre de 
i sujets que de les avoir bons; quand il cherche plus à cultiver leur 

< talent pour le chant ou la lecture qu'à former leurs mœurs , et 
« qu'il est plus occupé de la beauté des édifices matériels que du soin 
i des âmes. » 

Charlemagne écrivit la même année une lettre circulaire à tous les mé- 
tropolitains de son royaume pour les prier de lui envoyer des instruc- 
tions approfondies sur les obligations et les cérémonies du baptême. 
Nous avons quatre traités qui furent écrits en réponse à cette lettre, celui 
de Leidrade, archevêque de Lyon, celui d'Amalaire, archevêque de 
Trêves, celui de Théodulfe d'Orléans écrit au nom de l'archevêque de 
Sens, et un autre de Jessc d'Amiens, qui était un des plus savants pré- 
lats de son temps. On explique dans ces traites tout ce qui regarde l'état 
des catéchumènes, les scrutins d'admission, le symbole, les renoncia- 
tions, les exorcismes, les onctions, l'habit blanc et la communion, qui se 
donnait encore immédiatement après le baptême, même aux enfants. 
On y distingue bien nettement l'onction du saint chrême faite sur la tête 
par le prêtre comme une des cérémonies du baptême, et celle que ré- 
voque faisait sur le front pour communiquer le Saint-Esprit, ou pour 
conférer le sacrement de confirmation. 

Deux ans après, Charlemagne assembla un parlement à Aix-la-Cha- 
pelle, où il ordonna que l'on tiendrait cinq conciles dans les principales 
métropoles de ses états, à Arles, à Mayence, à Reims, à Tours, à Châ- 
lons sur-Saône, et que les décrets lui en seraient apportés. Ces cinq 
conciles se tinrent l'an 815. Les règlements que l'on y lit ont rapport aux 
différents points signalés dans Us mémoires de l'an 811. Celui d'Arles 
fut présidé par Jean, qui en était archevêque, avec Nebridius de Nar- 
bonne, qui se qualifient l'un et l'autre d'envoyés de leur très-glorieux et 














— 30* — 
très-pieux prince. On y fit les vingt-six canons suivants dont la plupart 
concernent les devoirs des évêques, des prêtres et des moines (1). 

1 er canon. Ce canon contient une profession de foi avec l'addition 
ex pâtre et filio. 

r canon. Ce canon ordonne une assemblée générale dang l'église 
pour y chanter des messes et faire des prières pour l'empereur. 

3 e canon. Que chaque archevêque instruise ses suffragants et lei 
exhorte à bien instruire à leur tour les prêtres et le peuple sur le bap- 
tême et sur les mystères de la foi, parce que l'ignorance étant la mère 
de toutes les erreurs, elle ne doit pas se trouver dans les prêtres qui 
sont chargés de l'instruction des autres. Que les évêques sachent l'Écri- 
ture et les canons; que toute leur occupation soit la prédication et 
l'instruction ; qu'ils édifient aussi les peuples par leur bonne con- 
duite. 

4 e canon. Qu'un laïque (il faut entendre les patrons) ne chasse point 
un prêtre d'une église pour en mettre unauire à sa place, sans une sen- 
tence de l'évêque à qui ces prêtres doivent rendre compte de leur conduite; 

5 e canon. Qu'il ne reçoive point des primes ni de l'argent de 
ceux à qui il donne l'administration d'une église, parce qu'il peut ar- 
river que la cupidité des laïques les engage à présenter des ministre» 
indignes des fonctions sacerdotales. 

6 e canon. Que l'évêque veille avec soin sur la conduite des chanoines 
et des moines. 

7' canon. Que l'on choisisse des homme» de bonnes mœurs et d'un 
âge avancé pour le service des monastères de filles. Que les prêtre» y 
célèbrent la messe, mais qu'ils en sortent aussitôt qu'elle sera finie. 
Qu'aucun clerc ni moine, même jeune, n'ait accès dans ces monastères, 
si ce n'est le père ou le frère, lorsque la nécessité l'exige. 

8 e canon. Que dans les monastères de chanoines, de moines ou de 
religieuses on ne reçoive que le nombre de personnes que la maison 
peut commodément entretenir. 

9« canon. Que chacun offre à Dieu les dîmes et les prémices de son 
propre travail. 

10' canon. Que non-seulement dans les villes, mais aussi dans les pa- 
roisses, les prêtres instruisent de vive voix leur peuple. 

ii e canon. Que l'on sépare tous ceux qui ont contracté des mariages 
incestueux, et qu'on leur fasse subir la peine portée par les anciens ca- 
nons. 

(i) Le P. Sirmond , Concil. ont Gall., t. IL p. j66. — Le P. Hardouin, Coll. 
cane., t. IV, p. iooi. — Le P. Labbe, Sacr. eone., t. VU, p. i j3i. 






— 305 — 



12' canon. Que chacun contribue à l'entretien de la paix entre les 
évêques, les comtes, les clercs, les moines et tout le peuple. 

13 e canon. Que tout le peuple, même les comtes et les juges, obéissent 
à l'évêque, et qu'ils agissent de concert pour le maintien de la justice 
et de la paix. 

i4" canon. Qu'en temps de famine ou en quelque autre nécessité, 
chacun nourrisse les pauvres selon ses facultés. 

15 e canon. Que les mesures et les poids soient en tous lieux égaux et 
jastes. 

16 e canon. Qu'on ne tienne point les plaids et qu'on n'expose piint 
publiquement des marchandises le dimanche; qu'en ces jours on 
j'abstienne de toute œuvre servile et de la campagne , pour ne s'occu- 
per que du culte de Dieu ou des choses qui y ont rapport. 

W canon. Que chaque évêque ait soin de visiter tous les ans son 
diocèse; qu'il prenne la protection des pauvres opprimés, en employant 
même l'autorité de la puissance royale pour réprimer ceux qu'il n'au- 
rait pu fléchir par ses prières et ses remontrances. 

18 e canon. Que le prêtre garde le saint chrême sous le sceau et qu'il 
ne le donne à personne comme remède ni sous aucun prétexte; (car le 
peuple s'imaginait que les criminels qui s'en étaient munis ne pouvaient 
être découverts.) 

19 e canon. Que les pères instruisent leurs enfants, et les parrains ceux 
qu'ils ont tenus sur les fonts ; ceux-là, parce qu'ils les ont engendrés, et 
ceux-ci, parce qu'ils ont répondu pour eux. 

20 e canon. Que l'on conserve aux anciennes églises leurs dîmes et 
les autres biens dont elles sont en possession. 

21* canon. Pour la sépulture des morts, qu'on s'en tienne aux dé- 
crets des anciens Pères. 

22 e canon. Que l'on ne tienne point des plaids publics et séculiers 
dans les parvis des églises, ni dans les églises. 

23° canon. Que les personnes puissantes, telles que les comtes, les 
vicaires, les juges, les centeniers, n'achètent les biens des pauvres que 
publiquement et en présence du comte et des plus notables habitants 
de la cité. 

24 e canon. Que les évêques veillent sur les prêtres et sur les diacres 
de leur diocèse; qu'ils obligent les clercs fugitifs à rentrer sous la ju- 
ridiction de leur propre évêque, et qu'ils les rendent à ceux qui les re- 
clameront. 

25 e canon. Que celui qui possède les biens d'une église en bénéfice 
(c'est-à-dire en usurfruit), contribue non-seulement aux réparations, 






/ 















— 304 — 
mais encore, s'il en est besoin, à la construction d'une nouvelle église. 
26» canon. Que ceux qui seront convaincus d'un crime public soient 
soumis à la pénitence publique selon les canons. 

N° 7S3. 

II e CONCILE DE REIMS. 

(remesse h.) 

(A la mi-mai de l'an 813.) — Ce concile, présidé par l'archevêque 
Vulfaire, ût quarante-quatre canons, dont la plupart n'ont d'autre objet 
que de rappeler et de conûrmer les règles générales de la discipline 
touchant les devoirs du clergé. On le commença, suivant la coutume, 
par un jeûne de trois jours (1). 

i er canon. Que les clercs s'instruisent avec soin et selon leur capa- 
cité de tout ce qui regarde les fonctions de leur ordre. 

2« canon. Que tous les chrétiens apprennent l'oraison dominicale; 
car il n'est pas permis de l'ignorer. 

5» canon. Que les clercs servent l'église selon leurs fonctions. 

i Q canon. On lut les épîtres de saint Paul pour apprendre aux sous- 
diacres comment ils doivent les lire, et s'acquitter des fonctions de 
leur ministère. 

5' canon. On lut l'Évangile pour montrer aux diacres comment ils 
doivent s'acquitter du minisière qu'ils remplissent au nom de Jésus- 
Christ. 

G" canon. Quant aux prêtres, on lut ce qui concernait les cérémo- 
nies de la messe. 

7 e canon. On leur exposa encore ce qui concernait le baptême et les 
catéchumènes, pour leur apprendre de quelle manière on devient tout à 
fait chrétien. 

8° canon. On lut les canons, pour apprendre aux chanoines la loi qui 
les régit. 

e canon. On lut la règle de saint Benoîi, afin que les abbés gardas- 
sent et lissent observer celle même règle. 

10 e canon. On lut le pastoral de saint Grégoire, afin que les pasteurs 
apprissent comment ils doivent vivre et avertir ceux qui leur sont sou- 
mis. 

iV canon. On lut encore diverses semences des Pères. 

12 e canon. On examina l'ordre de la pénitence, afin que les prêtres 

(i) Le P. SinuonJ, Conv. Gull., l. Il, p. 287. — Le l'.Labhe, Sua: conc, t. Vil, 
p. 1253. — Le I'. Hurdouin, Coll. tour., t. IV, p. nie;. 



■ 



— 303 — 

comprissent comment ils doivent écouter l'es confessions et imposer les 
pénitences aux pécheurs. 

13» canon. Qu'on explique la nature des huit péchés capitaux pour en 
faire connaître la différence. 

U e canon. Que les évêques s'appliquent avec soin à la lecture des 
saints Pères et des livres canoniques et à la prédication de la parole 
de Dieu. 

13 e canon. Et comme plusieurs n'étaient pas en élat de composer des 
serinons, le Concile décida qu'ils prêcheraient les homélies et les ser- 
mons des saints Pères traduits en langue vulgaire, afin qu'on pût les 
comprendre. 

Les évêques doivent faire en sorte que chaque prêtre ait les homélies 
des Pères traduites en langue romaine rustique (c'est-à-dire en latin 
dégénéré que parlaient alors les gallo-romains) ou traduits en langue 
théotisque (ou tudesque, qui était celle des Irancs ou des peuples ger- 
maniques) (i). 

16 e canon. Que les évêques et les prêtres examinent de quelle ma- 
nière ils doivent juger les péchés et imposer la pénitence. 

il' canon. Que les évêques et les abbés ne permettent pas qu'on 
fasse pendant leur repas des bouffonneries déshonnêtes; mais qu'ils 
ordonnent que l'on fasse une lecture de piété. Qu'ils fassent manger les 
pauvres à leur table, et qu'avant le repas, qui doit êire sobre, ils bé- 
nissent les viandes et rendent des grâces à Dieu après le repas. 
^ 18e canon. Les évêques, comme ministres de Dieu, ne doivent point 
s'adonner à la débauche ni à l'ivrognerie; mais ils doivent être sobres, 
au contraire, selon le commandement de l'apôtre, et prêts à servir le 
Seigneur. 

19 e canon. Que les évêques et les juges jugent les procès, parce qu'il 
est des choses qui doivent être jugées par la coutume (lois civiles), et 
d'autres qui sont réservées au jugement deDieu. 

20' canon. Qu'il ne soit point permis aux prêtres de passer d'un titre 
inférieur (d'une cure) dans un litre supérieur. 

21 e canon. Qu'un prêtre qui aura acheté son .grade et son église avec 
dé l'argent soit déposé. 

22 e Que celui qui est revêtu de la dignité du sacerdoce «'habile point 
avec des femmes, à l'exception de sa mère, de sa sœur, et des autres 
personnes qui ne peuvent donner lieu à aucun mauvais soupçon. 

23* canon. Que les abbés vivent selon leur règle et qu'ils observent 






(i) Cela prouve que le htm avait cessé d'èirr la la..»,»- vulgaire 

T. III. 



20 



— 306 — 

dans leur manière de vivre et de se vêtir la volonté de Dieu et celle de 
l'empereur. 

24 e canon. Que les prévôts soient établis selon la règle et les canons. 

25' canon. Que les moines et les chanoines aient également un con- 
seil, de peur qu'ils ne cherchent l'occasion d'être vagabonds, à cause de 
quelque nécessilé, et que l'esprit de tentation ne s'introduise parmi eux. 

26 e canon. Que les moines et les chanoines n'entrent point dans le» 
tavernes et ne se mêlent d'aucune affaire séculière. 

27 e canon. Qu'il n'y ail dans les villes et dans les couvents que le 
nombre de clercs nécessaires au service de Dieu. 

28 e canon. Que chacun fuie l'avarice et la cupidité. 

29 e canon. Que les moines n'aillent point aux plaids (c'est-à-dire aux 
audiences des juges laïques). 

30 e canon. Que ceux qui sont revêtus du sacerdoce ni les moines ne 
s'embarrassent point dans des négoces illicites , parce qu'il est écrit : 
f Celui qui est enrôlé au service de Dieu, ne doit point s'embarrasser 
c dans les affaires séculières (l).s 

31 e canon. Qu'on impose avec discernement une pénitence aux pé- 
cheurs ; car on ne doit infliger aux uns qu'une pénitence secrète, tandis 
qu'on doit imposer à d'autres la pénitence publique. 

32 e canon. Les gains honteux et les usures sont tout-à-fait défendus. 

33* canon. On doit avoir recours à la pitié de l'empereur pour faire 
fournir aux monastères de filles ce qui leur est nécessaire ; on doit aussi 
veiller à la conservation de leur chasteté avec les précautions qu'exige 
la fragilité de leur sexe. 

34 e canon. Que les veuves ne vivent point dans les délices , mais 
qu'elles vivent, comme il convient, selon le commandement de l'Apôtre, 
sous la puissance de l'évêque. 

55' canon. Que personne ne se livre le dimanche à aucune œuvre 
servile, selon le précepte du Seigneur. Qu'on ne tienne ce jour-là ni 
marché ni plaid. 

36' et 57' canons. Les donations faites à l'église d'un bien acquis par 
des voies illégitimes sont nulles ; le bien doit être rendu au légitime 
propriétaire, et les usurpateurs doivent être mis en pénitence, suivant 
la grièveté de leur faute. 

58* canon. Que chacun paye la dîme. 

39' canon. Que personne n'ose demander ni recevoir des présents, à 
l'occasion d'un procès. 



(i) Saint Paul, *• EpUre à Timolhie,, ch. Il, y. 4- 



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— 507 — 

40° canon. Que des prières et des oblaiions soient offertes à Dieu 
pour l'empereur et pour sa noble famille, afin qu'ils jouissent ici-bas 
de toule la félicité des siècles et qu'ils participent avec les saints anges à 
la béatitude éternelle. 

41 e canon. Qu'on supplie l'empereur de faire grâce et d'accorder, scion 
l'ordonnance du roi Pépin, que les sous, dont il est parlé dans la loi, 
ne soient point estimés quarante deniers, parce que c'est une occasion 
de parjures et de faux témoignages. (Selon la loi salique, le sou valait 
quarante deniers, et on voulait faire payer sur ce taux les amendes or- 
données par cette loi, ce qui engageait les coupables à se parjurer pour 
se préserver de l'amende.) 

42» canon. Que l'hospitalité ne soit point refusée à ceux qui voyagent 
pour le service du roi. 

43 e et 44 e canons. Qu'on prie aussi l'empereur de veiller à l'exécution 
des anciens capitulaires, relatifs au jugement des procès et à la répres- 
sion des faux témoins. 

N° 784. 

CONCILE DE MAYENCE. 

(moguntiacum.) 

(Le 9 juin de l'an 813(1).)— Ce concile, composé de trente évoques, 
de vingt-cinq abbés, de comtes et de juge3, fut présidé par Hildebolde, 
archevêque de Cologne, archevêque du Sacré-Palais, c'est-à-dire archi- 
chapelain, par Riculfe , archevêque de Mayence, Arnon, archevêque de 
Salizbourg, et Dernaire , évêque de Worms, qui prirent le titre d'en- 
voyés du prince. Pour régler plus aisément les affaires , on divisa toute 
l'assemblée en trois bandes. La première fut composée des évêques qui, 
assis avec les notaires , lurent l'Évangile, les Épiires , les canons et di- 
vers ouvrages des Pères, entre autres le Pastoral de saint Grégoire, 
pour étudier le moyen de conserver la discipline de l'Église. Dans la 
seconde se trouvèrent les abbés et les moines, qui lurent la règle de 
saint Benoit et cherchèrent les moyens de rétablir l'observance monas- 
tique. Dans la troisième étaient les comtes et les juges, chargés d'exa- 
miner les lois séculières et de rendre justice à ceux qui se présente- 
raient au concile. On y fit cinquante-six canons (2). 

1" canon. Nous avons décidé de nous occuper de la foi dès le com- 

(i) Ce concile est daté du 5 des ides de juin, indiction vi«. 

(2) Le P. Sirmond , Concil. ont. Gall., t. Il, p. 27.Î. — Le P. Labbe, Sacr. cône., 
t. VII, p. i23g.— Le P. Hardouin, Coll. concil., t. IV, p. 1007. — Lt P. Haru- 
heim, Conc. Gcrm., t. II, p. 4.04, 






À 

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— 308 — 

mencement de noire action , car la foi est le fondement de toutes les 
bonnes choses , et sans la foi , dit l'Apôtre, il est impossible de plaire à 
Dieu. Cependant la foi a besoin des œuvres, parce que la foi sans les 
œuvres est une foi morte. C'est pour cette raison que le bienheureux 
Grégoire a dit : Celui-là croit véritablement qui prouve sa croyance par 
ses œuvres. Tous les chrétiens doivent donc s'instruire continuellement 
les uns les autres de la vraie foi. Cependant il convient de mieux former 
les prêtres à cet exercice, afin que chacun soit assuré de sa foi. 

2' canon. Tons les chrétiens doivent espérer en Dieu ; car le Psal- 
miste a dit : « Espérez en lui , vous tous qui composez l'assemblée du 
peuple ; mettez votre espérance dans le Seigneur et faites le bien ; 
celui qui espère au Seigneur sera tout environné de sa miséricorde. » 
L'Apôtre a dit aussi : « C'est en espérance que nous sommes sauvés. » 

5« canon, c Dieu est la charité même », dit l'apôtre saint Jean; « ce 
lui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui. » L'a- 
pôtre saint Paul a dit : < La fin des commandements, c'est la charité 
qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère, i 
Celui donc qui a la charité a tous les biens. Nous rappelons cela, parce 
que nous voulons que tous les chrétiens le sachent également et qu'ils 
conservent une charité parfaite. 

4* canon. Que le baptême soit administré partout suivant le rituel 
romain et les décrets du pape Léon , qui en fnent l'administration à 
pàques et à la pentecôte, hors les cas de nécessité, où il est permis , 
suivant le décret du pape Sirice, de l'administrer en tout temps. 

5* canon. Que la paix , la concorde , l'union intime de sentiments 
règne parmi tout le peuple chrétien j parce que nous n'avons dans 
les cieux qu'un seul Père, qui est Dieu, une seule mère sur la terre, 
qui est l'Église, un seul baptême et une seule foi. Nous devons donc 
vivre avec concorde dans la paix et l'union , puisque nous désirons tous 
posséder le royaume céleste , parce que Dieu est le Dieu de la paix et 
non de la discorde, selon qu'il est écrit : i Bienheureux les pacifiques, 
parce qu'ils seront appelés les enfants de Dieu. » 

e canon. Pour le maintien de la paix, que les évêques fassent ren- 
dre , en tant qu'il dépendra d'eux, aux orphelins et aux pauvres les héri- 
tages de leurs pères qui leur auraient élé enlevés par des voies injustes. 

7 e canon. On ne doit acheter les biens des pauvres ou des per- 
sonnes moins puissantes, que dans une assemblée publique, afin d'éviter 
toute vexation. 

8 e canon. Que les laïques obéissent aux évêques en ce qui regarde 
le gouvernement des biens de l'Église et la défense des veuves et des 






II i_ 



V»J 



— 509 — 

orphelins ; et que les évèques soient d'accord avec les comtes dans l'ad- 
ministration de la justice. 

9 e canon. Que les chanoines vivent conformément à leur règle, man- 
geant et dormant en commun dans leur cloître; qu'ils ne fassent rien 
sans la permission de l'évèque ou du supérieur ; que chaque matin ils 
s'assemblent pour écouler la lecture et ce qui leur sera ordonné ; que 
l'un d'entre eux lise pendant les repas et qu'ils rendent l'obéissance à 
leurs maîtres suivant les canons; qu'ils s'abstiennent des plaisirs du 
siècle et n'assistent point aux spectacles ; qu'ils s'appliquent à l'étude et 
à la psalmodie et se rendent capables d'instruire les peuples; ceux qui 
reçoivent des rétributions des biens de l'église (c'est-à-dire ceux qui 
tiennent des bénéfices) ne sont point dispensés de suivre la règle. 

10 e canon. Les clercs ne doivent point assister aux spectacles, ni sa 
trouver aux festins, ni aimer l'argent, ni recevoir des présents pour 
l'administra lion des sacrements. Ils doivent être modestes dans leurs 
habits et dans leurs marches, éviter les visites des femmes et s'appli- 
quer à l'étude. 

11 e canon. Que les abbés vivent avec les moines selon la règle de 
saint Benoît, autant que la fragilité humaine le permet. Que les monas- 
tères soient gouvernés, s'il est possible , par des doyens, parce que les 
prévois s'arrogent trop d'autorité. 

12 e canon. Que les moines n'aillent point aux plaids séculiers, et que 
l'abbé même ne puisse y aller sans l'avis de son évèquc ; s'il a un pro- 
cès, qu'il le fasse poursuivre par l'avocat du monastère. Que les moines 
ne boivent et ne mangent point hors du monastère, sans la permission 
de l'abbé. 

13 e canon. Que les abbesses qui ont fait profession selon la règle de 
saint Benoît observent cette règle. Que les autres gardent celle des cha- 
noines et ne sortent pas de leur monastère sans la permission de l'é- 
vèque (1). 

14 e canon. Que les ministres de l'autel et les moines s'abstiennent 
tout-à-fait de toute affaire séculière; qu'ils ne comparaissent point de- 
vant les tribunaux séculiers pour des affaires temporelles , si ce n'est 
pour la défense des veuves et des orphelins ; ce qui n'empêche pas 
qu'ils peuvent prendre soin de leurs intérêts selon la justice. 

15' canon. L'apôlre saint Paul a dit : « Rendez-vous mes imitateurs 



(i) Il y avait donc alors des religieuses chanoinesses , particulièrement dans la 
Germanie et dans la Belgique, où en effet plusieurs collégiales de rhauoiaewof 
subsistaient encore au deruier 6iècle. 









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-51Ô- 

ct proposez-vous l'exemple de ceux qui se conduisent suivant le mo- 
dèle que vous avez vu en eux. Il y en a plusieurs qui se conduisent en 
ennemis de la croix de Jésus-Christ, qui auront pour (in la damnation, 
qui font leur dieu de leur ventre, qui mettent leur gloire dans leur 
propre honte et qui n'ont de pensées et d'affection que pour la terre. 
Mais pour nous, nous vivons déjà dans le ciel. » Jérôme, dans son 
commentaire sur l'épître de saint Paul aux galates , saint Augustin 
dans son livre du Combat des Chrétiens, recommandent l'imitation des 
apôtres et de Dieu même. 

16» canon. Celui-là abandonne le siècle qui méprise les voluptés du 
siècle. 

17» canon. Les clercs qui ont quitté le siècle ne doivent avoir d'au- 
tres armes que les armes spirituelles ; mais les laïques, qui demeurent 
chez les clercs (c'est-à-dire leurs serfs, leurs domestiques ou leurs vas- 
saux), peuvent en porter, suivant l'ancienne coutume ( qui subsistait 
encore alors). 

18' canon. Le Seigneur dit dans l'Évangile . « Gardez-vous des faux 
prophètes qui viennent à vous couverts de peaux de brebis et qui sont 
au dedans des loups ravissants; ceux qui me disent : Seigneur! Sei- 
gneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux. » Il est donc 
nécessaire aux vrais serviteurs de Dieu que l'œuvre rende témoignage 
de la foi et que la foi rende témoignage des œuvres. 

19* canon. Qu'on n'envoie jamais dans les monastères plus de cha- 
noines, de moines et de religieuses que la maison ne peut en 
nourrir. 

20 e canon. Que les envoyés du prince , de concert avec l'évéque dio- 
césain, examinent la situation des monastères de chanoines, de moines 
et de religieuses , afin qu'ils n'aient pas besoin de sortir pour trouver 
ce qui leur est nécessaire et qu'ils le trouvent en ces lieux mêmes. 

21» canon. Que les évêques sachent combien de chanoines les abbés 
ont dans leurs monastères et que de concert avec les abbés ils fassent 
opter ceux qui sont dans les monastères de vivre en chanoine ou en 
moine , afin qu'après cette option ils vivent conformément aux règles 
des moines ou des chanoines. 

22» canon. A l'égard des clercs acéphales ou vagabonds (c'est-à-dire 
qui ne sont ni attachés au service du roi , ni soumis aux évêques ou aux 
abbés), que l'évéque les fasse arrêter; s'ils refusent de lui obéir, qu'il 
les excommunie, et s'ils ne se corrigent point, qu'il les mette en prison 
jusqu'à ce que le Concile ou l'empereur aient prononcé sur leur sort. 
23' canon. Que ceux qui ont été tonsurés malgré eux demeurent dans 



— 311 — 

la règle , mais qu'à l'avenir on ne donne à personne la tonsure cléricale 
avant l'âge légitime et sans l'agrément du maître, si celui qui se pré- 
sente est serf, ou de sa propre volonté, s'il est libre. 

24 e canon. A l'égard des clercs qui vont à la cour, on doit observer 
ce qui est réglé dans les canons. 

25» canon. Si l'évéque est absent ou malade , qu'il y ait quelqu'un 
qui, les dimanches et les jours de fête , prêche au peuple la parole de 
Dieu. 

26' canon. Qu'il soit permis aux prêtres de célébrer la messe dans les 
couvents des religieuses en temps opportun et de retourner ensuite à 
leur église. 

27e canon. Que les prêtres gardent le saint chrême sous le sceau , 
et qu'ils ne le donnent point sous prétexte de médecine ou de maléfice. 

28 e canon. Que les prêtres portent toujours l'étole comme marque 
distinctive de la dignité du sacerdoce. 

29» canon. Que les clercs ne chassent point les prêtres de l'église et 
qu'ils n'en établissent point sans le consentement de l'évéque. 

30 e canon. Que les laïques n'exigent point des présents de la part des 
prêtres auxquels ils recommandent des églises. 

51 e canon. Que chaque évêque s'informe avec soin d'où viennent 
les prêtres et les clercs qui sont dans sa paroisse , et s'il en trouve un 
qui soit d'une autre paroisse, qu'il le force de retourner à son évêque. 

32» canon. Les litanies sont ainsi appelées en grec, mais en latin on 
leur donne le nom de rogations. Entre les litanies et les exomologèses , 
il y a cette différence que celles-ci sont faites pour la conversion des pé- 
cheurs; par celles-là, au contraire, on implore la miséricorde de Dieu 
en faveur de quelqu'un. L'une et l'autre portent maintenant le même 
nom. 

33e canon. On doit faire pendant trois jours les processions de la 
grande litanie (c'est-à-dire les rogations) , ainsi que les saints Pères 
nous l'ont enseigné. On n'y marchera pas à cheval , ni avec des habits 
précieux, mais déchaussé et couvert de cendre et de eilice ; hors le cas 
d'infirmité. 

34e canon. On doit observer les jeûnes des quatre-temps, les mercre- 
dis, vendredis et samedis de la première semaine de mars, de la seconde 
de juin , de la troisième de septembre , et de la semaine de décembre 
qui est avant (a vigile de la nativité du Seigneur, selon la tradition de 
l'Église romaine. 

35e canon. Si quelqu'un rompt le jeune indiqué en buvant et, qu'il 
ne veuille pas l'observer avec les autres chrétiens, qu'il soit analhéma- 



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— 312 — 

tisé, ainsi qu'il est ordonne par le concile de Gangres, à moins qu'il ne 
se corrige. H 

36' canon. Les fêtes dont l'observation est de rigueur sont • l e 
jour de pâques et .orne la semaine, l'ascension , la pentecôte, égale 
ment avec toute la semaine, la nativité de saint Pierre et de saint Paul 
en un même jour, la na.ivifê de Jean-Baptiste, l'assomption de la 
Samtc-V.erge , la dédicace de saint Michel, la nativité de saint Rémi de 
samt Martin et de saint André, noël et les trois jours suivants l'oc- 
tave du Scgneur (c'est-à-dire la circoncision), l'épiphanie. la puriGca- 
t.on de la Sain.e-Vierge, les Têtes des martyrs et des confesseurs dont 
les reliques sont en chaque diocèse et la dédicace de l'église. 

37« canon. On doit observer tous les dimanches et s'abstenir en ces 
jours de toute œuvre servile. Il est défendu de tenir des marchés ces 
jours-là, ou de tenir des plaids pour condamner quelqu'un à mort ou 
à une auire peine. 

58» canon. Dieu ayant ordonne le paiement de la dime, on ne doit pas 
négliger de la lui payer, de peur que Dieu ne punisse celui qui la refuse 
en lui enlevant même les choses les plus nécessaires. 

39. canon. Que personne n'ose, par respect pour Dieu et pour les 
saints, tirer de force d'une église le coupable qui s'y est réfugié, pour lui 
faire infliger une peine ou la mort; mais que celui qui gouverne cette 
église sVflbrce de lui obtenir sa grâce ; cependant le coupable doit payer 
une amende à cause de son crime. 

10' canon. Qu'on ne tienne point des plaids séculiers dans les églises, 
ni dans les maisons où sont les portiques de l'église. 

•il« canon. Que les anciennes églises ne soient point privées de leurs 
(limes ni de leurs biens, sous prétexte de les donner aux nouveaux 
oratoires. 

42. canon. Que celui qui possède un bénéfice ecclésiastique soit 
chargé de la réparation des églises dont il lire les revenus et qu'il en 
paie la neuvième et la dixième partie. 

43e canon. Aucun prèlre ne doit chanter la messe seul. Et comment 
dirait-il, en effet: Que le Seigneur soit avec vous, ou levez vos cœurs 
haut, et beaucoup d'autres paroles semblables. 

U' canon. Qu'on avertisse continuellement le peuple chrétien de 
faire l'offrande et de recevoir la paix, parce que l'offrande est un grand 
remède pour les âmes , et la paix que l'on reçoit marque l'union intime 
de sentiments ot la concorde. 

-15. canon. Que les prêtres avertissent les fidèles d'apprendre le Sym- 
bole, comme le signe de la foi , et l'Oraison dominicale. Qu'ils imposent 






- 313 - 

des jeûnes ou d'autres pénitences à ceux qui négligeront de les appren- 
dre; que les parents envoient leurs enfants aux écoles des prêtres ou 
des moines pour apprendre en langue vulgaire, s'ils ne peuvent être ins- 
truits autrement , le Symbole , l'Oraison dominicale et les devoirs de 
la religion, afin qu'ils les enseignent aux autres. 

46 e canon. Qu'on excommunie les ivrognes, jusqu'à parfaite correction, 
alin de détruire l'ivrognerie qui est la source de tous les vices. 

47 e canon. Que les parrains ou les parents élèvent catholiquement 
leurs filleuls. 

48 e canon. Il est défendu de chanter des chansons déshonnètes, sur- 
tout autour des églises. 

49* canon. Les clercs ne doivent point habiter avec des femmes, ce 
qui est sévèrement défendu par les canons. 

50e canon. Comme il n'est pas convenable que les évêques, les abbés- 
et les autres membres du clergé administrent leur temporel par eux- 
mêmes, qu'ils choisissent pour vidâmes, prévôts, avoués ou défenseurs, 
des hommes vertueux, fidèles , justes, doux , désintéressés , nonjsujets 
au mensonge ni au parjure; et s'ils s'acquittent mal de leurs fonctions, 
qu'ils soient destitués. 

51» canon. Il est défendu de transférer les corps des saints d'un lieu 
dans un autre, sans la permission du prince, des évoques et du Concile. 

5i c canon. Qu'aucun mort ne soit enterré dans l'église, si ce n'est un 
évêque, un abbé, un prêtre vertueux ou un laïque fidèle. 

55° canon. Que les évêques recherchent avec soin les incestueux. Et 
s'ils ne veulent point se repentir, qu'ils soient chassés de l'église jusqu'à 
ce qu'ils se mettent en pénitence. 

54' canon. 11 est défendu de contracter de mariage au quatrième de- 
gré de parenté. Que ceux qui, après cette interdiction, se seront mariés 
au degré prohibé soient séparés. 

55" canon. Que les pères ni les mères ne lèvent point leurs propres 
enfants des fonts baptismaux; que les parrains n'épousent ni leurs 
filleules, ni leur commère, ni la mère de celui ou de celle qu'Us auront 
présenté à la confirmation ; que ceux qui le feront soient séparés. 

56° canon. Si quelqu'un épouse une veuve, et qu'ensuite il commette 
le péché de la chair avec la fille du premier lit , ou s'il épouse les deux 
sœurs, ou si une femme épouse les deux frères, ou le père et le fils, 
qu'ils soient anathémalisés et séparés et qu'ils ne puissent plus jamais se 
remarier. 









— 314 — 






M 







N° 7SS. 
II 8 CONCILE DE CHALONS-SUR-SAONE. 

(CABILLONENSE II.) 

(L'an 813 (1).) Ce concile, auquel assistèrent les évêques et les abbés 
de la Gaule lyonnaise , fit soixante-six règlements à peu près semblables 
à ceux qui furent faits à Tours (2). 

1 er canon. Que les évêques s'appliquent sans relâche à l'étude de 
l'Ecriture, des canons et du Pastoral de saint Grégoire. 

2 e canon. Qu'ils donnent un bon exemple à leurs peuples et les ins- 
truisent par la prédication. 

3 e canon. Conformément ù l'édit de l'empereur Charles, qu'ils éta- 
blissent des écoles, où les clercs apprendront les lettres et les Saintes- 
Écritures, non-seulement pour se rendre capables d'instruire les peu- 
ples , mais aussi pour défendre l'Église contre les hérésies et résister 
même à l'antecbrist. 

i' canon. Que les évêques se comportent en toutes choses avec hu- 
milité et piété. 

5 e canon. Que les évêques soient irrépréhensibles dans leurs mœurs, 
qu'ils ne s'adonnent point à des trafics honteux , et que non-seulement 
ils s'abstiennent de ces trafics et des usures, mais qu'ils avertissent 
leurs peuples de s'en abstenir. 

6 e canon. On impute à quelques-uns de nos frères de porter par ava- 
rice des personnes à renoncer au siècle, afin qu'elles donnent leurs 
biens à l'Église : il convient d'éloigner entièrement ces soupçons de tous 
les esprits. L'Églhe , loin de dépouiller les fidèles , doit comme une 
bonne mère nourrir les pauvres, les infirmes, les veuves et les orphe- 
lins, parce que les biens de l'Église sont la rançon des péchés, le patri- 
moine des pauvres, la solde des clercs qui vivent en communauté. Les 
évêques ne doivent pas s'en servir comme de leurs biens propres, mais 
comme de biens dont l'administration leur est confiée. 

7 e canon. Que les évêques et les abbés qui auront persuadé à quel- 
ques personnes de renoncer au monde pour donner leurs biens à l'É- 
glise, soient soumis à la pénitence canonique; et que ceux qui auront 
été assez simples pour se laisser séduire demeurent dans leur engage- 
ment ; mais que les biens usurpes soient rendus à leurs héritiers. 

(1) Ce concile est sans date de mois ni de jour. 

(2) Le P. Sirmond, Concil. ont. Gall,, i. II, p. 3o6. — Le P. Labbe, Sacr.conc, 
t. VII, p. 1270. — Le P. Hardouin, Coll. concil,, t. IV, p. 1029. 






— 315 — 

8' canon. S'il arrive à ceux qui sont revêtus du sacerdoce de mettre 
des fruits ou tout autre produit de leurs terres en réserve, que ce ne 
soit point dans la vue de les vendre plus cher, mais pour secourir les 
pauvres en temps de disette. 

9 e canon. Ceux qui sont revêtus du sacerdoce doivent s'abstenir de 
tous les plaisirs des yeux et des oreilles. Ils doivent aussi ne pas mettre 
leurs soins à élever des chiens, des éperviers, des faucons et d'autres 
animaux ; et que non-seulement ils fuient eux-mêmes les histrions, les 
bouffons et toutes sortes de spectacles et de jeux obscènes, mais encore 
qu'ils exhortent leurs peuples à les fuir. 

10 e canon. Que tous ceux qui sont revêtus du sacerdoce soient so- 
bres, et qu'ils exhortent aussi les h'dèles à être sobres. 

11 e canon. Que l'évêque n'aille pas dans les tribunaux publics, même 
pour défendre sa propre cause, à moins qu'il ne s'agisse de protéger les 
pauvres, les veuves ou les orphelins, ou de rappeler aux juges la pa- 
role de Dieu, pour les exhorter à rendre justice à chacun selon le pré- 
cepte du Seigneur. Les abbés, les prêtres, les diacres et surtout les 
moines doivent observer ce décret. Mais si la propre cause d'un membre 
du clergé est portée devant les tribunaux séculiers, qu'il s'y présente 
avec son avocat après en avoir obtenu la permission de l'évèque. 

12 e canon. Que les prêtres, les diacres et les moines ne prennent 
point de biens à ferme. 

15 e canon. Que les évêques ne fassent point jurer à ceux qu'ils or- 
donnent qu'ils sont dignes d'entrer dans la cléricature, qu'ils ne feront 
rien contre les canons et qu'ils obéiront à l'évèque de qui ils reçoivent 
l'ordination ; nous défendons ce serment, parce qu'il en dangereux. 

14 e canon. Que les évêques s'abstiennent non-seulement des exac- 
tions illicites dans la visite de leur diocèse, mais qu'ils ne soient à charge 
à personne, si ce n'est dans le besoin, ni une occasion de scandale pour 
leurs frères. 

15' canon. Que les archidiacres n'exercent point sur les prêtres des 
paroisses (les curés) de leur dépendance une domination tyrannique en 
exigeant d'eux une redevance. 

16 e canon. Que les évêques n'exigent rien pour le prix du baume 
qui entre dans le saint chrême, ou pour le luminaire, ni pour la dédi- 
cace des églises et pour les ordinations. 

17 e canon. Que les évêques n'exigent point des prêtres des cens 
annuels. 

18 e canon. Que les évêques ni les comlps ne reçoivent point des 
amendes des incestueux , ou des prêtres négligents, ou de ceux qui ne 



I 



II 



— 316 — 
paient point la dîme ; car ces sortes d'amendes peuvent donner lien à 
l'avarice. Mais qu'ils excommunient ceux qui refusent de payer la dirae 
et qu'ils mettent les incestueux en pénitence, sans exiger d'eux aucune 
amende pécuniaire. 

19' canon. Que les familles paient la dîme à l'église où elles enten- 
dent la messe pendant toute l'année et où elles font baptiser leurs en- 
fants; que les évêques et les abbés ne défendent pointa leurs fermiers 
de payer la dîme à l'Église , car les terres et les vignes des évêques et 
des abbés ne doivent point en être exemptes. 

20' canon- La paix et la concorde doit régner entre les évêques et 
les comtes. 

21 e canon. Que les comtes et les juges rendent leurs jugements avec 
équité, et qu'ils n'acceptent en aucune manière de présents. Ils doi- 
vent avoir des vicaires et des centenaires justes, de peur que le peuple 
ne soit victime de leur avarice et de leur cupidité. Les témoins doivent 
être d'une telle probité que leur témoignage ne puisse être révoqué en 
doute. 

22 e canon. Que les abbés et les moines vivent selon la règle de saint 
Benoit. 

23 e canon. Que les ordinations des prêtres, des diacres et des autres 
clercs inférieurs se fassent selon les décrets des canons. 

24. canon. H faut demander à l'empereur à qui doit être payée l'amende 
pour le meurtre d'un évêque, d'un prêtre, d'un diacre ou d'un moine. 

25 e canon. L'usage de la pénitence publique, de l'excommunication 
et de la réconciliation est aboli en quelques lieux , c'est pourquoi nous 
ordonnons qu'on implore le secours de l'empereur pour le rétablir 
selon les canons. 

26» canon. Nous avons appris que les églises qui se trouvent dans les 
domaines des particuliers sont partagées entre les héritiers et quelque- 
fois d'une manière si scandaleuse que d'un seul autel on en fait quatre 
parts, dont chacune a son prêtre. Nous défendons ces partages, et jus- 
qu'à ce que les héritiers soient convenus du prêtre qui doit desservir 
cette église, l'évêque doit défendre d'y célébrer la messe (1). 

27 e canon. On ne doit réitérer ni le baptême ni la confirmation, ainsi 
que le pratiquent quelques évêques ignorants. 

28» canon. On nous a consulté pour savoir à quels degrés les parents 
par alliance peuvent se marier. Nous ordonnons qu'on observe à ce 
sujet les canons. 



\ 








(i) On voit ici le patronage laïque bien établi. 



— 517 — 

29' canon. On doit observer la même règle pour les parents du mari 
comme pour ceux de la femme, parce qu'il est écrit : « Ils seront deux 
dans une seule chair. » 

30 e canon. Que les mariages contractés entre serfs ne soient point an- 
nulés, quoique les époux appartiennent à différents maîtres, pourvu 
qu'ils se soient mariés de leur consentement et selon les lois et qu'ils 
continuent de les servir. 

51 e canon Qu'on ne sépare point de leurs maris les femmes qui au- 
ront présenté leurs enfants à la confirmation soit par ignorance, soit 
par malice pour être séparées de leurs maris, mais qu'elles soient mi- 
ses en pénitence pour toute leur vie. (Il y avait des parrains et des 
marraines pour la confirmation comme pour le baptême.) 

52 e canon. Quelques-uns en se confessant aux prêtres ne déclarent 
pas tous leurs péchés. Mais puisque l'homme est composé de deux sub- 
stances, de l'àme et du corps, il pèche tantôt par un mouvement d'es- 
prit, tanlôt par la fragilité de la chair, ainsi il faut confesser égale- 
ment les péchés de pensée, comme ceux dont le corps a été l'in- 
strument. 

33 e canon. Quelques-uns disent qu'il faut seulement confesser ses 
péchés à Dieu, et d'autres qu'il faut les confesser aux prêtres. L'un et 
l'autre se pratiquent avec fruit dans l'Église ; car Dieu auteur du salut 
aussi bien que de la santé les donne souvent par une opération in- 
sensible de sa puissance, et souvent aussi par l'opération des prêtres 
et des médecins. (Ce que le Concile dit de l'utilité de la confession faite 
à Dieu n'exclut pas la nécessité de la confession faite au prêtre, dont 
il fait mention dans le canon précédent, en disant qu'on doit confesser 
tous ses péchés aux prêtres.) 

34* canon. Dans le jugement des péchés, les prêtres doivent bien 
prendre garde de ne point se laisser prévenir envers les pénitents, soit 
de haine, soit de faveur ; que les canons de l'Église leur servent uni- 
quement de règle. 

35" canon. Plusieurs, dans la pénitence, cherchent moins la rémis- 
sion de leurs péchés que l'accomplissement du temps de la satisfac- 
tion ; et si on leur interdit le vin et la chair, ils cherchent d'autres 
viandes et d'autres boissons plus délicieuses : le vrai pénitent doit se 
priver absolument de tous les plaisirs du corps. 

36 e canon. Quelques-uns pèchent de propos délibéré , dans l'espé- 
rance d'effacer leurs péchés par des anmônes. Or, il ne faut pas pécher 
pour faire l'aumône, mais la faire parce qu'on a péché. 

3V canon. Les prêtres doivent lire fréquemment, étudier avec soin 



rr, 







— 318 — 
et enseigner au peuple les conciles reçus dans l'Église, qui traitent de 
la foi, de l'extirpation des vices et de la pratique des vertus. 

58» canon. Les prêtres, en imposant la pénitence aux pécheurs 
doivent consulter l'Écriture-Sainte , les canons et les coutumes de Vf'. 
glise, et non les livres pénitenliels, dont les erreurs sont certaines et 
les auteurs inconnus et qui flattent les pécheurs en leur donnant des 
satisfactions légères et inusitées pour les grands péchés (1). 

39 e canon. Comme il n'y a aucun jour où nous ne devions prier Dieu 
pour nos besoins, il n'y en a point non plus où nous ne devions faire à 
la messe des prières pour les morts, suivant l'ancienne coutume de l'É- 
glise et la doctrine de saint Augustin. 

40. canon. Que les prêtres qui, ayant été dégradés pour cause de 
négligence, vivent d'uue manière séculière et refusent de faire péni- 
tence soient enfermés dans un monastère ; si cela ne se peut et qu'ils 
continuent de vivre dans leurs dérèglements, qu'ils soient excommuniés. 
41 e canon. Que ceux d'entre les prêtres qui quittent leur église 
pour passer dans une autre, n'y soient point reçus s'ils ne donnent de» 
preuves de leur bonne conduite et qu'ils n'apportent avec eux des let- 
tres où le nom de leurs évêques et de leur ville soit marqué sur du 
plomb. 

42 e canon. On ne doit point donner ou ôter les églises aux prêtre» 
sans le consentement de l'évêque. 

43 e canon. Il y a en quelques lieux des écossais qui se disent évêques 
et ordonnent des prêtres et des diacres, sans la permission de leurs 
seigneurs ou de leurs supérieurs ; nous déclarons nulles ces ordinations, 
comme étant abusives et la plupart simoniaques. 

44« canon. Que les prêtres ne boivent point dans les cabarets ; qu'ils 
ne soient point chanceliers (greffiers) publics ; qu'ils n'aillent point aux 
foires, et qu'ils ne fassent point de pèlerinage à Rome ou à Tours sans 
la permission de leur évêque. 

45 e canon. Il se commet beaucoup d'abus dans les pèlerinages qui se 
font à Rome, à Tours et en d'autre lieux. Des prêtres et des clercs pré- 
tendent par là se purifier de leurs péchés et en conséquence être ré- 
tablis dans leurs fonctions ; des laïques s'imaginent aussi acquérir l'im- 
punité pour leurs péchés passés ou futurs ; les puissants du siècle en 
prennent un prétexte d'exaction sur les pauvres, et les pauvres un titre 

(i) Le 22« canon du II« concile de Tours explique celui-ci; car il ne rejecie pas 
absolument les livres pénitentiels , mais il décide que lorsque tous les évêques se- 
ront assemblés au palais ils indiqueront quel est celui des anciens pénitentiei» 
que l'on doit suivre de préférence aux autre». 






a'V 



\--i.. 



— 3*9 — 

de mendicité. Tout en condamnant ces abus et en désirant que l'empe- 
reur les réprime, nous louons la dévotion de ceux qui, pour accom- 
plir la pénitence que le prêtre leur a conseillée , font ces pèlerinages 
en les accompagnant de prières, d'aumônes et de corrections de leurs 
mœurs (1). 

•4G C canon. On ne doit pas rester longtemps sans recevoir le corps et 
le sang du Seigneur ; mais il faut craindre de le recevoir indignement. 
On doit se préparer à la communion par la pureté du corps et de l'âme 
et s'abstenir de l'usage du mariage quelques jours avant d'approclier de 
la sainte table. 

47 e canon. Que tous les fidèles, excepté ceux que de grands crimes 
en rendent indignes, communient le jeudi-saint. C'est l'esprit de l'É- 
glise qui en ce jour réconcilie les pénitenis eux-mêmes, alin qu'ils 
puissent communier 

48 e canon. Selon la doctrine de l'apôtre saint Jacques et la tradition 
des Pères, l'onction que l'évêque fait aux malades avec de l'huile bénite, 
est une médecine utile pour guérir les langueurs de l'âme et du corps. 

49 e canon. On ne doit point célébrer la messe dans les maisons par- 
ticulières. 

50» canon. On ne doit point négliger l'observation du dimanche. 

51 e canon. Que les supérieurs clercs ou laïques traitent leurs infé- 
rieurs avec clémence et miséricorde ; qu'ils n'oublient pas que ce sont 
leurs frères et qu'ils n'ont qu'un seul père qui est dans les cieux et 
sur la terre une seule mère qui est l'Église. 

52 e canon. Dans les monastères de femmes , l'abbesse doit veiller 
sur son troupeau et se conduire avec beaucoup de piété et de sainteté ; 
car elle rendra compte à Dieu de sa conduite. 

53 e canon. Il a plu à ce saint concile d'écrire diverses instructions 
aux sanctimoniales appelées chanoinesses. 

54e canon. Que l'abbesse veille avec beaucoup de soin sur les sancti- 
moniales qui lui sont confiées. 

5ae canon. Que l'abbesse ne parle point à un homme, soit clerc, 
soit laïque , à des heures indues ; et lorsqu'elles auront besoin de 
parler à un homme, clerc ou laïque, pour des choses riéeessaires, que 
ce soit en présence de plusieurs témoins et seulement depuis la première 
heure jusqu'au soir. 

56» canon. Depuis le soir jusqu'à la première heure du jour, ni l'ab- 

(i) 11 est important de remarquer que les deux pins fameux pèlerinages étaient 
aint-Pierre de Borne et Saint-Martin de Tours. 



À 



— 320 — 
besse ni aucune des sanciimoniales ne doit parler à un homme ; et si 
l'occasion est telle qu'elles ne puissent éviter l'entretien, ce doit être 
eu présence de plusieurs témoins. 

57» canon. Que l'abbesse ne sorte point de son monastère sans la 
permission de l'évêque, à moins qu'un ordre impérial ne l'y oblige ou 
que la longueur du chemin ne lui permette pas de s'adresser à l'évê- 
que. Lorsqu'elle sort du couvent, elle doit veiller avec soin sur tes 
sanciimoniales qui l'accompagnent, afin de ne leur laisser ni la faculté, 
ni l'occasion de pécher ; et elle doit aussi mettre à sa place dans le 
monastère une religieuse qui veille avec soin sur les âmes des autres 
sœurs. 

58» canon. Que l'abbesse mette le plus grand soin à pourvoir les 
sanciimoniales de tout ce qui leur est nécessaire. 

59« canon. Que les sanciimoniales, dans leur monastère, se livrent à 
la lecture, au chant des psaumes et à la prière; qu'elles célèbrent les 
heures canoniales, savoir : mâtine, prime, tierce, seste, none, vêpres 
et complies, el que touies, à l'exception des malades , dorment dans le 
même dortoir et viennent tous les jours à la collation. 

60» canon. Les prêtres ne doivent rester dans les monastères de 
filles que le temps nécessaire pour la célébration de la messe et le ser- 
vice de Dieu, ou l'exercice de leurs fondions. 

61» canon. Les sanciimoniales ne doivent boire ni manger avec des 
hommes, clercs, laïques, parents ou étrangers, hors du parloir : dans 
les couvents où il n'y en a pas, on doit en faire. Et dans les parloirs 
mêmes, elles ne doivent parler à un homme qu'en présence de té- 
moins. 

62» canon. Que les sanciimoniales ne sortent point du monastère, 
dans les cas de nécessité, sans un ordre exprès de l'abbesse. Mais celles 
qui n'ont point de servantes peuvent aller jusqu'à la porte du couvent 
et là en présence de témoins s'occuper de leurs affaires. 

63» canon. Aucun homme ne doit emrer dans l'enceinte d'un couvent 
de religieuses, s'il n'y est appelé par quelque travail. 

64» canon. On ne doit choisir pour portières que celles qui sonl 
d'un âge mûr et d'une vie irréprochable. 

65« canon. Que l'abbesse obéisse en tout à son évêquc , selon son 
institution. 

66» canon. Que tous les fidèles prient sans cesse pour l'empereur 
et pour toute sa famille. 



I 

I i 

■ 






— S'il — 

N° 7*56. 

lir CONCILE DE TOURS (1). 
(turonense III.) 

(L'an 813.) — Ce concile fit cinquante-ei-un canons, dont ta plupart 
sont conformes à ceux des trois conciles précédents (2). 

1" canon. — Que tous les sujets gardent inviolablement à l'empereur 
l'obéissance et la fidélité qu'ils lui ont jurées, et qu'ils prient continuel- 
lement Dieu pour lui. 

2* canon. Que les évèques s'attachent à lire les Livres saints, et que 
non-seulement ils lisent souvent les saints évangiles et les épîtres du 
bienheureux Paul, mais encore, si cela leur est possible, qu'ils les ap- 
prennent par cœur ; qu'ils méditent aussi avec soin les expositions des 
saints Pères et des autres livres canoniques. 

3' canon. Il n'est point permis à un évêque d'ignorer les canons et le 
Pastoral du pape Grégoire, dans lequel il doit se considérer comme dans 
un miroir. 

■4 e canon. Que l'évêque instruise son peuple par la prédication et 
qu'il l'édifie par ses exemples, afin que, selon la parole du Seigneur, 
les fidèles voient ses bonnes œuvres et qu'ils glorifient Dieu le Père qui 
est dans le ciel. 

5 e canon. 11 faut que l'évêque soit sobre dans sa nourriture, de peur 
qu'il ne paraisse abuser de cette parole du Seigneur : « Prenez garde à 
vous de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes 
et du vin. > Toutes les fois qu'il prend un repas, il doit faire faire une 
lecture sainte. 

6 e canon. Que les voyageurs et les pauvres soient les convives des 
évèques. 

I e canon. Que les évèques s'abstiennent des plaisirs de toute nature ; 
qu'ils fuient les jeux obscènes et les histrions, et qu'ils exhortent les 
aulresà les fuir. 

8' canon. Que les évèques s'abstiennent de toutes sortes de jeux sé- 
culiers et honteux et de la chasse des bêles sauvages et des oiseaux. 

S« canon. Que les prêtres et les diacres s'atu-.chent à huiler les bons 
exemples de leur évêque. 

(i) Ce concile est compté pour le 111' de ccui qui furent tenus dans cette ville 
et non pour le IV e , comme le prétend Fleury, ffist. eccl., liv. xi.vi, n° 6. 

(3) Le P. Sirmond , Conc. ant. Galt., t. II, p. 384. — Le P. I.. il. lie, Sncr. cane., 
t. Vil, p. 125g. — I.e P. Haidouin, Coll. conc, t. IV, p. laii, 

T. III. 21 






m 




— 322 — 

10 e canon. Que Pévêque ait soin des pauvres et qu'il administre avec 
sagesse les biens de son église. 

11 e canon. Il est permis aux évêques de prendre dans le trésor de l'é- 
glise, en présence des prêtres et des diacres, ce qui est nécessaire aux 
besoins des pauvres et de la famille de cette église (1). 

12 e canon. Que nul ne soit ordonné prêtre avant l'âge de trente ans, 
et que celui qui sera destiné au sacerdoce demeure avant son ordina- 
tion dans la maison épiscopale, pour y apprendre ses devoirs et y don- 
ner des preuves de sa bonne conduite. (On voit ici une image des sé- 
minaires établis longtemps après.) 

13 e canon. L'évêque ne doit pas donner la permission de dire la messe 
à un prêire d'un autre diocèse, qui ne présente pas des lettres de re- 
commandation de son évêque. (C'étaient les lettres formées, dont l'usage 
subsistait encore.) 

H' canon. Si un prêtre passe d'un titre inférieur à un autre supé- 
rieur, qu'il soit frappé de la même sentence qu'on lancerait contre un 
évêque qui passerait d'un siège inférieur à un siège supérieur. 

15° canon. Que le prêtre qui a acheté l'église d'un autre soit déposé 
et qu'il ne soit point permis de donner une église à un prêtre sans le 
consentement de son évêque. 

16 e canon. Que les dîmes de chaque église soient employées par les 
prêtres, avec le consentement de l'évêque, aux besoins des pauvres et à 
ceux de l'église. 

17 e canon. Que chaque évêque ait des homélies contenant les instruc- 
tions nécessaires à son peuple ; et afin qu'elles puissent être entendues 
clairement de tous, qu'il les fasse traduire en langue romaine rustique 
ou en langue tudesque ou théotisque (1). 

18 e canon. Que les évêques aient soin d'instruire leurs prêtres sur le 
sacrement de baptême et sur ce qu'il faut y renoncer ou croire. Que 
celui que l'on baptise renonce au démon, à toutes ses œuvres et à ses 
pompes, c'est-à-dire à l'homicide, à la fornication, à l'adultère, à l'ivro- 



(i) Il paraiipar ce canon que les revenus des biens de l'Église étaient mis dans 
un trésor commun , dont l'évêque, qui en était le dispensateur, ne devait rien tirer 
qu'en présence des prêtres et des diacres. 

(2) C'étaient les deux langues qui avaient cours en France; la première était 
celle des anciens gaulois romains , c'est-à-dire un latin déjà fort corrompu, d'où est 
enfin venu notre français ; la seconde était la langue des francs et des autres peu- 
ples germaniques alors répandus dans l'empire français; et cette langue est demeu- 
rée au delà du Rhin. Ce canon fait voir que dès lors le peuple n'entendait plus le 
latin. 



, 



— 525 — 

gnerie, et à beaucoup d'autres choses semblables qui sont inspirées par 
le démon. Les pompes sont l'orgueil, la vanité, la vaine gloire, le luxe 
et beaucoup d'autres choses semblables. 

19 e canon. Qu'ils les avertissent aussi de ne point donner indifférem- 
ment après la messe le corps et le sang de Jésus Christ aux enfants et 
aux personnes qui s'y rencontrent, de peur qu'il ne s'en trouve quel- 
ques-uns qui soient coupables de crimes ; car alors, au lieu de leur être 
un remède, l'Eucharistie attire leur condamnation (1), selon cette sen- 
tence de l'Apôtre : « Quiconque mangera ce pain ou boira le calice du 
Seigneur indignement sera coupable du corps et du sang du Seigneur, i 

20 e canon. On doit recommander aux prêtres de ne jamais laisser le 
saint chrême hors du lieu où il doit être enfermé, de peur qu'il ne soit 
touché par qui que ce soit; car plusieurs s'imaginent que les criminels 
qui se sont oints du saint chrême ou qui en ont bu ne peuvent jamais 
être pris. 

21 e canon. Que les prêtres n'entrent jamais dans les cabarets pour y 
boire ou pour y manger ; s'ils le font, qu'ils soient punis selon les canong. 

22 e canon. Pour observer l'uniformité dans l'administration de la pé- 
nitence, que les évêques indiquent à leur première assemblée dans le 
sacré-palais quel est celui des pénitentiels des anciens dont les prêtres 
devront se servir à l'avenir envers ceux qui viennent confesser leurs 
péchés. 

25 e canon. Que les clercs et les chanoines des villes, qui sont dans 
l'évèché, demeurent tous dans un seul cloître, qu'ils couchent dans un 
même dortoir et prennent leurs repas dans un même réfectoire, afin 
qu'ils se rendent plus aisément à l'office. Que l'évêque leur fournisse, 
selon ses moyens, la nourriture et le vêlement. (Ce qui montre que les 
chanoines vivaient alors en communauté sous les yeux de l'évêque.) 

24 e canon. Que ceux qui vivent depuis longtemps selon la règle des 
chanoines sous la conduite d'un abbé, habitent dans un cloître; qu'ils 
aient le même dortoir et le même réfectoire; qu'ils assistent à l'office, 
et que l'abbé leur fournisse la nourriture et le vêtement. 

25 e canon. Que les monastères, où la règle de saint Benoît a été ob- 
servée, soient réformés suivant cette règle ; car en quelques-uns il y a 
peu de moines à qui leurs abbés en aient fait promettre l'observance, par- 
ce qu'eux-mêmes vivent plutôt en chanoines qu'en moines. 

26 e canon. Les monastères de filles ont aussi besoin d'être réformés ; 




■ 









(i) Ce canon montre qu'on observait encore l'ancien usage de distribuer aux en- 
fants les restes de l'Eucharistie , après la communion géniirale. 




I i 



11 

À 







— 324 — 
car la plupart des abbesses vivent avec négligence , et c'e»t pour cela 
qu'elles sont diffamées par plusieurs dans leur vie et dans leurs conver- 
sations. 

27 e canon. Qu'on ne donne le voile aux jeunes veuves qu'après les 
avoir bien éprouvées, de peur qu'on ne puisse dire d'elles avec l'Apôtre : 
« Celles qui vivent dans les délices sont mortes, quoiqu'elles paraissent 
vivantes. * 

28 e canon. Qu'on ne donne point le voile aux jeunes filles avant l'âgo 
de vingt-cinq ans sans des causes légitimes. 

29 e canon. Qu'il ne soit point permis aux prêtres, aux diacres, ni aux 
autres clercs d'habiter dans les monastères de filles. Qu'ils n'y entrent 
que pour célébrer la messe ou pour d'autres fonctions de leur ministère, 
«qu'ils en sortent aussitôt après les avoir remplies. Que l'entrée de ce» 
monastères soit également défendue aux autres hommes. 

30o canon. Que les abbesses ne sortent point de leur couvent sans la 
permission de l'évêque, à moins qu'elles ne veuillent aller trouver l'em- 
pereur. 

31» canon. Qu'on n'admette dans les monastères de chanoines, de 
moines et de filles qu'un nombre proportionné à la fortune du monas- 
tère. 

32 e canon. Que tous les chrétiens vivent dans la paix , la concorde et 
l'union intime de sentiments ; qu'ils fuient la haine, la discorde et l'envie. 

33 e canon. Que les comtes, les juges et tout le peuple soient soumis 
et obéissants à leur évêque, et que celui-ci traite les comtes et les juges 
avec honneur. 

54 e canon. Qu'on avertisse les comtes et les juges de ne point admettre 
en témoignage des personnes viles et sans probité, à cause de leur fa- 
cilité à faire de faux serments par spéculation. 

35 e Qu'aucun chrétien n'exige ni ne reçoive des présents à l'occasion 
d'un jugement, parce qu'il est dit dans l'Écriture sainte : • Les présents 
aveuglent les sages mêmes et corrompent les jugements des justes. » 

36 e canon. Qu'en tout temps chacun s'efforce de nourrir et d'entre- 
tenir ses pauvres, parce qu'il est impie et détestable devant Dieu que 
ceux qui regorgent de richesses ne soutiennent pas le3 malheureux et 
les indigents. 

37 e canon. On doit prier à genoux, excepté les jours de dimanche et 
durant le temps pascal, où l'usage de l'Église est de prier debout. 

38 e canon. Que les fidèles soient avertis d'entrer dans l'église sans 
tumulte et sans bruit et de s'abstenir pendant la messe, non-seulement 
de discours inutiles, mais encore de mauvaises pensées. 






— 325 — 

39* canon. Que les comtes et les vicaires ne tiennent pas de plaids 
séculiers dans les églises ni dans les maisons dépendantes de l'église; 
car celui qui a chassé les marchands du temple a dit : « La maison de 
Dieu est une maison de prière. > 

40' Qu'on ne tienne point de plaids ni de marchés le dimanche et que 
les chrétiens s'abstiennent en ce jour jusqu'au soir de toute œuvre ser- 
vile, pour ne chanter que la gloire de Dieu et lui rendre des actions de 
grâces. 

41 e canon. Nous avons parmi nous plusieurs incestueux, parricides et 
homicides, qui persévèrent, dans leurs crimes, nonobstant nos exhorta- 
tions ; nous en avons déjà excommunié quelques-uns, qui continuent de 
vivre dans leurs dérèglements; c'est pourquoi nous prions votre clé- 
mence d'ordonner ce qu'il faut en faire (1). 

42 e canon. Que les évêques avertissent les fidèles que les sortilèges, 
ni les enchantements, ni les ligateurs d'herbes ou d'ossements ne peu- 
vent guérir les hommes, ni les animaux, et que ce ne sont que des illu- 
sions du démon. 

43 e canon. Nous avertissons tous les hommes de ne jamais prendre en 
vain le saint nom de Dieu, comme lorsqu'on prend Dieu à témoin pour 
assurer un fait; car il est dit dans l'Évangile : « Vous ne jurerez en au- 
cune sorte ni par le ciel, ni par la terre, ni par votre tête, i 

44» canon. On doit prendre la défense des pauvres libres qui sont 
opprimés par la puissance des grands. 

43' canon. Que partout les poids et les mesures soient justes; car, 
selon le témoignage de Salomon : « La balance trompeuse est en abomi- 
nation devant le Seigneur; le poids juste est selon sa volonté. » Et le 
Seigneur dit dans l'Évangile : « On se servira envers vous de la même 
mesure dont vous vous serez servi envers les autres. 

40' canon. Ceux qui tiennent les biens de l'église doivent en payer 
aux maîtres les noves et les dîmes des revenus pour le luminaire et le 
payement des clercs. Il est d'une nécessité urgente de réparer les toits 
des églises et des monastères , dont la plupart menacent ruine. 

47 e canon. Que tous les fidèles observent les jeûnes généraux or- 
donnés dans les solennités publiques, sous peine d'être séparés de l'as- 
semblée des fidèles. 

48 e canon. Que les fidèles évitent les excès des viandes et du vin. 

49 e canon. Que les seigneurs n'oppriment point et ne condamnent 

(i) Il parait par ce canon que les décrets de ce concile lurent envoyés» Chaile- 
magne, puisque les évêques lui adressent la parole. 






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— 526 — 

point injustement leurs sujets; qu'ils ne leur enlèvent point injustement 
aussi leurs petits biens, et qu'ils n'en exigent point cruellement et im- 
pitoyablement leurs dettes. 

50 e canon. Que les laïques communient souvent ou au moins trois 
fois l'an, s'ils ne sont coupables de grands crimes. 

5i« canon. Nous avons examiné avec soin, suivant l'avertissement du 
prince, la cause de ceux qui se prétendent dépouillés de leurs biens; 
mais nous n'avons trouvé sur ce sujet aucune plainte contre nous; car 
il n'y a presque personne qui donne son bien à l'Église, sans en rece- 
voir autant et même le double ou le triple des biens de l'église en usu- 
fruit, avec convention d'en laisser jouir les enfants ou les parents dé- 
signés par le donateur. Nous leur avons offert la faculté de retirer ces 
biens aliénés par leurs parents, dont ils étaient déjà exclus par la loi, 
pour les tenir de l'Église en bénéfice (c'est-à-dire en fief, comme on a 
parlé depuis). 

N° TS7. 

CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquisgranense.) 

(Mois de septembre de l'an 813.) — Les règlements des cinq conciles 
précédents furent envoyés à l'empereur qui les fit comparer et examiner 
en sa présence dans une grande assemblée et en forma un capitulaire de 
vingt-six articles contenant les canons dont l'exécution avait besoin du 
concours de la puissance temporelle. Il y ajouta deux articles qui n'a- 
vaient point été traités dans ces cinq conciles. Le I er ou XXVII e porte 
que l'on s'informera s'il est vrai qu'en Autriche les prêtres dénoncent 
pour de l'argent les voleurs sur leur confession (I). Le II e ou XXVIII' 
porte que l'on s'informera aussi des hommes sujets au droit de faïde (2), 
qui occasionnent du trouble les dimanches et les fêtes, ce qu'il faut ab- 
solument empêcher. Ce capitulaire, dans un manuscrit de Gand, con- 
tient deux autres articles, dont l'un règle la vie des chanoines et des 
moines, et l'autre défend aux prêtres et aux autres clercs l'entrée des 
monastères de filles sans nécessité, et aux femmes de visiter les maisons 
des clercs (3). 

(l) Ce règlement est remarquable pour montrer combien le secret de la confes- 
sion était jugé inviolable. 

(l) On appelait faïde daus les lois barbares le droit qu'avaient les parents d'un 
liomme tué de venger sa mort par celle du meurtrier. 

(3) Chronkon Moissiacensis. — Eginard , Annales. — Le P. I.abbe , Sacr. conc.. 
t. VII, p. 1387. — Le P. Sirmond, Conc. ont. Gall,,t. II, p, 123. 



N.>1 . 



— 327 — 
Les historiens disent que ilans cette même assemblée, Charlemagne 
fit couronner empereur Louis, roi d'Aquitaine, le seul qui lui restait 
"des trois fils qu'il avait eus de ses épouses ayant le titre de reines (1) ; 
car Pépin, roi d'Italie, était mort l'an 810, ne laissant qu'un fils, nommé 
Bernard, né d'une concubine, et Charles, roi de Germanie, l'aîné de 
tous, était mort l'année suivante sans laisser d'enfants. Charlemagne 
présenta Louis à l'assemblée des évêques et des seigneurs et leur de- 
mandât 6'ils approuvaient qu'il lui donnât le titre d'empereur. Tous ré- 
pondirent unanimement que cette pensée lui était inspirée de Dieu ; et 
le dimanche suivant , la cérémonie se fit à l'église avec la plus grande 
solennité. Charlemagne, revêtu de ses habits impériaux et une cou- 
ronne sur la tête , s'approcha de l'autel , où il lit déposer une autre 
couronne, et après avoir prié longtemps avec son fils, il lui recommanda 
de s'appliquer surtout à remplir les devoirs de la religion , d'aimer 
Dieu et de garder en tout ses commandements, de protéger les églises 
et d'honorer les évêques comme ses pères, i Montrez, ajouta-t-il, de la 
€ tendresse pour vos sœurs, pour vos jeunes frères, pour vos neveux et 
i pour tous vos parents ; aimez vos sujets comme vos enfants; réprimez 
« les méchants et servez-vous de votre autorité pour les faire rentrer 
i dans le devoir ; soyez le consolateur des pauvres et des personnes 

< consacrées à Dieu ; ayez soin de choisir des officiers vertueux et dés- 
• intéressés et n'en destituez aucun sans de justes motifs; en un mot, 
j montrez-vous toujours irréprochable devant Dieu et devant les 

< hommes. » Après ces recommandations et plusieurs autres avis salu- 
taires, il demanda à son fils s'il était résolu de les suivre. Louis ré- 

(l) Les historiens reprochent à Charlemagne le grand nombre de ses femmes, car 
on lui en connaît jusqu'à neuf. Mais il est juste de supposer au moins que toutes tu- 
rent successivement ses épouses, et que celles qu'on nomme concubines, selon le lan- 
gage des lois romaines , étaient mariées néanmoins suivant les lois de 1 Eglise , quoi- 
que ce mariage n'eût pas civilement la solennité requise pour que les enfants fussent 
héritiers : rien n'autorise en effet à supposer le contraire, et c'est faire une injure gra- 
tuite à la mémoire d'un prince si admirable par sa piété et son zèle pour la religion. 
Et comment cet empereur eût-il osé faire publier cette fameuse ordonnance , où il 
met la fornication et l'adultère au nombre des péchés détestables qui font que Dieu 
frappe les royaumes des plus terribles fléaux, s'il eût donné lui-même l'exemple 
d'un crime qu'il punissait dans les autres par la prison et par la privation de 
toutes charges? Que penser aussi des conciles de Verncuil et de Uome qui le pla- 
cent au rang des grands rois qui ont remporté de grandes victoires , parce qu'ils 
étaient de grands saints? Mais disons-le avec Bossuet : ■ Charlemagne fut un 
■ prince très-chrétien dans toutes ses actions, malgré les reproches des siècles igno- 
« rants. ■ (Sermon pour l'ouverture rie l'assemblée générale du cleraè de France* 
Tan 1681.) 






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— 328 — 
pondit qu'avec h grâce de Dieu il s'y conformerait constamment. Alors 
Charlemagne lui commanda de prendre sur l'autel la couronne impé- 
riale et de se la meure sur la tête. Le peuple fit aussitôt retentir les 
acclamations de : vive l'empereur Louis ! et après la célébration des saints 
offices, Charlemagne retourna au palais, appuyé sur son fils, qui le sou- 
tenait en marchant. Ils passèrent encore quelques semaines ensemble; 
puis Louis retourna clans son gouvernement d'Aquitaine : mais le père 
et le fils ne purent se séparer sans verser des torrents de larmes, comme 
s'ils avaient prévu qu'ils se voyaient pour la dernière fois (1). 



I 




N° 788. 

CONCILE DE ROUEN. 

(rotomagfnse.) 

(L'an 815.) —Ce concile s'occupa delà discipline de l'Église. C'est 
tout ce qu'on en sait. 

N° 789. 

CONCILE DE NOYON. 

(noviomense.) 

(L'an 814.) — Windelman, évêque de Noyon, et Rotard, évéque de 
Soissons, revendiquaient mutuellement certaines paroisses, qu'ils di- 
saient être de v leur diocèse. Wulfaire, archevêque de Reims, voulant 
terminer cette contestation, assembla un concile, où, de l'avis des évê- 
ques de la province qu'il avait convoqués, il fut décidé que tous les 
lieux qui étaient au delà de l'Oise dans le territoire de Noyon appar- 
tiendraient à ce diocèse, et que les autres, qui n'étaient point dans le 
territoire de Noyon , quoiqu'ils fussent aussi au delà de cette rivière, 
dépendraient de l'église de Soissons. Cet accommodement fut souscrit 
par les évêques et les abbés du concile et par le clergé des deux 
églises (2). 

(l) Eginard, De vita Caroli , cap. 9, j 3 . — Theganus, De gestis Ludooici. — 
Adon de Vienne, Chronk. 

(a) FloJoard, Bist. eccl. Rem., Iib. 11, cap. 18. _ Chmnic. Camerense, lib. 1, 
cap. 3 7 . — Le P. Labbe , Sacr. conc, t. VII, p. ,3o3. — Le P. Hardouin , Coll. 
<onc., t. IV, p. io53. —Le P. Sirmond , Conc. ont. Gall. , t. II, p. 3*7. 






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I 



Vi. 



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- 329 — 

N° 760. 

CONCILE DE LYON. 

(lucdunense.) 

(L'an 814.) — Ce concile nomma Agobard archevêque de Lyon , à 
la place de Leidrade , qui s'était retiré dans un monastère à Soissons 
au commencement du règne de Louis (1). 



N° 761. 
II' CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTI.NOPOUTANUM 11.) 

(L'an 814.) — L'hérésie des iconoclastes s'était relevée en Orient 
par la protection de Léon l'Arménien. Ce prince, que son incon- 
stance et son hypocrisie firent surnommer Caméléon, n'avait été 
couronné empereur qu'après avoir remis au patriarche Nicéphore 
une profession de foi catholique. Mais dès la seconde année de 
son règne, enflé des succès qu'il avait obtenus contre les bulgares, 
il se déclara contre les saintes images. Il y fut excité par la prédic- 
tion d'un magicien , qui lui promit un règne de trente-deux ans avec 
une prospérité constante s'il les abolissait. L'empereur Léon se servit 
pour ce dessein d'un prêtre de Conslantinople , nommé Jean , à qui 
il fil espérer le siège patriarcal , et d'Antoine , évêque ( c 2) de Silée 
ou Perge en Pamphylie , dont il connaissait l'obséquieuse servilité. Cet 
évêque, après avoir professé le droit pendant quelque temps, avait été 
obligé de prendre la fuite pour éviter la punition de ses crimes , et 
changeant alors de nom, il avait embrassé la vie monastique et était de- 
venu abbé; puis à la faveur de quelques abus et de beaucoup d'hypo- 
crisie , il était parvenu à l'épiscopat. Il avait été élevé dans la doctrine 
catholique; mais il sacrifia sa foi pour obtenir la faveur du prince. 
Quant à Jean, il s'adonnait à la magie, et comme il se servait ordinai- 
rement d'un plat pour faire ses prédictions, on lui donna le surnom de 
Lécanomante. L'empereur ayant gagné ces deux misérables, leur fit 

(1) Adon de Vienue, Chrome. — Baluze et Cave se trompent en plaçant la re- 
traite de Leidrade à Tan 8l3. —De Lalande , Suppl. enne. Gall., p. io3. — Le 
P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. 1 8f>4- 

(2) C'est à tort que le P. Labbe lui donne le titre de métropolitain. Antoine 
tétait retiré dans un monastère appelé en latin metropolilanum ; c'est ce qui a 
mHiiil Labbe en erreur. — Le P. Mansi , Suppl. conc, t. I, p. 776, -70. 



I 



Il 

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■ 







— 330 — 
chercher dans toutes les bibliothèques des passages favorables aux ico- 
noclastes et brûler les livres qui leur étaient contraires; après quoi, 
cherchant à séduire le patriarche Nicéphore , il lui dit avec une artifi- 
cieuse douceur : i Le peuple est scandalisé du culte que nous rendons 
f aux images ; ayez un peu de condescendance pour ses préjugés et lais- 

< sons là des observances grossières, ou tâchez de m'en donner de 
• bonnes preuves, puisque l'Écriture n'en dit pas un mot. » i Ce culte, 
f répondit le patriarche , n'est-il pas suffisamment établi par l'autorité 
i de la tradition? Si l'on ne fait point difficulté d'adorer la croix et 

< l'Évangile, quoiqu'on ne trouve rien à cet égard dans l'Écriture, 
i pourquoi serait-il nécessaire d'y trouver quelque chose touchant le 

< culte des images? » Ensuite ayant appris les intrigues d'Antoine de 
Silée, le patriarche le fit venir dans une assemblée d'évêques, à laquelle 
assistèrent les patriarches d'Orient, et lui demanda s'il fallait ajouter 
foi à ce qu'on disait de lui. Cet hypocrite nia tout et donna, devant les 
évêques, une déclaration par laquelle il faisait profession d'honorer les 
saintes images et prononçait anathème contre ceux qui croyaient au- 
trement; puis, comme l'empereur lui en fit des reproches, il répondit : 
« Je me suis moqué d'eux et je voulais vous faciliter les moyens d'exé- 
< cuter vos desseins, i Alors le saint patriarche n'hésita plus à le frap- 
per d'analhème (1), 

N° 762. 

III e CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOL1TANUM III.) 

(Vers les fêtes de noël de l'an 814.) L'empereur Léon lit venir 
à Constantinople un grand nombre d'évêques , combla de caresses 
et de faveurs ceux qu'il trouva disposés à entrer dans ses vues et 
employa contre les autres toutes sortes de mauvais traitements, jus- 
qu'à les enfermer dans des cachots, où l'on cherchait à les vaincre 
par la faim. Il avait résolu de les faire entrer en conférence avec 
les iconoclastes et d'exiger qu'on prouvât le culte des images par la 
sainte Écriture. Mais le patriarche Nicéphore voyant le péril que courrait 
la loi, redoublait ses prières et exhortait les catholiques à se montrer 
inébranlables. Il réunit chez lui tout ce qu'il put trouver d'évêques et de 
moines catholiques , puis il les conduisit à la grande église où ils passè- 
rent la nuit en prières et en délibérations. Nicéphore monta sur l'am- 
bon et dit anathème à Antoine de Silée comme prévaricateur. Deux 

(i) Le P. Mansi , Suppl concil., t. I, |>. 776 et 779. 






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— 331 - 

cent soixante-dix évêques qui assistaient à ce concile, et le peuple qui 
était aussi présent, répondirent : Anathème à Antoine de Silée (1). 

Informé de celte réunion, l'empereur, craignant qu'on ne prît dans 
cette assemblée quelques résolutions contre lui, fit ordonner aux évêques 
de se rendre au palais dès que le jour serait venu. Ils s'y rendirent tous, 
et Léon prenant d'abord le patriarche en particulier, lui fit entendre 
que le seul moyen de ramener les ennemis des images , c'était de ré- 
pondre aux passages de l'Écriture dont ils appuyaient leur sentiment, 
et que s'il refusait d'entrer en conférence avec eux, on verrait claire- 
ment la faiblesse de sa cause. Le patriarche répondit que la question 
était jugée, que toutes les églises étaient d'accord pour honorer les 
images; qu'il ne pouvait entrer en dispute avec des hérétiques déjà 
convaincus et condamnés; mais que si l'on était parvenu à ébranler la 
foi de l'empereur, il était tout disposé à lui donner des éclaircisse- 
ments ; et aussitôt entrant en matière, il traita à fond la question des 
images. 

Ensuite on fit entrer les autres évêques et les abbés avec les chefs 
des iconoclastes qui logeaient dans le palais , tout le sénat et un grand 
nombre d'officiers l'épée à la main. Le patriarche s'adressant alors aux 
grands, leur demanda s'il n'était pas vrai que les images avaient été 
renversées sous les règnes de Léon-l'Isaurien et de ConstantinCopro- 
nyme; puis il ajouta : a C'est donc une preuve évidente qu'elles exis- 
< taient auparavant. > L'empereur dit aux évêques qu'il était de leur 
sentiment, et pour les persuader il tira un reliquaire orné d'images qu'il 
portait sur lui et le baisa, c Mais puisqu'il y en a plusieurs , ajouta-t-il , 
« qui sont d'un avis contraire et que la question a été portée devant 

• moi , je ne puis m'empêcher delà faire examiner. > 

Les évêques, qui connaissaient ses dispositions et son hypocrisie, re- 
fusèrent d'entrer en conférence avec les iconoclastes et représentèrent 
qu'il était contraire à toutes les règles d'agiter de nouveau une ques- 
tion examinée par un concile général et décidée par la tradition de toutes 
les Églises. Ils ajoutèrent que, clans tous les cas , c'était par les évoques 
et dans l'église qu'elle devait être examinée et non pas dans le palais. 
« Mais, répliqua l'empereur, je suis un enfant de l'Église, et je veux 
t vous écouter comme médiateur. » Michel de Synnade lui répondit : 

• Si vous êtes médiateur, pourquoi n'en tenez-vous pas la conduite? 
« Vous recevez les uns dans le palais, vous leur ouvrez toutes les biblio- 

(1) Le P. Mansi, Suppl. conc, t. I, p. 777 et 779. — VUœ Mcephori, S. Theodor. 

Stuii. ef Nicetœ. — Le P. Labbe , Sacr. conc., t. VII. p. 1290 e! 1 ->rp. The'n- 

plianes, Chronog., appenciix. 



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■ 




— 332 — 
< thèques, vous les excitez à enseigner l'erreur, tandis que vous défen- 
« dez de nous fournir des livres et qu'on nous punit partout pour nous 
c empêcher de soutenir la vérité. » Pierre de Nicée prenant ensuite la 
parole : a Comment voulez -vous , dit-il , que nous conférions avec eux, 
« quand vous les protégez si ouvertement? Les manichéens eux-mêmes 
« l'emporteraient si vous preniez leur parti, i Euthymius de Sardes 
ajouta : t Depuis plus de huit cents ans que Jésus-Christ est venu au 
e monde, on le peint et on l'adore dans son image; qui aura la har- 
« diesse d'abolir une aussi ancienne tradition? Elle a été confirmée 
« solennellement par le II e concile de Nicée ; anathème à quiconque 
« osera la combattre. » Enfin , après les évêques , saint Théodore Stu- 
dite dit à l'empereur : i Ne troublez point , Seigneur, l'ordre de l'É- 
i glise. Saint Paul dit que Dieu y a préposé des apôtres, des prophètes, 
i des pasteurs et des docteurs ; il ne parle point des empereurs. Vous 
« êtes chargé de l'État et de l'armée; prenez-en soin et laissez les 
« affaires de l'Église aux évêques et aux théologiens. » 

L'empereur, irrité de ces remontrances , chassa de sa présence les 
évêques et les abbés , en leur défendant de se réunir et de parler en fa- 
veur des images. Ensuite il ordonna à des soldats d'outrager l'image 
de Jésus-Christ placée à l'entrée du palais ; puis , feignant d'en être 
affligé , il fit enlever cette image , sous prétexte de la soustraire à de 
nouvelles profanations. Peu de jours après , tirant un crucifix de son 
sein , il l'adora devant tout le monde ; et le jour de "noël , étant entré 
dans le sanctuaire selon la coutume des empereurs de Constantinople, 
il se prosterna, au grand contentement du peuple, devant l'ornement 
de l'autel où était représenté la naissance de Jésus-Christ (1). 

N° 765. 

CONCILE DE TRÊVES. 

(tbevire.nse.) 

(Après l'an 814.) — Frotaire, évêque de Toul , écrivant à Hetti ou 
Hetton, successeur d'Amalaire , archevêque de Trêves, le prie de lui 
marquer le temps auquel il doit tenir son concile, ainsi qu'il en avait été 
nouvellement ordonné. On ne sait si Hetti en assembla un , ni ce qui y 
fut réglé (2). 

(l) Vl suprà. — Théophanes, Chronogr., appendiA. 

(a) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. i3o4. — Le P. Hartiheim, Conc. Germ., 
t. I, p. 4 3 9- — Le P. Hardouin, Coll. conc., t. IV, p. io53. — Du Chesne, HisU 
francor. seriptoi : , t. II, p. 719.] 






- 333 — ^ 

N° 764. 
* CONCILE DE CONSTANTJNOPLE. 

(CONSTANTINOPOUTANUM.) 

(Mois de février de l'an 815.) — Léon-1'Arménien cessa bientôt de 
dissimuler. Le 6 janvier de l'an 815, jour de l'épiphanie, étant venu 
à l'église il n'adora point les images, et depuis ce temps il se dé- 
clara ouverlement contre le saint patriarche de Constantinople. Il lui 
défendit de prêcher, lui retira l'administration de son église et le 
pressa de nouveau d'entrer en conférence avec les iconoclastes. Le 
patriarche répondit qu'il fallait auparavant tirer de prison les évê- 
ques catholiques, rappeler ceux qui étaient en exil, chasser les intrus 
et le rétablir lui-même dans son église. Sur cette déclaration , les évê- 
ques iconoclastes , qui prétendaient représenter le concile de la cour, 
et ceux qu'ils avaient gagnés, lui envoyèrent une sommation de compa- 
raître devant eux pour répondre à différentes accusations dirigées con- 
tre lui : mais désespérant de le fléchir, ils tentèrent de !e faire assassiner 
et défendirent ensuite, sous peine d'excommunication, dans leur pré- 
tendu concile de la cour, de le reconnaître comme patriarche et de le 
nommer à la messe, et enfin ils le déposèrent après l'avoir condamné. 

Mais, après leur avoir demandé de quel droit ils prétendaient le juger 
sans le concours ni du pape ni d'aucun patriarche, Nicéphore les excom- 
munia lui-même et écrivit à l'empereur que se voyant menacé par les 
hérétiques d'être déposé ou peut-être mis à mort, il cédait à la néces- 
sité de quitter son église. Léon ayant reçu cette lettre, le fit en- 
lever secrètement et conduire dans un monastère ; puis il assembla le 
peuple et lui fit croire que le patriarche avait abandonné son siège. 
L'Arménien voulait mettre à sa place Jean-Lécanomante; mais comme 
on lui représenta qu'il était trop jeune et trop inconnu, il nomma un 
certain Théodote ou Théodore , son écuyer, fils du patrice Michel. Ce 
nouveau patriarche fut ordonné le jour de pâques de l'an 815; il n'avait 
ni piété ni science ecclésiastique. Il continua de mener une vie toute 
mondaine , se livrant à la dissipation, aux plaisirs de la table ; et par 
mépris pour les observances monastiques, il faisait manger de la viande 
aux moines, aux clercs et aux évêques accoutumés de s'en abstenir. 

Le patriarche fSicéphorc ne lut pas plutôt chassé, que les iconoclastes 
commencèrent partout à effacer les images. Saint Théodore Studiie , 
pour réparer ce scandale , ordonna à tous ses moines de porter des 



i 






/ 



J 












III 








— 354 — 

images à la procession du dimanche des rameaux , et ils firent ainsi le 
tour du monastère en chantant des cantiques. L'empereur en ayant été 
informé, lui fit défense , sous peine de mort , de jamais rien faire de 
semblable ; mais le saint abbé n'en montra que plus de courage à ma- 
nifester sa foi et à fortifier les catholiques dans la tradition de l'É- 
glise (1). 

N° 76S. 
* III e CONCILIABULE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANCM III.) 

(Mois d'avril de l'an 815 (2).) — Après pâques, l'empereur fit tenir un 
grand concile composé des iconoclastes et des évêques qui avaient cédé à 
leurs violences. Ils s'assemblèrent dans l'église de Sainte-Sophie, ayant à 
leur tête le patriarche Théodote, surnommé Cassitère, ou Cassitête. L'em- 
pereur y fit assister son fils Symbarius, qu'il avait nommé Constantin, 
ne voulant pas y assister lui-même , pour n'être pas obligé de faire une 
souscription contraire à celle qu'il avait faite à son avènement à l'em- 
pire. Les abbés de Constaniinople qu'on y avait appelés refusèrent d'y 
venir et exposèrent leurs motifs dans une lettre que saint Théodore écri- 
vit au nom de tous. « Les canons, dirent-ils, nous défendent de traiter 

< aucune affaire ecclésiastique et principalement ce qui regarde la foi, 

< sans le consentement de notre saint patriarche Nicéphore. D'ailleurs 
t nous avons appris que cette assemblée ne tend qu'à renverser ce 
« qui a été établi par le II e concile de Nicée ; c'est pourquoi nous vous 
« déclarons que nous demeurerons fermement attachés à la tradition 
« de toutes les Églises et que nous sommes disposés à tout souffrir, 
« même la mort, plutôt que d'abandonner la foi. » 

Ce conciliabule confirma, dans sa première session, celui qui avait 
été tenu sous Copronyme l'an 754, proscrivit de nouveau les saintes 
images, condamna le II e concile de Nicée et les patriarches ortho- 
doxes. Dans la seconde session, on fit venir quelques évêques catho- 
liques qu'on espérait intimider. Mais comme ils se montrèrent inébran- 
lables, on les jeta par terre, on leur mit le pied sur la gorge, et après 

(i) Vilœ S. Theodor., S. iVtcete et S. Nicephori. — Tbéophaues, Cttronogr., ap- 

pendix Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VII, p. 1295.— Le P. Mansi, Suppl, conc., 

t. I, p. 778 et 781. 

(3) L'an 81 4, d'après le P. Labbe, qui se trompe évidemment, puisque le conti- 
nuateur de Théophaues assure que celte assemblée se tint après les fêtes de pâques, 
c'est-à-dire après les calendes d'avril. 



- 



— 335 — 

les avoir chargés de coups jusqu'à les mettre tout en sang, on les livra 
à des satellites qui les menèrent ignominieusement en prison. On traita 
de la même manière les plus illustres abbés, qui, à l'exemple des évê- 
ques, ne se laissèrent vaincre ni par les promesses ni par les menaces. 
La troisième session fut employée à dresser et à souscrire une défini- 
tion de foi contre les images, qui fut souscrite par les évoques icono- 
clastes et par le jeune empereur (1). 

Après ce conciliabule, les iconoclastes redoublèrent de hardiesse et 
de violence. On effaça les images sur les murs des églises, sur les orne 
menis, sur les vases sacrés; on brisa à coups de hache les tableaux 
peints sur du bois, et on en lit des feux de joie sur la place publique. 
On persécuta les catholiques, principalement les moines et le clergé. 
Entre Iesévêques qui souffrirent à cette occasion, les plus célèbres sont 
Michel de Synnade et Théophylacte de INicomédie, tous deux disciples 
du saint pairiarche Taraise, qui les avait tirés de la vie monastique pour 
les faire métropolitains ; Eulbymius de Sardis, qui avait déjà signalé 
son zèle et ses lumières au concile de Nicée, Emilien de Cyzique et 
Georges de Mitylène, métropole de l'ile de Lesbos. Entre les abbés per- 
sécutés, on doit citer comme les plus illustres saint Théodore Studite, 
saint Théophane, abbé de Singriane, saint Nicétas de Médicion, saint 
Macaire de Palécite et saint Jean des Cathares. Ce dernier avait prédit à 
ses disciples la persécution de Léon-1'Arménien, qui en effet envoya des 
soldats avec ordre de disperser les moines, de piller le monastère et 
d'amener l'abbé chargé de chaînes à Constantinople. Comme il repro- 
cha sans crainte à l'empereur son impiété, il fut frappé rudement au 
visage avec un nerf de bœuf et renfermé dans une obscure prison, où il 
demeura un an et demi les fers aux pieds. Saint Macaire, si renommé 
par ses miracles qu'on le surnomma le thaumaturge, eut à souffrir plu- 
sieurs tourments et demeura en prison pendant tout le règne de l'Ar- 
ménien. 

Saint Théodore Studite fut chassé de Constantinople et enfermé dans 
une forteresse près d'Apollonie. Les iconoclastes exercèrent aussi leur 
foreur sur ses disciples , dont l'un , nommé Thaddée , expira sous les 
coups de fouet. Parmi les laïques qui signalèrent leur attachement à la 
foi, on remarque le patrice Nicétas, parent de l'impératrice Irène. Dès 
qu'il vit l'empereur déclaré contre les images, il renonça à toutes les di- 

(i) VOa S. Theodor. Studit., S. Nieephorl et S. Nicetr. — Thi ; npl.anes, Chro- 
nogr., appeudix. — Le P. Labbe, Suer, conc., t. VII, p. 1299. — I* P. Mansi, 
Suppl. conc., t. I, p. 778 et 783. 






I 



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I ! 




1 






— 556 — . 

gnités pour embrasser la vie monastique. Ensuite ayant reçu l'ordre de 
brûler une image de Jésus-Christ ou de !a livrer, il refusa d'obéir et fut 
envoyé en exil, où il mourut après de longues souffrances. 
•' ; Cependant, comme l'exil n'ébranlait point les défenseurs delà foi, 
l'empereur fit venir à Contantinople plusieurs abbés et les fit enfermer 
dans des prisons obscures où ils n'avaient pour lit que la terre nue, ni 
d'autre nourriture qu'une once de pain moisi et un peu d'eau infecte 
qu'on leur faisait passer par un trou. Mais voyant qu'ils étaient dispo- 
sés à mourir plutôt que d'embrasser l'hérésie, il leur fit dire par Jean 
Lécanomante, qu'on ne voulait point les forcer à trahir leur foi et que 
s'ils voulaient seulement pour le bien de la paix communiquer avec le 
patriarche Théodote, on les renverrait à leurs monastères. Plusieurs se 
laissèrent séduire, et étant sortis de prison, ils travaillèrent à entraîner 
les autres. Saint Nicétas de Médicion, par déférence pour des vieillards 
qu'il regardait comme ses maîtres, céda lui-même à leurs instances. Us 
allèrent lous ensemble dans un oratoire dont on avait respecté les 
images et communièrent de la main de Théodote, qui, pour mieux les 
tromper, dit anathème à ceux qui n'adoraient point l'image de Jésus- 
Christ. Mais saint Nicéias se repentit bientôt de sa faiblesse, et pour 
la réparer il témoigna hautement qu'il persistait dans ses premières 
dispositions et qu'il ne voulait point communiquer avec les iconoclastes 
ni avec leurs partisans. Cette déclaration lui attira les plus indignes 
traitements. Il fut enfermé de nouveau dans une étroite prison, où il de- 
meura jusqu'à la mort de Léon l'Arménien. 

Saint Jean, abbé des Cathares, et saint Théophane de Singriane furent 
aussi amenés un peu plus tard à Constantinople dans l'espoir de les sé- 
duire ou de les vaincre par la faim et les mauvais traitements ; mais 
rien ne fut capable de les ébranler. Saint Jean fut relégué dans la pri- 
son d'un château jusqu'à la mort de l'empereur. Saint Théophane, ac- 
cablé d'infirmités, demeura enfermé deux ans dans un cachot du palais 
Eleuthère ; puis il fut relégué dans l'île de Samothrace, où il mourut au 
bout de trois semaines (1). 

La fermeté de saint Théodore Studile était trop connue pour qu'on 
eût pensé à le rappeler. On le transféra, au contraire, dans une prison 
plus éloignée, avec défense de le laisser parler à personne. L'empereur 
ordonna ensuite de le fouetter cruellement. Mais l'officier chargé de 
l'exécution, en voyant ce corps exténué par les jeûnes, fut tellement 
attendri , qu'il eut recours à un stratagème pour tromper les gardes 

(l) VitaS. Mcetcr. 



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i l: 



— 337 — 

par une flagellation apparente. Le saint abbé, malgré la vigilance et la 
précaution de ses persécuteurs , trouva le moyen d'écrire de tous côtés 
en faveur de la doctrine catholique. Il s'adressa d'abord au pape Pascal 
pour réclamer l'intervention de son autorité apostolique. < Écoutez, lui 

• dit-il, pasteur établi de Dieu sur le troupeau de Jésus-Christ, vous 
c qui avez reçu les clefs du royaume céleste, pierre sur laquelle est bâ- 
« lie l'Église catholique ; car vous êtes Pierre, puisque vous remplissez 
« son siège ; c'est à vous que le Fils de Dieu a dit de confirmer vos 

• frères, en voici le temps et l'occasion. Venez à notre secours, Dieu 
i vous en a donné le pouvoir, puisque vous êtes le chef de tous. Que 

• toute la terre sache que vous frappez d'anathème ceux qui ont osé 

• condamner les Pères, i 

Le patriarche Théodote écrivit de son côté au Souverain-Pontife et 
lui envoya des apocrisiaires. Mais le pape refusa de les recevoir. Saint 
Théodore Studite lui en témoigna sa reconnaissance au nom des catho- 
liques par une lettre où il dit : « Vous êtes, dès le commencement, la 
« source pure de la foi orthodoxe et le port assuré de toute l'Église 
t contre les tempêtes excitées par les hérétiques. » Le pape Pascal prit 
vivement la défense de la foi. Il envoya des légats avec des lettres pour 
condamner les iconoclastes et soutenir la cause des images. Mais cette 
démarche ne produisit d'autre effet que d'encourager les catholiques sans 
adoucir leur sort. Il ouvrit un asile a Rome pour ceux que la persécu- 
tion obligeait de fuir et fonda près de la nouvelle église de Sainte-Pra- 
xède un monastère où il établit des moines grecs , qui faisaient en leur 
langue les offices du jour et de la nuit (1). 

Saint Théodore Studite écrivit également aux patriarches d'Orient, et 
dans sa lettre à celui d'Alexandrie il dépeint ainsi la persécution des 
iconoclastes : < Les autels sont renversés et les églises profanées. Les 
« évéques , les prêtres, les moines et les laïques sont sans courage. Les 
« uns ont perdu la foi ; d'autres en la conservant ne laissent pas de 
« communiquer avec les hérétiques. Il en reste cependant qui n'ont pas 
« fléchi le genou devant Baal , et notre patriarche (Nicéphore) est de 

< ce nombre. Mais ils ont eu à souffrir toutes sortes d'outrages et de 

< tourments; les uns ont été flagellés, mis en prison et réduits à un peu 
« de pain et d'eau ; d'autres ont été condamnés à l'exil ou obligés de 
« prendre la fuite. Plusieurs errent sur les montages et dans les forêts , 
« sans autre abri que des cavernes. Quelques-uns ont fini leur martyre 
« sous les coups de fouet ; d'autres ont été jetés pendant la nuit dans la 



(■) Anaslase, Vitœ pontifie 

T. III. 



- Saint Théodore Studite, Ephtolœ, lib, n. 
22 







*■ 



II 




— 538 — 

i naer enfermés dans des sacs. Enfin on prononce anathème contre les 

< Pères ; on instruit la jeunesse dans l'erreur par les livres qu'on dis- 

< tribue à ceux qui tiennent les écoles. Il n'est plus permis de parler de 
i la saine doctrine. Tout est plein d'espions pour rapporter à l'empereur 

< tout ce qui se dit ou se fait contre ses volontés. Si quelqu'un refuse de 
i communiquer avec les hérétiques ; s'il garde des images ou des livres 
I écrits pour leur défense ; s'il donne asile à un exilé ou des secours à 
« un prisonnier , on ne l'a pas plutôt découvert qu'il est arrêté, déchiré 
* de coups et banni. Nous implorons donc votre assistance et le secours 
« de vos prières, i Le patriarche de Jérusalem envoya quelque temps 
après deux moines à Constantinople pour soutenir les catholiques; 
mais l'empereur, à qui ils reprochaient son impiété , les fit battre de 
verges et les relégua sur les bords du Pont-Euxin , avec défense de leur 
procurer ni vêtements ni nourriture. 

Comme rien ne pouvait ralentir le zèle de saint Théodore , et que par 
ses discours ou par ses écrits il avait ramené plusieurs iconoclastes , 
l'empereur ordonna de le resserrer davantage et de le flageller de nou- 
veau. On lui donna cent coups de fouet et on l'enferma dans une pri- 
son infecte , où il demeura trois ans dévoré par la vermine et souffrant 
la faim , la soif, le froid en hiver et une chaleur insupportable en été. 
Mais le respect qu'inspiraient ses vertus et les présents donnés par les 
fidèles à ses gardes lui ménagèrent encore les moyens d'écrire un grand 
nombre de lettres. Une de ces lettres étant tombée entre les mains de 
l'empereur, il l'envoya au gouverneur de la province avec ordre de châ- 
tier si bien le saint abbé qu'il n'eût plus envie de recommencer. On lui 
donna cent coups de fouet avec une telle violence que ses chairs tom- 
baient en lambeaux et qu'il demeura sans mouvement et sans connais- 
sance. Il eut à souffrir pendant trois mois des douleurs extrêmes , et il 
n'était pas encore entièrement guéri, lorsqu'un officier vint l'enlever 
pour le conduire à Smyrne avec un de ses disciples, nommé Nicolas, dé- 
tenu dans la même prison. Cet officier les accabla l'un et l'autre d'in- 
jures et de coups ; le jour on les pressait de marcher, et la nuit on 
leur mettait des entraves aux pieds. Enfin, lorsqu'ils furent arrivés à 
Smyrne, on les remit entre les mains de l'archevêque, un des chefs des 
iconoclastes, qui renferma Théodore dans un cachot souterrain, où il 
demeura dix-huit mois. Il y reçut pour la troisième fois cent coups de 
fouet et ne recouvra sa liberté qu'à la mort de l'empereur Léon (1). 

(i) Vite S.TheodorietNicol. 



V3M 






— 359 — 

N° 766. 
CONCILE DE CELCHYT OU CALCHUT, EN ANGLETERRE. 

(CELICHYTENSE.) 

(Le 27 juillet de l'an 816 (i).) - Wulfred, archevêque de Cantor- 
béry, présida ce concile, assisté de douze évêques de diverses provinces 
et de plusieurs abbés , prêtres et diacres. Kénulplie, roi des merciens, y 
fut présent avec plusieurs seigneurs de son royaume. On y fit les onze 
canons suivanls (2) : 

1 er canon. Ce canon renferme l'exposition de la foi catholique suivant 
la doctrine contenue dans les anciens canons. Tous les évêques s'enga- 
gèrent à l'observer et à l'enseigner aux autres. 

r canon. Les églises nouvellement bâties seront consacrées par 
l'évêque diocésain avec l'aspersion de l'eau bénite et les autres céré- 
monies prescrites par le rituel. On y conservera l'Eucharistie avec des 
reliques dans une petite chasse ; et s'il n'y a point de reliques, l'Eucha- 
ristie consacrée par l'évêque suffira, comme étant le corps et le sang 
de Jésus-Christ. On devra y mettre quelque peinture , pour marquer à 
quel saint l'église ou l'autel est dédié. (Ces derniers mots sont une 
preuve de la foi des Églises d'Angleterre touchant le culte des images.) 

3 e canon. Pour conserver la paix et la charité entre nous, on ne doit 
pas se contenter de croire de la même manière, mais on doit s'unir 
encore de paroles et d'actions dans la sincérité et dans la crainte de 
Dieu. 

4 e canon. Que les évêques choisissent, chacun dans leur diocèse, les 
abbés et les abbesses, du consentement de la communauté. 

5 e canon. Qu'on ne permette aux écossais de faire aucune fonction 
eccles.astique, comme de baptiser, de célébrer la messe, de donner 
l'Eucharistie, parce qu'on ne sait pas par quel évêque ils ont été or- 
donnés. 

6 e canon. Qu'on ne casse point les jugements rendus dans un synode 
par les évêques, et que tout autre acte confirmé par le signe de la croix 
son inviolablement observé. (Le signe de la croix était en effet regardé 
comme une espèce de serment.) 

7 e canon. Que les évêques , les abbés et les abbesses n'aliènent aucun 

(,) Ce concile est daté du 6 des calendes d'août, .nd.cion «., ao . année du règne 
ae KenuJphe, roi des merciens. 

W Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. ,434. - Wilkins, Conc. Bib., t. I 
p. 109. _ Spelman, Concil,, t. I, p. 3^7. 



I 



H 



II 



Î7 



— 340 — 
fonds des églises et des monastères que pour la vie d'un homme et du 
consentement de la communauté ; que les titres demeurent e- outre 
au monastère. 

8* canon. Que les monastères où l'on a établi la vie régulière de- 
meurent toujours en cet état , et que l'abbé ou l'abbesse soient bénis 
par l'évêque. 

9' canon. Que chaque évêque conserve une copie des jugements ren- 
dus dans le concile, avec le nom de l'archevêque qui y aura présidé, et 
la date de l'année où il aura été assemblé. 

10 e canon. A la mort d'un évêque, que la dixième partie de son bien, 
soit en bétail , soit en autres espèces, soit donnée aux pauvres ; qu'on 
affranchisse tous ses serfs anglais ; qu'on s'assemble en chaque église 
au son de la cloclie pour y réciter trente psaumes; que chaque évêque 
et chaque abbé fassent dirent six cents psaumes et cent vingt messes ; 
qu'ils affranchissent trois serfs et qu'ils leur donnent à chacun trois 
sols ; que chaque moine et chaque clerc jeûne un jour, afin de procurer 
au défunt une place dans le royaume éternel par un suffrage commun. 
(Ainsi on joignait l'aumône et les jeûnes aux prières pour les morts.) 

11* canon. Que les évêques n'usurpent point les paroisses d'un autre 
diocèse et qu'ils n'y fassent aucune fonction épiscopale , comme de con- 
sacrer des églises et d'ordonner des prêtres , toutefois à l'exception de 
l'archevêque , parce qu'il est le chef des évêques de sa dépendance. 
Que les prêtres n'entreprennent point de grandes affaires sans le con- 
sentement de leur évêque ; que dans l'administration du baptême ils ne 
se bornent pas à répandre de l'eau sur la tête de l'enfant, mais qu'ils 
le plongent dans le lavoir, suivant l'exemple donné par le Fils de Dieu, 
qui fut plongé trois fois dans le Jourdain. (Cela nous fait voir que dans 
les pays froids on commençait dès lors à introduire le baptême par in- 
fusion.) 









;N° 767. 
1" COiVCJLK D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aqlisgranense i.) 

(Mois d'octobre de l'an 816 (I).) — La troisième année de son règne, 
l'empereur Louis réunit un nombreux concile à Aix-la-Chapelle , où il 
lit dresser par les évêques une règle pour les chanoines et une autre 

(i) Ce concile est daté de la 3» année du règne de Louis, tils de CharlrmajjDe, 
indiction x% vers la fin de l'automne; et suivant quelques auteurs, du mois de 
septembre de celte même année. 



— 341 — 

pour les chanoinesses, avec un recueil d'instructions tirées des anciens 
canons et des écrits des saints Pères. Le principal auteur de cette col- 
lection fut Amalaire , diacre de l'église de Metz , à qui l'empereur four- 
nit pour ce travail tous les livres nécessaires. Le dessein de ce prince 
était de soulager les simples et ceux qui , faute de livres ou de capacité, 
ne pouvaient s'instruire par eux-mêmes, et en même temps d'établir 
l'uniformité dans la vie des clercs et de les faire tous marcher, supé- 
rieurs et inférieurs, dans la voie qu'ils avaient choisie. La règle des cha- 
noines contient cent quarante-cinq articles, dont les cent treize pre- 
miers ne sont que des extraits des Pères et des conciles , touchant les 
devoirs des évêques et des clercs , de saint Jérôme , de saint Augus- 
tin, de saint Grégoire-le-Grand , de saint Isidore, des livres de ta vie 
contemplative, que le concile d'Aix-la-Chapelle attribue à saint Prosper, 
mais qui sont de Julien Pomère(l); des conciles de Nicée, d'Ancyre, d« 
Néocésarée, de Gangres , d'Antioche , de Laodicée , de Calcédoine , de 
Sardique, de Carthage , de plusieurs autres conciles d'Afrique ; des dé- 
crets de saint Léon et du pape Gélase. Ces extraits furent approuvés par 
les évêques du Concile , qui adoptèrent ensuite les trente-deux derniers 
règlements (2). 

l' r article. De la tonsure des clercs (5). 

2 e article. Des portiers (&). 

ô" article. Des lecteurs (5). 

I e article. Des exorcistes (6). 

5 e article. Des acolythes (7). 

6 e article. Des sous-diacres (8). 

7 e article. Des diacres (9). 

8 e article. Des prêtres (10). 

(i) De Lalande, Suppl. conc. Gall., p. 353. 

(2) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. ,3o 7 . — Le P. Sntmoud, Conc. anl. 
Gall., t. II, p. 32 9 . — Le P. Hardouin, CoH. conc., t. IV, p. io55. —Le P. Harlz- 
heiro, Conc. Germ., t. 1, p. 43o. — Adémare , Clironic. — Ce concile a i lé im- 
primé sous le titre de Reformatio abusuum cleri per Ludovicum imperatorem. — 
Nous rapporterons en substance les cent treize premiers articles, en ayant soin d'in- 
diquer les ouvrages des Pères et des conciles d'où ils sont extraits. 

(3) Extrait de S. Isidore, Ecoles, offic, lib. 11, cap. /j. 

(4) Idem, 

(5) Idem, 

(6) Idem, 

(7) Idem, 

(8) Idem, 

(9) Idem, 

(10) Idem, 



idem, cap, ,4, 

idem. caUi u c t ij. 

idem, ca p. ,3. 

Etymol,, lib. vu, cap. 13. 

De offic, lib. 11, cap. 10 ; IV' concile de Carthfige. 
idem, ca p. 8. 

idem, cap. 7. 



Il 






\A 













— 542 — 
9 e article. Des évêques (1). 
10> article. Des évêques (2). 
H" article. Des évêques (3). 
12 e article. Des pasteurs de l'Église (4). 

13 e article. Quels sont ceux qui doivent être élus pasteurs des 
âmes (5). 

14 e article. Que les indignes et les ignorants n'osent point exercer 
le pouvoir pastoral (6). 

15» article. Que les indignes ne soient point préposés au gouverne- 
ment de l'Eglise (7). 

16e article. Que les ignorants ne soient point préposés au gouverne- 
ment de l'Eglise (8). 

17- article. De ceux qui peuvent être utiles dans le gouvernement 
de l'Eglise , mais qui pour vivre dans le repos refusent celte charge (9). 

18« article. Des chefs de l'Église (10). 

19 e article. Les évêques qui veulent se sanctifier doivent embras- 
ser la vie contemplative (H). 

20* article. De la doctrine que doivent enseigner les chefs de l'E- 
glise et des exemples qu'ils doivent donner (12). 

21 e article. De l'humilité des chefs de l'Église (13). 

22= article. De l'humilité des chefs de l'Église (14). 

23 e article. Du discernement qu'il faut mettre dans l'enseignement 
de la doctrine (15). 

24 e article. De quelle manière les supérieurs doivent instruire leurs 
inférieurs et s'examiner eux-mêmes par une sage prévoyance (16). 

(1) S. Isidore, De offic, cap. 5. — S. Augustin, De Civitate Dei, lib. xu, 
cap. 19. 

(2) S. Jérôme, Epistola ad Titum. 

(3) Idem, Epistola ad Oceanum. 

(4) S. Augustin , Ad pastores. 

(5) S. Grégoire, Pastor., p. I, in prooemio ; p. Il, cap. 11, 16 ; lib. i> cap. 10. 

(6) Idem, Prolog, pastoralis. 

(7) S. Isidore, Sententiœ, lib. 111, cap. 34. 

(8) Idem, idem, cap. 35. 

(9) S. Grégoire , Pastor., lib. 1, cap. 5. 

(10) S. Isidore, Sententiœ, lib. m, cap. 33. 

(11) S. Proper, De vitâ contetnplativâ, lib. I, cap. i3. 

(12) S. Isidore, Senientiœ, lib. 111, cap. 36. 
(i3) S. Grégoire, Pastor., lib. 11, cap. 4. 
(i4) S. Isidore, Sententiœ, lib. m, cap. 4 2 . 

(15) Idem, idem, cap. 43. 

(16) S. Grégoire, Prolorj., lib. ni; Pastor., lib. n, cap. 3. 






— 345 — 

45' article. Du silence des docteurs (1). 

26 e article. Il ne sert de rien à un évêque de bien vivre, s'il ne ré- 
primande point ceux qui vivent mal (2). 

27 e article. Des pasteurs dont la conduite n'est pas droite (3). 

28 e article. De la négligence de l'évoque qui ne peut remplir les 
fonctions de docteur (4). 

29 e article. De ceux qui enseignent bien et qui vivent mal (5). 

30* article. Des dangereux exemples que donnent les mauvais évé- 
qnes (6). 

31» article. Des préposés au gouvernement de l'Église qui vivent 
selon la chair (7). 

52 e article. Affligeante description des évèques qui vivent selon la 
chair (8). 

33 e article. Des docteurs prompts à se mettre en colère (9). 

34* article. Du zèle que le pasteur doit mettre dans l'accomplisse- 
ment de son devoir envers ceux qui lui sont soumis (10). 

55 e article. Que les évoques n'aient rien en propre et qu'ils se ser- 
vent des biens de l'Eglise comme d'une chose commune dont ils ren- 
dront un jour compte à Dieu (11). 

36« article. Que les évèques soient instruits de la discipline de 
l'Eglise, afin de pouvoir punir ceux qui pèchent (12). 

37 e article. Du pouvoir donné aux évèques de lier et de délier (13). 

38» article. Des évèques qui acceptent volontairement des présents 
pour conférer le sacerdoce (14). 

39 e article. Le grand Concile défend absolument à l'évêque, au 
prêtre , au diacre et à tous ceux qui sont dans la cléricature d'avoir 
chez eux aucune femme sous-introduite , si ce n'est leur mère , leur 

(r) S. Isidore, Sententim, lib. m, cap. 44. 

(2) S. Prosper, De vitâ vonlemplativà, lib. I, cap. 2n. 

(3) S, Grégoire, Pastor., lib. 1, cap. 2. 

(4) S. Prosper, De viUÎ contemplativù, lib. 1, cap. i5. 

(5) S. Isidore, Sententir, lib. 111, cap. 3-j . 

(6) Idem, idem, cap. 38. 

(7) Idem, idem, cap. Sg. 

(8) S. Prosper, De vilà contemplativd, lib. I, cap. 51.' 

(9) S. Isidore, Sentenliœ, lib. ni f cap. 4o. 

(m) S. Grégoire, Super Ezeeliiel., lib. I,hom, 12. 

(11) S. Prosper, De vità contemplativù, lib. 11, cap. 9, 

(12) S. Isidore, SentenUa, lib. m, cap. 4f». 
(i3) S. Grégoire, Jiomitia 26, in Joannem 20. 

(i4) S. Grégoire, ffomilia j, m euanqelium Mutthni 10. 






Il 




— 344 — 

sœur, leur tante ou telles autres personnes qui ne puissent faire naître 
aucun soupçon (1). 

40' article. Parce que plusieurs de ceux qui sont engagés dans l'é- 
tat ecclésiastique, oubliant celte parole de l'Écriture-Sainte : « Il n'a 
point prêté son argent à usure , » s'abandonnent à l'avarice et à un in- 
térêt sordide et dans leur trafic exigent les centièmes ; le saint et grand 
Concile ordonne que si, après ce règlement, il se trouve quelqu'un qui 
prenne quelque usure à raison d'un prêt, ou qui cherche quelque ma- 
nière semblable de gagner ; qui exige un demi pour un qu'il a prêté, 
ou qui invente quelque autre moyen honteux de faire du profit , qu'il 
soit chassé du clergé et regardé comme un étranger parmi les ecclé- 
siastiques (2). 

41" article. Il est venu à la connaissance du saint et grand Concile, 
qu'en certains lieux et en certaines villes, les diacres donnent l'Eucha- 
ristie aux prêtres, quoique ni les canons, ni la coutume ne permettent à 
ceux qui n'ont pas le pouvoir d'offrir le corps de Jésus-Christ de le don- 
ner à ceux qui l'offrent, lia été aussi rapporté qu'il y a même des dia- 
cres qui prennent l'Eucharistie avant les évêques. Qu'on abolisse donc 
ces abus et que les diacres demeurent dans les bornes de leurs fonc- 
tions, comme étant les ministres des évêques et inférieurs aux prêtres ; 
qu'ils reçoivent l'Eucharistie en leur rang, après les prêtres, de la main 
de l'évêque ou du prêtre ; qu'ils ne se permettent pas non plus de 
s'asseoir parmi les prêtres; car cette pratique est contraire aux canons 
et à l'ordre. Et si quelqu'un refuse d'obéir à ce règlement , qu'il soit 
interdit du diaconat (3). 

42« article. A l'égard des excommuniés, soit du clergé, soit des 
laïques , que les évêques observent dans chaque province le canon qui 
défend que les uns reçoivent ceux que les autres ont chassé. Mais qu'on 
examine si ce n'est point par faiblesse, par animosité , ou par quelque 
autre passion, que l'évêque les a excommunié?. Et afin que cet examen 
puisse se faire dans l'ordre, il a été jugé à propos d'ordonner qu'il se 
tienne tous les ans deux conciles dans chaque province , où tous les 
évêques comprovinciaux assemblés connaîtront de ces sortes de ques- 
tions. Ainsi, tout le monde reconnaîtra pour légitimement excommuniés 
ceux qui seront convaincus d'avoir offensé leur évéque, jusqu'à ce que 
l'évêque ou l'assemblée trouve bon de donner en leur faveur un juge- 



1 



(i) I e ' concile de Nicec, 3 e canon. 
(^) Idem, 17= canon. 

(3) Weui, 18 e canon. 






%2*i 



— 345 — 
ment moins rigoureux. Que ces conciles se tiennent, l'un avant la qua- 
ranlainede pâques, afin qu'ayant banni toute sorte d'animosité, l'of- 
frande qu'on fera à Dieu soit pure; l'autre vers la saison de l'automne (1). 

43« article. A cause des troubles et des séditions qui arrivent sou- 
vent , il a été jugé absolument nécessaire d'abolir une coutume qui s'est 
introduite en divers endroits , contrairement à la règle de l'Église, et de 
défendre que ni un évêque, ni un prêtre, ni un diacre passent d'une 
ville à une autre. Et si quelqu'un , après la défense du saint et grand 
Concile, entreprend quelque chose de semblable, ou favorise une telle 
entreprise , que tout ce qu'il aura fait soit nul et qu'il soit rendu à l'E- 
glise dont il avait été auparavant ordonné évêque, prêlre ou diacre (2). 

44 e article. Que les canons des saints Pères soient observés à l'é- 
gard des évêques et des clercs qui passent d'une ville à une autre (3). 

4S e article. Que les prêtres, les diacres et généralement tous ceuv 
dont les noms sont inscrits dans le catalogue des clercs , qui, témérai- 
rement et sans avoir devant les yeux ni la crainte de Dieu , ni les ca- 
nons ecclésiastiques , abandonnent leur église, ne soient point reçus 
dans une autre ; mais qu'on les contraigne à retourner dans leurs pa- 
roisses, ou qu'ils soient excommuniés s'ils refusent. Et si quelqu'un 
entreprend audacieusement d'enlever un clerc à la juridiction d'un 
autre et de l'ordonner dans son Église, sans le consentement de l'é- 
véque qu'il a quitté, qu'une pareille ordination soit nulle (4). 

46« article. Parce qu'il y a eu quelques-uns qui, le dimanche et du- 
rant les cinquante jours du lemps de Pâques , font la prière à genoux , 
le saint Concile ordonne , afin que l'uniformité règne dans toutes les pa- 
roisses, que ces jours-là on prie debout (5). 

47' article. Si un évêque déposé par un concile , si un prêtre ou un 
diacre déposé par son évêque ose célébrer les saints mystères, qu'il ne 
puisse plus être rétabli dans un autre concile selon l'ancienne coutume 
et que ses défenses ne soient plus écoulées. Que tous ceux qui , connais- 
sant sa condamnation , oseront communiquer avec lui , soient chassés de 
l'Église (6). 

48" article. Si un clerc, de quelque rang qu'il soit, est condamné 
pour un crime par le jugement de son évêque , il ne doit être dé- 
fi) I" concile de N'icée, 5e canon. 

(î) Idem, ij„ canon. 

(3) Concile de Calcédoine, 5 e canon. 

(4) I" concile de Nicée, i6 c canon. 

(5) Idem, 2o e canon. 

(6) Concile d'AmiocIic, 4 e canon. 



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II 



■ 



— 546 — 
fendu ni par son Église qu'il a gouvernée, ni par qui que ce soit M) 
49< article. Aucun étranger ne doit être reçu , s'il n'est muni de lettres 
de paix ou de recommandation (2). 

50» article. Un clerc ne peut être en même temps membre du clergé 
de deux villes. Que celui qui , par ambition , passe d'une Église à une 
autre soit forcé de retourner à l'Église pour laquelle il a été ordonné. Et 
si un clerc se trouve transféré de cette seconde Église dans une autre, 
qu'il n'ait aucune part aux affaires de sa première Église , des oratoires et 
des hôpitaux qui en dépendent. Si quelqu'un tombe à l'avenir dans celte 
faute, qu'il soit déposé (3). 

51 e article. On ne doit laisser faire aucune fonction aux ecclésias- 
tiques étrangers que l'on ne connaît point, s'ils n'ont des lettres de re- 
commandation de leur évêque (4). 

52» article. Un évêque ni un clerc ne doivent point voyager sans lettres 
canoniques (5). 

53» article. L'évêque Osius a dit : Si un diacre, un prêtre, ou un 
autre clerc , excommunié par son évêque, s'en va trouver un autre évê- 
que, que celui-ci, s'il connaît l'excommunication qui pèse sur ce clerc , 
ne le reçoive point à la communion , sous peine d'en répondre devant les 
évêques assemblés. Tous les évêques dirent : Ce décret conservera la paix 
et la concorde (6). 

54 e article. Celui-là s'est condamné lui-même, évêque ou simple 
clerc , qui ayant été excommunié pour avoir négligé de comparaître , 
continue de communiquer sans avoir été entendu (7). 

55» article. L'évêque Janvier a dit : Qu'il vous plaise de défendre aux 
évêques d'ordonner ou d'attirer dans leurs paroisses les clercs d'un autre 
évêque. Tous les évêques dirent : Cela nous plaît de le défendre , afin 
que nul n'ose le faire (8). 

56 e article. Que celui qui aura rempli une seule fois les fonctions de 
lecteur dans une Église ne soit point retenu dans le clergé ou d'une 
autre Église (9). 

57» article. Si un clerc ou un diacre refuse, dans les cas de néces- 

(i) Ve concile de Carthage, 2 canon. 

(2) Concile d'Antioche, 7e canon. 

(3) Concile de Calce'doine, 10e canon. 

(4) Idem, i3 e canon. 

(5) Concile de Laodicée, 4te canon. 

(6) Concile de Sardique, i3e canon. 

(7) ^'c concile de Carihage, 29e canon. 

(8) Concile de Sardique, i5 e canon. 

(9) Concile d'Afrique , 5-]' canon. 



— 347 — 



site , d'être élevé par son évêque à un degré supérieur, qu'il soit privé 
du ministère de son grade (I). 

58e article. Que personne n'ose retenir un clerc sans le consentement 
de son évêque (2). 

59 e article. Que nul , évêque ou clerc , ne lasse des festins dans les 
églises , à moins que la nécessité ne le force de s'y rafraîchir en voyage. 
Qu'il soit aussi interdit au peuple d'y célébrer des festins , autant que cela 
peut se faire (3). 

60» article. Il est défendu à tous ceux qui se sont voués au saint mi- 
nistère, aux prêtres, aux diacres, aux sous-diacres, aux lecteurs, aux 
chantres , aux exorcistes, aux portiers, aux moines et à tous ceux qui 
ont fait vœu de continence d'entrer dans les cabarets (4). 

(51 e article. Ce canon condamne l'avarice chez les clercs aussi bien 
que chez les laïques (5). 

62 e article. Les clercs aussi bien que les laïques ne doivent exiger au- 
cune usure (6). 

63 e article. Les prêtres et les diacres qui s'abstiennent de manger 
de la chair doivent être tenus d'en goûter. Mais , s'ils s'en abstiennent , 
comme d'une chose mauvaise , de sorte qu'ils refusent même de manger 
des légumes que l'on aurait fait cuire avec de la viande, comme si les 
règlements ne le permettaient pas , qu'ils soient déposés (7). 

64 e article. Il ne doit y avoir que sept diacres dans chaque ville , 
quelque grande qu'elle soit, ainsi qu'il est enseigné dans le livre des 
Actes des Apôtres (8). 

65 e article. Si quelqu'un blâme celui qui mange de la chair, mais qui 
s'abstient du sang et des viandes étouffées ou immolées , qu'il soit ana- 
Ihème (9). 

66 e article. Si quelqu'un donne ou reçoit des oblations faites à 
l'Église , sans le consentement de l'évêque ou de celui qui est chargé de 
leur distribution aux pauvres , qu'il soil anatbème (10). 

67° article. Si quelqu'un de ceux qui ont fait au Seigneur vœu de 

(i) Vie concile de Cartilage, 3i e canon. 

(2) S. Léon pape, Epistola 82 ad Ànastasiuau 

(3) Concile d'Afrique, 9 canon. 

(4) Concile de Laodicée, 55 e canon. 

(5) Concile de Carlhage, 5 e et 1 er conc. de Carth., i3 e canon. 

(6) S. Léon pape, Epistoia 1. 

(7) Concile d'Ancyre, i3 e canon. 

(8) Concile de Nëocésarëe, i4e canon, 

(9) Concile de Gangres, 2 e canon. 

(10) Idem, He canon. 









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■ 



— 548 — 
virginité s'élève contre ceux qui se marient , qu'il soit anathéme (1) 
68 e article. Si quelqu'un jeûne le jour du Seigneur, sous prétexte de 
piété ou par désobéissance, qu'il soit anathéme (2). 

69 e article. Si quelqu'un de ceux qui s'appliquent à vivre avec conti- 
nence sans nécessité méprise les jeûnes que l'Église observe par tradi- 
tion, pour ne suivre en cela que son bon plaisir, qu'il soit anathéme (3). 
70 e article. Que tous ceux qui venant à l'église pour entendre les 
Saintes-Écritures, refusent par désobéissance de prier avec le peuple et 
de recevoir la Sainte-Eucharistie avec les fidèles, soient chassés de 
l'église jusqu'à ce qu'ils confessent leur péché , supplient pour en ob- 
tenir le pardon et montrent des fruits de pénitence (4). 

7i c article. Si un prêtre, un diacre ou un autre membre du clergé 
quille son église pour passer à une autre , et qu'il refuse d'y revenir, 
lorsqu'il y est rappelé par son propre évêque, qu'il soit suspendu de" 
ses fonctions ; et s'il persiste dans sa désobéissance , qu'il soit déposé 
sans espoir d'être jamais rétabli. Si un autre évêque reçoit le coupable, 
qu'il soit lui-même privé de la communion par le concile comme infrac- 
leur des lois de l'Église (5). 

72 e article. Si quelqu'un est excommunié par son évêque, qu'il ne 
soit pas reçu par d'autres évêques, avant qu'il n'ait été réconcilié par son 
propre évêque ou qu'il ne se soit justifié devant un concile (6). 

75 e article. Si un évêque, ou un prêtre, ou un autre membre du 
clergé va à la cour sans le consentement et sans les lettres des évêques 
de la province et surtout du métropolitain , qu'il soit excommunié et 
déposé. Mais si ses affaires l'obligent d'aller trouver l'empereur, qu'il 
le fasse de l'avis et avec les lettres du métropolitain et des autres évêques 
de la province (7). 

74 e article. Si un prêtre ou un diacre condamné par son évêque, 

ou si un évêque condamné par un concile s'adresse à l'empereur pour 

être rétabli, au lieu d'avoir recours à un concile plus nombreux , il est 

indigne de pardon et n'a plus d'espoir d'être jamais rétabli (8). 

75 e article. Que les évêques ni les clercs ne prêtent point à usure (9). 

(i) Concile de Gangres, ioe canon. 

(2) Idem, 18e canon. 

(3) Idem, ig„ canon. 

(4) Concile d'Antioche, 2 C canon. 

(5) Idem, 3« canon. 

(6) Idem, 6 B canon. 

(7) Idem, ti e canon. 

(8) Idem, i 2 « canon. 

(9) Concile de Laodicée, 4 e canon. 






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— 349 — 

76" article. Que personne ne chante dans l'église, si ce n'est les 
chantres qui moment sur l'ambon et lisent dans le livre (1). 

77 e article. Que les diacres ne s'assoient en présence d'un prêtre 
que par son ordre. De même que les sous-diacres et que tous les autres 
clercs rendent le même honneur aux diacres (2). 

78 e articlk. Que les sous-diacres ne donnent point le pain sacré et 
qu'ils ne bénissent point le calice (3). 

79 e article. Que nul ne se môle d'exorciser dans les églises , ni dans 
les maisons, s'il n'est point ordonné par les évêques (4). 

80 e article. Qu'on ne fasse point dans les églises les festins appelés 
les agapes; qu'on ne mange point et qu'on ne dresse point des tables 
dans la maison du Seigneur (5). 

8i e article. Qu'un ecclésiastique ne voyage point sans l'ordre de son 
évêque (6). 

82 e article. Que les femmes n'entrent point dans le sanctuaire (7). 

85 e article. Que les prêtres ni les autres clercs n'assistent point aux 
spectacles qui accompagnent les noces; mais qu'ils se retirent, comme 
il convient, avant l'entrée des danseurs; qu'ils n'assistent pas non plus 
aux festins. Cela ne peut même convenir aux laïques (8). 

84 e article. Que les évêques ni les prêtres ne célèbrent point les 
oblations (le sacrifice) dans les maisons (9). 

85' article. Ceux qui sont engagés dans l'état ecclésiastique ou dans 
l'état monastique ne peuvent plus, sous peine d'analhème, ni porter 
les armes dans la milice, ni occuper aucune dignité séculière (10). 

86 e article. Si un clerc a une contestation avec un autre clerc, 
qu'il ne s'adresse point aux tribunaux séculiers ; mais qu'il poursuive 
d'abord sa cause devant son propre évêque , ou , par son ordre, devant 
celui dont les parties seront convenues. Si quelqu'un viole ce décret, 
qu'il soit soumi> aux peines canoniques. Si un clerc a une contestation 
avec son propre évêque ou avec un autre, que l'affaire soit poriée devant 
le concile de la province; mais s'il s'agit d'un métropolitain, que les 

(i) Concile de Laodicée, ifie canon. 

(-') Idem, ao e canon. 

(3) Idem, î5 e ennon, 

(4) Idem, 26'' canon. 
(') Idem, 28 e canon. 
(<t) Idem, 4a« canon. 
(l) Idem, 44e canon. 

(8) Idem, 54= canon. 

(9) Idem, 58= canon. 
(io) Concile de Calcédoine, 7e canon. 















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— 350 — 

parties , évêque ou clerc , aient recours au primat ou à Pévêque de Con- 
stantinople (1). 

87 e article. Un évêque ne doit point recevoir un clerc d'une autre 
église , à moins qu'il n'ait été forcé de la quitter (2). 

88 e article. Que les clercs ne pillent point les biens de leur évêque 
après sa mort , et s'ils le font qu'ils soient déposés (3). 

89 e article. Si un évêque, un prêtre , un diacre ou un simple clerc, 
pauvre au moment de son ordination , possède ensuite des biens, qu'il 
soit regardé comme spoliateur des biens de l'Église, à moins qu'il ne les 
donne à son Église. Mais s'il les a reçus par succession ou par donation, 
qu'il en dispose comme il lui plaira (4). 

90 e article. Que les clercs n'entrent point dans les cabarets, ni pour 
boire , ni pour manger, si ce n'est en voyage (5). 

91 e article. Qu'un évêque ne retienne point un clerc étranger sans 
le consentement de son évêque (6). 

92 e article. Qu'un clerc ne prête point à usure ni en son nom ni au 
nom d'une autre personne (7). 

93 e article. Que les clercs ne se mêlent point d'affaires hon- 
teuses (8). 

94 e article. De quelle manière doivent vivre les clercs (9). 

95 e article. De l'institution des clercs (10). 

96 e article. De l'institution des clercs (11). 

97 e article. Touchant la différence qui existe entre un moine et un 
clerc (12). 

98 e article. De quelle manière doivent vivre les clercs (13). 

99« article. Des clercs (14). 

100 e article. De la règle des clercs (15). 

(i) Concile de Calcédoine, o» canon. 
(a) Idem, 20 e canon.' 

(3) Idem, 22e canon. 

(4) Concile de Carthage, 3î« canon. 

(5) Concile de Carthage de l'an 397, 27e canon. 

(6) Idem, 21 e canon. 

(7) S. Le'on pape, Epistola 1, cap. 4- 

(8) Gélase pape, Epistola, cap. i5. 

(g) S. Jérôme, Epistola ad Nepotianum. 

(lo) Idem, Epistola ad Paulinum presbyUrum 

(ir) Idem, Epistola ad Rusticum. 

(12) Idem, Epistola ad Heliodorum. 

(i3) Idem, Epistola ad Oceanum. 

(i4) S. Isidore, De officiis. 

(i5) Idem, idem, lib. 11, cap. a. 






au 



— 351 — 

401 e article. Il existe deux sortes de clercs (1). 

102 e article. De quelle manière doivent vivre les clercs (2). 

103 e article. De l'administration des biens sous le gouvernement 
pastoral (3). 

i0i e article. De la soumission des inférieurs (i). 

105 e article. De la jalousie et de l'insolence des inférieurs (5). 

106 e article. Qu'ils meurent dans leur iniquité, selon la parole du 
prophète Ézéchiel, ceux qui méprisent les justes réprimandes de; 
évêques (6). 

107 e article. Ceux-là sont coupables qui, pouvant se suffire à 
eux-mêmes , reçoivent de l'Église les biens dont elle nourrit les pau- 
vres (7). 

108 e article. L'évèque , à qui l'administration des biens de l'Église 
est confiée , doit en faire fidèlement le partage aux pauvres. Les clercs 
pauvres ne doivent demander à l'église que ce qui leur est nécessaire 
pour vivre (8). 

109 e article. Que doivent faire les clercs qui ne peuvent renoncer à 
leurs biens , à raison de leurs infirmités (9) ? 

110 e article. Quelles sont les vraies joies et les vraies richesses, et 
quels empêchements les biens de ce monde apportent à la jouissance 
des biens futurs (10)? 

111° article. Comment il faut comprendre ces paroles de l'Apôtre : 
Que ceux-là vivent de l'autel qui servent l'autel (U). 

112 e article. De la conduite et des mœurs des clercs (12). 

113 a article. De la conduite et des mœurs des clercs (13). 

114° article. On combat premièrement dans ce canon l'erreur popu- 
laire de ceux qui renvoyaient aux clercs et aux religieux les observations 
des préceptes de l'Évangile. On y fait voir que la voie étroite est la 



I 
1 



■ 
I 



(i) S. Isidore, De officiis, lih. il, cap. 3. 
(•'.) S. Grégoire. 

(3) Idem, Pastor., lifa. m, admon. 5. 

(4) S. Isidore, Senlenliœ, lib. m, cap. 17. 

(5) S. Grégoire, Pastor., p. ni, admon. 9. 

(6) S. Prosper, De vild conlcmplativd, lib. 1, cap. 22. 



(7) 


lderu f 


idem, 


lib. 11. cap. lo. 


(8) 


Idem, 


idem, 


lib. 11, cap. 1 1 . 


(9) 


Idem, 


idem, 


lïb. 11, cap. ia 


(.0) 


Idem, 


idem, 


lib. il, cap. i3. 


00 


Idem, 


idem, 


lib. 11, "cap. i4 



(12) S. Augustin, De vitd et moribus clericorum. 

(i3) Idem, Sermo a; De vitd et moribus clericorum. 






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I 




— 352 — 
seule qui mène au bonbeur de la vie éternelle et que personne ne peut 
y arriver que par cette voie ; qu'ainsi les laïques comme les clercs et les 
mornes doivent marcher dans celte voie, s'ils veulent être heureux dans 
la vie future. C'est ce que les évêques prouvent non-seulement par 
divers passages de l'Ecriture, mais encore par les promesses que chaque 
chrétien fait dans le baptême de renoncer à Satan, à ses pompes et à 
ses œuvres. 

115» article. Les évêques conviennent néanmoins qu'il y a certaines 
observances qui sont particulières aux moines, parce qu'ils mènent une 
vie plus austère. Puis ils marquent la distinction qui existe entre les 
mo.nes et les chanoines. Il est permis à ceux-ci , disent les Pères d'Aix- 
la-Chapelle, de porter du linge, de manger de la viande, de donner et 
de recevoir, déposséder des patrimoines ou des bénéfices fiefs, parce 
que cela ne leur est défendu ni par l'Écriture ni par les canons. Les 
mo.nes.au contraire, font une profession particulière de renoncera 
tout , quoiqu'il leur soit permis de recevoir de l'Église ce qui est néces- 
saire à leurs besoins. Mais les uns et les autres doivent montrer le même 
zèle pour s'éloigner du vice et pratiquer la vertu. 

116 e article. Les biens des églises étant les vœux des fidèles , le prix 
des péchés , le patrimoine des pauvres, ceux qui en ont l'administration 
doivent en prendre beaucoup de soin , sans en rien détourner à leur 
propre usage. 

117 e article. Les chanoines doivent loger dans des cloîtres exacte- 
ment fermés , en sorte qu'il ne soit permis à personne d'y entrer ou d'en 
sortir que par la porte (1). Qu'il y ait dans l'intérieur des dortoirs-, des 
réfectoires, des celliers et tous les autres lieux nécessaires à ceux qui 
vivent en commun. 

118' article. Le nombre des chanoines en chaque communauté doit 
être proportionné au service et aux revenus des églises, de peur que si, 
par vanité, les supérieurs en assemblaient un trop grand nombre les 
revenus ne pussent suffire aux autres dépenses de l'église, ni aux besoins 
mêmes des chanoines, qui, ne recevant pas les appointements néces- 
saires, deviendraient vagabonds et déréglés dans leurs mœurs (2). 

1 19 e article. Quelques prélats tiraient leurs clercs d'entre les serfs de 
l'Eglise, afin que s'ils les privaient de leurs pensions, ou leur faisaient 
subir quelqu'autre injustice , ils n'osassent se plaindre , dans la crainte 
d'être châtiés ou remis en servitude. Le Concile défend cet abus et 

(i) De Lalamlc, Suppl. conc. Gall.,p. 353. 

(?) On voit par là que le nombre des chanoines de chaque église n'était pas en- 
core fixé. 



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ordonne que- les nobles seront admis dans le clergé, sans toutefois 
exclure les personnes de basse condition ni les serfs de l'Église qui en 
seront trouvés dignes, puisqu'il n'y a point en Dieu d'acception de 
personne. 

120 e article. Les clercs qui ont un patrimoine ou des biens d'église 
(c'est-à-dire des bénéfices), par concession de l'évêquc, ne recevront 
que la nourriture et une partie des aumônes. Ceux qui possèdent des 
biens de l'Eglise, et qui sont sans patrimoine, s'ils sont d'une grande uti- 
lité à l'Eglise recevront la nourriture et le vêlement avec une partie des 
aumônes. Quant aux autres qui ne possèdent ni patrimoine, ni biens 
de l'Eglise , les prélats doivent pourvoir à tous leurs besoins. 

421' article. Dans la plupart des communautés de chanoines, les riches 
se font donner une plus grande quantité de boisson et de nourriture 
qu'aux autres ; nous ordonnons qu'on donne aux chanoines, sans accep- 
tion de personne, la même quantité de nourriture et de boisson. 

122' article. Mais la portion sera plus ou moins grande selon la ri- 
chesse des églises et la fertilité du pays. On leur donnera communément 
1 chacun quatre et même cinq livres de vin par jour (1). S'il y a peu de 
vin dans le pays, ils auront trois livres de vin et trois livres de bière. 
S'il n'y en a pas du tout, on leur donnera trois livres de bière et une 
livre de vin , si cela est possible ( ce qui doit s'entendre pour les deux 
repas que l'on faisait chaque jour). Les jours de fêtes, les supérieurs 
régaleront la communauté aussi bien qu'il leur sera possible. 

125" article. Les supérieurs s'appliqueront à donner la nourriture spi- 
rituelle à leurs inférieurs. Nul chanoine ne demeurera oisif, mais il s'ap- 
pliquera à la lecture, à la prière, ou à l'étude et au service de l'Église. 
Tous assisteront chaque jour à toutes les heures de l'office cl à la confé- 
rence (S), où on lira cette règle ou un autre livre de piélé ; ils y deman- 
deront des pénitences pour les fautes qu'ils auront commises, et l'on y 
traitera des affaires de l'Église. Personne ne couchera hors du dortoir, 
ne mangera hors du réfectoire et ne sortira de la maison sans la per- 
mission du supérieur. On fera pendant les repas une lecture que lous 
écouteront en silence. 

124 e article. Les chanoines doivent prendre garde de ne point désho- 
norer la dignité de leur religion par des excès de parure et de propreté 
dans leurs babils ; car il y a des ecclésiastiques qui mettent tant de soin 

(i) La livre était de douze onces; les quatre livres taisaient donc environ trois 
inopinés, ancienne mesure de Paris. 

(a) Celle conférence était ce qu'on a depuis nommé le chapitre , parce qu'on v 
niait un chapitre de la rè(;le ou de l'Écrilure-Saiole, 







T. III. 



23 




li 

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— 354 — 

à se friser et à se parer qu'on les prendrait, dit saint Jérôme, plutôt pour 
déjeunes époux que pour des clercs; mais aussi ils doivent éviter l'excès 
contraire de négligence et de saleté. 

125 e article. Ils ne doivent point porter des cucules (espèce de man- 
teau), qui est l'habit des moines , car il est du bon ordre que chacun 
porte l'habit de son état. 

126 e article. Ils sont tenus d'observer religieusement les heures ca- 
noniales, c'est-à-dire la 3 e , la 6 e et la 9 e . 

127 e article. Ils doivent observer aussi l'office du soir, dont la célé- 
bration est consacrée par l'Ancien et par le Nouveau-Testament. 

128 e article. Ils doivent célébrer les complies, dont on trouve des 
exemples dans les Pères. 

129 e article. Touchant l'antiquité des vigiles. 

130 e article. Touchant l'antiquité des matines. 

131 e article. Les chanoines assisteront régulièrement à toutes les 
heures canoniales, soit de jour, soit de nuit, et accourront à l'église avec 
révérence et modestie , dès qu'ils entendront le signal de la cloche, ils 
resteront debout en chantant ; et l'on ne permettra qu'aux infirmes de 
porter des bâtons dans le chœur pour s'appuyer. 

132<> article. Ils se comporteront à l'église comme étant en présence 
de Dieu et des anges , qu'on ne peut douter être présents dans le lieu où 
l'on célèbre les mystères du corps et du sang de Jésus-Christ. 

133 e article. Soit qu'ils lisent, soit qu'ils chantent, soitqu'ils psalmo- 
dient , les chanoines s'appliqueront plus à édifier le peuple, qu'à tirer 
vanité de la mélodie de leur voix. On choisira pour lire et pour chanter 
ceux qui pourront mieux remplir ces fonctions. 

134 e article. Ceux qui négligeront d'assister aux heures canoniales, de 
venir à la conférence , de faire ce qui leur est commandé par leurs supé- 
rieurs , de se trouver à table aux temps marqués , ou qui seront sortis du 
cloître ou qui auront couché hors du dortoir sans permission ou sans 
nécessité inévitable; ceux-là seront avertis en secret jusqu'à trois ou 
quatre fois; s'ils ne tiennent aucun compte de ces avertissements, ils 
seront réprimandés publiquement , et s'ils persévèrent dans leurs dérè- 
glements , on les réduira au pain et à l'eau ; ensuite on leur infligera la 
discipline, si l'âge et la condition du coupable le permettent, sinon on 
se contentera de les séparer de la communauté et de les obliger au 
jeûne. Enfin s'ils demeurent incorrigibles , on les enfermera dans une 
prison bàlie à cet effet dans le cloître , puis on les présentera à levêque 
pour être jugés et condamnés canoniqueuient. Les supérieurs ne doivent 
point oublier dans la punition des fautes , que l'Église est comparée à une 



1 



— 335 — 

colombe , parce qu'elle ne déchire pas de ses ongles , mais qu'elle frappe 
doucement de ses ailes. 

135' article. A l'égard des enfants et des jeunes clercs qu'on élève et 
qu'on nourrit dans la communauté , les supérieurs les feront loger 
dans une chambre séparée , sous la conduite d'un sage vieillard. S'il 
les néglige , on en mettra un autre à sa place , après l'avoir réprimandé 
sévèrement. 

156 e article. Il est défendu de manger et de parler après coniplies. 
Tous les chanoines se rendront alors en silence au dortoir, où ils cou- 
cherontehacun séparément. Il y aura pendant la nuit une lampe allumée 
dans le dortoir. 

137 e article. On choisira quelques-uns des anciens pour être pré- 
sents, à certaines heures, à l'école des chantres et empêcher que ceux qui 
doivent apprendre à chanter ne perdent leur temps en choses inutiles. 

158 e article. Les prélats de l'église choisiront des personnes de bonnes 
mœurs pour partager avec eux le soin des communautés qui leur sont 
confiées, sans avoir égard au rang qu'ils tiennent dans la communauté, 
ni à leur âge , mais seulement à leur mérite personnel. 

139 e article. On les nommera prévôts. Ils auront sous eux un cellerier 
ou procureur. 

110° article. Les boulangers, les cuisiniers et les autres serviteurs de 
la communauté seront choisis entre les serfs les plus fidèles de l'Eglise. 
141 e article. Les évêques, se souvenant de ce que Jésus-Christ dit 
dans l'Évangile : « J'ai été étranger et vous m'avez logé , » établiront, à 
l'exemple de leurs prédécesseurs , un hôpital pour recevoir les pauvres 
et à l'entretien duquel ils assigneront des biens ecclésiastiques, outre les 
dîmes de toutes les terres de l'église. Les chanoines y donneront la 
dinie de leurs fruits, même des oblations , et l'un d'entre eux sera choisi 
pour recevoir les pauvres et les éirangers et pour gérer le temporel de 
l'hôpital. Si les clercs ne peuvent en tout temps laver les pieds des 
pauvres , ils le feront du moins en carême ; c'est pourquoi l'hôpital doit 
être situé dans un lieu où ils puissent aller aisément (1). 

142 e article. Quoiqu'il soit permis aux chanoines d'avoir des maisons 
particulières (apparemment pour s'y retirer pendant le jour, car ils de- 
vaient coucher dans le dortoir commun), le prélat aura soin qu'il y en 
ait une dans le cloître pour les infirmes et les vieillards qui n'en auraient 
point d'autres; les frères iront les visiter et les consoler, et ils y seront 
entretenus des subsides de l'église. 

(0 Voila l'origine la plus certaine des hôpitaux , fondés près des e 8 lise s cathé- 
drales et jjouverués par des chanoines. 









I 

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— 556 — 

143 e article. 11 y aura dans le cloître un poriier choisi parmi les cha- 
noines ; il ne laissera entrer ni sortir personne sans congé, et après com- 
plies il portera les clefs au supérieur. 

144 e article. L'entrée du cloître sera interdite aux femmes ; et par 
conséquent elles ne pourront y manger ni s'y reposer, et aucun des cha- 
noines ne leur parlera sans témoins. 

145» article. Le dernier article de cette règle est une exhortation 
générale à la pratique des bonnes œuvres et en même temps une réca- 
pitulation de tout ce qui a été prescrit dans les articles précédents. 

Celle règle, devenue irès-célèbre dans la suite des temps, a été 
suivie pendant plusieurs siècles dans la plupart des chapitres. Elle avait 
été dressée, comme on le voit, sur celle de saint Chrodegand ; cependant 
comme elle permet aux chanoines de posséder des biens en propre et 
d'en disposer, saint Pierre Damien en a parlé en termes fort durs et 
pleins de mépris. 

La règle des chanoinesses (1) contient 28 articles dont les 6 premiers 
sont des extraits de saint Cyprien , de saint Jérôme , de saint Césaire et 
de saint Athanase , touchant le devoir dos vierges consacrées à Dieu ; 
sublimes instructions que les Pères du concile comparent à un bouquet 
de fleurs choisies parmi celles d'une belle prairie. Les autres articles 
prescrivent aux chanoinesses une manière de vivre analogue à celle des 
chanoines, autant que la différence du sexe le comporte. 

1" article. Lettre de saint Jérôme à saint Eustochius. 

2 e article. Lettre de saint Jérôme à Démétriade. 

5 e article. Lettre de saint Jérôme à Furia. 

4 e article. Lettre de saint Cyprien touchant l'habit des vierges. 

5 e article. Sermon de saint Césaire, évêque, à des sanciimoniales. 

6 e article. Saint Athanase aux épouses du Christ. 

7 1 ' article. Les abbesses doivent en tout montrer l'exemple. Il ne leur 
est pas permis de sortir du monastère, ni de demeurer dans des maisons 
de campagne ou de porter des habits de soie. « Quand vous annoncez la 
« parole de Dieu à vos sœurs, écrivait saint Césaire d'Arles à l'abbesse 
« Oratoria, songez auparavant à exprimer, par vos actions ce que vous 
« enseignez dans vos discours. Soyez la première à l'église et sortez-en 
« la dernière. Que la nourriture et la table soient communes entre vous 

< cl vos inférieures; que votre estomac éprouve la mortification que 

< prêche votre langue, de peur que vos sœurs ne puissent dire tout bas : 



(i) Le Concile les appelle sanciimoniales, pour les distinguer des tilles consacrées 
a Dieu qui étaient proprement religieuses et qu'on appelait moniales. 



— 357 



i Oli ! qu'on a bonne grâce de prêcher l'abstinence après un bon repas , 
i où l'on ne s'est rien refuse. Vous devez porter en main la verge et le 
i h.iton pour les soutenir après les avoir châtiées. » 

8 e article. Les abbesses des chaeoinesses ne doivent recevoir dans leur 
monastère que des lilles recomuiandables par la probité de leurs moeurs 
et ne leur permettre de s'engager par le vœu de continence qu'après 
leur avoir lu la règle , les avoir éprouvées et leur avoir donné les moyens 
de s'instruire de leurs obligations. 

8" auticle. Les postulantes devront disposer de leurs biens de telle 
manière qu'elles n'en soient point inquiétées après leur entrée dans le 
monastère. Si une des religieuses donne son bien à l'église sans s'en 
réserver même l'usufruit, elle doit être entretenue sur les revenus de 
l'égli.-o; et si elle s'en réserve l'usufruit, le pasteur en sera chargé. Si 
elle veut conserver son patrimoine, elle le pourra, mais à condition de 
donner procuration par acte public à un parent ou à un ami , pour 
l'administrer et défendre ses droits en justice. On doit user d'une li es- 
grande réserve dans la réception des jeunes filles, dont la conduite c mse 
souvent du trouble dans la communauté. 

10 e article. Les religieuses doivent se souvenir qu'étant engagées par 
le vœu de chasteté, elles sont obligées de demeurer toujours dans le mo- 
nastère et d'y servir le Seigneur de toute leur âme et de tout leur corps ; 
car il ne leur servirait de rien de voiler leur corps, si elles souillaient, 
leur âme par le péché et qu'elles se permissent ce qui est défendu. 
Qu'elles évitent donc l'oisiveté , les distractions et tous les autres vices; 
qu'elles s'occupent successivement du chant des psaumes, du travail 
des mains et de saintes lectures. Qu'elles couchent toutes dans un même 
dortoir, mais chacune dans un lit séparé. Qu'elles mangent ensemble dans 
le même réfectoire, si elles n'en sont empêchées par quelque maladie 
ou par la faiblesse de l'âge. Pendant les repas, qu'elles écoutent eu 
silence la lecture. Que chaque jour elles aillent à la conférence , où l'on 
devra lire un livre d'édification. Si l'une d'elles pèche, qu'elle soil punie 
selon la gravité de sa faute. 

H" article. Que celles qui sont de condition noble ne se préfèrent 
point à celles dont la naissance est ordinaire. Qu'il en soit de même de 
celles qui ont plus d'instruction ou. de vertu ; car elles doivent se souvenir 
que c'est un don qu'elles ont reçu de Dieu , à qui elles doivent sans or- 
gueil en rendre giâees. Que la clôture du monastère soit exacte, afin 
que personne ne puisse y entrer ni en sortir que par la porte. 

12 e article. Qu'il n'y ait entre elles aucune distinction pour la nourri- 
ture, et qu'on elonne à chacune trois livres de pain cl trois livres de vin 







■ 



— 358 — 
par jour. Si l'église est pauvre ou que le vin soit rare dans le pays, 
qu'elles n'en aient que deux livres et même une seule avec de la bière 
pour le surplus. 

13. article. Qu'elles mangent de la chair, du poisson , des herbes et 
des légumes, si toutefois il est possible d'en avoir ; ce qui est remis à la 
discrétion de l'abbesse. Celle-ci doit leur fournir tous les ans de la laine 
et du lin , afin qu'elles s'en fassent elles-mêmes des habits. Les malades 
et les infirmes seules ne travailleront pas à ces sortes d'ouvrages. 

u ° article. Les abbesses doivent faire des instructions aux chanoi- 
nesses et veiller à ce qu'elles ne restent pas dans l'oisiveté , leur faisant 
• uie obligation de consacrer leur temps à la piété , à la lecture ou an 
travail des mains. 

15 e article. Elles doivent faire observer avec soin les heures cano- 
niales. 

16° article. Les chanoinesses doivent prier continuellement. 

17e article. Elles doivent également célébrer les complies. 

18» article. Les abbesses doivent mettre ions leurs soins à réprimer 
et punir les fautes des chanoinesses. 

19" article. Les abbesses doivent éviter avec soin la compagnie des 
hommes. 

20° article. Il est bon que l'abbesse nomme trois ou quatre chanoi- 
nesses d'une vertu reconnue , en présence desquelles les autres pour- 
ront parler aux hommes qui leur apportent les choses nécessaires à la vie. 

21» article. Leurs habits extérieurs doivent être noirs. Il leur est per- 
mis d'avoir des servantes laïques ; mais on doit veiller avec soin que ces 
servantes, qui ont la permission d'aller à la ville, n'en rapportent pas 
dans le monastère des airs mondains et trop libres, qui soient pour leurs 
maîtresses une occasion de péché. 

22 e article. Elles peuvent se charger de l'éducation de jeunes filles. 
Nous leur proposons pour modèle de l'éducation que la maîtresse doit 
leur donner celle que saint Jérôme prescrit dans sa lettre à Lseta. 

Î3« article. Il doit, y avoir dans l'intérieur du couvent de petites mai- 
sons pour y soigner les vieilles et les infirmes. 

24 e article. Les abbesses doivent choisir des chanoinesses d'une vie 
irréprochable et partager avec elles le fardeau de l'administration. 

25e article. Elles doivent avoir aussi des économes 

2c« article. Et des portières. 

2"e article. Les prêtres chargés de dire la messe aux chanoinesses et 
de leur administrer les sacrements doivent avoir leur logement et leur 
église proche, niais en dehors de la communauté, où ils n'entreront, 









— 359 — 

pour célébrer les saints mystères dans l'église des chanoinesses , qu'au 
temps marqué et toujours accompagnés d'un diacre et d'un sous-diacre, 
avec lesquels ils soniront dès qu'ils auront rempli leurs fonctions. Pen- 
dant la messe et les heures canoniales , les chanoinesses tireront un ri- 
deau devant elles. Si l'une d'elles veut confesser ses péchés au prêtre, 
ce doit être dans l'église , afin qu'elle soit vue des autres. Les infirmes 
seules pourront être confessées dans leurs chambres, mais en présence 
d'un diacre et d'un sous-diacre. 

28° article. Les chanoinesses ne sont pas dispensées de l'hospitalité ; 
elles établiront un hôpital en dehors et près du monastère, pour y re- 
cevoir les étrangers et les pauvres , et elles consacreront à son entre- 
tien la dime de toutes les oblations. Dans l'intérieur des monastères , 
elles auront un lieu destiné à recevoir les pauvres femmes, afin que les 
chanoinesses puissent du moins en carême leur laver les pieds. 

L'empereur envoya ces deux règles aux métropolitains qui n'avaient 
pu assister au concile et leur recommanda par une lettre-circulaire (1) 
de les communiquer à leurs suffragants et aux supérieurs de commu- 
nautés, ajoutant qu'il enverrait dans un an des commissaires pour s'as- 
surer de l'exécution de ses ordres et que si quelqu'un était trouvé cou- 
pable de négligence il servirait d'exemple pour intimider les autres. 



I 






N° 7G8. 
CONCILE DE COMPIÉGNE. 

(COJlPENDIE.NSE.) 

(L'an 816.) — Les actes de ce concile sont perdus. Tout ce qu'on en 
sait , c'est qu'on y entendit les députés du roi des saracènes (2). C'est à 
tort que quelques auteurs l'ont confondu avec celui de l'an 823 (5). 

N° 709. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(L'an 816.) — Le pape Etienne IV publia, dit-on , dans ce concile un 



(i) II ne reste que trois exemplaires de celte lettre; l'un est adresse' à Sicaire 
de Bordeaux, l'autre à Mngnus de Sens et le troisième à Araon de Sallzbourn. Mais 
il paraît que cette lettre était circulaire pour tous les métropolitains de l'empire. 

(î) La Saracène était une contrée de l'AraBie Pélrée, habitée par les sarrazins. 

(S) t,e P. Mansi. Suppî. CoMci/.,t, I, p. 787. — Martènc , Ypter. monument, col- 
Itctin, t. IV. 






K 




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WÊ 



— 360 — 
canon portant que l'élection du pape se ferait à l'avenir dans l'assem- 
blée des évoques et du clergé sur la demande du sénat et du peuple et 
que sa consécration aurait lieu devant les députés de l'empereur (1). 

N° 770. 

ASSEMBLÉE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquisgranensis.) 

(Pendant l'été de l'an 817 (2).) - L'empereur Louis avait depuis long- 
temps apprécié le zèle et les vertus de saint Benoit d'Aniane. Après la 
mort de Charlemagne , il voulut le rapprocher de sa personne et lui 
donna d'abord le monasière de Maurmunster en Alsace , près de Sa- 
verne ; puis, comme ce lieu était encore trop éloigné d'Aix-la-Chapelle, 
où se prince faisait sa résidence , il fit bâtir à deux lieues de cetie ville 
un nouveau monastère, que l'on nomma Inde, du nom d'un ruisseau 
qui coule dans le vallon , et dont il confia le gouvernement à saint Be- 
noit. Il le consultait souvent non-seulement sur les affaires particuliè- 
res , mais encore sur celles de l'État. Il lui donna une sorte d'inspection 
sur tous les monastères de son empire et le chargea de travailler à une 
réforme générale avec plusieurs autres abbés dont les principaux furent 
Arnould de Noirmoutiers , Apollinaire de Flavigny , Agiolfe de So!i- 
gnac en France, Apollinaire du Mont-Cassin et Josué de Saint-Vincent 
en Italie. On reconnut que le relâchement de la discipline monastique 
provenait principalement de la diversité des observances ; car quoique 
la plupart des monastères fissent profession de suivre la règle de saint 

(i) Ce canon ne se trouve , il esl vrai , que dans le décret de Gratien (caus. 28, 

rlisl. 33). — Baronius et plusieurs autres historiens le rejettent comme supposé. 

Le P. Pagi, qui l'admet, l'attribue à Etienne VI et prétend qu'il fut dressé dans le 
concile romain de l'an 897. — On se fonde de part et d'autre sur ce qu'il est dit 
dans ce canon que la présence des députes de l'empereur à l'ordination du pape 
est d'un usage ancien et conforme aux règles; ce qui était fait* l'an 816 , puisque 
Eugène II est le premier souverain-ponlifn qui ait admis cette loi dans la formule 

de serment qu'il donna de concert avec l'empereur Lothaire l'an 85.4. Le 

P. Mansi (Suppl. Concil. , t. I , p. 787) prétend que Muralori a clairement démon- 
tré que le canon rapporté par Gratien est du pape Etienne IV. Mais cet historien 
(lier. Ital., t. Il, pars II, p. 128) ne parle que de la défense qui esl faite dans ce ca- 
non de contester au clergé de home le droit d'élire le pontife romain ; et sans en- 
trer dans d'autre discussion , il laisse la liberté de croire que les successeurs d'Eu- 
gène ont inséré dans ce canon des clauses étrangères. 

h) Ce concile est daté du 6 des ides de juillet, la 4 e aunec du règne de Louis 
empereur. 






— 361 — 
Benoit (1), il y avait beaucoup de différence dans la manière de l'inler- 

(i) Voici les principaux articles de celte célèbre règle, dont il est si souvent parlé 
dans les conciles. 

Ce fut vers l'an 529 que saint Benoit, abbé du monastère du Mont-Cassiu , 
aclieva de composer sa règle. Elle commence par la distinction île quatre sortes de 
moines : i" les cénobites, vivant dans une communauté réglée sous la conduite 
d'un abbé ; 2" les anachorèles ou ermites, qui, après s'être longtemps exercés dans 
une communauté , se retiraient pour mener seuls une vie encore plus parfaite ; 
i" lessarabaïtes.qui demeuraient deux ou trois ensemble, ou entièrement seuls, vi- 
vant à leur fantaisie et sans suivre de règle ; et 4° les gyrovagnes ou vagabonds , 
qui couraient habituellement de monastère en monastère , adonnés a leurs plaisirs. 

Offices divins. — Saint Benoit règle les offices divins de la manière suivante : 
Durant l'hiver, c'est-à-dire depuis le 1" novembre jusqu'à pàques, les moines se lè- 
veront à la huitième heure de la nuit, c'est-à-dire à deux heures du malin. L'abbé 
lui-même annoncera l'heure de l'office ou eu commettra le soin à un frère très- 
ciact. Ce qui restera de temps après les vigiles jusqu'au jour sera employé à ap- 
prendre les psaumes ou à les méditer ou à faire une lecture nécessaire. (Saint 
Benoît appelle vigile l'office noelurne que nous appelons matines, et il appelle ma- 
tines l'office du point du jour que nous nommons laudes.) Durant l'été , c'est-à- 
dire depuis pàques jusqu'au t« novembre, on doit régler les vigiles de telle sorte 
qu'on puisse commencer matines au point du jour. 

Tous les jours, aux vigiles , les moines chanteront douze psaumes après l'hymne 
ambroisien. Après six psaumes, tons les frères étant assis liront tour à lour trois le- 
çons, à chacune desquelles ils chanteront un répons. Ensuite ils diront six psaumes 
avec Jlleluia; puis une leçon Urée de i'Apôtrc qui sera récitée par cœur avec le 
verset et la litanie, c'est-à-dire Kyrie eleison. Ainsi finissait l'office de la nuit. En 
été , comme les nuits sont plus courtes , les moines ne liront point de leçons , mais 
ils en diront seulement une de l' Ancien-Testament qu'ils feront suivre d'un bref ré- 
pons. Les leçons des vigiles seront puisées dans l'Écriture-Suiiile ou dans les expo- 
sitions des Pères. 

Les dimanches, les moines se lèveront plus malin, et après av.ir chanté six 
psaumes, ils liront quatre psaumes avec leurs répons , puis six autres psaumes cl 
quatre leçons, trois cantiques tirés des prophètes et quatre leçons du Nouveau-Tes- 
tament. Après le dernier répons, l'abbé commencera l'hymne Te Ijeum. Si par 
malheur les moines s'élaient levés plus tard . ils abrégeraient les leçons ou les ré- 
pons, pour dire matines au point du jour. Aux fêles des saints et aux autres solen- 
nités, l'office sera le même que Celui des dimanches, excepté les psaumes, les an- 
tiennes et les leçons propres du jour. 

A matines, les moiues diront, outre les psaumes, un canlique lire des prophètes , 
comme chante l'Eglise romaine. (C'est ainsi que parle saiut lienoil ; et par là il 
montre qu'il suivait l'usage de celte Église. 11 nomme bénédictions le canlique Bé- 
nédicité , qui se disait le dimanche, et laudes ou louanges les trois derniers 
psaumes, qui se disaient tous les jours et commençaient par Laudate.) Les moines 
réciteront le Pater tout haut à la fiu de matines et de vêpres , afin que si l'un 
d'enlre cnx avait reçu une offense , il s'empresse de pardonner, lorsqu'il dira ces 
paroles : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons a ceux qui nous 
ont offensés. » (Il ne parait pas qu'il y eut alors d'aulre oraison pour la conclusion 
des offices.) 



1 




I 






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II 








— 362 — 
prêter ou dans la pratique de ce qui n'y est pas écrit, en sorte qu'on 

Pour marquer la fin de chaque heure, saint Benoît se sert de ces mots : Et missm 
fiant; c'est-à-dire, l'office étant achevé, on renverra la compagnie. 11 marque en 
détail la distribution des psaumes pour chacune des heures , telle que>n ordre 
l'observe encore ; puis il ajoute : Si quelqu'un n'est pas content de cette distribution 
des psaumes , il peut les ranger autrement, pourvu que chaque semaine on dise le 
psautier tout entier ; car c'est le moins que nous puissions faire , puisque nous I,. 
sons que uos pères le disaient tout entier chaque jour avec ferveur. 

Saint Benoit ne prescrit point d'autres prières ; il suppose que les moines s'appli. 
queront d'eux-mêmes à l'oraison mentale , lorsqu'il dit : que l'oraison doit élre 
courte et pure ; toutefois un mouvement de la grâce peut la faire continuer plus 
longtemps. Apres l'office, tous les moines doivent sortir de l'oratoire , afin de ne pas 
troubler ceux qui voudraient prier en particulier, et ceux-ci doivent le faire sans 
parler haut, mais avec larmes et application de cœur. On voit aussi dans sa vie 
que les moines, après avoir achevé de chanter les psaumes, se mettaient en orai- 
son et que si l'un d'entre eux était tenté par le démon, il n'y pouvait rester et sor- 
tait de l'oratoire. 

Travail. — Après la prière , les moines employaient le reste de la journée an 
travail ou à la lecture. En été, c'est-à-dire depuis pâques jusqu'au premier octobre, 
ils sortiront le matin pour travailler, depuis la première heure jusqu'à la quatrième 
(depuis six heures jnsqu'à dix), alongeant ou diminuant les heures suivant la lon- 
gueur des jours. Après ces quatre heures de travail, ils vaqueront à la lecture pen- 
dant deux heures, jusqu'à sexte. Après sexte et le dîner , ils se reposeront sur leurs 
lits en silence. Si quelqu'un veut lire, il le fera sans troubler les autres. On avan- 
cera none et on la dira au milieu de la huitième, c'est-à-dire à une heure et demie ; 
ensuite on travaillera jusqu'au soir. Si la nécessité du lieu ou la pauvreté les oblige 
à s'occuper eux-mêmes de la récolte de leurs fruits , qu'ils ne s'en affligent point, 
puisque c'est alors qu'ils seront véritablement moines, quand ils vivront du travail 
de leurs mains, comme nos pères et les apôtres. 

En hiver, c'est-à-dire depuis le i" octobre jusqu'au carême , les sept heures de 
travail par jour se poursuivront sans interruption. Ils commenceront par la lecture 
qui durera jusqu'à la seconde heure, c'est-à-dire jusqu'à huit heures du matin. Alors 
on dira tierce, puis les moines travailleront jusqu'à none. Après le repos, ils vaque- 
ront à la lecture, où ils apprendront des psaumes par cœur. En carême, la lecture 
dutera jusqu'à tierce , et le travail depuis neuf heures du matin jusqu'à quatre 
heures après midi. Au commencement du carême, l'abbé donnera aux moines un 
livre de la bibliothèque que chacun sera tenu de lire pendant les heures de la lec- 
ture. Pendant ce temps, un ou deux moines anciens visiteront le monastère pour 
voir si quelqu'un dort ou s'amuse à causer ou interrompt les autres. Le dimanche, 
tous les moines seront occupés à la lecture, excepté ceux qui sont chargés de divers 
offices. S'il s'en trouve qui ne puissent méditer ni lire, on les fera travailler. L'abbé 
donnera des, travaux plus faibles à ceux qui sont faibles et délicats. 

Ceux qui travailleront trop loin pour venir à l'oratoire aux heures marquées 
pour l'office, se mettront à genoux sur le lieu même du travail et y feront leur 
prière ; ceux qui se trouveront en chemin diront aussi l'office aux heures marquées 
parla règle, selon qu'ils le pourront. Aucun des moines ne choisira son travail, 
mais II sera imposé par les supérieurs. Ceux qui auront appris des métiers ue pour- 
ront les exercer qu'avec la permission de l'abbé et en toute humilité. Que si quel- 






— 363 — 
faisait passer les relâchements pour d'anciennes coutumes autorisées 

qu'un s'élève à cause de la science de son art, s'imaginant être très-utile au monas- 
tère, le supérieur le retirera de son métier. Si l'on vend un ouvrage, les moines 
devront bien prendre garde de rien retenir du prix au préjudice du monastère et 
de ne pas l'augmenter par avarice ; mais ils donneront toujours les ouvrages à meil- 
leur marché que les séculiers, afin que Dieu soit glorifie en tout. (Cette distinction 
des artisans fait voir que les moines n'étaient eu général que de simples ouvriers et 
que les nobles, devenus moines, se réduisaient par humilité au rang du peuple. Ils 
n'avaient pas besoin de faire une étude particulière de la langue latine, qui était 
encore vulgaire.) 

Les moines étaient simples laïques et il ne parait p;is que saint Benoît lui-même ait 
pu aucun rang dans le clergé. Toutefois il prêchait, puisqu'il convertit plusieurs in- 
fidèles par ses instructions, et il envoyait souvent des moines faire des exhortations 
à des religieuses voisines. Si un prêtre , dit la règle , veut être reçu dans un mo- 
nastère , on ne se pressera pas de le lui accorder ; mais s'il persiste , il doit garder 
toute la règle sans aucune dispense. On lui accordera toutefois la première place 
.«près l'abbé ; il pourra donner la bénédiction et présider à l'office, si l'abbé l'or- 
donne; mais dans les assemblées pour les affaires, il ne tiendra que le rang de son 
entrée au monastère. Si l'un des clercs inférieurs veut être reçu au monastère, on lui 
accordera un rang moins élevé. Si l'abbé veut faire ordonner un de ses moines 
prêtre ou diacre , il choisira celui qu'il en croira digne ; mais le nouveau prêtre 
n'en sera pas moins soumis à la discipline régulière et aux supérieurs. S'il est re- 
belle, il pourra être châtié et même chassé du monastère, toutefois avec la participa- 
tion de Pévêque. (Toutes les heures de la journée sont tellement remplies parla 
règle, les jours ouvriers, qu'on n'y voit point de place pour la messe; ce qui fait 
croire que les moines ne l'entendaient que le dimanche.) 

Nourriture. — Saint Benoît donne à chaque repas deux portions cuites , afin que 
celui qui ne pourrait manger de l'une, mangeât de l'autre. Le mot de pittmentariutn, 
dont il se sert , signifie proprement des légumes ou des grains réduits en bouillie 
ou en purée, quoiqu'il se puisse étendre à toutes sortes de viandes bouillies; mais 
la pauvreté des moines ne donne pas lieu de croire qu'ils y comprissent le poisson, 
que les anciens comptaient entre les mets les plus délicieux. La règle permet une 
troisième portion de fruits ou de légumes , cueillis sur le lien. Elle ne donne aux 
moines qu'une livre de pain par jour, c'est-à-dire douze onces, soit qu'ils ne pren- 
nent qu'un repas , soit qu'ils eu fassent deux. L'abbé pourra augmenter la portion , 
s'il y a quelque travail extraordinaire , et diminuer celle des enfants. La chair des 
bêtes à quatre pieds est permise à tous les moines, à l'exception des malades. Pour 
la boisson, ils auront chacun une émine de vin par jour, c'est-à-dire un demi-setier, 
suivant la meilleure explication, à moins que le travail ou la chaleur n'oblige à en 
donner une plus grande quantité. Saiat Benoit loue ceux qui pourraient s'en pas- 
ser, puis il ajoute : Quoique nous disions que le vin ne convient point du tout aux 
moines, toutefois, comme dans notre temps il n'est pas possible de le leur persua- 
der, gardons au moins la tempérance nécessaire. Et s'il ne s'en trouve point dans 
le pays, que ceux qui y demeurent en louent Dieu et se gardent d'en murmurer. 

Depuis pàques jusqu'à la pentecote , les moines dîneront à sexte et souperont le 
soir. Durant le reste de l'été , ils jeûneront jusqu'à noues , le mercredi et le ven- 
dredi , si le travail de la campagne ou la chaleur excessive n'y met un obstacle ; les 
autres jouis, ils dîneront à sexte. Depuis le t3 septembre jusqu'au carême, ils man- 









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— 564 — 
par le temps , et que les moines mêmes les plus voisins étaient comme 

gerout toujours a. noue», et pendant le carême, ils mangeront le soir , en faisant at- 
tention toutefois qu'ils soupeni durant le jour en quelque temps que ce soit. (Dans 
la contrée d'Italie où vivait saint Benoit, le soleil ne se couchaitjamais avant quatre 
heures et demie.) 11 exhorte les moines à faire en carême une abstinence parti- 
culière, mais avec le conseil du supérieur. Il ordoune de faire la lecture pendant 
les repas et veut que le lecteur soit renouvelé toutes les semaines, non par ordre , 
mais parmi ceux qui seront le plus propres à cet exercice. 

Les moines se servaient les uns les autres et faisaient tous la cuisine tour à uni. 
par semaine. Ce qui montre combien leur nourriture était simple, puisque tous 
étaient capables de l'apprêter. Onjtvait grand soin des malades ; il y avait dan» le 
couvent une chambre particulière pour eux et un frère pour les servir. On leur 
donnait de la viande et un bain toutes les fois qu'il était jugé nécessaire. Mais on 
n'accordait guère l'usage du bain à ceux qui jouissaient d'une bonne santé , princi- 
palement aux jeunes moines. 

Habits. — Les habits étaient laissés à la discrétion de l'abbé, qui les réglait sui- 
vant la température du pays. Nous croyons, dit saint Benoit, que dans les climats 
tempérés, il suffit d'avoir une cuculle et une tunique, et un scapulaire pour le tra- 
vail. C'était depuis longtemps l'habit ordinaire des pauvres et des paysans. Saint 
Benoit n'en marque ni la couleur ni la longueur, qui sans doute était commode pour 
le travail. Le scapulaire était large et court et avait un capuchon. C'était l'habit de 
dessus pendant te travail; les moines lolaient pour prendre la cuculle qu'ils por- 
taient le reste du jour. Chaque moine avait deux tuniques et deux cuculles, soit pour 
changer la nuit, soit pour remplacer celle qu'ils portaient lorsqu'elle serait sale. Ils 
les prenaient au vestiaire commun et y remettaient les vieilles. Un choisissait l'étoffe 
du pays où était situé le monastère. Pour ôter tout sujet de propriété , l'abbé don- 
nait à chacun toutes les choses nécessaires, c'est-à-dire, outre les habits, un mou- 
choir, un couteau , une aiguille, un stylet et une tablette pour écrire. 

Leurs lits consistaient en une natte ou paillasse piquée, un drap tle serge, une 
couverture et un chevet; chacun avait son lit ; mais ils couchaient tous en un même 
lieu , ou au moins dix ou vingt ensemble, si la communauté était grande. Une lampe 
restait toute la nuit allumée dans le dortoir; l'un des anciens y couchait toujours, 
pour surveiller la conduite des autres. Afin d'être toujours prêts à se lever pourl'ofticr, 
ils couchaient tout vêtus, même avec leurs ceintures de cuir ou de corde, seule- 
ment ils devaient en ôter les couteaux, de peur de se blesser en dormant. Les 
moines ne parlaient plus après coiuplies; ils gardaient la nuit nu profond silence ; 
le jour même ils parlaient rarement. Les bouffonneries , les paroles inutiles ou 
propres à faire rire étaient entièrement bannies des monastères, et la règle ne f.'iit 
aucune mention de récréation. Mais elle ordonne qu'en tout temps, après le soupci, 
les frères s'assemblent tous en un même lieu , et que l'un d'entre eux lise des con- 
férences , des vies des Pères ou quelqu'aulre livre d'édification. 

Les moines ne recevaient, sans ordre de l'abbé, ni lettres, ni présents de per- 
sonne, pas même de leurs parents. Ils ne sortaient point sans permission de l'enclos 
du monastère. Et pour leur en oter tout prétexte, on faisait en sorte qu'ils eussent 
toutes les choses nécessaires : l'eau , le jardin , le moulin, la boulangerie et tout ce 
qui servait aux différents métiers. La porte était gardée par un vieillard sage , dis- 
cret et capable de répondre aux pauvres et aux étrangers. Si l'un des frères était 
chargé d'une commission au dehors, il se recommandait, avant de sortir, ans prières 



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— 3G5 — 
étrangers les uns aux aulres. L'empereur résolut donc d'établir dans 

de la communauté, et à son retour il demeurait prosterne dans l'oratoire pendant 
toutes les heures de l'office, pour expier les distractions et les autres faules qu'il 
pourrait avoir commises. Il lui était rigoureusement défendu de rien dire de ce qu'il 
avait appris au dehors. 

Un moine recevait les hôtes avec beaucoup de respect et de charité. Il les menait à 
l'oratoire pour prier et leur faisait une lecture d'édification, puis l'abbé leur donnait 
à laver et mangeait avec eux ; pour cette raison, il avait sa cuisine et sa table à part, 
afin d'être mieux en état de les recevoir à toute heure, sans troubler la communauté. 
Personne ne leur parlait que le moine destiné à les recevoir; ils avaient même leur 
logement à part. 

Gouvernement. — L'abhé qui devait gouverner le monastère était choisi par toute la 
communauté; on n'avait égard qu'à son mérite, sans considérer son rang d'antiquité. 
.S'ils s'accordaient tous à faire un mauvais choix, l'évéque diocésain, les abbés ou 
les simples fidèles du voisinage devaient empêcher le désordre et procurer au mo- 
nastère un bon pasteur. Après avoir été choisi, l'abbé était ordonné par l'évéque ou 
par d'autres abbés. Il devait être instruit de la loi de Dieu, charitable , prudent et 
discret, montrer en tout l'exemple et n'être que l'exécuteur de la règle , chargé de 
la faire observer fidèlement. Qu'il se souvienne toujours, dit saint Benoît, qu'il est 
chargé du gouvernement des âmes , et qu'il se garde bien de les négliger, pour s'ap- 
pliquer davantage aux choses temporelles; qu'il ait grande foi en la Providence; 
qu'il fasse tout avec conseil ; dans les moindres choses qu'il consulte seulement les 
anciens, mais dans les plus importantes qu'il assemble toute la communauté et 
qu'il demande l'avis de chaque frère; toutefois que la décision dépende de lui seul 
et que tous lui obéissent. Au-dessous de l'abbé, il y avait un prieur ou prévôt, 
preepositus , et plusieurs doyens. En quelques monastères, le prévôt était ordonné 
par l'évéque ou par les abbés, comme l'abbé lui-même ; ce qui lui donnait lieu de se 
regarder comme un second abbé et de n'être pas toujours assez soumis. C'est pour- 
quoi saint Benoît rejette cet usage et veut que le monastère ne soit gouverné , sous 
l'abbé, que par des doyens, dont l'autorité étant partagée, serait moindre. .Si l'on 
jugeait à propos d'avoir un prévôt, il devait être établi par l'abbé et lui être soumis. 
Ces doyens, decani, étaient établis pour veiller sur dix moines au travail et à tous 
les autres exercices et pour soulager l'abbé. Leur mérite seul les faisait choisir pour 
remplir cette fonction, de laquelle ils pouvaient être déposés après trois admonitions. 

Il y avait d'autres officiers pour le service du monastère, c'étaient le cellérier, 
l'infirmier, l'hospitalier, le portier. Le cellérier avait la garde de toutes les provi- 
sions et de tous les ustensiles; il distribuait à chacun des frères , suivant l'ordre de 
l'abbé , ce qui leur était nécessaire pour les besoins de la vie ou pour le travail. 
L'abbé avait un état de tous les meubles et des habits du monastère , afin que rien 
ne se perdît; et la propriété était rigoureusement défendue , jusque dans les moin- 
dres choses, comme un livre , une tablette, un stylet. 

Réception des novices. — Ceux qui se présentaient pour entrer dans le monastère 
n'étaient reçus qu'après de grandes épreuves. Premièrement, pendant quatre ou 
cinq jours, on laissait le postulant frapper à la porte et ou allait même jusqu'à le 
maltraiter. S'il persistait, on le mettait pour quelques jours dans le logement des 
hôtes, puis dans celui des novices , et on lui donnait un ancien pour examiner sa 
vocation et lui dire combien le chemin du ciel était rude. Au bout de deux mois , 
on lui lisait la règle, puis encore six mois après , et une troisième fois au bout de 






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cette assemblée d'Aix-la-Chapelle , composée d'abbés et de moines , une 
discipline uniforme par des constitutions qui servissent d'interprétation 
à la règle de saint Benoît. Ces règlements sont divisés en quatre-vingts 
articles ou canons , qui concernent l'office , le travail , la nourriture , le 
vêtement , la réception des novices , le gouvernement du monastère et 
la punition des fautes (1). 

quatre mois. Après un au de persévérance , on le recevait. La profession se fa isait 
dans l'oratoire en présence de toute la communauté. Le rfovice ne promettait autre 
chose que la stabilité , la conversion de ses mœurs et l'obéissance. Il en écrivait de sa 
main la promesse, qu'il mettait sur l'autel. Alors ou le revêtait de l'habit du mo- 
nastère et on «ardait le sien pour le lui rendre, si par malheur il en sortait. Les 
pères pouvaient offrir leurs enfants en bas âge , pour être reçus dans le monastère. 
Ils faisaient pour eux la promesse, qu'ils enveloppaient de la palle ou nappe dé 
l'autel avec leur offrande et la main de l'enfant. Ils ne pouvaient lui rien douner, 
pour lui (lier tout sujet de tentation , mais seulement au monastère. 

Si un moine étranger demandait l'hospitalité, on le gardait jusqu'à ce qu'il voulut 
seu aller. On recevait ses avis , et si l'on était édifié de sa conduite on le priait de 
demeurer dans le monastère. Maison ne recevait point un moine d'un monastère 
connu, sans le consentement de l'abbé. On gardait dans le monastère le rang de la 
réception, et les plus jeunes rendaient l'honneur aux anciens, les appelant nonnes, 
c'est-à-dire pères , se levant devant eux et leur demandant la bénédiction. 

Il n'était pas permis aux frères de se défendre l'un contre l'autre.ni de se frapper 
m de s'excommunier de leur autorité privée. Si quelqu'un manquait à la règle, où 
désobéissait aux supérieurs , les anciens l'avertissaient en secret deux fois. S'il' ne 
se corrigeait pas , on le reprenait publiquement ; puis on l'excommuniait, si l'on 
jugea.t qu'il comprit la grandeur de celte peine. S'il était trop endurci , on usait de 
punition corporelle , c'est-à-dire de jeûnes et de coups de fouet. Les enfants étaient 
traités de la même manière ; mais la punition était proportionnée à leur jeune âge. 
On châtiait jusqu'aux moindres fautes, mais plus légèrement, quand le coupable 
s'en accusait le premier. 

La règle appelle excommunication toute séparation de la communauté. Ne point 
entonner de psaumes ni d'antieunes, ne point lire de leçon à l'office , manger seul 
après les autres , être exclus en même temps de la table et de l'oratoire , ne parler à 
personne, être séparé de tous, même dans le travail, c'était être excommunié. Saint 
Benoît applique à cette entière séparation les paroles de l'Apôtre qui dit quel'exconi. 
munie est livré à Satan ; ce qui fait croire qu'il parle d'une véritable censure ecclé- 
siastique ; mais il veut que l'abbé prenne un soin particulier de l'excommunié. Que 
s. quelqu'un ne profitait point de ces corrections, même corporelles, après avoir 
essayé tous les moyens de le corriger, on le chassait enfin du monastère, de peur qu'il 
ne corrompît les autres. Que s'il voulait revenu-, promettant de s'amender, on le re- 
cevait jusqu'à trois fois. 

Telle est la règle de saiut Benoît qui prétend n'y rien mettre de rude ni de difficile 
et qm ne la traite que d'un petit commencement bien éloigné de la perfection décrite 
daus les conférences de Cassien, les vies des Pères et la règle de saint Basile. 

(i) Le P. Sirmond, Conc. Gull., t. II, p. 4 3 2 . _ Le p. Labbe ( S acr. cou:., 
t. VII, p. i5o5. — Baluze , CapiUaria, 1. 1, p. 5 7 y. - Le P. Hardouio, Coll. 






— 367 — 

V canon. Comme la règle de saint Benoît doit servir de modèle et 
de fondement à la réforme qu'on veut établir, que les abbés en fassent 
la lecture aux moines ; qu'ils leur en expliquent les endroits obscurs et 
leur fassent sentir les abus qui se sont glissés dans la plupart des mo- 
nastères par la négligence à suivre les observances qu'elle prescrit. 

2 e canon. Que tous les moines qui le pourront apprennent par cœur 
la règle. 

5 e canon. Qu'ils fassent l'office suivant la règle de saint Benoit. 
( Quelques-uns faisaient l'office romain qui dès lors était différend. ) 

A' canon. Qu'ils lavent eux-mêmes leurs habits en temps convenable. 
Qu'ils préparent eux-mêmes aussi leur nourriture et leur pain et tout 
ce qui leur est nécessaire. 

5 e canon. Qu'en aucun temps ils ne retournent dans leur chambre , 
après matines, pour y dormir, à moins qu'ils ne se soient levés avant 
l'heure fixée par la règle. 

6« canon. Qu'ils ne se rasent que tous les lo jours et dans l'octave 
de pàques, et en carême le samedi-saint seulement. 

7 6 canon. Que l'usage du bain soit laissé au gré du supérieur. 

8 e canon. Qu'ils ne mangent de la volaille en aucun temps, soit dans 
le monastère, soit dehors, excepté en cas de maladie. 

9e canon. Qu'aucun évêque ne permette aux moines de manger de 
la volaille. 

10 e canon. Qu'ils ne mangent du fruit et des laitages que lorsqu'ils 
prendront une autre nourriture. 

11 e canon. Qu'il n'y ait pas un temps réglé pour saigner les moines, 
mais que le besoin en décide; et qu'alors on donne (le soir) une colla- 
tion pour le boire et le manger à celui qui aurait été saigné (1). 

12c canon. Lorsque le travail l'exigera ou lorsqu'on dira l'office des 
morts, qu'on donne à boire aux moines, même en carême, après le 
repas du soir et avant la leçon de compiles (2). 









concil., t. IV, p. 1225. — Le P. Haruheim , Conc, Germ., t, II, p. t. —Le P. 
Mansi, Suppl, conc, t. I, p. ~][)0. — Dans quelques éditions les 80 règlements n'eu 
forment que 77. — ■ La plupart de ces canons diffèrent peu de ceux qui sont rap- 
portés dans la chronique du Mont-Cassin. 

(1) 11 y a dans le texte specialis consolcttio. On nommait consolation le petit re- 
pas ou la collation qu'on accordait quelquefois le soir aux moines. — Malgré la 
défense portée dans ce canon, on marqua dans la. suite, dans les calendriers des 
bréviaires monastiques, un jour chaque mois, pour saijjner les moines ; ce jour était 
appelé d'tes œger, dies minulionis, c'est-à-dire le jour malade, le jour de la saignée. 

(2) C'est l'origine de la collation les jours de jeûne ; on ne parle pas de manger , 
mais seulement de boire. 



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— 368 — 

13 e canon. Quand un moine sera repris par son supérieur, qu'il dise 
d'abord : meà culpâ; qu'il se prosterne ensuite à ses pieds et demande 
pardon ; s'étant levé sur l'ordre du supérieur, qu'il lui réponde avec 
humilité. 

14e canon. Quelque faute qu'aient commise les moines, qu'ils ne 
soient pas fouettés nus en présence des aulres. 

15 e canon. Qu'ils ne se mettent jamais en voyage sans un compagnon. 

16 e canon. Qu'ils ne soient jamais parrains ; et qu'ils ne donnent pas 
le baiser aux femmes (en les saluant). 

11 e canon. Et si la nécessité exige qu'on les occupe à cueillir la 
moisson, qu'il leur soit permis de lire et de se reposer à midi, de peur 
qu'ils ne murmurent. 

18« canon. Que les jours déjeune ordinaires, c'est-à-dire les mer- 
credi et vendredi, leur travail soit plus léger, avant ou après nones, à 
la volonié du supérieur. 

10 e canon. Qu'en temps de carême ils ne reçoivent d'autres livres que 
ceux de la bibliothèque, à moins d'un ordre du supérieur. 

20° canon. Que leurs habits ne soient ni vils ni précieux, mais 
d'une honnête médiocrité. 

21 e canon Que la mesure de la cuculle soit de deux coudées. 

22' canon. Que l'abbé ait soin que chaque moine ait deux chemises 
(de serge, car les moines ne portaient point de linge), deux tuniques, 
deux cuculles (pour porter dans le monastère), deux ou trois chappes 
(pour le dehors), deux paires de fémoraux (ou caleçons), quatre paires 
déchaussons, deux paires de souliers pour le jour et deux paires de 
pantoufles pour la nuit, des socques pour l'hiver (c'est-à-dire des galo- 
ches ou des sabots), des gants ouatés et des moufles de mouton (c'est- 
à dire des gants fourrés) en hiver, un roc (1), deux pellices (ou robes 
fourrées) pendantes jusqu'aux talons, deux bandes (dont ils se ceignaient 
les jambes surtout en voyage), du savon pour laver leurs habits. Qu'on 
mette de la graisse dans la nourriture des moines (2) , excepté les ven- 
dredis, et vingt jours avant la noël et la semaine de la quinquagésime. 
Dans les pays oit il n'y a pas de vin, qu'on leur donne une double me- 
sure de bonne bière. 

(l) Le roc on rocus était un vêtement extérieur, d'où quelques-uns ont cru que 
le mot froc a été formé ; mais il est plus naturel, ce nous semble, de le faire déri- 
ver de Jloccus ou fmecus, qui était un habit des moines et des paysans. 

(a) L'usage de l.i graisse était permis en France , parce que l'huile y était très- 
rare, ou peut-être pour montrer qu'où ne s'abstenait pas de la chair par supersti- 
tion. — On voit par ce canon qu'on ne faisait pas encore maigre le samedi. 



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23' canon. En carême comme en autre temps que les frères se lavent 
mutuellement les pieds, en chantant des antiennes. Le jeudi-saint l'abbé 
lavera et baisera les pieds des religieux; puis il leur servira à boire (1). 

24' canon. Que le lavement des pieds des frères et des étrangers se 
fasse le jeudi- saint, après la cène (2). 

25 e canon. Que l'abbé se contente de la portion des moines pour la 
nourriture ; qu'il soit vêtu et couché comme eux et qu'il travaille 
aussi comme eux, quand il ne sera pas occupé plus utilement. 

26 e canon. Qu'il n'aille point visiter les métairies sans nécessité et 
qu'il n'y laisse point des moines pour les garder. 

27' canon. Qu'il ne mange point avec les hôtes à la porte du mona- 
stère, mais dans le réfectoire; et à leur considération, qu'il augmente 
la portion des frères, s'il le juge convenable. 

28 e canon. Qu'on fasse la lecture au réfectoire à la première et à la 
seconde table. (Celle-ci était pour les lecteurs et les serviteurs de la pre- 
mière table.) 

29 e canon. Qu'on ne donne au lecteur que ce que la règle ordonne. 

30 e canon. Qu'on ne chante pas Alléluia pendant la septuagésime. 

31» canon. Que le prévôt ait dans le monastère et au dehors la prin- 
cipale autorité après l'abbé. 

32 e canon. Qu'il soit choisi parmi les moines. 

33 e canon. Touchant les anciens, il doit toujours en rester dans le 
couvent pour veiller à sa garde. 

34' canon. Que l'entrée du monastère ne soit pas facilement accordée 
à un moine ; pour éprouver sa vocation, qu'on lui fasse servir les hôtes 
dans leur chambre pendant plusieurs jours. Qu'il laisse à ses parents 
l'administration de ses biens, dont il pourra disposer suivant la règle 
après l'année de probation. Qu'il ne reçoive la tonsure monacale et ne 
prenne l'habit qu'après avoir fait vœu d'obéissance. 

3o« canon. Qu'après la profession, il ait pendant trois jours la tête et 
le visage couverts de la cuculle (3) (pour lui apprendre par là qu'il 
doit désormais se regarder comme mort au monde). 

(i) C'est encore l'usage dans la plupart des églises de donner .'i boire le jeudi- 
saint à ceux dont on a lavé les pieds. 

{■•) Le lavement des pieds est appelé dans ces règlements mantlatum. C'est le nom 
qu'on donna à cette action d'humilité et de charité, parce que pendant qu'on !.. 
laisait, on chaulait ces paroles de Jésus-Christ : Mandatent nuvum du valus , etc. 
Ainsi mantlutum jheere signifie laver les pieds à quelqu'un. 

(3) 11 parait que ce qu'on nomme ici cuculle n'est autre chose que le scapulaire 
des moines, qui , servant à couvrir la tête et les épaules , est appelé tantôt cuculle, 
et tantôt scapulaire. 









T. III. 



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ii 










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— 370 — 

36» canon. Que les enfants qu'on destine à la vie religieuse soient 
offerts à l'autel par le père et la mère au moment de l'offertoire. Que 
les parents fassent la demande pour l'enfant en présence de témoins 
laïques, et quand il sera en âge de raison, qu'il la confirme. 

37 e canon. Que les enfants ainsi offerts ne mangent pas de chair, si 
ce n'est en cas de maladie. 

38 e canon. Lorsque les frères dorment à la 6* heure, si l'un d'entre 
eux veut lire, qu'il lise à l'église ou dans son lit. 

39 e canon. Qu'en temps de carême les frères travaillent jusqu'à la 
9 e heure et qu'ensuite après la messe ils prennent leur repas. 

40 e canon. Que les moines qui seront mis en prison pour crimes 
aient un logement séparé avec une cour où ils puissent travailler (1). 

41 e canon. Si quelqu'un fait du bruit par négligence, ou laisse tomber 
quelque chose dans le réfectoire, qu'il en demande aussitôt pardon au 
prieur. 

42 e canon. Qu'aucun laïque, ni qu'aucun clerc séculier ne soit reçu 
dans le monastère pour y habiter, s'il ne veut se faire moine. 

45 e canon. Qu'il ne soit permis à aucun moine de faire un serment 
ou une affirmation , autrement que les saints Pères avaient coutume de 
le faire. 

44 e canon. Qu'il soit permis aux abbés d'avoir de petites maisons (ou 
prieurés), c'est-à-dire de petits monastères de moines ou de chanoines, 
dans lesquels il ne doit jamais y avoir moins de six religieux ou Cha- 
noines^). 

45 e canon. Qu'il n'y ait point d'autre école dans l'intérieur des mo- 
nastères que pour les enfants qui ont été offerts. (Toutefois en plusieurs 
monastères il y a des écoles extérieures, mais publiques.) 

46' canon. Qu'aux principales fêtes de l'année, comme à noël , aux 
octaves du Seigneur, à l'épiphanie , à pâques, à l'ascension , à la pen- 
tecôte, aux fêtes de saint Etienne, de saint Jean l'évangéliste, des saints 
Innocents, de la purification et de l'assomption de la sainte Vierge, 
des Apôtres, de saint Jean-Baptiste, de saint Laurent, de saint Martin, 
et des saints particuliers à chaque paroisse , on fasse l'office plénier 

([) La prison_des moines [devint dans la suite infiniment plus dure. C'était un 
horrible cachot, d'où le prisonnier n'avait plus aucun espoir de sortir. C'est pour- 
quoi cette prison s'appelait vac/e in pace. Etienne, archevêque de Toulouse, s'en 
plaignit, l'an i35o, au roi Jean, qui ordonna que tous les supérieurs des monastères 
visiteraient leurs religieux prisonniers deux fois par mois et leur accorderaient toui 
les quinze jours li permission de s'entretenir avec un de leurs confrères.— Baluze, 
Capitularia, t. II, p. 1088. 

(2) Voilà l'origine des prieurés dépendants des monastères. 



— 371 — 

(c'est-à-dire plus solennel qu'aux autres jours de l'année), et qu'en ces 
jours les moines prennent deux repas. 

47 e canon. Que le vendredi-saint les moines jeûnent au pain et à 
l'eau. 

48<= canon. Que le prêtre {sacerdos) donne après complies la bénédic- 
tion. 

49* canon. Qu'on distribue aux pauvres la dîme de tout ce qui est 
donné tant à l'église qu'aux moines. 

50' canon. Qu'après le chant des psaumes, on chante les psaumes 
spéciaux pour ceux qui font l'aumône (eleemosynarii.s) et pour les morts. 

5k canon. Qu'on ne fléchisse point les genoux ni qu'on ne jeûne point 
dans la semaine de pentecôte. 

52 e canon. Que les laïques ne boivent ni ne mangent dans le réfectoire. 

53 r canon. Qu'on donne aux frères , toutes les fois que la nécessité 
l'exigera , des vêtements, des souliers et toutes les choses nécessaires. 

54 e canon. Que les supérieurs soient appelés nonnes (terme de respect 
venu des moines égyptiens ). 

55 e canon. Que le plus ancien des doyens soit mis à la tête des doyens 
et qu'il tienne la première place en l'absence de l'abbé et du prévôt. 

56' canon. Que le prévôt, le doyen , l'économe ne soient point révo- 
qués de leurs fonctions , sans utilité ni nécessité. 

57' canon. Que la livre de pain pèse 30 sols de douze deniers chaque 
( c'est-à-dire une livre et demie ou 18 onces.) 

58 e canon. Que le dortoir réservé aux moines étrangers soit bâti près 
de l'oratoire. 

59 e canon. Que l'abbé, lorsqu'il va en voyage, ne se fasse jamais 
accompagner de moines , à moins qu'il ne se rende au concile général. 

60 e canon. Que l'on frappe seulement deux coups à tierce , à sexle 
et à none. 

61« canon. Que la cappe des moines ne soit point décousue, excepté 
celle qui est fourrée. ( Ut monachi cappas disconsutas prœter viltosas non 
habeant. ) 

62 e canon. Que l'abbé, le prévôt ouïe doyen, quoiqu'ils ne soient 
pas prêtres, donnent la bénédiction aux lecteurs. 

63 e canon. Qu'on fasse choix de frères instruits pour parler avec les 
moines étrangers. 

64 e canon. Lorsqu'un vol sera commis sans que l'auteur en soit connu, 
que la communauté se mette en prière et soit privée de la communion 
du corps et du sang de Jésus-Christ , jusqu'à ce que le coupable ait con- 
fessé sa faute. 



1 
I 






■ 






Ao't. 

















— 372 — 

65 e canon. Si un frère porte un témoignage contre un autre frère à 
l'occasion d'une faute , qu'on s'en rapporte au témoignage de celui qui 
sera plus parfait. 

66 e canon. Qu'on ne chante point le psaume invitatoire ni le Gloria 
pour les morts. 

07' canon. Que le lecteur reçoive la bénédiction debout. 

68 e canon. Qu'on distribue au réfectoire les eulogies (c'est-à-dire les 
pains offerts à l'autel et non consacrés), et que la distribution en soit 
laite par lesprêlres. 

C9 e canon. Qu'au chapitre on lise d'abord le martyrologe, puis le 
verset , la règle ou une homélie. 

70 e canon. Qu'au chapitre la permission de lire soit donnée comme au 
réfectoire. 

7i e canon. En été, lorsque les frères jeûnent , qu'ils dorment après 
la sixième heure. 

72 e canon. Que les religieux prisonniers soient traités le dimanche avec 
beaucoup de douceur et ne demandent point en ce jour pardon. 

73 e canon. Qu'on célèbre l'office divin le jour anniversaire de la mort 
de l'abbé. 

74 e canon. A la messe, qu'on se tienne debout au Sanctus et à 
genoux au Pater (1). 

75 e canon. Qu'on ne reçoive personne dans un monastère pour de 
l'argent, mais seulement à cause des mérites de celui qui se présente. 

76 e canon. Qu'on donne séparément à chaque frère sa portion de 
nourriture et de boisson et qu'il la garde pour lui sans en rien donner 
à ses frères. 

77 e canon. Les frères peuvent mettre de la graisse dans leur nourri- 
ture, excepté les vendredis, vingt jours avant la noël et depuis le di- 
manche de la quinquagésime jusqu'à pâques. 

78 e canon. Que les frères mangent de la volaille à noël et à pâques 
durant quatre jours seulement : mais si l'abbé et les moines veulent s'en 
abstenir, ils le peuvent. 

79 e canon. Qu'on donne aux moines des moufles de mouton. 

80 e canon. L'abbé doit toujours suivre cette formule apostolique : 
« Blâmez , priez , réprimandez. » C'est-à-dire , il t doit blâmer ceux 
qui sont ignorants et turbulents, prier ceux qui sont obéissants, doux 
et patients de devenir plus parfaits, réprimander et même punir 






(i) H n'y avait alors d'autre élévation a la messe que celle de l'houle avec le ca- 
liée immédiatement après le l'aler. 



I 



■ 



<w 



— 575 — 

corporellement ceux qui sont négligents , méchants , orgueilleux et 
insoumis. Que clans tous les monastères on suive celle règle, et que 
personne n'ose suivre sa propre volonté ni lutter contre son abbé. Que 
celui qui se rendra coupable d'une faute quelconque et qui no se corri- 
gera pas après avoir été excommunié , soit frappé de verges. Que celui 
qui osera sortir du monastère sans la permission de l'abbé soit puni 
suivant la règle. Que les coupables soient réprimandés publiquement , 
alin que la crainte d'une semblable punition retienne les autres. 

L'empereur confirma ces règlements ; et dans la suite ils eurent une 
autorité presque égale à la règle de saint Benoît. 

On croit que ce fut dans cette même assemblée que l'empereur fit 
dresser un état des charges que les monastères de ses États devaient 
supporter pour son service. On les divisa en trois classes : les uns , à 
raison de leurs vassaux, devaient tont à la fois le service militaire et les 
redevances ; on en comptait 10 (1) en France de cette première classe, 
savoir : Saint-Benoît-sur-Loire, Ferrières, Nesle, Sainte-Croix, Nova- 
lè-e, Corbie,Notre-Dame-de-Soissons, Flavigny, Stavelo, Saint-Eugend 
ou Saint-Oyan (aujourd'hui Saint-Claude) , 2 au delà du Rhin et 2 en 
Bavière. Les autres n'étaient tenus qu'à des redevances; on en compte 
10, entre autres Saint-Michel, la Baulme, Saint-Seine, Nantua, Saint- 
Boniface ou Fulde, Sainl-Vigbert ou Frislart. 18 ne devaient que des 
prières; parmi ceux-ci se trouvaient les monastères du Fossé ( aujour- 
d'hui St.-Maur) près de Paris, et Savigny près de Lyon. 54 ne devaient ni 
service militaire, ni. redevances, mais seulement des prières pour le salut 
de l'empereur et de ses enfants et pour la tranquillité de son empire (I). 

L'assemblée d'Aix-la-Chapelle n'avait pas eu seulement pour objet 
des affaires ecclésiastiques. L'empereur y déclara que pour l'affermisse- 
ment de l'État et à cause de l'incertitude de la vie, il avait formé le 
projet d'associer à l'empire un de ses trois fils. En conséquence , il 
ordonna un jeûne général de trois jours avec des aumônes et des prières, 
pour connaître la volonté de Dieu sur un choix si important ; après 
quoi il donna le titre d'empereur à Lolhaire, son fils aîné, déclara Pépin 
roi d'Aquitaine et Louis roi de Bavière. 11 fit ensuite jurer à tous ceux 
étaient présentsde maintenir le partage et il en fil dresser un acte qu'il 
envoya au pape saint Pascal avec prière de le faire confirmer. 









(i) Fleory se trompe en en incitant i4 en France outre les quatre il au delà du 
Itliin cL de Bavière. 

(j.) Le P. Lahije , Suer, conc., t. VII, p, i5ij. — Dainzc, Capiluïaria > t. I t 
\>. 589 ; t. II, p. 1092. — Lecointe , Annal, , ad ann.- 817, nunt. 23<). — Le P. Sir- 
inuml, Çonc. GalL, t. II, |>. 685, 






— iu — 

N° 771. 
CONCILE D'INGELHEIM. 

(INGELIIENHEIMENSE.) 

(L'an 817(1).)— Ce concile fut tenu contre les usurpateurs des 
biens de l'Église (2). 

N° 772. 

CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

( AQUISGRANENSE.) 

(L'an 818.)— Ce concile condamna plusieurs évêques et entre autres 
Théodulphe d'Orléans , qui avait embrassé la cause de Bernard , roi 
d'Italie, contre l'empereur Louis (3). 

N p 773. 
CONCILE D'ULME. 

(ULJLE.) 

( L'an 818.) — On confirma dans ce concile, contre les prétentions de 
Wolfoléon , évêque de Constance , le privilège de l'abbaye de Saint-Gall 
et la faculté qui lui avait été accordée d'élire son abbé (4). 






I 



N° 774. 
CONCILE DE VANNES, EN BRETAGNE. 

(VENETICUM.) 

( L'an 818.) — Ce concile, ou plutôt cette assemblée d'évêques et de 
grands, fut tenue par Louis-le-Débonnaire après la défaite des bretons. 
On y traita les affaires de l'Église et de l'État (5). 

(i) L'an 819, d'après Binius. 

(a) BiDius, Concil., t. III, p. 267. 

(3) Le P. Hartzheim, Conc. Germ., t. II, p. 10. — De Lalande, Suppl. conc. 
Gall.,f. io5. — Le P. Labbe, Sacr. conc., t. VII, p. 1866. — Le P. Hardouin, 
Coll. conc, t. IV, index. 

(4) Le P. Hartzheim, Conc. Germ., t. II, p. 10. 

(5) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. 1867. — De Lalande, Su/>pl. cuik. 
Gall., p. 106, 



I 



— 375 - 



V.>> 



N° 77S. 
CONCILE DE VENISE. 

( VENETUM.) 

(Vers l'an 818.) Fortunat, patriarche de Grailo, ayant été chassé de 
son siège et s'étant enfui dans les Gaules, un certain moine nommé 
Jean s'en empara et le tint pendant quatre ans. Mais Fortunat s'étant ré- 
concilié avec les vénitiens redemanda son siège, qui lui fut rendu dans 
un concile tenu à cet effet, et où l'usurpateur Jean fut déposé. C'est 
tout ce que nous avons pu découvrir touchant cette assemblée dans la 
chronique de Dandulus (1 ). 






N° 776. 

CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquisgranense.) 

( L'an 819.) — Dans cette grande assemblée d'évêques et de seigneurs 
Louis-le-Débonnaire entendit le rapport des missi dominici; c'est-à-dire 
des évêques et comtes qu'il avait envoyés dans les provinces , pour 
connaître l'état de l'Église et pourvoir à ses besoins. Il y fit un capitu- 
laire en 29 articles touchant les pouvoirs accordés à ses envoyés dans 
leur légation , et l'archevêque de Trêves , Helti , y écrivit une lettre à 
Frotliaire, évêque de Toul, sur .l'observation des capitulaires royaux 
concernant l'Église et l'empire (2). 

N° 777. 
* CONCILE DE PERSE, OU DE SÉLEUCIE. 

(PERSICUM , FORTE SELEUCIENSE.) 

(L'an 820 (3). Josué Bar-Nun , catholique des nestoriens , présida ce 
concile où l'on dressa cent trente canons touchant la discipline ecclé- 
siastique (b). 



(i) Lib. vin, cap. i. — Le l\ Mansi , Suppl. cerna-, l. I, p. 806. 

(2) Le P. Hartzheim, Conc. Germ., t. H, p. 11. — De Lalaude, Suppl. conc. 
Oall., p. 106. — Le P. Labbc, Sacr. conc, t. Vit, p. 1867. 

(3) Ce concile est daté de la îoi" année de l'hégire, la [ iSt' des grecs. 

(4) Anirus, Yila JoMte. — Nonuxan. arable. — -Assemani, BiblloUi. orient,, t. III. 
pars u, p. 188. — Le P. Mansi, Suppl, font., t. I, p. 806. 









— 376 — 



I 1 






k\ N 






N" 778. 

CONCILE DE LONDRES. 

(londinense.) 

(Vers l'an 820.) Wulfred, archevêque de Cantorbéry, et Cénulphe 
roi des merciens, firent la paix dans ce concile (1). 

N° 779. 
CONCILE D'ANGLETERRE (2). 

( IN ANGLIA. ) 

( L'an 820 (3).) — Wulfred, archevêque de Cantorbéry, et Bcrnulphe, 
roi des merciens, assistèrent à ce concile où l'abbesse Cénédrithe, belle- 
sœur du roi Cénulphe, se réconcilia avec cet archevêque et rendit les 
terres que son père avait injustement ôtées à l'église de Cantorbéry. Il 
est fait mention de ce concile dans le Z° de Cloveshou (4). j 

N° 780. 
CONCILE DOSLAVESHLEN. 

( APUD OSLAVESHLEN.) 

( L'an 821 (5).)— L'abbesse Cénédrithe renouvelle dans ce concile sa 
réconciliation avec Wulfred, archevêque de Cantorbéry. 11 est fait men- 
tion de ce concile dans le 4° de Cloveshou (6). 

N° 781. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

( CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(L'an 821.) — Élu empereur d'Orient, Michel-le-Bègue rappela 
d'abord les confesseurs exilés pour la cause des images. Ce prince , né 
à Amorion en Phrygie, où il y avait un grand nombre de juifs et de 

(i) Le P. Mansi, Suppl. concil., t. I, p. 819. 
(3) Probablement de Cantorbéry. 

(3) La 1" année du règne de Benmlphe. — L'an 8a 1, d'après Wilkins. 

(4) Spelman , Concil., t. I, p. 33t. _ Wilkins , Conc. BriL. 1. 1, p , 7 , 
P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. 1 5 1 9. 

(5) Ce concile est daté de la 2' année du règne de Bernulphe. 

(6) Spelman, Conc., t. I, p. 33». - Wilkins, Conc. Brit., t. I, ,,, ,-,. 
P. Labbe, Sacr, conc, t. VII, p. 1.S17. 



— Le 



— Le 



— 577 — 
manichéens, avait été élevé dans une secte dont la doctrine était un 
mélange de superstitions empruntées au judaïsme et au manichéisme. Il 
ne croyait ni à la résurrection , ni à l'existence des démons ; il mépri- 
sait les prophètes ; il prétendait que Judas était sauvé ; il regardait la 
fornication comme une chose indifférente et condamnait plusieurs pra- 
tiques de l'Église comme opposées à la Loi mosaïque. En outre , il était 
d'une ignorance grossière et portait le mépris de la science jusqu'à dé- 
fendre d'instruire les enfants. Aussi , lorsque le patriarche Nicéphore, 
saint Théodore Studite et plusieurs évoques vinrent le prier de leur 
rendre leurs églises et d'en chasser les usurpateurs, Michel leur proposa 
d'entrer en conférence avec les iconoclastes, ajoutant que pour lui n'ayant 
jamais honoré les images, il était décidé à ne point changer de senti- 
ment et qu'il ne pouvait que les laisser libres de suivre leur opinion. Les 
évoques catholiques tinrent un concile à Constantinople, et adressèrent 
à l'empereur un écrit où ils exposaient leurs motife qui les empê- 
chaient d'entrer en conférence avec des hérétiques déjà condamnés. 
• Ordonnez , lui disaient-ils , de recevoir la décision de Rome , suivant 
« la coutume de tous les temps; car c'est la maîtresse de toutes les 
i Églises , celle où réside l'autorité de saint Pierre. » Cette décision 
dont parlent les évêques du concile était une lettre dogmatique que 
Meihodius avait apportée de Rome après la mort du pape Léon III, dans 
l'espoir de ramener Michel à la foi catholique et de procurer le rétablis- 
sement du saint patriarche Nicéphore (I). 

L'empereur persista dans sa résolution; cependant comme il craignait 
que les catholiques ne se déclarassent en faveur de Thomas, qui lui 
disputait l'empire, il leur fit proposer de nouveau d'entrer en con- 
férence avec les iconoclastes. Ce fut à cette occasion que saint Théo- 
dore Studite écrivit une lettre dans laquelle on trouve ces paroles 
remarquables : « Si l'on veut finir la division, il faut que le patriarche 
« Nicéphore soit rétabli dans le siège de Constantinople , qu'il assemble 
« ceux qui ont combattu avec lui pour la vérité, qu'il y ait, s'il est 
« possible, des députés des autres patriarches , ou au moins de celui 
i d'Occident , qui donne l'autorité au concile œcuménique , et si cela 
« n'est pas possible , tout pourra se terminer par des lettres synodiques 
« que noire patriarche enverra au premier siège. Que si l'empereur 
< n'agrée pas cette proposition , il faut envoyer à Rome et en recevoir 
« la décision certaine de la foi (2). ■ 






(0 Le P. Mausi, Suppl. comil., t, I , p, 822. — Vita S. Niccph 
(a) Lib. 11, epislola 129. 



ion, nu m. 



7 3. 


















— 578 — 
N« 782. 

CONCILE DE NIMÈGUE. 

(noviomagense.) 

(L'an 821.) — Ce concile est indiqué par Chifflet seul dans son li- 
vre intitulé : Quatuor opusc. 

N° 785. 

CONCILE DE THIONVILLE. 

(apud theodonis villam.) 

(Mois d'octobre de l'an 822 (1).) — A la nouvelle du couronnement 
de Lothaire , Bernard , roi d'Italie , s'était révolté contre l'empereur 
Louis , son oncle ; mais son parti avait été bientôt dissipé , et lui-même 
forcé de se mettre avec ses complices à la discrétion de l'empereur. On 
lui avait crevé les yeux avec tant de violence qu'il en mourut au bout de 
trois jours. Lesévêques de Milan, de Crémone et Théoduffe d'Orléans, 
accusés d'avoir favorisé la révolte , furent enfermés dans des monastères. 
L'empereur, craignant quelque entreprise semblable de la part de Dro- 
gon , Hugues et Théodore ou Thierry, frères de Bernard , les fit enfer- 
mer aussi dans des monastères, après leur avoir fait couper les che- 
veux. Mais dès l'année 822, au concile de Thionville , il pardonna à tous 
ceux qui avaient pris part à la révolte de Bernard, leur rendit leurs 
biens et rétablit sur leurs sièges les évêques exilés. Ce concile était 
composé de 32 évêques , parmi lesquels on distingue Astulphe ou Heis- 
tulphe, archevêque de Mayence, Hadabalde de Cologne, Hetton ou Hetti 
de Trêves , et Ebbon de Ueims avec leurs suffragants et les députés des 
autres évêques de Gaule et de Germanie. Comme Jean , évêque de Gas- 
cogne , avait été mis à mort peu de temps auparavant avec les traite- 
ments les plus indignes , ce concile fit quatre canons contre ceux qui 
seraient convaincus d'avoir frappé un clerc (2). 

(i) Le P. Mansi, t. I, p. 823, place ce concile à l'an 8i3, d'après un manuscrit 
de Lucques ; Bai uni us, les PP. Labbe, Hartzheim et Pagi, à l'an 821 ; Baluze, à l'an 
820, et Suri us à l'an 812. 

(2) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. ialg. — Le P. Hartzheim, Conc. 
Germ., t. II, p. 22. — Baluze, Capitularia, t. I, p. 622. — Kginard, Annales, ad 
ann. 816, 821. — Theganus, De ijeslis Lodovici, cap. 22, 23, 24. — : Lecointe, Ann., 
ad ann. 818, num. 5. — Burchard, lib. vi, cap. 5. — Le P. Sirmond, Conc. ont. 
Gall., t. II, p. 445. — Le P. Hardouin, Coll. conc, t. IV, p. i23 7 . — Les PP. 
Labbe et Harlzheim ne s'accordent pas dans le récit de ce qui se passa à cette as- 
semblée. 






SÉL 



- 379 — 

l" canon. Celui qui aura blessé un sous-diacre fera pénitence pendant 
cinq carêmes et paiera 500 sols avec la composition (1) et u ne amende (2) 
à l'évêque. Si le sous-diacre meurt de sa blessure , l'assassin fera péni- 
tence durant cinq années entières et paiera 400 sols avec la triple 
composition et la triple amende à l'évêque. 

2 e canon. Celui qui aura blessé un diacre fera pénitence pendant six 
carêmes et paiera 400 sols avec la composition et l'amende à l'évêque. 
Si le diacre meurt de sa blessure, l'assassin fera pénitence pendant six 
années entières et paiera 600 sols avec triple composition et triple 
.unende à l'évêque. 

5 e canon. Celui qui aura blessé un prêtre fera pénitence pendant douze 
carêmes et paiera 600 sols avec triple composition et triple amende à 
l'évêque. Si le prêtre meurt de sa blessure, l'assassin fera pénitence 
pendant douze années entières et paiera 900 sols avec triple composi- 
tion et triple amende à l'évêque. 

i> canon. Si quelqu'un dresse des embûches à un évêque, le met en 
prison ou lui fait quelqu'autre outrage, il fera dix ans de pénitence et 
paiera la triple composition qu'on doit payer pour avoir tué un prêtre. 
Celui qui aura tué un évêque par accident , fera pénitence selon l'avis des 
évêques de la province. Mais s'il l'a tué volontairement , il ne mangera 
pas de chair et ne boira pas de vin le reste de sa vie , il ne portera plus 
les armes et ne pourra jamais se remarier. 

Quand on eut fait la lecture de ces règlements , Astulphe de Mayence 
dit : i Prions les princes et les seigneurs de les approuver et de les 
• souscrire ; > et les deux empereurs Louis et Lothaire son fils et tous les 
seigneurs laïques y souscrivirent aussitôt. 

N° 784. 
IV e CONCILE DE CLOVESHOU OU CLIFEE. 

(CLOVESHOVENSE IV.) 

(L'an 822 (5).) — Wulfred, archevêque de Canlorbéry, se plaignit dans 

(il On nommait composition la somme taxée par les lois pour la réparation de 
quelque crime. 

(3) Il y dans le teste : cum bannis episcopaUbus. Bamms signifie souvent amende. 
Celles qu'on payait pour les violences conire un memlire du clergé et pour d'autres 
lacriléges étaient censées appartenir à l'évêque ; c'est pourquoi on les nommait 
oonni episcnpates. 

(3) Ce concile est daté de la m« iodiction, d'où le P. Mansi conjecture qu'il s'est 
tenu l'an 8î5; et en effet la m« indiction correspond aux années 8^4 et 8?.5. Mais 
sur la foi d'un ancien manuscrit plusieurs collecteur! le placent à l'an 8:>î, quoi- 



\> 






À 






lu 



I 



III 




■ 
¥ I 



— 380 — 
ce concile à Bernulphe, roi des merciens, que le roi Cénulphe l'avait tel- 
lement persécuté, qu'il était resté près de six ans sans pouvoir exercer 
ses fonctions épiscopales, et que pendant tout ce temps on n'avait poinl 
administré le baptême dans toute l'Angleterre ; que le même prince l'a- 
vait indignement calomnié auprès du pape ; qu'un jour étant à Londres 
il l'avait fait venir et lui avait ordonné de quitter l'Angleterre , s'il n'a- 
bandonnait pas une terre de 300 familles et ne se soumettait pas à 
payer 120 livres de deniers ; qu'il avait été obligé d'obéir, et que l'ab- 
besse Cénédrithe , fille de Cénulphe, retenait cette terre depuis la mort 
du roi. L'abbesse invitée de venir au concile , promit en présence de 
Bemulphe et des évêquesde rendre cette terre, et elle en rendit encore 
d'autres qui appartenaient à l'archevêque de Cantorbéry, quoiqu'elle ne 
se fût point engagée à les restituer (1). 

N° 783. 

CONCILE D'ATTIGNY. 

(attimaciînse.) 

(L'an 822.) . — Louis-le-Débonnaire montrait beaucoup de ferveur 
pour expier les fautes dont il se croyait coupable. Il venait de rappeler 
ceux qu'il avait exilés au sujet de la révolte de Bernard ; mais le remords 
de sa conscience lui reprochait encore d'avoir pousse la vengeance jus- 
qu'à la cruauté envers ce jeune prince. Pour rendre la réparation plus 
éclatante, il résolut de s'accuser lui-même publiquement et de condam- 
ner sa propre conduite. Ce fut dans cette intention qu'il tint une assem- 
blée générale à Attigny, où se trouvèrent les évêques et les seigneurs 
de son empire avec les légats du Saint Siège. Il lit venir ses trois jeunes 
frères Hugues , Drogon et Théodoric , qu'il avait fait tonsurer, et se ré- 
concilia sincèrement avec eux. Ensuite il se confessa publiquement de 
cette action et de la rigueur dont il avait usé envers le roi Bernard , 
l'abbé Adalard et Vala son frère , comme d'un crime scandaleux qu'il 
ne pouvait effacer que par cette réparation , et il en lit pénitence pu- 
blique à l'exemple de l'empereur Théodose. 

que cetle année ne s'accorde pas avec la claie de l'indicLion , où il y a probablement 
faute. Et ce qui confirme cette opinion , c'est que , d'après les meilleurs chronolu- 
gistes, le roi Bemulphe fut tué en 823, après un règne de trois ans commence 
l'an 820, et que ce concile se tint la 3 e année de son règne ; d'où l'on a conclu que 
l'an 822 correspondant exactement à la 3 e année du règne de ce prince, il n'y avait 
faute que dans la date de l 'indiction. 

(t) Le P. Labbe , Sacr. conc., t. VII, p. 1527. — Wilkins, Conc. Brit., t. I, 
p. 172. — Spclman, Conc., t. 1, p. 333. —Le 1'. Mansi, Suppl. conc, t. 1, p. 83o. 



— 581 — 

On traita dans celte même assemblée de divers abus introduits par 
la négligence des évoques et des seigneurs et l'on confirma la règle des 
chanoines et celle des moines qui avaient été faites à Aix-la-Chapelle 
quelques années auparavant. Saint Adalard, Élisacar, abbés, et quelques 
seigneurs parlèrent ainsi au nom de l'empereur : « Tout ce qui vous pa- 
i raîtra utile pour réprimer les désordres, exalter la religion, éclaircir 
« la doctrine, fortifier la foi et faire fleurir la pitié , proposez-le hardi- 
« ment et soyez assurés que l'empereur le mettra en exécution. lisait, 
i comme l'enseigne l'Ecriture, que les péchés attirent sur les peuples le? 
i fléaux delà guerre, de la famine et toutes les autres calamités pu 
i bliques. C'est pourquoi il veut , par son application à détruire le mai 
• et à établir le bien , écarter de son royaume toutes les calamités et y 
« attirer toutes sortes de prospérités. i Agobard , évoque de Lyon, prit 
ensuite la parole et pria les abbés Adalard et Elisacar, qui paraissaient 
être l'âme de cette assemblée , de représenter à l'empereur combien il 
était contraire aux canons de donner en usufruit à des laïques les biens 
de l'Église, t Quand l'Église, leur dit-il , se fut étendue sur toute la 
« terre et eut été enrichie par les libéralités des princes, il fallut faire 
« des lois pour préserver les biens de l'invasion des méchants. De saints 
« évêques, alors en grand nombre dans l'Église, s'assemblèrent et déci- 

< dèreut qu'il fallait observer les canons approuvés par le consenle- 
i ment unanime des peuples chrétiens et par l'obéissance des princes 
« eux-mêmes. Depuis ce temps-là , la violation des canons est regardée 

< comme une révolte contre Dieu et contre l'Église universelle. Le pré- 
« texte de la nécessilé ne peut même excuser celte violaiion des lois éla- 

< blies par ordre de Dieu; car les vicissitudes des temps et les révolu- 
« tions des siècles lui sont présentes, et quand il a inspiré à son Église 
«de faire certains règlements, il prévoyait les besoins qui servent 
« aujourd'hui de prétextes pour employer les biens ecclésiastiques à des 
« usages profanes. Vous me répondrez sans doute que ce n'est pas l'cm- 
« pereur qui a donné les biens de l'Église à des laïques , que ses prédé- 

< cesseurs sont les auteurs du mal et qu'il lui est impossible d'y porter 
« remède. Avertissez-le du moins du danger, quoiqu'il ne puisse en dé- 
« iruire la cause, afin qu'en y réfléchissant, en le craignant et en s'en 
« aflligeant, il puisse trouver miséricorde devant le Seigneur, i Adalard 
et Elisacar répondirent à ce discours, comme l'évèque de Lyon devait 
l'attendre de leur piélé; mais il douta cependant qu'ils en eussent fait 
leur rapport à l'empereur; ce qui prouve que ses remontrances furent 
sans effet (1). 

(i) Agobard, De dispensât, reiecelesiaslica. 













1 



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-382 - 

Une femme de qualité s'était adressée à l'empereur et lui avait exposé 
qu'il s'était passé entre elle et son mari , nommé Agetnbert, des choses 
honteuses qu'on n'explique pas ; apparemment qu'elle demandait en con- 
séquence la dissolution de son mariage. Louis-le-Débonnaire renvoya la 
connaissance de cette affaire aux évêques assemblés à Attigny ; mais le* 
prélats en déférèrent le jugement aux seigneurs laïques, comme mieux in- 
struits de ces sortes d'affaires, ordonnant toutefois que s'il s'agissait d'un 
crime, cette femme s'adresserait aux évêques après le jugement des laï- 
ques, pour les prier de lui imposer la pénitence prescrite par lescanons(l). 

Quelques auteurs attribuent à ce concile le capitulaire de 29 ou 50 ar- 
ticles qui se trouve à la suite du concile d'Aix-la-Chapelle de l'an 816. 
Mais s'il n'y a pas erreur dans l'inscription , il est certain qu'il fut fait 
en cette même ville d'Aix-la-Chapelle, la 3 e année du règne de l'em- 
pereur Louis, c'est-à-dire l'an 816. Le second article est le plus remar- 
quable ; il rend à l'Église la liberté des élections. L'empereur s'exprime 
en ces termes : i Pour nous conformer aux dispositions des saints canons 

• qui nous sont connus, nous consentons, sur la demande du clergé, que 

• l'Église jouisse librement de ses droits et que les évêques choisis dam 
i le diocèse même sans avoir égard ni au rang des personnes, ni à leurs 
i présents, mais seulement au mérite personnel, soient élus par les 
« suffrages des clercs et du peuple. » L'empereur Louis fut donc le 
premier qui, par cette ordonnance, rendit à l'église son entière et primi- 
tive liberté si souvent troublée par la puissance séculière , depuis la d^ 
initiation des francs et des autres peuples barbares (2). 

Voilà tout ce que les historiens du temps rapportent touchant l'as- 
semblée d'Attigny, dont les actes ne sont point venus jusqu'à nous. 
Hincmar l'appelle un concile universel de tout l'empire (3). 

N° 786. 



CONCILE DE 

(loci incerti.) 

(Vers l'an 822.) Ce concile, qui se tint dans le royaume de Louis-le- 

(i) Hincmar, fle divortio Lotharii respons. ad V VMerrogat. 

(a) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. i4 7 8. — Le P. Sirmond , Cône. anl. 
Gall., t. II, p. 428. — Baluze, Capilul., t. I, p. 563. — Le P. Lecoinle, Armai., U 
ann. 82a. 

\3) Le P. Sirmond, Conc. anl. Gall., t. H, p. 448. —Le P. Labbe, Sacr. conc, 
t. VII, p. i5a 7 . — Le P.Hardouin, Coll. concil., t. IV, p. 1247. — Le P. Hartt- 
beim, Conc. Germ., t. II, p. 26. — Le P. Mausi, Suppl. conc., t. \, p. 8«6. 



— 383 — 

Débonnaire, désigna Ebbon, archevêque de Reims, pour aller enseigner 
la foi dans le Danemarck, mission qui fut confirmée par le pape Pas- 
cal (1). 

N° 787. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum seu l,\teranense.) 

(L'an 823.) — Ce fut dans ce concile que le pape saint Pascal se 
purgea par serment, en présence d'Adalong, abbé de Saint-Waast, et 
de Humfroy, comte de Coïre, envoyés de Luuis-le-Débonnaire, en pré- 
sence aussi de tout le clergé de Rome et de trente-quatre évoques , 
d'avoir fait mettre à mort le primicier Théodore et le nomcnclalcur 
Léon pour leur dévouement au jeune empereur Lothaire. Le saint 
pontife ajouta que, du reste, ces deux officiers avaient été justement 
punis comme coupables du crime de lèse-majesté (2). 







N" 788. 

ASSEMBLÉE DE TRÉBUR OU TRIBURE (3). 
(triburiense.) 

(L'an 823 (4).) — L'empereur Louis ratifia de nouveau dans cette 
assemblée les canons du concile de Thionville et décerna les peines 
suivantes contre ceux qui les enfreindraient. < Nous voulons que celui 
t qui refusera de se soumettre à ces règlements soit condamné selon 
« les canons ; de plus , qu'il ne puisse posséder aucun fief dans notre 
« royaume; que les terres qu'il posséderait en propre soient mises à 
i notre ban ; que si elles y demeurent un an et un jour, elles soient 
t confisquées à notre profit ; que le coupable soit exilé et même détenu 
< prisonnier, jusqu'à ce qu'il se détermine à Taire à l'Église la satis- 
« faction qu'il avait refusé de faire de bon gré. > Tous ceux qui étaient 
présents à celte assemblée répétèrent trois fois : « Nous les approuvons ; t 
après quoi l'empereur et presque tous les seigneurs de France et de 
Germanie les souscrivirent en faisant des croix , pour donner plus d'au- 
torité à leurs signatures, ou peut-être , ce qui est plus probable, parce 

(i) Le P. Mansi, Suppl. conc, 1. 1 , p. 826. — Hensclienius , Comment, prov. ad 
vitam S. Anscharii, die 3 febr., § 14. 

(2) Le P. Mansi, Suppl. concil., 1. I, p. 827. — Éginard, Annales, ad anu. 82J. 

(3) Ville située près du confluent du Rhin et du Mein. 

(4) L'an 822, d'après le P. Hartzheini. 
















1 

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- 384 — 
que plusieurs ne savaient pas écrire leur nom. Ensuite le clergé en- 
tonna l'hymne Te Deum, pour rendre grâces à Dieu et à l'empereur (1). 

N° 789. 
CONCILE DE COMP1ÈGNE. 

(COMPENMENSE.) 

(Mois de novembre de l'an 823.) - On condamna dans ce concile le 
mauvais usage des choses fsaintes et l'usurpation des biens ecclésiasti- 
ques par les laïques. Les légats du pape Pascal y assistèrent (2). 

N° 790. 
CONCILE DE PORT, PRÈS DE NIMES. 

(PORTUENSE.) 

(L'an 823.) — On ne sait rien de ce concile dont les actes ne sont 
pas venus jusqu'à nous (3). 

N° 791. 
V e CONCILE DE CLOVESHOU OU CL1FFE. 

(CLOVESIIOVENSE V.) 

(L'an 824.) — Dans ce concile , le roi Bernulphe, Wulfred de Can- 
torbéry et les évêques du pays des merciens terminèrent un différend 
entre Hébert, évêque de Worchester, et les moines de Bercley, tou- 
chant le monastère de Westbury, que ceux-ci prétendaient leur appar- 
tenir. Mais il fut adjugé à l'évêque, et la sentence rendue à ce sujet fut 
signée par le roi, par douze évèques, quaire abbés, un député du pape 
Eugène et plusieurs ducs et autres seigneurs (4). 



(i) Le P. Labbe, Saa: cône., t. VII, p. i5îo. — Le P. Harlzlieim , Conc, 
Germ., t. II, p. a3. 

(2) Le P. Labbe, Saa: conc, t. VII, p. 1868. — Le P. Mansi, Sup/,1. conc, 
t. I, p. 827. 

(3j Gallia chistitma, t. VI, p. i53. 

(4) Le P. Labbe, Sacr. conc, t. VII, p. ,555. — Wilkins, Conc. Brit , t. I, 
p. 173. — Le décret de ce concile est daté du 3 des calendes de novembre, c'esl-i. 
dire du 3o octobre. 






■ 



— 585 — 



V?*^ 



lY 792. 
CONCILE DE PARIS (1). 

(PAMSIENSE.) 

(Le 1 er novembre de l'an 825 (2).) — L'an 825, Michel et Théophile, 
empereurs d'Orient, ayant terminé la guerre civile par la défaite de 
Thomas , qui se disait Constantin , fils d'Irène, envoyèrent l'année sui- 
vante une ambassade à Louis-le-Débonnaire avec une lettre (5) au nom 
des deux empereurs, dans laquelle Michel cherchait à justifier sa con- 
duite au sujet des images. Il y rapportait plusieurs pratiques super- 
stitieuses dont il accusait les catholiques , et blâmant également ces abus 
réels ou supposés et les pratiques approuvées par le II e Concile de 
Nicée, il ajoutait que les empereurs avec les plus saints évoques avaient 
ordonné , dans un concile local, d'enlever les images placées trop bas 
et de les remettre dans des endroits plus élevés , afln qu'elles servissent 
à l'instruction du peuple, sans que les ignorants eussent la faculté de 
les adorer et d'allumer devant elles des cierges et de brûler de l'encens. 
Il faisait ensuite profession d'honorer la Vierge et les saints , de re- 
courir à leur intercession et de vénérer leurs reliques. Enfin il priait 
l'empereur Louis de faire conduire à Rome les ambassadeurs qu'il y en- 
voyait avec des lettres et des présents et d'employer son intervention 
auprès du pape pour faire chasser les faux chrétiens qui troublaient 
l'Eglise par leurs calomnies. Trompé par celte lettre artificieuse, Louis- 
le-Débonnaire crut qu'il serait facile par quelques explications de ter- 
miner les disputes soulevées par la question des images. Il envoya donc 
des ambassadeurs à Rome avec ceux des empereurs Michel et Théo- 
phile, pour demander au pape la permission de faire examiner cette 

(i) Le VII', d'après les ailleurs de VArl de vérifier les da(es , qui comptent un 
•second VII e concile de Paris l'an S2y. 

(2) Sirniond, Labbe et De Lalande rapportent cette assemblée à l'an 824» trom- 
pés apparemment par la date de l'instruction de l'empereur Louis à Jérémie, 
archevêque de Sens, et à Jouas, évêque d'Orléans, touchant les actes du conede de 
Paris. Mais il est évident qu'elle s'est tenue l'an 82a. (.'est, en effet , ce qui parait 
par la lettre des évéquesdece concile i Louis-le-Débonnaire, dans laquelle ils disent : 
» Nous avons fait relire en notre présence la lettre que les ambassadeurs des grecs 
•■ ont apportée l'année dernière. . Or il est certain que cette lettre fut rendue à ce 
mince par les ambassadeurs de Michel et de Théophile, empereur d'Orient, au 
mois de novembre de l'an Sî^. Ensuite, l'empereur Louis envoya des députés à 
Rome demander au pape la permission de leuir cette assemblée; et comme elle ne 
fut convoquée qu'après leur retour, elle n'a pu se tenir le 1" novembre de l'an 8?4, 

{i) Cette lettre est datée du 10 avril, indiclmn n«, c'est-à-dire de l'an 824 

T. III. 25 






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III 



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— 386 — 

question par les évêques de France ; puis , ayant obtenu cette permis- 
sion , il convoqua les évêques de son empire à Paris (1). 

On y lut d'abord la lettre du pape Adrien à l'empereur Constantin et 
à l'impératrice Irène , sa mère. Les évêques du concile de Paris trou- 
vèrent que le Saint-Père avait raison de blâmer ceux qui brisaient les 
images ; mais ils prétendirent qu'il avait manqué de discrétion , en or- 
donnant de les adorer (2) superstitieusement. On lut aussi plusieurs 
écrits faits sous le règne de Charlemagne au sujet des images, entre au- 
tres les livres Carolins. On rejeta tout à la fois et le conciliabule tenu 
sous Copronyme l'an 754 et le Ile concile de Nicée. On approuva la 
censure qui avait été faite de ce dernier dans les livres Carolins , et l'on 
déclara insuffisante la réponse du pape Adrien à ces livres. On lut la 
lettre des empereurs Michel et Théophile à Louis-le-Débonnaire ; et à 
la demande du Concile , Fréculphe et Adegaire firent de vive voix le 
rapport de l'objet et du résultat de leur négociation auprès dn pape 
Eugène II. On produisit ensuite divers passages des Pères , soit pour 
condamner ceux qui voulaient abolir les images , soit contre ceux qu'on 
acccusait de leur rendre un culte excessif ou superstitieux. Enfin on 
proposa à l'empereur Louis d'écrire au pape pour le prier de pacifier 
l'Église , en se contentant d'obliger les grecs à suivre pour le culte des 
images l'usage établi en France. Du reste , dans les lettres dont l'as- 
semblée rédigea le modèle , on déclarait expressément que les évêques 
avaient été réunis non pour prendre une décision , mais pour soumet- 
tre leur avis au Souverain-Pontife , à qui l'on devait avoir recours 
pour terminer toutes les contestations (3). 

(i) 11 n'est fait mention, dan» les actes de ce concile, que de Jérémie, archevêque 
de Sens, de Jonas d'Orléans, Halitgaire de Cambrai, Fréculphe de Lisieux et Ade- 
gaire; mais on ne peut douter que ce concile n'ait été beaucoup plus nombreux : 
car tons ceux qui y avaient été mandés s'y trouvèrent, à l'exception de Modouin, 
évêque d'Autun, qui était malade. 

(2) 11 faut observer qu'Adrien n'ordonnait point d'adorer les images , et ce n'est 
que par une erreur de fait que les évêques de ce concile crurent à ce commande- 
ment du pape. 

(3) Goldast, Collectio constitutionum imperialium , t. I, p. i5i. — De Lalande, 
Suppl. concïl. ant. Gall. t p. 106. — Baronius, Annales, ad hune annum. — Le 
P. Hardouin, Coll. conc, t. IV, p. 1258. — Baluze, Capitul., t. I, p. 643. — Dom 
Mabillon , Âct. Bened., t. V, num. 34, pra*fatio. — Les PP. Sirmond et Labbe 
ne rapportent pas dans leurs collections les actes de ce concile ; ils ont mis à la 
place l'écrit de Bellarmin , dans lequel ce savant cardinal a entrepris de montrer 
que les actes publiés, sons le nom du concile de Paris, l'an 1596, à Francfort sur la 
foi d'nn ancien manuscrit, étaient supposés, ainsi que la lettre de l'empereur Louis 
au pape Fugenc avec l'instruction donnée par ce prince à Jouas cl à Jérémie. 



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— 387 — 

N° 795. 

CONCILE D'AIX-LA-CHAPELLE. 

(aquiscfunense.) 

(L'an 823.) — Ce concile est la suite de celui de Paris. Ce fut de 
cette assemblée que, le 6 décembre, les évoques envoyèrent leur déci- 
sion à l'empereur Louis, qui était à Aix-la-Chapelle, et par suite de la- 
quelle l'empereur députa auprès du pipe, avec .les instructions confor- 
mes au voeu de l'assemblée, Jérémie, archevêque de Sens, et Jonas , évê- 
que d'Orléans. Mais on ignore quel fut le résultat de celte négociation. 
Il paraît; certain que les évêques de France persistèrent quelque temps 
encore à ne pas reconnaître le II e concile de Nicée, et néanmoins cette 
dissidence ne les fit point séparer de la communion du Saint-Siège, 
parce qu'elle ne portait que sur un point de discipline et que ce concile, 
quoique approuvé par le Souverain-Pontife, n'avait cependant pas en- 
core été solennellement confirmé (1). 

Ce concile rendit un décret pour la translation des reliques de saint 
Hubert, évêque deTongres, dans le monastère qui porte aujourd'hui 
son nom (2). 

N° 794. 

CONCILE O'INGELIIEIM. 

(iNGELHEIMENSE. ) 

( Le 1" juin de l'an 826. ) —L'empereur Louis é!ant venu à Ingel- 
heirn , tint un concile ou plutôt un parlement avec les évêques et les 
seigneurs de Germanie. Tout ce qu'on sait de celle assemblée, c'est que 
l'empereur y reçut plusieurs ambassades et deux légats du pape; 
qu'Hériold, prince danois, y fut instruit et converti, et que la mission 
de saint Anschaire en Danemarck y fut déterminée (5). 

Le P. Hartzheim ei plusieurs autres attribuent à ce concile un capitu- 
laire de sept articles qui se trouve dans Baluze ; mais le fait est pour le 
moins très-douteux. On se fonde sur ce que dans le VL livre des capi- 
tulâmes, d'où ces articles sont extraits, il est marqué, dit-on, qu'ils 
furent faits dans une assemblée d'Ingelheim ; ce qui néanmoins ne s'y 
trouve pas indiqué (4). 



Du Chesne, Sçriptor franc, 



(i) Ut suprà. 

(2) Le P. Hartzheim, Cerne. Germ,, t. II, p, ,izj. 
t. III, p. 364. 

(3) Hériokl fut le premier roi chrétien de cette nation. 

(4) Le P. Lahhe, Sacr. coius. , l. VU, p. i556, —Le P. Hartzheim, Orne. 



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— 588 — 

N° 79«. 
CONCILE DE ROME. 

( ROMANUM. ) 

( Le 15 novembre de l'an 826 (I).) — Le pape Eugène II présida ce 
concile assisté de soixante-deux évêques d'Italie, de dix-huit prêlres, de 
six diacres et de plusieurs autres clercs. L'ouverture se fit par un 
discours que le diacre Théodore lut au nom du pape (-2). Ensuite on 
publia trente-huit canons, dont la plupart ont pour objet la réformation 
de la discipline ecclésiastique , et auxquels Pétronax , évèque de Ra- 
venne, souscrivit le premier (5). 

1 er canon. Qu'on ne choisisse pour évoques que des personnes recom- 
mandables par leurs bonnes œuvres et par leurs doctrines. 

2e canon. Que l'évêque ou le prêtre qui aura fait des présents pour 
être ordonné, et celui qui les aura reçus, soient privés de l'honneur 
du sacerdoce. 

3 e canon. Que l'évêque se lasse remarquer par de bonnes œuvres, 
afin que le peuple écoute ses exhortations. 

4 e canon. Que les évêques ignorants soient suspendus de leurs fonc- 
tions par leur métropolitain, et les prêtres, les diacres et les sous-dia- 
cres par leur propre évêque , pour leur donner le temps de s'instruire. 
S'ils négligent de le faire et se rendent ainsi incapables de remplir leurs 
fonctions , qu'ils soient jugés canoniquement ( c'est-à-dire qu'ils soient 
déposés, si leur ignorance les rend indignes d'être membres du clergé). 

5« canon. Qu'on observe les anciens canons dans l'élection d'un 
évêque, en sorte qu'il ne soit ordonné que du consentement du clergé 
et du peuple. 

6e canon. Que les évêques ne soient point absents de leur église plus 
de trois semaines, si ce n'est par ordre du métropolitain ou pour le 
service du prince. 

7« canon. Que les clercs demeurent dans un cloître près de l'église ; 
qu'ils aient le même dortoir, le même réfectoire et les mêmes officines ; 



Éginard, Annules. — T.c 



lierm., t. Il , p. 35. — Baluze, Capltul., t. 1, p. G47 
F. Sirmond, Conc. ant. Gidl., t. 11, p. 462. 

(1) Ce concile est daté de la |3" année du couronnement et du règne de l'em- 
pereur Louis, la 10* de Unitaire son (ils, nouvel empereur, indiction iv. 

(2) Le pape n'était apparemment ni dans l'usage de parler en public, ni de com- 
poser lui-même ses discours, puisque celui-ci est copié du concile de Rome as- 
semblé sous Grégoire H, l'an 721. 

(3) Le P. Labbe, Smr. conc, t. VII, p. 1SJ7 ; I. VU!, p. iuj. — liinius, CW 
cilia r . t. III, p. 271. 






>OM 



— 389 — 

qu'ils soient sous la conduite de supérieurs capables et subordonnés à 
l'évêque. 

8 e canon. Que les évèques ne nomment que des curés agréés par les 
paroissiens. 

9 e canon. Qu'on n'ordonne pas plus de clercs qu'il n'en faut pour la 
desserte des églises. 

10 e canon. Que les évèques n'ordonnent aucun prêtre sans l'attacher 
à une église ou à un monastère, afin qu'ils ne soient point dans la né- 
cessité de demeurer dans des maisons particulières. 

11 e canon. Que ceux qui sont revêtus du sacerdoce ne s'adonnent à 
aucune sorte de jeu. 

12 e canon. Que les prêtres ne soient ni usuriers, ni chasseurs; qu'ils 
ne s'occupent point des travaux de la campagne, et qu'ils ne sortent de 
leur maison qu'en habit sacerdotal, pour n'être point exposés aux in- 
jures des séculiers et pour être toujours en élat de faire leurs fonctions. 

13» canon. Ils ne pourront être cités comme témoins en justice pour 
affaires séculières, s'ils ne sont témoins nécessaires. 

14 e canon. L a s prêires convaincus d'un crime en!r;tiiiant la déposiiiou 
seront déposés et mis par l'évêque dans un lieu où ils feront pénitence. 

15' canon. Tout ecclésiastique soupçonné de mauvais commerce sera 
averti trois fois par son supérieur ; et s'il ne se corrige point, qu'il soit 
jugé canoniquemenl. 

16 e canon. Que les évèques ne tournent point à leur propre usage les 
biens des paroisses et des autres lieux de piété, et qu'ils ne prennent 
que ce qui est établi par la coutume. 

17e canon. Que les prêtres ne refusent sous aucun prétexte les of- 
frandes de ceux qui se présentent. 

18 e canon. Que les évèques ne donnent point des lettres dimissoircs 
aux clercs qui ne sont point demandés par un évoque, de peur qu'ils ne 
deviennent vagabonds. 

19 c canon. Que les évèques et les prêtres aient des avocats, chargés 
de poursuivre en justice leurs causes et celles de leurs églises, et que 
ces avocats soient de bonnes mœurs